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Full text of "Bulletin de la Société de géographie"

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BULLETIN 



DE LA 



r F 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



TOMX VIZX. 



COMPOSITION DU BUREAL i>E LA SOCIÉTÉ 

POUR 1853-185/1. 



Président. M. Hip. Fortoul, ministre de rinstrucliou publique. 

„ , ., j MM. GuiGNiAUT, meihbre de Pliislitiit. 
Fict-Preside.its.}^ Lepebvre.Duruflk, séualeur. 

( MM. Hip. liUCHANOT. 

Scrutateurs, | ^.^^.j p^^^^ 

Secrétaire, M. A. Michelot. 



GOMPOSITION DU BUREAU DE LA COMMISSION CENTRALE 

POUR 185A. 

Président, M. JomArd, 

y ice- Présidents, MM. d'Avezac et de là lluQUstn. 

Secrétaire générai. M. Cortambbrt. 

Secrétaire adjoint, M. V,-A. Malte-Bruit. 

Section de Correspondance. 

MM. A. d*AblKiaii?. MM. Imbert de! MbtteUttet. 
Cailler. Lafond. 

Corbelet. Lebas 

Oufl >l de Mofra.^. Meissas. 

D'Escayrac. Noël -Des vergers. 

Ferry. Poulain de Bossay. 

Section de Publication. 

MM. Albert-Montcmont. MM. Maury (Alfred). 
Daiissy. Murel-Fatio. 

de Froberville. Piévo^ (Cooslanl). 

Gay. de Sautarem. 

Jacobs. Sédiilot. 

Mauroy. Teruaux-Compaos* 

Section de Comptabilité, 

MM. Duchanoy. MM. Isambert. 

Garuier. Lôwenstern. 

Guigniaut. 

M 



jérchii^iste^bibliothécalre. 



Trésorier de la Société. 

M. Meignen, notaire, rue Saiut-Uonoré, 370. 



Membres adjoints. 

MM. D'Eichthal. M. Micbelot. 

Hecquard. 

M. Noirot, agent de la Société, ru« Christine, 3* 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPËIE. 

RÉDIGÉ PAR LA S£GTIO£i DE PUBLlGATiON 
ET MM. GORTAMBËtiT, 

SEGRéTAIR£ GÉNÉRAL DE LA COMMISSION CENTRALE, 

' HlALtË-lim, ■ 

SECRÉTAIRE ADWINT. ^ 



QUAÎAlÈliiË SÉRIE. — TOME HUITIÈME. 

ANNÉE 185A. 

lUILLÉT ~ DÉGfeMBR E. 



PARIS» 



CHEZ ÂRTHUS-BERTRAND^ 
LitiAXitillt bs tA soCiiTi fie éÉoéB&ii>kiK, 

KtiK ■àuTirimu.t, a" ai*. 



L1STB DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA SOCIÉTÉ 

DEPUIS SON ORIGINE.) 



MM. 

De liAPLACS. 

De Pastorst. 

De Chatsaubriaxto. 

Cbabroi. bx Totvxc. 

Becqubt. 

Alex, dr Humboldt. 

Chabrox. de Crousol. 

Georges Cuvier. 

Htoe de Neuville. 

De DOUDEAUVILLE. 

J.-B. Etries. 



MM. 

L'amiral de Ricirr* 

DUMONT d'UrVILLE. 
Duc DEèAZES. 
De MOZCTALIVBT. 

De Barahte. 

Le général Pelet. 

GUIZOT. 

De Salyaxtdt. 
topinier. 
De Las Cases. 

YfLLEMAIir. 



MM. 

Cuiriii-GRiDAiirE. 
L^amiral Ronssiir. 
L*amiral de Mackau. 
Le Tice»aiDîral Halcav. 
Walckenaer. 
Mole. 

JOMARD« 

Le cootre-a^iiii'al Mathiev. 
Le vice-amiral I a Place. 



LISTE DES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS DANS L'ORDRB 

DE LEUR NOMINATION. 



MM. 
H. S. Tahner, à Philadelphie. * 
W. WooDBRiDGE, à Boston. 
Le It-col. Edward Sabizce, à Londres. 
Le docteur Reiicgaztcm, à Berlin. 
Le docteur Richarusoit, à Londres. 
Le professeur Rapn, à Copenhague. 
AiirswoRTB, àEdinbourg. 
Le colonel Long, à Louis ville, Ky. 
Le capitaine MAcoirocHtE, à Sydney. 
Le conseiller de Magedo, à Lisbonne. 
Le professeur Karl Rittbr, à Berlin. 
Le cap. John Washington, à Londres. 
P. DE Anoblis , à Buenos-Ayres. 
Le docteur Kriegk, à Francfort. 
Adolphe Erman, à Berlin. 
Le docteur Wafpaus , à Goellingue. 



MM. 

Ferdinand de Luc a, à Naples. 
Le docteur Baruffi, à Turin. 
Le lieut.-col. Fr. Coello, à Madrid. 
Le professeur Munch, à Christiania. 
Le gén. Alherl de la Mariiora, àXurin. 
Fulgence Fresnel, à Mossoul. 
Ch. ScHEPFER, à Constaulinople. 
Le professeur Paul Ghaix, à Genève. 
J. S. Abert, colonel des ingénieursto* 

pographes des États-Unis. 
Le professeur Alex. Bâche, surinten* 

dant du Coast'Survejr^tiUxEiàtM'Vnii, 
Lefsius (Richard)y à Berlin. 
De Martius, à Munich. 
Kiepert (Henri), à Weimar. 
Petermann (Augostus), à Londres. 



LISTE DES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS QUI ONT OBTENU 

LA GRANDE MÉDAILLE. 



MM. 

Le capit. sir J. Franklin, à Londres. 
Le capitaine Graah, à Copenhague. 
Le capitaine sir John Ross, à Londres. 



MM. 
Le capitaine G. Back. 
Le capitaine James Clark Ross, à Lon< 
dres. 



rari». -. Inipi ini"! ie de L. BIabtinet, 
rue Mignon, 9. 



BULLETIN 

DU L& 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



■léiuolrcs; 
IVotice», Doeunients orlglnaaxf etc. 



SCR LE PASSAGE DES ALPES PAR ANNIBALs 



J'ai en co dioiiicdI sous les yeux les feuilles 

d'épreuves que m'a confiées l'aulcur d'un mcmoiri] 
encore inéclil sur la ^exata i/uœstio du passage des 
Alpes par Annibal ; (jucstion de peu d'intérCl sur un 
nuire tliéftire, mais toujours live pour nous autres 
monlagnards, dont les pas cl les regards se reportent 
constamment sur nos Alpes favorites. L'impression do 
ce travail est diflérâc, à cause de la carte qui doit l'ac- 
compagner, de manière à ma faire craindre de ne 
pouvoir maintenant vous en envoyer que l'analyse ci- 
jointe (2) . L'auteur passe rapiJement en revue les opi- 

(■] Extrait il'uiie tc-llre ûcdle tic G(^ii«vc à M. Je la Ilui]iieUe, le 
3juln 1854. 

(g) I.c tiiémoire dont parle ici M. le professeur Paul Chaix et dont 
l'niKeur csl M. Cti. Sdiaul), vienc Ac noua parvenir; il a poar liera i 
JiéfulatioH de Vouprai/e de M. Jacquti St/ilal, înlitulê: A'ete Ilir le 



' les personnes qui 

s pnratlnjra/e, selon 



DÎons émises jusqu'il prùse 
ont traité de celle question, 

lui, était celle de "Wliitaker, qui coiuliilsit Aimihal i 
Itnlla par le Grppfl Saiqt-pernard: tiimier el Qioslee 
l'adoptèrent aussi, je croîs. Je ne puis m'empëcUer 
de remarquer qu'il j a eu quelque chose de person- 
nel dans la plupart de es opinions différentes, basiïes 
sur un séjour habituel des auteurs dans chacune des 
localités qui onl participé à l'hunneur de cette espèce 
de célébrité. Ttiulefpis j'et^mpts de ce reprocha Celles 
des opinions sur lesquelles je suis piéclsi^inent appelé 
â porter la discussion en ce mnuient. MM. Deluc et 
Melville conçurent la plii^ remarquable, et la Tirent 
connaître par une publication qui a eu trois édiiinnSi 
dont la première date de 1813. Dès 1820. MM. Wic- 
kam et Cramer publièrent leur adhésion motivée à 
cette opinion, en l'améliurant par un on deux points 
do détails assez plausibles. Ils adoptèrent Roquemaure 
comme le lieu du passage du Rliàne ; Vienne, coname 
le terme de la marche en amont et sur la rive gauche 
du neuve; Vfiisiifa j^l/nbi-ogitm, ce Defla tnnngiilnire 
analogue h celui d'Égyple, selon Poljbe, dans ta partie 
du dèparlrment de l'Isère compiit^e entre cette rivière 
et le Rhône ; Saint-Genix-d'Aoate. comme le point où 
les Carthaginois enlrètenl en Savoie; le mont du Chat 
(mous Thuotes) , comme le premier point où Annihal, 
abordant les montagnes, eut à couibattre les monta- 
gnards qui n'en gardaient le passage que durant le 

pajsage d'Aiinlbal ei défense île l'opinion île Delue, d'apiés leijutl 
jtniiitul a fraii'jhi te Petit Sainl-BernaiJ ; il fsl accompagne d'iine 
varie du Feili Saiat- Bernard, et a êié pulilié U Genève eu iSSj; il 
contint Sppab'esin-t?. D. L H. 



i 



jour; la riche plaine de Chambéry, puis, jtis'jd'au 
L)our)f rie S^inl-Maunci!, la IltIUg et Inrgs vallée arrosée 
pav l'Isère, cnmine l'itinéraire fncila suivi au travers 
(les montagnes jusqu'en lieu du 'iernier cnmhiit contre 
les monlagnnrds; \(i cul du Pctil Saint-Bernard, enfin, 
comme le théâtre de ce combat, et le plateau qui le 
couronne, comme le sommet où le général ofiicaiu 
campa cleox joors, pour donner aux Iralnards le temps 
de le rejoindre. M. Deluo attachait une importance 
peut-être excessive à la dëi^otiverte d'une grande roche 
blanche el de Sijueleltes d'éléphiinls sur le Petit Saint- 
Bernard , et à celle d'un prétendu bouclier d'argent 
trouvé, en 171d,parun t'erniier de la terre du Passage, 
entre la Tour-du-Pin et les Abrels, à un demi-mille 
de la roule de Vienne à CliambtTy, et dans lequel on 
crui voir d'abord un bouclier cnrlhaginois, puis un 
bouclier votif (1). Mais les meilleurs arguments dft 
MM. Dehic, Melvilie, Wick^m et Cramer étaient dans 



(i) M. Letronnes'esprimenir 
Journal dei (avaiili lie iSig: ' I 
ibaBinois) fut rCabonl û.ynaie k 
jrctDrc des membre» tie l'Acadeu 
avaif pour unique appui le lioi 



proiiD» <U ce banclipis dans 
qiiHlîKcatiiin (dp bouclier C! 

?s iii:ici'ipii<ins. Celle i 

el le palmier qu'oji y voil graves, 

Il ïDr des mcJailleii carthaginoises. Les anti- 

naiiiteniint à rcconnaitre àaai ces prétendus 

s \e nom de pinake!, laimi, disci el tympaiia, 
ornaient tes buffeli des riclies. Ils j faisaient graver des buJcIs edu- 
vont fort coniplii|u(is. témoin le prétendu bunclier de Scipioii. pu 
re-'ICj il aemit constaté que ce plaleaii est un bnuelier ïolif cariba- 
ginois, qu'un si'inblabte monume-ni pouvant, dans l'i'spacc de deux 
niillE ans, avoir été Iranspoilé là de fort loin, ne prouverait pas plus, 
aux yeuK de la critique, que les mjdaillei carlhaginoiiei trouvai 
■uc le Grand Sajnt-Bernard. •> 



( 8) 
la coricovdancG de leui' itinéraire avec les disIanceSi 
le nombre des jours de maiclic, )cs détails géograplù- 
qiies énoiicÉs dons le texte de Polybe; dans l'adoplion 
de ce lexte, comme seul digne de confiance, et dans 
l'accord de ecl itinéraire avec les convenances de lieux 
et de Eaisons qui guident un homme doué de simple 
bon sens, et à plus fiirte raison le général chargé de 
la conduite d'une nrméc. 

Tel n'avait pas été le mode de raisonner du uiarquiB 
de Saint-Simon , lorsque, après avoir amené les Car- 
thaginois au pied du monlViso, par la vallée de rCha^re» 
il suppose qu'ils avaient été égarés par leurs guides, 
pour disposer de neuf jours dont il ne savait que faire 
lui-même, et qu'il ajoute, en les amenant sur le mont 
Viso, pour voir de là les plaines de l'Italie: « qu'il na 
sait pas précisément quelle route ils s'étaient ouverte 
pour y arriver. » Le moindre devoir d'un commenta- 
teur qui émet une opinion neuve, est au contraire de 
savoir trouver des arguments à l'appui de cette opinion 
(d'autres critiques pourront toujours se charger d'at- 
taquer la force de ces arguments) ; c'est un devoir 
d'autant plus impérieux, lorsqu'il soutient une vèrilè 
qui n'est même pas vraisemblable; lorsqu'il préfère 
[pour l'amour d'un discours de rhéteur) une cime 
atgué de 11 800 pieds à des passages de ti à 7 000 pieds 
et à riiypolhèse si naturelle que les guides d'Annibal 
savaient leur méliir, leur chemin, et que c'était pour 
cela que la nation des Itisubriens, nation qui était en 
rfipports h'ëquenis avec la G:iulc transalpine, sa pairie 
originelle, avait fait choix de ces guides pour les en* 
voyer jusqu'à l'embouchure du Rhône, à la rencontra 
d'une armée qu'elle attendait avec impatience. Lea 




(.0 ) 
Insubrîens, voisins des Alpes, avaient sollicité l'arnvée 
des Carthaginois; ils avaient su trouver pour cela te 
chemin de Garlliagène ; ils avaient envoyé des f!;uides, 
donc ces guides devaient 6trc sftrs; la route pour 
arriver chez les Insiibricns devait être directe, et cette 
route devait être la meilleure, car elle était choisie avec 
d'autant moins d'enlraves qu'Anniiial s'était mis en 
marche avec l'appui dos Allobroges, comme avec les 
guides des Insuhriens. 

En 1S5], M. Jacques Replat, avocat distingué de la 
ville d'Annecy, a fait connaître, sous le litre de A^ote 
sur le passage d' Aniiibal, une opinion nouvelle dans la 
monde littéraire, mais dont il nvuue partager la suH- 
darilé avec M. Blanc, notaire à Boaufort, et (jui avait 
été préeédemmenl insérée, par M. le comte Vignot, 
dans les Mémoires de l' Académie de Savoie, M. Replat 
ne conduit pas Annibal jusqu'à Vienne; mais il 
l'arrête au bord de l'Isère, c'est-à-dire en dehors du 
territoire des Allobroges, malgré ce qu'il y a da 
formel sur ce point, dans Polybe cl dans Tite-Live. 
\JJnsula Allobivgum est pour lui l'inlervalle compris 
entre l'IsèrG et la Drôme, ile à laquelle les hautes 
montagnes du Trièves, du Vercors et du Royans ôlenl 
toute ressemblance avec le Delta d'Egypte. Celte lie 
est cependant si évidemment au nord de l'Isère, que 
même M. Letronne, qui conduit Annibal par le mont 
Genèvre, ne croit pas pouvoir se dispenser de le faire 
enlrerd'abord dans l'intervalle compris entre le Rhône 
et l'Isère, quitte à le faire revenir sur ses pas, au sud 
de cette derniÈic rivière, pour parvenir ensuite, par 
une route bien détournée, dans le Briançonnais, en 
remontant le Drac et la Durauce. M. Replat fait au 



( 10 ) 
ccnlrnire remonter it Annilial la 



jnsqp 



h PoniHiai-i 



!(.; 



d'Allei 



e gaiic 



■lie de risère 



1(1 et (lu fort 



lï. C'est là qu'il place |e premier combat contre 
les montagnards, qui ne gardaient pas \\i passnge pen- 
dant la miit. Il lui faii ensuite remonter l'autre rive 
jusqu'à Albert-ville et CunllHns. Ici commence \tav 
ticulii-remenl la portion originale He l'ilinéruire de 
MM. Vii<i>''l- Blanc et Itephi t. Ils abandonnent la jurande 
vallée de l'Isère, et, pour é|jar{tner û Annibal les moin- 
dres détours (le cette vallée, n'imporlo ii quel pris, ils 
l'inlroduisint dans la vallée de Beanforl, située entre 
Albert-ville et le mont Blanc, au nord-est de la pre- 
mière ville. Après y élre entré, il faut en sortir à l'est 
pour|i;a|^pcr enfin la grande crËtc 'les K\^es parle che- 
nUn le plus court; et celte grande crête, ils la veulent 
franchir non au i'elif Saint-Beniitnl, mais au col de la 
Saigne, qui dex^end en Iliilie par l'Jllèe-Blnnc/ie, der- 
rière le Mont-Blanc. La liauteur du Petit Saint-Ber- 
pard est do (3 7flO pieds ( j'ai trouvé celle du col de la 
,Seigne de 2 519 mètres, on 7 76i pieds. Pour y parve- 
nir, en surlant de Beanlort, M. Bejilat tjiiuve plusieurs 
p4^$age8 à l'extrémité orientale de la vallée de Beau- 
forl, destinés à le conduire au hameau de Chapiu, qui 
est sur le revers méridional du col de la Seignej ce 
sont: 1" le col de/n Sniice,îi\a source du Doron, que j'ai 
trouvé si étroit et si escarpé que cela semble une folie 
d'y songer; 2" le col du Petil-Cormet ou de la Plalte, 
aussi nommé la Croix île B'ollaj: il offre une surface de 
pâturages assez accessibles; mais il faut, pour y par- 
venir, s'élever d'abord à la bauliuir de 1 975 mètres 
(suivant la mesure de M. le professeur Favre] et fran* 
chir au pr'éalaLle plusieurs gorges étroites dans la 



4 



A 



I 



( Il ) 

vallée de Roselein ; 3° te col fcly, qiis j'ni trouvé éj^ale* 
ment de 1 075 mèlres; el h° le col de la Fenêtre, qu} 
Ja surpasse en haulonr. Mais ci^s Afux dernlirs pas- 
sades, au lien de conitiiire an pieil du i:i)l de la Seigne, 
deïicendent d'alioid nu val de Monijoie, ce qui obliga 
encore i\ francliir un col plus dilTiciie et plus haut 
(/ÔAOpieds), celui ilu Bonhomme, [loui redescendre 
ait Chapiu, uù tous ces cliomins cunverfïeiil. M. Replat 
considère naturellement le col île la Plalte comme U 
route la plus probable et la plus facile de toutes; mais 
il ne reparile pas comme absolument improliable 
qu'Aqnibal « égaré par ses giiitles n ait escaladé suc- 
cessivement le col Joly, celui du Bonhomme et celui 
de la Seigne, c'est-à-dire tiw's pnssages difficiles au lieu 
d'un seul, le Peut Saint Bernard. 

Un de nos concitoyens, qui, par ses nombreux 
voyages dans les pasS'ige.s des Alpes, a acquis le droit 
lia discuter toutes les opini^tns sans fire soupçonné 
de partialité personnelle pour une localilè plutôt que 
pour une autre, U. l'avocat Scbaub, a entrepris de ré- 
futer la noie de M, Replat. Les amis de M, Scbaub 
savent qu'il joint la connaissance approfondie des 
auteurs grecs i son goût pour les voyagea alpestres, 
et que volontiers il ajoute un de ces auteurs à son 
léger bagage de touriste. U est aisé de comprendre 
dès lors avec quel avantage il discute contre un adver- 
saire qui parait n'avoir eu à sa disposition que des 
traductions asseï incorrectes de Polybe. M. Scbaub 
'cherché le plaisir d'imaginer pour son 
compte une opinion nouvelle sur cette question si 
débattue; il s'est borné aux seules autorités bonnes à 
consulter, sans chercher i\ en forcer le sens pour lea 




( 12) 
plier à aucune opinion préconçue, il a fomiè la sienne, 
guidé par les noms géographiques, les distances et le 
nombre des jours de marche indiqués par Poljbe. 
11 a aussi regardé comme une présomplion naturelle 
que le général carthaginois , pourvu de guides 
expérimentés, était doué de sens commun et d'une 
dose ordinaire de prévoyance; que ce n'était pas trop 
Btlendred'un Annibal,quc de penser qu'il seraîtguidé 
non-seulement par le choix d'une route directe, mais 
plus encore par celui d'une route sûre et où il pût 
faire vivre son armée, 

M. Schauh montre, cl ]c puis oppuyer son opinion 
démon expérience personnelle, qu'il n'existe pas dans 
tout le voisinage do Ponlcharii une seule montagne 
dont la crête ferme lo passage, et derrière laquelle il 
y ait une conlre-pontc qui ait pu servir de théâtre au 
premier combat d'Annihnl contre les montagnards. 
La dislance depuis l'embouchure de l'Isère à Pont- 
chara ne s'accorde pas avec Polybe. La vallée da 
Beaulurt n'est accessible qu'à son entrée el ne tarde 
pas ù être interceptée p,ir des gorges élroiles, des 
défilés d'une magnificence sauvage, ainsi que le re- 
connaît M. Replat lui-môme, qui conduisent en plu- 
sieurs endroits à un chaos de précipices, de roches 
sourcilleuses et de culs ùlevés. D'autre part la vallée 
de l'isèie, quoique M. Bcplat suppose, très gratuite- 
ment, qu'elle devait être autrefois marécageuse et 
submergée par la rivière, est large el ouverte sur toute 
sa longueur depuis Albert-ville jusqu'au pied du Petit 
Saint-Bernard ; sa pente est douce, et sa fertilité per- 
met qu'elle soit semée d'un grand nombre de bourgs 
et de villages ilorissants. 



i 




( 1») 

Le Petit Saint-Bernard est un des passages les plus 
faciles des Alpes, cl suit, aussi hien quo le col ds la 
Seigne, le flanc du Cramant, montagne que Gœlius 
Anlipater df'signnit peut-être sous le nom de Civtuonis 
Jiigiirn, comme le lieu du passage d'Anuibal, Ces deux 
passages difTèrcnl beaucoup; on ne trouve ni au som- 
met de la Seigne, ni au-dessous du sommet, comme le 
suppose gratuitement M, Replat, aucune plaine de 
quelque étendue, tandis que le sommet du Petit Saint- 
Bernard est marqué par une plaine de 2 lieues de 
longueur, presque partout h un niveau de 900 pieds 
inférieur à la crËlo étroite du col de la Seigne. Celle 
plaine a dit sufiireà Annibat pour camper, ainsi qu'il 
le Gt deux jours pour attendre ses soldats en relard, 
sans parler dus trois jours pendant lesquels il fut 
retenu plus bas par les neiges qui intereoplaient In 
descente sur le revers italien. « Comment croire, fait- 
observer l'auteur, que les guides envoyt^'sàAnnilial par 
les Insubres, qui étaient ses :tmis et qui attendaient 
son arrivée pour résister avec plus de succès aux lé- 
gions romaines, comment supposer que ces guides ne 
connusscnl pas le passage du Petit Saint-Bernard el 
ne sussent pas que, dans cette saison avancée surtout, 
c'était la route la plus commode et la seule où une 
armée pût encore s'engager sans imprudence?» Il n'est 
pas possible d'admettre non plus que ces guides, au 
nombre desquels se trouvait un prince des Gaulois 
cisalpins, intéressé h sa prompte arrivée fn Italie, 
aient voulu, comme Tite-Live le donne à entendre, 
égarer Annibal dans les montagnes et qu'il ait été 
obligé do s'ouvrir un chemin ù l'aïenturo. Or, M. Re- 
plut, après a\olr rejeté «n commençant l'autorité , 



( n ) 

de TitL'-Live, en osl n^iinil, pimr otiiiniioi- les invrai- 
semblaiicos qu'il accuuiiilcà rc{(iii'(lcr coinniG l'ontJét 



l'a 



Mtlon de cet liiskorien sur la truliis 



lidest 



« Cet aveu dit M. Ru) 



at I 



I parait équivalent à peil 
i LypolhèsE 



près à la coïKlainuutiun de ai^s I 

La distance irAlburt-vilIti i^ la vallée d'Aosta, en 
reiuoiitnnt l'Isère et ru paasnnt le Petit Sainl-iiernardk 
est do 47 lieuËS, duiil 11 9unt à plnt et soot consa- 
crées à franchir un toi /l'r/^ne ut facile, haut de 2 176 Ole- 
(rcs. D'autie part la disliiiice d'Alburt-vitle au luëoiS 
point de la vallée d'Ausla. mesurée liorÎKontaleuiEntt 
suivant l'itinéraire adopté par M. Iteplat, serait d« 
là lieues, dont trois à peine peuvent être considéréu 
comme faciles , lundis (jue le resle est tracé dans un 
pays inliospitalier où les Gartliaginoîs auraient eu à 
franchir successivement ilea^ ou uiéine trou passages 
1res élevés, impraticables même pour les touristes, à 
la lin d'oi^tobre, et dont chucun eût réclamé une jour- 
Dée entière de niarclie. En vérité un pareil surcroît de 
fatigues et de misères imposé parAnnibal à ses propres 
soldats, faisait plus que compenser une léduclion de 
3 lieues dans la longueur borizoniate de leur marche (l)i 



i 



ni occupéi du pauage des Alp«i 
I canhaginuia passa le Kli6ae 



[i) La plupart des savant 
par Âmiibal, penienl que 
près de Roquemaure, à 3 li 
les anciens, de même que les moderiies, ei les premii.Ts souvent fOri 
peuexplitit('B,iie <onl puiot d'arcordsUr lelîeu où ilIraversalesAlpei 
pour entier en Italie. Tile-Live, suivi par Stribun, Silius Italicus, 
Ainni. Marceiliii, le dievalicr Ful^rd, d'AnvIlle, U comiE Fortio' 
d'Urb.->n,Giljboti,L[:troane, Barbie du Boc^Be, le e^ui^ral Frëd. Guil- 
laume de Vfludoncourl, Delacroix {Stalisliiiite du Jépartcmenl de la 
Diimr), Ljdoucetie {Histoire du dépanemeat dct IlauUS:4lpet), 
Albaaisde BeauuiDol, legéuéralâaini'Cjr-Haeuaj, font passer Ad* 



i 




[15 ) 
Ajnnt été condull, par l'nD^lvsedos ilîHL'iLiiresîiUcr- 
bués à Annibal, à inenliDinier souvenl )a vallèû tlo. 
BeauTort, il me sera peul-êire pGrruisd'ujoiilei' à celle 
lettre, déjà si longue, une d<--srrij)li«il do l'état nntiirel 
de ce pays encore bien peu contiu, d'après mes pro- 



nibiil p 
Pcips Cairo 



a Alpei Colltenneif te ii 
uillr, Ueeren 



F«r- 



■Jil'l'i'e. C 

, Wliit;ikei-. 



I 
I 



Croalee, par It Grand Saiiil-Bernnrd ; ArfDlli, Itii-liaul, |)iir le Sim- 
/irun,'nap<>lEDn,L>r»uia,ileSaU99Urr,d<?Siolliei{;,Milliii,ileCaieaut, 
pai' le mont Veiiisi Dt-nina, It' marquis de Saiiit-Siutuii, Jean Miiller, 
par le mont t'iso-, Poljbe, Cumeliui Népal, P. iuve, le général 
MeUille, DclUc, Lernaire, Wicklinm, Ctainpr, le (>ëiiéral Bi](;mat, 
Ch. Schiiub, par le PelM Saint- Beiiearil; Juccguei Rcphii, Blanci IB 
comte Vignet, par le cal de la Srljjnc, derrJàie le mont Ulanc. 

Nous tpruiineruDS ceiie Imigue iionieiielaluie, qui ml 8an« doule 
lijin il'ètri! complète, par la cuiieiusiun d'ime Notice sur le paaonè 
d'Annibal, que le gt^ni-ral tJaint-Cyr- Hugues, dont nous u'avons pas 
Irouvë le nom L'îtë duns les ouvr.-iges RoDIulléi par nous, a Fail iri' 
sent, en i837, dans le Spectateur militaire et qui a été ensuite litée 
i part. Ce «avant ofNder {}én^ral, né sur les boi'ds de l'Isère, aprèl 
avoir diSGulé et comparu principalement les lecils de Palybe et de 
Tite-Live, suivant lui mal interprêlés par Deltic, ainsi que les Opi- 
nions des ftrivaiiiS modernes qui nnl traité la question, croit devoir 
se réjiumer eu quelques lignes ei il conduit 

I* Que pour Gclaireir le point de t'ait du passafje des jllped par 
Annibal, il ne faut pas expliquer isclémeul te rfiit de Potybe, ou 
selui de Tile-Live, maia expliquer Ie3 deux récits l'un par l'autre, en 



:s les Cl 



ssible: 



ï-Qtt 


■en procéi 




l,et 


s-aidaul de 1 


a ïra 


isembb 


ihce poUf 


dicouvri 


r la vérité. 


ou lroU^ 


■eqn 


'Annibid a p:il 


se le Rhône, 


Je la rive 


droite à 


la Qau.he, 


. à moiti 


édis 


lunce de la me 


■retJ 


le J'I.ère, cesl-ii 


dir* prÈs 


de Roquei 


maure; 












3- Qn 


e de là, rei 


uonlant 




;uvB, il e« vei 


lu en 


quatr. 


i marches 


vers l'em! 


bouuhure < 


le l'hÈre 


1, en 


diï marcbel S 


1 l'enl 


irée dci 


1 Alpes, til 


«n quini. 


= marches 


à Iraveri 


Mes 


hautes montai; nés 


sur les lioiJs du 


Pfl, pris 


de Turin; 
















( 10; 

près observations, en l'accompagnant des indications 
pratiques qui peuvent être utiles aux touristes, et d*un 
croquis emprunté A la nouvelle édition de ma carte 
de Savoie* 

Description de la vallée de Beaujort. 

La vallée de Beaufort, située entre Albert-ville et 
Chamounix» occupe une superficie de A30 kilomètres 
carrés» dans un circuit de 77 kilomètres, en y compre- 

4* Que le calcul des marclicâ et des distances e«t tout à fait iiv- 
suffisant, si Ton prend le passage au mont Viso, et qu'il dépasse au 
contraire les bornes de oc qui est pos&iblc, si l'on suppose le passage 
par le Petit et le Grand Saint-Bernard; 

5* Qu*on ne peut donc cbercber le passage qu*aux Alpes Cot- 
tiennes,''c'est<*à-dire au mont Cenis ou au mont Genèvre; que de ces 
routes la première e>t naturelle, vraisemblable, probable peut-être 
à quelques égards, qu'elle a été indiquée par Napoléon, adoptée par 
MM. Lnrauza et deCazenux, mais qu'elle est, quoi qu'ils en disent, 
trop peu d'accord avec Pulybe, et trop en opposition avec Tite-Live 
dans plusieurs circonstances essentielles; 

6* Que, par une conséquence nécessaire, la route d'Annibal doit 
être placée au mont Gjenèvre, suivant l'opinion de d'Anville et de 
M, Letronne, mais qu'il faut auparavant lui faire réellement traverser 
le pays qu'ont habité les Tricastins, les Voconces et les Tricoriens, 
et qu'arrose la Durance; enfin, suivant l'opinion de Folard et du 
général Vaudoncourt, qu'après le mont Genèvre, Piiinéraire, au lieu 
de descendre dans le vallon de Suze ou de la Duria-Minor, doit se 
diriger par le col de Sestrières vers Fenestrelle et le vallon du Qu* 
sone, passer à Pignerol, et aboutir à Carignan; dans les plaines voi- 
sines du P6, près et en face de Turin. 

Tous les détails qui appuient de preuves diverses et nombreuses 
cette dernière conséquence, ont été mis sous les yeux du lecteur par 
M. le général Saint-Cyr Nugues. 

MM. de la Renaudière, Michelet et Durozoir ont aussi discuté le 
point du passage d'Annibal. O. L R. 



■ (17 ) 

^f nanl ses dépendances, les chaînes qui l'entourent el 
les cols par lesquels on les passe. Le chef-lieu, nonimé 
Sainl-Maxime-de-Beaufort, est à U lieues environ à 
l'E.-N.-E. d'Albcrt-vîlle; à co point convergent cinq 
vallées dont l'ensemble compose le pajs de Jîeauforî. 
Ce sonl : l' la vallùe d'IIauleluce, vi-nant d(i N.-E,; 
2° la vallùe de la Gîte, venant de l'E. ; 3° celle de 
Pontcellatuol ou Ponlcelamonl, venant du S. ; h' celles 
de Trécols, et 5' de Roselein , qui du S.-E. débou- 
chent dans la vallée de la Gîte. Chacune d'elles donne 
naissance à un cours d'eau particulier; laGiLe, au 
Doron; Pontcellamot, à V Argentine ; Hauteluce, au 
Doiinet ou Petit Doron; les deux autres donnent leurs 
noms aujc rivières qu'elles forment. Ces eaux abon- 
dantes et liinpidas, réunies dans le voisinage du chcf- 
lîeu, vont, ECUS le nom de Doron, grossir la rivière 
Arly, qui ne tarde pas à son tour à se déverser dans 
l'Isère, en aval d'Albert-villc et de Conflans. Une 
route fort modeste remonte le Doron depuis Albert- 
ville jusqu'au cbcf-lieu; dans toutes les autres direc- 
tions on ne pénètre dans ce pays que par des cols 
qui ne sont praticables qu'à jjied ou î'i mulet, et dont 
la hauteur approche et dépasse quelquefois 2 000 mè- 
tres. On en compte une douzaine. Ce sont: au S,-0., 
la Bàtia, qui tombe d'Arèche ;'ila Bàtia dans la vallée 
de l'Isère; — au S., la Louse et le Grand- Corinet. aux- 
quels M. le professeur Favre a trouvé une hauteur de 
2138 mètres et de 2Î39",6; ils descendent également 
de ta vallée de Pontcellamot dans celle de l'Isère en 

Iïarentaise. — Au N.-O., le col de la Leizette, haut de 
i 770 mètres, conduit, parN.-D. de Bellecomhe, de 
Flumet à Ilauleiacc. — Au N.-E., le col delà FentHre 
Vni. JUILLET. 2. 2 

I . I 'i M 



( >» ) 

et li; col Joly (1 076 inèlrcs) tniitliiiseiil indiiecleiiient 
à Chamoiinix jiiir le val lie Mimijoye, — A l'E. enfin, 
on pnul airivcr uu Cliopiii, ilnns la Tarenlaise, depuis 
BoËeteitn et lu Gtle, ]iar les cols de la Platle ou de U 
CroiT-ile-BiolInjr (ll}76 nièlres), el par celui de la 
Sauce. Coiiiiui: coiniiiuuicaliunb de l'une de ces vallées 
aux voisines, jf citerai le Ckar-de-Mmiliif^ne ou col de 
Boudin (voy. la carie), entre Arëcbe el Trèrols, haut 
de 1730 mèlies, el celui de l'exlrëiinlé du Plan-de- 
t'Eslau, que j'ai trou* é le plus élevé île tous (2 SS?"), 
I et qui, de l'exlrÉmilé supéiieure de la vallée de Haute- 

iuce, descend à la Clle. On \ arrive également depuis 
Roielein par un clieiiiin facile au travers de pàturap;es 
I moins ëK'vës que les autres passnges. Le plus dilFicile 

^^Ê de luii§ csl peul-élie le cul de la Sauce, et surtout Ir 

^^1 goi'^e ëtruile des C'nf^f, pnrlaquelle on y monte depuis 

^^B la Gltej mais aucun des cols de ces vallées ne pré- 

^^H sente de diHicullés ou de dangers dignes d'ëlre meii- 

^^H tionnée, il l'aut un jour eniicr de marche pour se 

^^V rendre de Saint-Mnxiiiie de-Beaurori àMoullera dans la 

^^H Tarenlaise, soit par le Granil-Cariitet, soit par le col de 

^^B la l.ouse ; quatre heures de Beaufort au Cliapiu, par le 

^^^ col de la Plalte ; une demi-journée pour passer de la 

^H partie supérieure de la vallée d'HaulcIuce.^ la Glle par 

^H lePlun-de-l'Ëstau ; du col July un peul, en une heure 

^^1 et demie de pénible ascension, escalader la cime du 

^^K mont Joly, huule de 2 56<i mètres, tandis qu'on des- 

^^H cend en une demi-heure à N.-D. de la Gorge el en 

^^H deux heures et demie àConlamin'S. Pour animer au col 

^^H de loLeizelle il faut quatre lieuros et demie de marche 

^^1 au travers de terres culti>ées et de pâturages inondés, 

^^^ et l'on descend en une heure du sommet à Hauteluce. 



eluce. 

J 



( 1» ) 

Aucune des sommités doot le pays de Beaufoit est 
dominé n'appartient ans p]tis hantes des Alpes: ce" 
pendant toutes se couvrent He neîpe de bonne heiira 
dans l'automne et ofTrent des foimps majestueuses. 
Ceci est paiticuiièreniPnt vrai de l'aipuille du Grand' 
fond el du Crest-tln-Ré (roi), dont je réserve l'ascen- 
sion pour la campagne de cet été. Le mont Joly, la 
poinle d'^ni/Ze ei l'aiguille de Bousselette prési'ntent 
au N.-E, des sommités aiguës en face du moiit Blanc. 
Le liait le jdus curieux peut être de l'orographie de 
ces vallées est le massif qui on forme le noyau et 
s'élève, sous le nom de Rochers des Enclaves, entre les 
vallées d'Hauteluce, de la Gîte et de Buaufort. Là 



se trouve un bas 



koliiaire doi 



es eaux emprison- 



F^s n'ont d'issue que par des voies souterraines et 
ton! tomber en magniliques et nombreuses cascades 
dans la sauvage vallée de la Gll^;. La pointe de iVaieaui 
s'élève à l'ouest, et les Itochers des Enclaves, à l'est de 
ce bassin, au centre duquel nn trouve les clialets 
d'Oulray ou d'Otrai. Tout ce massif est graniliquei 
j'y ai trouvé beaucoup de cristaux de quartz et des 
échantillons de fer et de cuivre sulfurés. Ce massif 
central est au^si formé de schistes lalqueux et j'y ai 
ïu del'aolhracile. Telle est en grande partie la forma- 
tion géologique des montagnes de Beauforl. De Flumet, 
on s'élève au col de la Leizette par des schistes mica- 
cés î le sommet du col présente des ai iloises à couches 
inclinées au S.-E, ; ces mêmes aidoises forment la 
crèle des montagnes jusqu'au col Joly, où elles plnn> 
gent dans la même direction. Les ardoises se retrou- 
vent encore au col liu Giand-Connet, mais plongeant 
BU N, , tandis qu'en approchant de ce col par la vallée 




(20) 

de Pontcellamoi on les voit plonger au S. Nulle part 
ce genre de formation ne prend un développement 
plus grand que dans cette vallée et dans le massif de 
montagnes qui la sépare de Tlsère à TO. Depuis 
Arèche jusqu'à Pelit-Cœur et Gevîns, oq voit de ma- 
gnifiques couches d'ardoises à grain fin et luisant, qui 
sont en plusieurs endroits un objet d'utile exploitation. 
J'en dirai autant de Tanthracite, dont Tcxploilation est 
déjà en activité du côté de Petit-Cœur; j'ai vu égale- 
ment un commencement de travaux auprès d'Arèche, 
dans la vallée de Ponlcellamot. Cette vallée est formée 
de schistes granitiques que l'on retrouve au S. du 
Cormet et de la vallée de Trécols, tandis que dans 
toute la vallée de la Glle jusqu'à Beautbrt, le Doron 
s'ouvre un passage dans une gorge profonde composée 
de schistes talqueux plongeant à l'E. et au S. 
. Chacune des vallées dont se compose le pays de 
Beaufort présente un caractère particulier ; le vallon 
de la Gîte est sans contredit le plus beau de tous. Le 
Doron naît à son extrémité orientale de la réunion 
de deux ruisseaux» dans une plaine gazonnée et un 
peu marécageuse, au pied des cols de la Sauce et du 
Plan-de-l'Estau ; l'un de ces ruisseaux s'échappe de 
la gorge élranglée et sauvage des Caçés, et forme une 
cascade à l'entrée de ces pâturages où s'élèvent les 
chalets de la Gite. En sortant de ces pâturages le Doron 
s'engage à l'O. dans une gorge profonde, qui se pro- 
longe, sur une longueur de 3 lieues, entre deux parois 
verticales de rochers. La rivière n'y forme qu'une 
cascade non interrompue, dans presque tout l'inter- 
valle. D'autres <:ascadcs tombent sur la rive droite de 
toute h hauteur des Rochers des Enclaves; et des 



(21 ) 

Bapins de haute luillc augmentent la teinte sombre de 
ce tableau pnriout où l'escarpement des rochers no 
Jeur interdit pas iVy prendre racine. Des défilés d'une 
magnillcenccëgalement sauvage conduisent le voya- 
geur de cette vallée dans celle de Roseleîn. 

La Tallée de Ponlcellamot présente dans sa partie 
inférieure, en soilnnt do IteauTort, une coupe plus 
ouverte. La terre cullivable y est en plus grande abon- 
dance et les forëls qui garnissent pitlovesqucmcnt les 
montagnes, dominent une succession de champs et 
de prairies dont l'aspect annonce la fertililé. Aussi les 
hameaux en tapissent les pentes et se groupent autour 
d'un assez grand villngc nommé Arèche. La rivière 
Argentine forme en ce point une jolie cascade, et les 
' Ardoises, ainsi que Tant liraci te, commencent à se mon- 
trer là où les roches paraissent h nu. Arèche est à 
1 028 mttiea nu-dessus de la incr, ou plus de 300 mé< 
I très au-dessus de Bcauforl, Ici on atteint par un seo- 
L lier escarpé le second degré de la valli^e, bassin où 
les forèls gagnent du terrain sur les cultures et où 
des pins gigantesques se dressent au bord des abhncs 
BU fond desquels l'Argerlinc tombe en cascades plus 
frcquenles. Le troisième cl dernier étage de la valloa 
n'est plus qu'un ampl^lhéûtrc de pAturagcs semés de 
cbalels, sans habitations fixas. Au centre on aperçoit 
la petite chapelle solitaire de Saint-Guérîo ou Ponl- 
cellamot, où j'eus le chagrin de briser mon baro- 
, mètre, mais que M. Fovie a trouvée de 1526 mètres 
au-dessus de la mer. En ce point se bifurquent les 
deux chemins du col de laLouse et duGrand-Cormet, 
au milieu de prairies et d'ardoises imbibées d'eau et 
dont la hauteur est la même (2 1 33 et 2 i39-°.6) d'upiès 





r 

I 



let 4f> i 



f 25 j 
les lueftiires de M. FuTie. Du liaut du Conuet ^^ 
eonlempla les monlngnea exceBsîvcment élevées et 
lei vastes f^laciers de la Maurienne et de la Tai -eiilaise; 
an voit à liur pieil la rîiUe vullée de l'isère, el l'on 
descend à Aixine, bourg où plus d'une aDlii|uité 
indique l'aocien eiiiplac émeut d'jixima ou forum 
Claudii, 

La vallée d'Hautel uce est la plus ouverte e| la moins 
sauvage du pays do lleaufoit; uiuiiis boisée <[ue les 
précëdintes, elIt: est |>lufi liante et plus lertlle; la cul- 
ture du froment et du cbanvre y est possible, el les 
bois n'y %uicnt ((ue comme le couronnement des 
penles cultivées. Les vaclies y sont jolies et de petite 
taille, et les moulons donnent une laine de bonne 
qualité, A l'Ë. d'Hiiuteluce, la pente droite de la vallée 
se homme la Montagne-dela-BueVe, et la pente oppo- 
sée, la Coinbe-de-Hevers. La riviète Dvrinet, ou Petit 
Doron, naît dans la Coinbe-h-Dian, gorge aride do- 
minée par l'aiguille ftuusselette,et par les deux cols dç 
laFenëlie etdn Plan-de-l'lisiau. Le Uurinel lonibo par 
une cascade de celte combe dans la vallée d'Hiiuteluce, 
où il reçoit immédiatement les eaux d'une seconds 
cascade provenant d«s eaux du lac de la Girolta. J'uî 
visité ce lac alpin élevé de 1.713 mètres, en partis 
entouré de p&lurag<!s et en partie encaissé de parois 
de roches, tellument sombres, que ses eaux, naturelle* 
ment limpides el d'un bleu foncé, en reçoivent presque 
sur toute la surface du bassin une teinte violette el 
même noire. J'ai trouvé ces eaux à la température de 
IS" 1/2 centigr,, l'air étant à 10° ceniigr. le 15 sep- 
tembre 1853, à dix heures du matin. De temps en 
tamps un canard sauvage vient «n diminuer la soliluds. 




( •■ 



) 



I 



Ce lac il, du coté du nord, un écoulement, qui. rl'un 
saut do plusieurs conlaint'S i!e inèlres, totnl»? le long 
d'effroyables escarpemenls d;inB la Coinbe-tle-Revers, 
pù il se joint aux eaux du Diirinct. 

On ïoil au N.-O. du bourg île SaiDt-Mnxime un lerlre 
en forme de pain de sucre, présentant les ruînoa de deux 
tours rondes et d'une tour carrée, seules (races de la 
féodalité que ce pays ail conservées. Le pnys de Beau- 
fort fil, de temps imméujorial, parlii?dLi domaine tem- 
porel des anciens archevêques de In Tareiitaise. C'est 
A ces prélats qu'était réservé l'homniiige féodal, lors- 
qu'en 1220 les princes de la maison de Genève y 
Acquirent quelqiirs droits; l'acte qui en fut passé à 
Alton, le 31 juillet de la inéaie année, porte que le 
comte de Genevois s'engageait, en oulre. envers le pré- 
lat, à une redevance de deux prussi'S li'uiles. TiRitefoia 
il existait simultanément une fauiille féodale de sei- 
gneurs de Beauforl. Béatrix, dernière baronne de 
Faucigny,achala, par contrat des cnlendos d'avril 1271, 
tous les droits des anciens seigneurs de Beaufurt dans 
celte vallée, l'éri^ea en baronnic et l'incorpora â celle 
de Fancigny, dont elle suivit dès liu's la fortune, et en 
particulier, lorsqu'au milieu du xiv* siècle, ces pays 
furent cédés au cuuite de Savoie par ledaupUin Charles 
de France. 

Lorsque le roi Henri IV, en guerre contre Charles 
Emmiinuel 1", voulut s'assurer que ce duc ne poiurait 
pas venir, par la voie du Petit Saint-Bernard, inter- 
rompre le blocus de la forteresse de Montmélian, il 
arriva à Saint-Masime le 10 oulobre 1(500, « suivi, dit 
un registre de cette paroisse, d'un grand nombre de 
gens d'armerie. » Le 11 il alla visiter le Pas-du-Cormet ; 




(24) 

la neige qui lonibail le força de se mellre ù couvert 
contre un rocher pour dlncr; le 12 il partit. 

Il n'y a, comme nous Tavons vu, qu'une partie des 
vallées de Beaufort oii lagriculture soit praticable; 
mais il existe de belles forets que Ton exploite au 
moyen d'un grand nombre de moulins à scies, mises 
en mouvement par les cours d'eau. Le chef-lieu en 
possède plusieurs. Les habitants sont laborieux, actifs 
et sobres; leur extérieur annonce la santé, rintelli« 
gence; les femmes ne sont pas dépourvues de beauté, 
et leur coiffure ne manque pas d'élégance. Leur plus 
grande ressource est l'éducation des bestiaux dans 
leurs pâturages élevés; celle de mulets superbes, noirs 
et d'un poil luisant; et la fabrication de fromages façon 
gruyère qui sont vendus en Piémont ou échangés 
contre du riz et du sel. Malgré les travaux auxquels 
les montagnards sont astreiiîts, par la fréquence des 
débordements de leurs torrents, Tétat des communi- 
cations est détestable. 



{ 25 ) 
POPULATION 

DE L'ILE MAURICE ET DE SES DÉPENDANCES. 

BBCENSBMBNT DV 20 NOVEMbIrb 1B51. 

1 • c ■ 

[Communiqué par M. Eugène de Frobcrville.) 



ILE SIACRICE. 

Population attachée nu sol : d^origine européenne 

ou libre 5i 497 

Affranchis. . 48 330 

Indiens 77 996 

'• — 180823 

Militaires 1 62& 

Marins • 1 169 

Total. ... 183506 

Le chiffre de la population, en août 1846» était de 
161 089. L'augmentation provient exclusivement des 
travailleurs qui ont été introduits de Tlnde dans l'in- 
tervalle des deux recensements. 

La population du Port-Louis est de A9 909habé» 
non compris la garnison. 

Le rapport entre le nombre d'hommes et de femmes 
est comme suit : 

Hommes. Femmei. 

D'origine européenne ou libre. 52 A8 

Affranchis. . • . • • 56 A5 

Indiens. 80 20 



( W) 
Classification var religions. 

D*oriftn0 
•a llbr«. 

Anglicans. •,.... 092 267 5 OOi 

Presbytériens 69 2 71 

Indépendants, . . , • M>2 529 11 032 
Protestants (non dé- 
signés) 2 821 1112 61 3 88i 

Catholiques romains. 47 758 A2 283 8 529 93 561 
Chrétiens (non dési- 
gnés) A89 2AA 819 1052 

Maboinétans 182 16 11389 11587 

Hindous 10 12 38 816 48^38 

Bouddhistes 663 6 572 1 2H 

Autres 110 88 4 289 3 487 

Non baptisés. .... 896 2 223 1 099 3 178 
Croyances non dé- • 

«ignées 805 1608 7 925 10 338 

: IXuSÉyehêlleê. 6 811 (Mahé, Tlle prineipale, S 641). 
"^ llêê jimirantes^ SO. — Archipel au N,-E. de Mada^' 
gascar^ 61. — Archipel de Chagos, 884. — Rodriguês, 
^96. ^ QaUga. 242. <- Coitivy. 28. Total. • 8 001. 



Classification par religions» 

Catholiques romains 2 94!^ 

Prote^laqts 1 314 

Non bfi|^tisés. . « » , ^ • <. , • 9 717 

B. V* 



\ . » < 



( 27 , 

napporta, Extrait* «l'on- 
vrages, Mélanges, eto. 



RAPPORT 

ntÉSEHTi K l'eMPEUEUR sur la situation DB l'iLCÂBIB 

EK 1853, 

PAU H. LE UAHËCHAL VAILLANT , HTHISTBB SB LA fiCBIlBR. 

CAnaljïe pur M. ALBEnT-MnsiÉMONT, meinbra 
de la Commission centrale.} 



Ce rapport, qui ofTie un résumé succinct rie l'his- 
toire mililaire, adminiRlriilive, commerciale, indus* 
trielle et agricole de l'Algérie pendant l'année 1853, 
est précéda de (joelqurs mots sur les obstacles qu'on 
a dû vaincre pour atteindre le but qu'on s'i^lait proposé. 

La prise de possession de l'AIfîérie pnr la France 
date de ltS30. On pourrnit s'élonner que, dans une 
période de vingi-qnalre ans, ta colonisation ne se soit 
encore établie que sur de petit! espaces, eu égard h 
l'étendue d'un pays qui compte 250 lieues de côtes; 
mais il ne faut pas oublier que de 1830 à 1839, il n'y 
avait pas eu de parti ]ins reUitivement à l'Algérie. Les 
uns voulaient l'abandon pur et simple ; d'autrei 
l'abandon déguisé sous forme d'occupation restreinte. 
Quant à ceux qui demaiidai<>nt la domination, ils ne 
savaient uième pas quel système adopter pour l'éla- 
blir. En Iti^O, nous ne possédions encore que quel- 
ques villes, et notre autorité ne dépassait pas le lieu où 
t'étaient «rrAtéei aoi eolonn«8. G« fut alors MuleuMnt 




ileuMnt J 



L 



C 28) 1 

que s'ouvrit la conquête de l'Algérie, et elle ne fut 
achevée qu'en lS/i7 par la dûfaito et la soumisaloa 
d'Abil-el-Kader. 

A partir de ce niomenl, l'Algérie commençait l'ère 
du travail et de la féconclUé. Aussi l'année 18â8 allait 
donner h la colonie un rapide dévclo|ipeinent, si la 
révoliilion do février, qui ébranla si violemment la 
France, n'eût fait sentir son contre-coup au rivage 
erricain, où la vie ne devait revenir qu'en 1851. 

Le rapport que nous analysons indique les divers 
progrés accotiiplis par l'occupnlion militaire, les amé- 
liorations apportées dans la condition des Européens, 
les Iravaux effectués, elles résultats obtenus au point 
dû vue de la culture et du commerce, ces deux grandes 
sources de la licliesso des nations. 

Dans les expéditions utilitaires de 1853, on dislingae 1 
celle du sud et celle des Babors. Pour comprendre la ] 
première, il importe de se rendre compte de la topo- 
graphie n^ëmc du pays. 

L'Algérie, prise dans son ensemble, depuis la mer, 
au nord, jusqu'au désert proprement dit, se partage, 
sous le l'apport du sol et du eamelère des habitants, 
en deux portions bien cUslinctcs, le Tell et le Sahara. 

Le Tell, le pays de la culture et des ruisseaux, com- 
prend, à partir de la mer, une profondeur qui varie 
de 160 -d 280 kiloniélres ; au delà est la ligne de par- 
tage des eaux, puis le Sahara algérien, c'est-à-dire 
cette partie du Sahara qui, placée en arrière du Tell, 
doit être nécessairement soumise au même pouvoir. 
Lagbouat au centre, Géry ville <t l'ouest, Biskra à l'est, 
marquent les pointa extrêmes de la limite. Plus loin 
s'ouvre la région des oasis, transition entre la terre 



( 29 ) 



[qui 



sans élre cultivabh 



produit encore certaines 



piaules, et l'imniensilè nue, aride eldéserle, 

Pour ossiirer notre ilomlnnlion sur le Tell, une pre- 
mière ligne de postes avancés fut établie sur la lisière. 
On dut sqngcr ensuite à protéger en arrière. Pendant 
que le Xcll était tranquille, des agitateurs traTaîllalcnt 
le Sahara, et il fallait des expéditions pour chùtiei' les 
tribus relielies, comme on le fit à Zaalcha et à Bou- 
Saàda, pour arriver bienlât à la prise de possession 
de Lagliouat. 

L'impression que cette mesure produisit fut consir 
dérable. Aln-Madhi, la cité sainte, qui atait si long- 
temps tenu en échec Abd-el-Kador, ouvrit d'elle-même 
SCS portes, et les tribus s'empressèrent de se sou- 
mettre. Cependant te chef de l'insurrection, échappé 
au désastre de Laghoual, s'était réfugié avec quelques 
partisans à Ouargla, à sept journées dans le sud-est. 
Il crut pouvoir, de ce point reculé, inquiéter noi 
avant-posles, placés eux-mêmes à plus de 300 kilo 
mètres du Tell. Il fut hicnlût traqué et mis en pleine 
déroute, réduit à chercher un asile dans les oasis qui 
dépendent de la régence de Tunis. 

Cette déroule amena la souniissîoD du chef de Toug- 
gourt, qui ne se croyait plus eii sûreté dans sa ville, 
Ce résultat permit de rejeter la guerre à la limite 
même du désert, et depuis lors, le Tell jouit d'une 
complète tranquillité. 

Ce point étant pacifié, nos troupes ont fait la caoï- 
pagncdesBabors, dans cette partie de la Kabylic située 
entre Bougie et Djidjelli. Celte campagne, habilement 
ixécutée, a aussi amené la soumission des tribus ré- 
^Icîlranles , sauf quelques-unes réfugiées dans la 




pirtie Ja plus abrupte des montagnes, et où le ftouv( 
nour ^^néral do l'Algérie a récemment puvté no^É 



t rendi 



aimes vicloneusos. 

Notre duniiiinlion 
trée de l'impôt et 
tions. La population ai 
pldsfraocliemciil dans 
ri«lle3, et l'agricultuie 



ai rrconniie a permis la i 

I la sécurité aux communîca- 
Ijl' s'est d'elle-iliêdio enfçagée 

II voie de» aiiiéliaruliuns maté* 
l'e.st bii-nlôl ros-eiitie de celU 



heui'euse leiidancei les culUiivs se sont pertecliontiéet, 
les planliitiniis d'ai'bres et du tubac atigtiieiilées, etl 
premiers résiil tilts dunni^s par te coton ont aussi accrn' 
le nombre des demandes de graines de la part del 
Arabes. 

Les divers territoires militaires sont maintenant ré- 
gis par les mêmes lois et les mëtiies règlements que 
les lerriliilres ciïils. Les premiers pai>s>'nt successive- 
ment de la ïone militaire à la lone civile, au fur et à 
mesure i^ue la population européenne, se ^roujiant de 
plus en plus sur un point donné, justirie par son 
extension la d^'penae qu'enlratne l'atitorité cîvije. Une 
cour d'appel, 6 tribunaux de première instance, 
19 justices de paix, 6 commissariats civils, réunissant, 
h leurs attributions administratives, les Tonclions de 
jnj^es de pais, composent aujourd'hui l'ensemble de 
l'oi-panisation judiriaire de l'Algérie, indépendam- 
ment des commandants de place qui rendent Injustice 
dans nos postes avancés. 

Quelques institutions de bienfaisance ont été éta- 
blies sous l'inspiration des besoins spéciaux. Un mont- 
de-piété est créé à Alger, afin d'j extirper l'usure qui 
s'y pratiquait d'une manière effrénée. Un décret a doté 
le pays de caifises de secoui's muluets, puis d'asile* 



n 



put» u aaue» m 



' pour l'urplielir 



(51 ) 
a constitué des luunicip: 



ilUéa 



I 
I 



Douvfïtles dans les trois dépaclemcnts d'Alger, Oran et 
Cunstaiititie j on a créé de nouvelles roules, «établi des 
usines et des télégraphes, tandis qu'on umèltorait les 
ports. 

On sait que l'Algérie fut jadis appelée le grenier da 
Rome, AujuLird'Iiui la Terlilité de cette ïiiste contrée a 
permis d'en tirer pour la France d'énormes quantités 
de céréales. Les tabacs algériens éclipsent déj.^ ceux 
d'Egypte el de Grèce ; les tabacs de Hongrie ont un 
goût moins agréable, c^ux de Kentucky ne sont ni plus 
fins ni plus combustibles, et ceux du Maryland ont un 
défaut d'élasticité et un goût d'amertume que n'ont 
point les tabacs d'Algérie. Ainsi, la France trouve à 
ses portes des tabacs prélérabics à ceux de Hongrie et 
d'Amérique. 

D'autrfS éléments de rîcbcsse seront également tirés 
de notre colonie d'Afrique; l'industrie séricicole y fait 
déjà de grands progrès, ainsi que la culture de la ga- 
rance, du colon et l'éducation de la coclienille. Le 
commerce des huiles, dus laines et des peaux brutes 
y a pris une notable extension. Il en est de même de 
l'industrie métallurgique, cuivre do Mouxuia et de 
Tenès, mines de l'er de l'Alelik, plomb du ituuiareaU 
et de Sètif. etc. Lu pèche du corail se continue dans 
les parages de Boue et de la Calle. ËnCn, le domaine 
forestier de l'Algérie comprend plus d'un million 
d'hectares, el celle belle contrée, qui est dëliiiilivcmcnt 
sortie de la période des essais, pourra un jour devenir 
l'Inde de la France. 



(82) 
LETTRE 

DB M. LE COMTE d'bSCATEAG k U. LE PRÉSIDENT 
DE LÀ COMMISSION CENTRALE. 



Beyrout, 5 juillet i354* 

Monsieur le Président, 

Je viens de lire dans le Bulletin de mars et avril une 
lettre de M. A. Petermann sous h date du 25 mars 
185A. Ce savant nous fait part dans cette lettre de 
l'heureuse arrivée du docteur Barlh à Tenboctou (l). 

Je ferai au sujet de cotte lettre deux observations. 

La première est relative à la latitude assignée par le 
docteur Barth a la ville de Tenboctou , qu'il place a 
quelques minutes au nord du 18* parallèle, tandis 
qu'elle dépasse rarement le 16« parallèle sur les cartes 
les plus récentes (2). 

J*ai toujours pensé, quant à moi» que Tenboctou 
devait être placée plus au nord. Dans un travail pu- 
blié il y a quelques, mois» voici comment je m'expri- 
mais à ce sujet : 

a S'il est bien établi qu'une ville ( telle que Ten- 
boctou) ne reçoit pas de pluies, elle ne doit pas, sur 
nos cartes, être placée plus au sud que le 17', ou tout 

(i) Nous aTODS dëjà dit que Torthographe Tombouctou est plus 
employée, et que celle de Tenboctou (ou Ten-'boktou) ^ dont se sert 
ici M, d'Escayrac, est probablement la meilleure. E. C. 

(2) Voyez dans le Bulletin de mai i854, p.' 354 ^^ siiiv., la latitude 
donnée par le docteur Barlh, des reflexions de M. Jomard relatives 
à la situation de Tombouctou. 



( 83) 



Itm plu: 



'. 16- 



par 



illèle. 



(Le D.'s 



■ Sniiilnt 



page tH , lig. 

Je me basais, en émcttaiil cotlc opinion, sur un fiiit 
qui est du tloinaino de la géof^rapliie pliysiqiie, el qui 
me parait èlre parfaî terne nt élabli, à savoir (|ue les 
pluies estivales du Soudan ne dépassent nulle part au 
nord le 17' parallèle, el ne présentent déjà que peu de 
fréquence sous la lli". 

Cependant le Kouara, dans le voisinage de Kabra, 
reçoit quelques pluies d'après le docteur Barth; elles 
ne tombent que de deux ou trois jours l'un, et ne sont 
pas très abondantes ; elles se présentent surtout vers 
le mois de septembre (c'ost-ii-dire vers la fin de l'iù- 
vernage). Ces cariiclèros sont exactement ceux que 

I présentent les pluies estivales entre les 16* et 17° pa- 
rallèles nord. On pourrait cependant admettre que 
Kabra se trouve au-dessus do ce dernier parallèle, ou 
au moins daus son voisinage immédiat, en considérant 
que les nuages amenés dans cette saison par les vents 
de sud-ouest doivent suivre le cours supérieur du 
Niger, et peuvent être entraînés un peu au delà de la 
limite normale par les courants d'air qui se meuvent 
nécessairement au-dessus de la vallée de ce fleuve. Cette 
action des eaux sur l'atmosphère se manifeste d'une ma- 
nière appiéciable à la surface de tous les cours d'eau. 
Peul-êire cependant la latitude de Tenboctou, el 
par suite celle de Kabra , sont-etles portées un peu 
trop haut par le docteur BartUf c'est ceque la cunnais- 
sance des éléments de son calcul, nous permettra 



appr 



écier ultérieurement. 11 nous est toutefois lier 



I mis de considérer la latilud* de Tenboclou comme 
\ égale au moins à 17" 30'. 



( U) 

Celte première observation me coiuluit à en faire 
une seconde. 

Tenboctou est plus près de nos frontières que nous 
ne le supposions : il n*y a pas de Laghouat à Tenboc- 
tou plus de 1 000 milles de 60 au degré, distance que 
de bons dromadaires peuvent parcourir en trente ou 
trente-cinq jours, les jours d'arrêt et de repos compris. 
La France cependant semble oublier entièrement un 
objet digne de tout son intérêt, rétablissement de 
rapports commerciaux entre le Soudan et TAlgérie (1); 
elle n'a que quelques pas à faire et ne les fait pas» 
tandis que l'Angleterre, réduite à suivre une route 
difficile et longue, fait preuve d'une persévérance sans 
égale. Depuis le lac Tcbad seulement, le docteur 
Barth a parcouru près de 2 000 milles pour arriver à 
Tenboctou , et ce n'est guère là que la moitié de son 
voyage. Une telle persévérance devait être couronnée 
de succès : c'est ce qui est arrivé. Désormais, les An* 
giais sont admis à trafiquer avec Tenboctou, dont ilg 
monopoliseront bientôt les échanges, soit par la route 
de Tripoli, soit par celle de Mogador, soit par les 
bouches du Kouara^ ce qui me semble plus probable. 

Veuillez agréer, 

Monsieur le président, 

l'expression de la profonde considération àtec 
laquelle j'ai l'honneur d'être 

Votre très humble et obéissant serviteur, 
C*" d'Esgayrag de Lauturb , 

Membre de la Commission centrale. 
(i) Voyez le Bulletin de mai 1854) page 358. 



(35 ) 



ÉDUCATION PUBLIQUE EN ANGLETERRE. 

D'AFIlkS UN RAPPORT ADRESSE, W. \Z JUILLKT 185d, 1 
U. LE UIMSTHl'. DK l.'lNSTRVCTJOK PliBLIQUr ET DBS 
CULTtS PAIt M. MILNK KDWAnUS, DOYEN l)L LA FACULTi 
DES SCIENCES DB PARIS, CHAnct s'u 
AHGLETEHnE. 



L'Angleterre possùdo aujourd'hui plus de ^â 000 



jrdinuires, dunt 15 500 sont entretien 



toEalité ou en 



I l'ciidc des d, 



mers publics 



I 



ou de liom voionLaii'es, et ilonl 30 500 appartieiini 
complètement à rioduatrie privée. A côté de ces 
établîsaemenls, où un enseignement plus uu inuios 
élëinenlaire se donne ubaque jour à 214^000 en- 
fants, on a ouvert aussi, pour les classes ouviières, 
23 500 écoles du dimanclie , qui sont suivies par 
2A0OOO0 enfants, et 1 500 écoles du soir, qui reçoi- 
vent environ AO 000 adultes. En ISôl, époque à la- 
quelle ces documents oui été recueillis, la jiopulation 
de l'Angleterre s'élevait à 17 927 605 âmes. J.i'S beaux 
travaux de statistique exécutés à l'occasion du dernier 
recensemi^nt montrent que le nombre total des en- 
fants âgés de (rois à quinze ans constitue environ 
Jes 2/7" de la population totale, et peut être évalué à 
environ 4 900 000. On voit donc que les cufants, com- 
plùteraent privés des bénéfices d'une éducation sco- 
laire quelconque, nu constituent pas J/10° de cette 
portion du peuple anglais; mais que, pour plus de la 
moitié des enfants qui fréquentent les écoles, l'ensei- 
gnement, même le plus élémentaire, doit être fort 




( M) 
imumiAvX, puisfiiron n'y consacre qu'une petite partie 
fJ'iin sriil (Ion jours ilc la semaine. Si Ton compare i 
la piipuliition lolalo c)o TAngloicrrc le nombre des eo- 
fafilfi rpii rcçoivonl dans les écoles une instmcUon 
riiitiliilionnc, on \oit qu'il correspond à environ 12 
pour 100 dos liobilants. I.n plupart des écoles admet* 
If-nl n la fois des enfanis dos deux sexes, etlesgar- 
r;oiiH y ligni'ont don$ la proportion dVnviron IS pour 
Il nllns. 

La iIuiVo ntoyonnr de la présence des enfants dans 
|f*ii I Infinon ainM ct««l>iifs parait èlrc d'cnTiron quatrs 
nnn U%)\f^ f|n;trla, <i il riSultc di-s nnseignements rt- 
fUff'illin par {'«'««IminiMiaiion que, dans la plupart de 
vvn i^rolod, ronsoicnonu-ni est des plus clénienlainSk 
Alitai Rur ÏOO p.^iwm : 

MM f)ppi*onn« ni ■' lirr, 

iV) A 1^ \ iro. 

fti^ i\ roniptor, 

V7 l'hidirnt la g ran«mairc Rnçl»ts<:. 

h li*^ lAn^llo^ anoTonnrs. 
W U'tK niaih^maiioiies. 

10 In tnn^iquo. 

I !• ui«n\lMN^ i)o«> ^^otiK normale» destinées à 
iti '• iii-htntrnr*^ n Ivnnoour aucroentL- d^Niis 
•tiiiii'i'* i<n m ronip!« pMioiirr'hui AO, qui, 
Il iiii ' ii«-«M\t'i't ('i^ 5>p!'^.'ntwkn< de ]*EItat «t elles 



{ 37) 
EXTRAIT 

d'un rapport a l'empereur» ADRBSSJÎ, le 16 JUIN 186A, 
PAR M. LE MARÉCHAL VAILLANT, AU SUJET DE LA 
CRÉATION DE PLUSIEURS COMMUNES DE PLEIN EXERCICE 
DANS l' ALGÉRIE. 



Sire, il entre dans les vues de votre gouvernement 
de donner à l'organisation municipale en Algérie tout 
le développement que permet et comporte Tétat de la 
population civile dans ce pays 

La crainle de compromettre une œuvre aussi im- 
portante par des mesures prématurées a longtemps 
fait hésiter l'administration devant l'application de ses 
propres doctrines, et lui a toujours imposé la plus 
grande réserve dans ses propositions d'organisation 
municipale. * 

Je ne m'écarte point. Sire, de ces errements de pru- 
dence et de circonspection, en venant vous proposer 
de porter presque au double le nombre de municipa- 
lités qui existent aujourd'hui en Algérie, et d'ériger 
en communes de plein exercice neuf villes dont cette 
mesure va consacrer l'importance politique et agran- 
dir le rôle dans l'œuvre de la colonisation algérienne. 

Voici les noms de ces villes : 

Dans la province d'Alger: 

Médéah , 
Milianah , 
Cherchell , 
Tenez; 



(88) 

Dans la province d*Oran : 
Mascara , 
Tlemcen ; 
Dans la province de Constantine : 
Bougie , 
Sétif, 
Guelma. 
Ferme Itez-moi, Sîre, de vous exposer sommaire- 
ment les titres de ces villes à Texistence municipale, 
et de vous faire connaître en même temps les bases 
et les traits essentiels de l'organisation que je propose 
de leur donner. 

!• Commune de Médéah. 

Grâce à sa position avancée dans la région du Tell, 
sur la route la plus directe qui relie le port d'Alger 
au Sahara» la ville de Médéah a toujours joui d'une 
grande importance politique et commerciale. Sous la 
domination turque, elle était la capitale du beylik de 
Titery. 

Médéah est le chef-lieu d'une subdivision militaire. 
L'administration civile y date de 1850, époque de l'in- 
stitution du commissariat civil; une justice de paix y 
avait déjà été créée Tannée précédente. 

Cette ville possède un marché très fréquenté, où 
les indigènes apportent en abondance les divers pro- 
duits du pays en laines, céréales et bestiaux. La 
population coloniale y a trouvé un sol et un climat 
propices à la culture de la vigne, et elle s'est empres- 
sée de les mettre à profit. Les vins de Médéah ont déjà 
acquis une renommée qui contribuera h la richesse 
du pays. 



( 89 ) 

La circonspection du district formera celle de la 
commune, qui comprendra dès lors, comme sections 
ou annexes rurales, les colonies agricoles de Damiette 
et de Lodif ainsi que le centre de Mouzaïa^les-Mines. 

La population fixe de la commune et de ses an- 
nexes s'élève en ce moment à 7 200 habitants, dont 
la répartition, en raison de l'origine, s'établit ainsi 
qu'il suit : 

Français. 2 040 

Européens A20 

Indigènes musulmans. ... 3 950 

Id. israéliles 790 

Total. . . 7 200 

2. Commune de Milianah. 

Milianah est une ville d'origine romaine; des ruines 
imposantes attestent son antique prospérité. Assise à 
mi-côte, sur un contre-fort du Zakkar, elle commande 
la vallée du Chélif et doit à cette position une grande 
importance stratégique ; aussi a-t-elle été choisie 
comme centre d'un commandement militaire supé- 
rieur : c'est là qu'est le quartier général de l'une des 
subdivisions de la province d'Alger. 

Un commissariat civil y a été institué en 1860. 

La fertilité de son territoire, l'un des plus abondam- 
ment arrosés de l'Algérie, son marché arabe, son in- 
dustrie minotière que favorise la multiplicité des chutes 
d'eau , sont pour Milianah des sources certaines et 
permanentes de prospérité. 

La circonscription de la commune est celle du dis- 
trict, et comprendra comme section la colonie agri- 



(40) 

cole à' JJfre\^iUe ^ fondée sur l'emplacement d'une 
ancienne colonie romaine qui florissait à Tombre de 
l'antique cité. C'est ainsi que, sur presque tous les 
points de TAIgéiie , la civilisation française ne fait 
que reprendre, en quelque sorte, à de longs siècles 
d'intervalle, l'œuvre interrompue de la civilisation 
romaine. 

La population fixe de Milianali et de son annexe 
dépasse A 600 habitants, classés ainsi qu'il suit: 

Français 950 

Européens 5A0 

Indigènes musulmans. ... 2 630 

Id. Israélites Ô20 

Total. . . ûôâO 

3. Commune de CherchelL 

Cherchell, qui, comme tant de villes maritimes de 
celle côte, doit su première fondation aux Carthagi- 
nois, a été, sous le nom de JiiUa Cœsavea, la capitale 
de la Mauritanie Césarienne. Une aussi haute destinée 
ne sera point celle de la ville française succédant à la 
ville arabe ; mais elle ne s'engourdira point comme 
celle-ci dans l'incîolence et la misère, sur les nom- 
breux débris d'une époque de richesse et de prospé- 
rité. Son port, déblayé et restauré, appelle de nouveau 
l'activité commerciale et la spéculation ; car Cherchell 
est nécessairement le débouché maritime des produits 
agricoles de l'ouesl de la Mllidja et du district de 
Milianah. 

Cette ville possèdo un marché où se traitent, deux 



(41 ) 

fois pat' semaine, des affaires assez importantes en 
besliaui, lainGs et céréales. 

Le commissariat civil de Chercbcll, érigé en ISâlt 
comprend dans son district les colonies agricoles de 
Novi et do Zurich. 

La circonscription du district formera celle de la 
commune, dont les deus colonies ci-dessus désignées 
composeront des sections rurales. 

La population fixe de Cliercliell et de ses annexes 
dépasse 3 000 hahîlanis, conformément aux distinc- 
tions suivantes : 

Français 1 550 

Européens 350 

Indigènes musulnaaas. ... 1 âôO 

Total, . . 3 050 



h. Commune lie Teiies, 

Sur remplacement de la cité romaine de Cartena 
Coloiiin, aune petite distance de la ville arabe de Te/ie^, 
s'est élovcc depuis 18^3 la ville actuelle que, pour la 
distinguer de sa voisine, on a nommée le Noiweau- 
Tenez, ville toute française que sa belle position mari- 
time au débouclic de la vallée de Cbélif, et les gtics 
métallurgiques dont elle est entourée, doivent Faire 
jjrandir rapidement en population et en richesse. 

Tenez est aujourd'hui le chef-lieu d'un district admi- 
nistré par un commissaire civil, et la résidence d'un 
juge de paix. 

La circunscriplion communale, qui sera la même 
que celle du district, comprendra : 

1° Le yieux-Teiicz , jadis capitale d'un petit royaume, 




(42) 
réduite à l'état de pauvre bourgade depuis qu'elle fut 
conquise et à peu près détruite par les frères Barbe* 
rousse, fondateurs de la domination turque dans ce 
pays. 

2® Montenotte, colonie agricole de 1818, dont l'ave- 
nir est doublement garanti par la fertilité du sol et 
par le voisinage des mines de cuivre de rOued-Allelab* 

La population fixe de Tenez et de ses annexes dér 
passe 3 000 habitants, qui se divisent ainsi qu'il suit : 

Français 1200 

Européens. . . • • 650 

Indigènes musulmans. ... 1 150 

Israélites 30 

Total. . . 3 030 

5. Commune de Mascara, 

Mascara, au temps de la régence d'Alger, était la 
capitale d'un beyiîk. De nos jours, avant et depuis le 
traité de la Tafna jusqu'en 18A1, elle fut le centre du 
gouvernement de Témir Abd-el-Kader. C'est aujour* 
d'hui le chef-lieu de l'une des subdivisions militaires 
de la province d'Oran et d'un district administré par 
un commissaire civil. 

Mascara, par son assiette, domine ia vaste et fertile 
plaine d'Eghris. Indépendamment de l'importance 
politique et militaire qu'il doit à cette position, la na« 
ture l'a doté d'un grand avenir comme centre com« 
mercial et industriel. Le sol et le climat y sont égale- 
ment favorables à la culture des céréales, du tabac, de 
la vigne et de l'olivier. Ses fabriques de burnous noirs 
et de tapis de Kalaà ont une grande renommée dans 



(13) 
tout le Miigliriab. Il s'y lient, Irois fois par sotnaine, un 
des plus considérables marchés A<i la province de 
l'ouest. 



nd les 



i doivent relier Mascara aux 



ports d'Oran el de Moslaganem, d'une part, avec plu- 
sieurs grands centres de l'intérieur, d'autre part, seront 
actievées, sa pi'ospériti^ sera aus^î rapide que certaine, 
La circonscription du district formera celle de la 
commune, qui aura pour annexes ou sections les 
villages agricoles de Saint-jintlré et de Saint-Hippolyte. 
La population fixe de Mascara et de ses annexes dé- 
asse 6 lOOliabitants et se décompose ainsi qu'il suit: 

Français 1 ûâO 

Européens 640 

Indigènes musulmans. ... 3 500 
Id. israéliles 560 

Tolal. . . 61A0 



6. Commune de Tleincen. 

Élevée sur les ruines d'une ancienne colonie ro- 
maine, Tlemcen a été ilorissiinle sous les dynasties 
arabes el lierbères. Elle élail alors la capitale d'un 
royaume qui comptait plus de 600 kilomètres de côtes, 
depuis l'emlioucliuro de la Tafna jusqu'au port de 
Djidjolli. Les histoires arabes disent des uierveilles de 
ses palais, de ses mosquées, de ses grandes écoles. 

Ides caravanes de ses marchands au pays des dattes 
et de l'or. Elle conserve assez de vestiges de sa splen- 
deur passée pour attester la véracité des récils qui 
la peuplent de plus de 100 000 âmes au temps de sa 
prospérité. 
Tlemcen est aujourd'hui le chef-lieu d'une subdi- 



(M ) 

vision militaire de la province d'Oran. Comme insti* 
talions civiles, elle ne possède encore qu'un com* 
missarial civil et une justice de paix, mais elle verra 
bientôt s'agrandir sa juridiction administrative et 
judiciaire. 

Placée comme en vedette au sommet du bassin de 
la Tafna, à proximité des frontières du Maroc, Tlemcen 
aura toujours une haute importance politique et mi- 
litaire. Cette position n'est pas moins favorable à son 
existence industrielle et commerciale; elle lui doit 
d'avoir toujours été un des plus grands marchés de la 
région du Tell. C'est là que viennent affluer les laines 
et les céréales des tribus du sud-ouest, aussi bien que 
les marchandises apportées par les caravanes qui font 
la traite avec le Maroc. 

Des tanneries, des fabriques de haiks et de burnous 
y soutiennent la vieille renommée de l'industrie in- 
digène. L'industrie européenne y a multiplié, depuis 
quelques années, les moulins à huile et à farine, qui 
fournissent au commerce d'exportation un aliment 
déjà considérable. 

La circonscription communale sera celle du district, 
et la commune aura pour sections rurales les cinq 
villages de Bréa, Négrier, Saf-Saf, Mansourah et Hen^ 
nny-tty tous fondés, dans son fertile voisinage^ de 18ii9 
à 1851. 

La population fixe de la commune et de ses annexes 
s'élève à 12 AOO âmes, savoir: 

Français 1800 

Européens 1 000 

Indigènes musulmans. ... 7 300 
Id. Israélites 2 300 

Total. . . 12 400 



( 45 i 



7. Commune ife Bougie. 

Les ^vantnges do la position innrîtime occupée par 
la vil!e bci'lière de Bougie n'nviiieut point échiippé à 
l'instiocl spéciilaleur des Caiihaginois. Ils j avaient 
fondé un de leurs comptoirs les plus importants, sous 
le nom punique de Salde, qui fut conservé à la colonie 
romaine. 

Sous les dynasties arabes et berbères. Bougie était 
la capitak' de la province orientale du royaume de 
Tlemcen , et devint céU'bre cliez les Musulmans 
d'Afrique par ses écoles savantes et [lar la vénération 
attacbée à ses mosquées. 

Du temps de Léon l'Africain, Bougie, qui était alors 
au pouvoir des Espagnols, compliiil plus de 8 000 fu- 
milles, toutes enrichies par leur commerce et le pro- 
duit de leur agriculture. Le géographe arnbe Edrisi, 
plus vieux de quatre siècles, vunte l'habileté de ses 
habitants dans divers arts et méliers, et la grande 
aisance qu'ilb devaient à leur génie commercial. 

Toute celte prospérité s'était évanouie sous la do- 
mination des deys d'Alger v\ n'était plus constatée, 
quand nous y sommes arrivés, que par des ruines el 
de vagues souvenirs. Mais Bougie a conservé ses avan- 
tages naturels, qui font de sa baie un des mouillages 
les plus sûrs et les mieux abrités en toute saison, et 
de son port le grand marché, l'entrepôt nécessaire de 
la Pi'tite Kabylic et de la riche plaine de la Medjana, 
Aujourd'hui que la soumission des confédérations ka- 
byles qui l'entourent peut être considérée ccmme un 
fait accompli et irrévocablement acquis. Bougie ne 
peut manquer de reconquérir le rôle eommerciid et 




(A6) 

industriel qui lui appartient. La spéculation, qui 
pressent cet avenir delà ville française, y a déjà fondé 
de nombreux comptoirs relevant du commerce d'Alger, 
de Marseille et même de Paris. 

L'installation d'une administration française à Bou* 
gie remonte à 1838, date de l'institution du commis* 
sariat civil. 

La circonscription communale sera celle du district^ 
qui ne comprend que la ville et une banlieue rurale, 
que la conGguration topograpbique a forcé de limitai* 
à 1 AOO bectares environ. 

La population fixe de Bougie est de 1800 habitaiiy^ 
se répartissent de la manière suivante : 

Français ; 700 

Européens • . 580 

Indigènes musulmans. • • . iÔO 
Id. israélites 110 

Total. . . 1800 

8. Commune de Sétif\ 

La jeune ville de Sétif s'élève sur Templaceitient de 
la cité romaine de Sitifis, capitale de la Mauritëiilë 
orientale, qui lui avait emprunté le nom dé Mauritanie 
Sitifienne» Détruite par les Vandales, elle ne s'était pdi 
relevée depuis, et lorsqu'elle fut visitée pour la pre- 
mière fois par notre armée, en 1889, elle n'était qu'un 
amoncellement de ruines depuis longtemps abandon- 
nées. Les anciens itinéraires établissent son impor- 
tance politique en indiquant les voies romaines qui là 
reliaient à Garthage et à Julia^Cœsarea (Cherchell), à 
Saldœ (Bougie) et Igilgilis (Djidjelli) sur la côte ber- 
bère, à Lambessa et Tebessa vers le sud. Sa position. 



I 



qui commande la vaste plnine de la Medjana, el rjiii 
permet de faire rayonner avec rapidité les colonnes 
expéditionnaires vers tous les points d"un territoire 
occupé par une population guerrière el turbulente, y 
fil asseoir, en 1839, un cnnip à l'abri duquel s'est 
bientôt formée la ville coloniale. 

L'assielte de Sétif au milieu d'une contrée dont la 
ferlilité était devenue proverbiale au temps des Ro- 
mains, le débouché que lui oITre A 80 kilomètres de 
distance, el par une route déjà praticable au roulage, 
le port de Bougie, ses rapports faciles avec les tribus 
du sud, lui assignent un rôle important comme niarcbé 
inlérieur et lieu de transit. 

Cette petite ville possède àé]à un marché hebdoma- 
daire très Créquenté par les Arabes, et qui prend cha- 
que jour plus d'importance. 

L'Arabe Edrisi, qui virait au su" siècle, assure que 
de son temps la culture du coton Horissait aux envi- 
ions de Sétif. Ce témoignage ne peut qu'encourager 
nos colons à renouveler une culture i|ui, à une époque 
déjà si éloignée, contribuai! à la fortune de leurs 
devanciers; ils tiendront sans doule à prendre un raug 
honorable dans le concours que la munificence impé- 
riale vient d'ouvrir à l'industrie cotonnière en Algérie. 

Ainsi les gages d'un bel avenir ne manquent pas à 
la commune de Sétif. 

Aujourd'hui chef-lieu d'une subdivision militaire et 
d'un district administré par un commissaire civil, Sétif 
est deïliné à devenir prochainement le siège d'un 
arrondissement administratif. 

La circonscription assignée au district sera provi- 
soirement celle de la coin 




( W) 

La population fixe de Sétif et de sa banlieue ci?ilo 
6*élëve actuellement, en nombres ronds, à 1 600 habi* 
tants ainsi répartis, en raison de leur origine : 

Français • • . • «780 

Européens 3A0 

Indigènes, pour la plus grande 

partie israélites àSO 

Total. . . 1 600 

9. Commune de Guelma, 

A distance à peu près égale de Cirtlia (Gonslantine) 
età*Hîppone (Bone) , s*é]evait la citadelle formidable de 
Siithul, dépositaire des trésors de Jugurtba, et sous les 
remparts de laquelle le prince numide fit éprouver 
un grave échec aux aigles romaines. Le peuple-roi se 
vengea depuis en faisant disparaître le nom et les 
monuments de la ville numide, pour y substituer la 
colonie militaire de Calama, détruite à son tour par 
les Vandales. 

Arrivé en 1836 au pied de ces ruines, le maréchal 
Clauzel, frappé de l'importance stratégique de la po- 
sition, y établit un camp permanent destiné à surveiller 
le bassin de la Seybouse, et à préparer la conquête 
définitive de la province de Test. 

Telle a été l'origine de la ville actuelle de Guelma» 
dont la création a été officiellement consacrée par une 
ordonnance royale du 20 janvier 18A0, 

L'appel fait par celte dernière mesure a l'esprit co* 
lonisaleur a porté des fruits si prompts, qu'aujourd'hui 
Guelma possède déjà tous les éléments de l'existence 
municipale. 



( 49) 

La nature généreuse du sol seconde merveilleuse- 
ment les efforts des colons; aussi le marché de Guelma, 
qui se lient deux fois par semaine, donne-t-il déjà lieu 
à des transactions importantes sur les bestiaux, les 
laines, les huiles et les céréales. 

Guelma est le chef-lieu d'un district administré par 
un commissaire civil, et le siège d'une justice de paix* 

La circonscription communale sera celle du district 
et comprendra comme sections de commune les colo- 
nies agricoles d! Héliopolis y de Millésimo et de Petit. 

La population de la circonscription communale 
dépasse 2 500 habitants, et se compose ainsi qu'il suit : 

Français 1 650 

Européens. /170 

Indigènes musulmans. . . . 280 

Id. îsraélïtes. . . . • 180 

Total. . . 2580 



EXTRAIT 



I, 



D UNE LETTRE DE M. ANGELO TEDESCO, MEMBRE DE Là 
SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE , A M. LE PRÉSIDENT DE LA 
COMMISSION CENTRALE , SUR l'ÉTAT AGRICOLE ET 
COMMERCIAL DE LA TURQUIE. , 



Constantinople, 3o mai i854« 

^nsicur, 

Arrivé ici depuis une semaine, je me suis appliqué 
a étudier ce pays du coté financier et commercial. 
Doux choses capitales ont frappé mon esprit : 

Mil. JUILLET, h. h 



(50 j 

1° Luc grande rjclie38e du sol; 

2* Une inconcevable apatliio dans les habitants du 
pays. 

Des terrains capables de tout produire, des forèU 
vierges, des mines sans exploitation, aucun établisse- 
ment pour le bien-être et le confortable, point d'asso- 
ciations pour se rallier, s'unir et protéger les intérêts 
généraux et communs. 

Il n'est pas nécessaire. Monsieur, de sonder le sol 
pour vous dire que toutes sortes de productions son^ 
possibles. Ce sont des terres fortes avec toutes les pro- 
priétés physiques désirables. I /appréciation s'en fait 
facilement à la simpl(3 vue, et à l'examen des végétaux 
produits spontanément ou avec peu de culture. 

Voyant ce que la nature fait par elle-même, on se 
demande à combien s'élèverait le produit par les 
amendements et les engrais. Qu'on juge du parti qu'en 
tirerait Télude, avec la classillcaiion des sols suivant 
leur base, pour les approprier plus particulièrement 
à l'élaboration des substances nutritives et aux travaux 
géologiques. Pour les défrichements, les dessèche- 
ments, les exploitations de toute sorte, qui appartien- 
nent à l'économie rurale, rien n'a été tenté. L'indiffé- 
rence pour le rendeuient des terres, des bois et des 
mines devait influer naturellement sur le commerce : 
aussi n'y a-t-il eu jusqu'à présent que point ou peu 
d'exportation : on se contente d'un commerce de tran- 
sit, en faisant servir le pays d'intermédiaire et de dépôt 
pour les produits qu'il aurait pu fournir lui-f|ême. — 
On ignore totalement ce qui est fabrication. — 11 est 
facile de s'apercevoir cependant que l'abondance des 
mûriers^ par exemple, garantirait une grande impul- 



(61 ) 
siou au comuuercedea soies; que 1^ bon ^narcW de ]^ 
npain-d'œuvre assurerait des avantages considérables 
auif entrepreneurs des filatures. — Malgré l'exemple 
de M. Matton, à Smyrne, qui en peu de (emps a fs^U 
prospérer un établissement de ce genre, ^occupant 
200 ouvriers et donnant AO pour 100 à ses action- 
naires , et deux établissements florissants à BroussQ, 
personne ne songe ici à nourrir des cocons, ou à i^on- 
tejç une seule chaudière. — On peut en dire autant des 
oliviers, de la vigne, des grains, etc., etc. 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma haute esti<:pe 
^t (^q ma considération très distinguée. 

Akcelo Tedbsco. 



TRAITÉ 

GpNGLV BSTRB LKS ÉTATS-UNIS o'aMÉRIQUB BT t'BBfPIRB 

DU JAPOIf. 

^.anagawa, le a3* jour de mars de l'année de N.-S. J.'>C. 1 854i 
et de Kayel la septième, 3* mois et 3* jour. 

Les Étals-Unis d'Amérique et l'empire du Japon, 
désirant établir entre les deu:|^ nations unQ amitié ço« 
iidç, durable et sincère, çint f éso.lu de fixer, d'une 
inanière claire et précise, au moyen d'çin traité 012 
convention générale de paix et d'amitié, les règles qui» 
dorénavant, seront mutuellement observées par les 
deux pays. Dans ce but, le président des États-Unis a 
conféré des pleins pouvoirs à son commissaire, Matthew 
Calbraith Perry, ambassadeur spécial des États-Unis 



( ^2 ) 

au Japon, et Taugusie souverain du Japon a donné les 
mêmes pleins pouvoirs à ses commissaires : Hayashi- 
dai-Garka-no-Kani, Icio, prince dlsus; Sima-Isawa» 
prince de Mima-Saki, et Adono, membre de la com- 
mission des revenus. Lesdits commissaires, après avoir 
dûment examiné les bases et conventions, sont con- 
venus des articles suivants : 

Art. !•'. — Il y aura entre les Élals-L'nis, d*unc 
part, et l'emjnre du Japon, d'autre part, entre leurs 
peuples respectifs, sans exception de personnes ou de 
lieux, une paix parfaite, permanente et universelle, 
ainsi qu'une amitié sincère et cordiale. 

Art. 2. — Le port de Simoda, dans la principauté 
d'Iasu, et le port Kakodade, dans la principauté de 
Matsmai, sont accordés par les Japonais, comme ports 
d'entrée, aux navires américains, et ces navires pour- 
ront se pourvoir de bois, eau, provisions, charLon et 
tous autres articles dont ils pourraient avoir besoin, 
si les Japonais les possèdent; l'époque de Touver* 
turc du premier de ces ports a été fixée immédia- 
tement après la signature du traité ; le second ne sera 
ouvert qu'après le même jour de Tannée japonaise 
suivante. 

Art. 3. — Chaque fois que des navires des États- 
Unis seront jetés à la côte du Japon ou y auront fait 
naufrage, les navires japonais leur porteront assistance 
et conduiront les équipages à Simoda ou à Kakodade; 
là, ils les remettront aux mains de leurs concitoyens 
désignés pour les recevoir. Tous articles qui auront pu 
être sauvés par les naufragés seront également rendus; 
les dépenses occasionnées pour le sauvetage et Ten- 
irelien des Américains ou Japonais qui pourraient 



(53 ) 
dh-e ainsi jetés sur les côlos île l'une ou de l'autre 
nation, ne seront point nMjiboursées. 

Art. h, — Les naufragés et les antres citoyens jdes 
Étals-Unis seront libre!) comme en d'autres pays; ils 
nedevroiit subir aucun emprisonnement, mais seront 
soumis à de justes lois. 

Art. 5, — Les marins naufrages cl les autres citoyens 
(leshlats-L'nls, ri^sidant temporairement à Simoda ou 
à Kakodndo, ne seront pas itoumis aux entraves et à 
l'cniprisonnemeiit que K's HullanJais eL les Cliinois 
ont ù subir à Nagasaki; ils seront libres d'aller à Si- 
moda, partout itù i! leur plaira dans un rayon de sept 
milles japonais, dont lo centre est une petite lie dans 
le havre de Simoda; celle lie est maïquéo sur la carte 
anncsi^c. Ils sgiodI éf^alemenl libres d'aller partout 
oi!i ils voudront l'i KakoJadc, dans les limites cjui se- 
ront fisées après la visite de l'escadre américaine à ce 
I porl. 

Art. 6. — Si d'autres explications élaienl jugées 
néccssains, ou s'il ost nécessaire do convenir d'una 

Liire quelcoiiijue, il y aura un examen attentif des 
deux cotés, de manière à en tenir à un ariuugcmenl. 

Art. 7. — 11 est convenu que les navires américains 

' qui se rendront dans les jiorls qui leur sonl ouverts, 

jHiurronl échanger des espaces d'or et d'argcnl, ainsi 

que des marchandises contre des marcliaudiscs, eu se 

conformant aux règlements l<;mporaires qui seront 

établis à cet effet par le gouvernement du Jiqion. Il 

esl toutefois stipulé que les navires des États-Unis 

iront le droit d'emporter tels articles qu'ils n'auront 

I. pas échangés. 

Art. 8. — Le hois. l'eau, les provisions, le ch;irbon 




(64 ) 
el les autres niarchandises nécessaires ne seront pro- 
curés que par l'agence des fonctionnaires japonais, 
commis ad hoc^ el ne le seront d'aucune autre manière. 

Art. 9. — Il est convenu que si, dans l'avenir, le 
gouvernement 'du Japon accordait à une ou plusieurs 
nations des privilèges et des avantages qui ne sont pas 
garantis ici aux États-Unis et à ses concitoyens, ces 
mêmes privilèges et avantages seront de même accor- 
dés aux États-Unis el à ses citoyens, sans discussion 
ou retard. 

Art. 10. — Les navires des États-Unis ne pourront 
se rendre dans d'autres ports du Japon que ceux do 
Simoda et de Kcikodade, à moins d'être en détresse ou 
d'y être forcés par un gros temps. 

Art. 11. — Le gouvernement des États-Unis nom- 
liiera des bonsuls ou agents à Simoda après l'expiration 
de dix-liuit mois de la date de la signature de ce traité, 
pourvu que chacun des deux gouvernements trouve 
cet arrangement nécessaire. 

Art. 12. — Le présent traité ayant été conclu et 
dûment signé, il sera obligatoire et fidèlement observé 
par les États-Unis d'Amérique et le Japon, ainsi que 
parles citoyens et les sujets de chacune des deux puis- 
sances. 11 devra être ratifié et approuvé par le prési- 
dent des Étals-Unis, avec l'avis et le consentement du 
sénat» el par l'augusle souverain du Japoh. Les traités 
ratifiés seront échangés dans les dix-huit mois de leur 
signature, ou plus tôt si c'est possible. En fol de qaoi, 
iious, les plénipotentiaires respectifs des Étals-Unis 
d'Amérique et de l'empire du Japon, susdits, avons 
signé et scellé les présentes. 



^immk 



( 5Ô ) 

* 

TRAITÉ ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LE MEXIQUE, 

AU SUJET DE Là LIMITE DES DEUX ÉTATS 
ET DE LA COMMUNICATION PAR l'iSTHMë DE TâHUANTjfePEG. 



Le président des États-Unis a promulgué, le 30 juiil 
1854, le liailé conclu à Mexico le 30 décembre précé- 
dent, entre le plénipotenliaîre américain, M. Williani 
Gadsdén, el le gouvernement du général Santa-Atinâ; 
représenté par S. Exe. M. Manuel Diaz de Bonilla, illi- 
nistre secrétaire d*Elal et des affaires étrangères, assisté 
de MM. José Salazar y Carregui et le général Mariàno 
Monterde, en qualité de commissaires investis d'è 
pleins pouvoirs pour cette négociation. 

D'après Tari. !•% le Mexique consent à ce que la 
démarcation établie entre les deux Californies par 
l'art. 5 du décret précité demeure en vigueur ou s'oit 
modifiée conformément aux indications suivantes. En 
vertu dudit art. 5, la ligne de séparation commencera 
au golfe du Mexique, à trois lieues de lerrfe, vis-à-vis 
de l'embouchure de Rio Grande, et suivra le milieu du 
fleuve jusqu'à l'intersection de ce dernier avec le pa- 
rallèle de 31o 47' de latitude nord. De là elle se diri- 
gera à l'ouest sur une longueur de 100 milles; après 
quoi elle s'incline vers le sud jusqu'au parallèle de 
31* 20' de lat. nord, avec lequel elle se confondra jus- 
qu'à la rencontre du méridien passant par le lll* de- 
gré de longitude à l'ouest de Greenwich. 

Elle se prolongera ensuite en droite ligne jusqu'à uii 
point du Rio Colorado situé à 20 milles au-dedsous 



(66) 

du confluent du Rio Gila avec ce fleuve , dont elle rc- 
rnonlera le milieu vers le nord jusqu'à son înterseclion 
avec la frontière actuelle entre les hlals-Unis cl le 
Mexique. Afin de mettre «n exécution cette clause, d^ux 
commissaires, nommés par les gouvernements res- 
pectifs, devront, trois mois après rechange des ratifi- 
cations, se réunir dans la ville de Paso-del-Norte, pour 
reconnaître et marquer ensemble sur les lieux la ligne 
de séparation ainsi désignée, partout où celte opéra- 
lion n'aurait pas déjà été terminée par la commission 
mixte créée en vertu de Tacte de 1848. Les décisions 
arrêtées en commun par ces délégués seront considé- 
rées comme faisant partie intégrante du nouveau traité» 
sans avoir besoin de la ralification ultérieure de leurs 
gouvernements, dont chacun s'engage à respecter leur 
travail, et à n'y porter atteinte, dans la suite, que du 
libre consentement de l'autre partie conlraclanle. 

D*après Tart. i, la teneur des art. 6 et 7 du traité 
de Guadalupe ayant été supprimée en grande partie, 
en raison de la cession de territoire faite dans le 
premier article du traité actuel, ces articles sont abo- 
lis; les autres stipulations qu'il renfermait sont rem- 
placées ainsi qu'il suit: «Les navires elles citoyens des 
États-Unis pourront aller et venir librement dans le 
golfe de Californie, soit pour se rendre dans leurs pos- 
sessions situées au nord de la ligne de démarcation , 
soit pour les quitter, pourvu que ce passage ait lieu 
par le golfe et par le Rio Colorado, et non par terre, 
à moins d'obtenir le consentement exprès du gouver- 
nement moxicain. » Les dispositions et restrictions du 
7* article de l'acte de IShS no sont maintenues, rela- 
tivement au Rio Bravo dcl Norte, que pour la partie 



(57 ) 

de ce fleuve située au-dessous de rintersection du 
parallèle de 31' â7' 36" avec la ligne de séparation que 
Tari. 5 de la convenlion précédente avait placée dans 
le milieu de ce fleuve, en remontant à partir de son 
embouchure. 

L*art. 6 rend applicables au lerriloire nouvellement 
cédé les stipulations des art. 8, 9, 16 et 17 du traité 
de Guadalupe, concernant les droits des personnes et 
les propriétés civiles et ecclésiastiques. 

Le 8* article se réfère à raulorisaiion accordée le 
5 février 1853 par le gouvernement mexicain, à Teffet 
de construire un chemin de fer cl de bois à travers 
Tisthme de Téhuantépec. Les deux gouvernements 
s'engagent à ne pas mettre d'obstacle au transit, par 
cette voie, des marchandises et des voyageurs apparte- 
nant aux pays^ respectifs. Les biens et les personnes 
des citoyens des Étals-Unis ne paieront pas de droits 
plus forls que ceux imposés à d'autres étrangers. Nul 
intérêt dans l'entreprise ne pourra être transféré à un 
gouvernement étranger. Il ne sera exigé des voyageurs 
ni passe-ports, ni saufs-conduits. Les effets en transit 
circuleront libres de tous droits de douane. La malle 
des Élals-Unis traversera l'isthme sans être ouverte; 
le cabinet de Washington prendra des arrangements 
particuliers avec celui de Mexico pour le prompt 
transport des troupes ou des munitions entre les deux 
océans. Lorsque le chemin sera achevé, un second 
port d'importation, outre celui de la Vera-Cruz, sera 
ouvert à l'endroit où il viendra aboutir au golfe du 
Mexique. 



( 68) 
LETTRE DU DOCTEUR VOGEL. 

itR L*HIST0IRE NATUllBLLB DB l' AFRIQUE CENTRALE; 

Insérée dans le Literary Gazette. 
(Traduit de l'anglais par M. Cortambert.) 



...C'est réellement une terrible région. Celui qui 
croirait y rencontrer l'abondance tropicale, serait bien 
désappointé. Dans Tesnace de cinq semaines, je n'ai 
pu, avec lous les soins possibles, réunir que soixante- 
quinze plantes différentes. Les forêts ne consislent 
généralement qu'en acacias (de deux espèces) et en 
tamariniers; les palmiers ne commencent à se mon- 
trer qu'à 50 milles au N. de la rivière Yeou. 11 n'y à 
pas un arbre , pas un buisson , qui ne soit hérissé 
d'épines. Peut-être la terre présenle-t-elle un aspect 
plus riant après la saison des pluies; en ce moment, 
presque toutes les plantes herbacées sont brûlées par 
ie soleil, car le thermomètre s'élève souvent au-dessu^ 
de 100 degrés (Fahr.), même au commencement de 
février. 

Nous souffrons beaucoup du manque de fruits et de 
légumes; nous n'avons guère que des tomates, des 
oignons, des melons; les indigènes mangent, il est 
vrai , une sorte de baie, mais on n'en donnerait pas 
même aux troupeaux en Europe. Les bestiaux et la 
volaille sont, en revanche, très abondants et à bon 
marché , et offrent presque l'unique aliment qu'on 
puisse se procurer. Un mouton coule 18 pence, et l'on 
a un énorme bœuf pour 6 shillings , une poule à peu 
près pour rien. Nous nous nourrissons surtout de vo- 



( i 



) 



l 



iaillc, car la viande de bnucherie ne se coiisene sans 
se gâter qu'un juur uu un jour et demi au plus. 

Le sol serait propio à toute sorle de culture, s'il y 
avait une population assez industrieuse pour en tirer 
parti. L'indigo, le colon et les melons viennent sau- 
vages. Le riz et le blé pourraient être abondamment 
récoltés. Le premier est d'une excellente qualité, mais 
si rare qu'on ne peut l'obtenir que comme un présent 
du sultan. Les liabitants, an lieu de se livrer à l'agri- 
culture, prL'fèrent enti-pprendre des -escursions de 
pillage dans ics contrées mvironnanles, et enlever des 
esflaves. principaloment des enfants de neuf à cIoueb 
ans, qu'ils écbangent avec lâs marcliands arabes et tib- 
bous contre les quelques objets qui entrent dans leurs 
besoins, c'est-à-dire des calicots, des burnous, du sel^ 
un peu de sucre. Dans ces écbanges, un jeune esclave 
de dix atls est estimé enviiun 15 sliilliugs; une jeûna 



le â^e, l'i puu près 1 livre Klerling. 



TilIe du mëu 

Le lac Tsad n'offre pas une eau pure et belle, mais 
il a une apparence m arec âge use, et ses rives sont in- 
festées du moustiques, véritable lléau pour les hom- 
mes et l(:s chevaux. Je suis obligé de dormir près du 
lac dans une huUe de chaume toute remplie de fumée, 
faut y entretenir tlu i'eu la nuit entière pour 
chasser ces insectes. Kôuka, située à7 milles anglais à 
l'ouest du lac, a moins de cuusins, mais les mouches y 
it innombrables: il est vrai que la nature parait avoir 
pourvu à la destruction de ces diptères par l'existence 
de deux petites espèces de lézards, quicourenl parœil- 
liers sur les uiurs avec une ïncrovable rapidité, et dé- 
vorent les insectes aiec une extrême promptitude. 
Les arbres tont couverts de caméléons. Les scarabées 



et les 



papi 



Ions sont loti l'fii 



; je n ai pu r 



ïspÈces des premiers j et, parmi les der- 
niers i je n'en ai recueilli qae dix ou douze, dont uns 
seule grande. En revanclie, les fourmis et les termites 
sont innombrables; ces insectes dévorent toutes les 
étoffes , si l'on n'a la précaution de les fermer avec le 
plus ^rnnd soin. Ils ont malheureusement pénétré dans 
un paquet de plantes du désert dont j'avais fait une 
collection, et les ont anéanties. Il y a enfin une grande 
quantité de serpents venimeux cl de scorpions, ainsi 
que de crapauds, dont plusieurs onl quatre ou cinq pou- 
ces de diamètre. Les éléphants l'I jesliippopoiamcssoiit 
1res communs vers le lac : j'ai souvent vu ensemble vingt 
ou trente de ces derniers i^acliydermes. Les lions cL les 
léopards sont plus rares; je n'ai pas vu de lions, mais 
j'ai entendu leurs mugissements, et j'ai rencontré tout 
récemment un beau type de léopard. J'allais le tirer 
à Ironie ou quiiranlo pas, lorsqu'il m'aperçut et se 
sauva dans un impénétrable fourré d'acacias. Les san- 
gliers [P/tascochorriif') sont très nombreux, et se creu- 
sent des terriers dans lus bois. Il y a aussi beaucoup 
d'antilopes et parlicidièfemcnt de gazelles. Les buffles 
sauvages fréquentent les bords marécageux du lac, et 
sont U'i^s recliercUés pour leur chair et leur peau; 
mais la cliasse en est dangereuse. Uji buffle que j'avais 
blessé avec une balle, revint sur nous tout à coup, 
îiLtaqua mon monde qui déjà se félicitait de la victoire, 
tua deux chevaux et blessa un de mes hommes très 
grièvement; un autre, que nous ronconlrfLmes sur 
la route à environ cinquaule railles de là , se jeta i'i 
travers la caravane, «1, voyant sa marche arrêtée par 
la longue lile des chaincaux , se précipita sur l'un 



1 




I 



(01 ) 
d'eux, k' rcmersa, cl le bicsiia si dangereusement que 
nous fûmes obligés d'abatlre ce pauvre oninml le len- 
demain. ^ 

Les dames noires de ce pays ;irraiij;ent leurs clia^ 
veux en ti'csses innunibraliL's, employant pour cela 
une qiianiilé incroyable do beurre, et elles rassem- 
blent le toul au milieu de la tête, au moyeu d'un 
peigne, ce qui donne à leur coiffure l'apparence 
d'un casque de dragon. Quelquefois elles disposent 
leur chevelure en petites boucles autour de Ili lèle, de 
manière !i imiter assez bien la foruic, lu dimension et 
même, par suite de la graisse qu'elles y lueLtent, la 
consislance de nos copeaux de menuisier. Elles pei< 
gnent leurs dents de devant en rouge, leurs dents ca- 
nines en noir ; en sorte que leur bouclio ouverte offre 
presque l'aspect d'un échiquier. Elles se teignent le 
corps, et jusqu'aux bras et à Ea ligure, avec de l'indigo, 
et offrent ainsi dans tout leur être une teinte bleue très 
extraordinaire. 



EXTRAIT 

d'oHE lettre adressée, le 12 AVBIL lS5i), PAR U. J. uin- 
cou, A H. DELIASSE, INGÛNICUn DES UIHKS, SUH UN VOYAGE 
DEPUIS LES U0I4TAGNES ItUClIEUSES JUSQU'a SAN-FHAN- 
CISCO. 

Le gouvernement des LtaU-Unis ayant décidé que 
trois expéditions se rendraient dans Iii Caliruriiie en 
traversant le continent américain, un jeune Français, 
M. Jules Msrcou, membre distingué de la Société' géo* 
logique de France, a été altaclié ;'i l'une de ces expé- 




( 02 ) 

diiions en qualité do géologue. Parli du fort Smilh, 
dans TArkansas, il vient d'arriver heureusement à San- 
Francisco, aprèi^ avoir passé par Albuquerque; c'est 
We la première de ces villes qu'il écrit à son ami et 
collègue, M. Delesse. D. L. R. 

« Enfin^ me voici arrivé à San-Francisco, et» à vous 
dire vrai, cela n'a pas été sans peine ; passer tout 
l'hiver à voyager dans la Sierra Madré et les hauts 
plateaux du Rio Colorado» c'est un peu dur, pour pe 
pas dire plus. 

» Partie le 10 novembre d'Albuquerque (Nouveau'^ 
Mexique) , l'expédition a marché constamment à l'ouest» 
en se tenant, autant que possible, aux environs du 
85"® degré de latitude. Après quatre mois et 12 jours, 
nous sommes arrivés de nouveau dans un pays habile 
par des blancs, au Pueblo de Los Angeles. C'est avec 
infiniment de plaisir, je vous assure, que l'on arrive 
dans un pays habité et où Ton trouve tout le comfort 
dont on a été privé si longtemps; du reste il était 
temps, nous n'avions plus rien à rçanger: partis d'Al- 
buquerque avec trois mois et vingt jours de provisions, 
nous avons été six semaines à demi-ration et mêm^ 
on parlait de tuer des mulets pour s'en nourrir, lor$que 
nou9 avons atteint le pied occidental de la Sierra 
Nevada. D'Albuquerque au Rio Colorado, nous som- 
mes venus assez lentement, faisant des stations et 
explorant à droite et à gauche ; souvent très occupés 
à nous préserver du froid, de la neige, el à trouver de 
l'eau et du fourrage pour nos animaux. Décembre et 
janvier ont été très froids ; le thermomètre était tous 
les matins de 10 à 25 degrés centigrades au-dessous de 



glace ; vera le uiilicii ilii ji 



( OJ ) 
lin i 



Il I 



lac 



I 



mais te soir ramenait la ^olue ; et nous n'avions i'iei\ 
de mieux à faire que de non s blollir'autoiir do grands 
feux ou bien dans nos lils de peaux de bison et de 
couvertui'(<s de laine. Nous n'avons jamais eu beau- 
coup de neifte, généralement de 6 pouces à 1 pied; 
cette neiRC, du reste, nous a beaucoup servi, car par 
son moyen nous avions du l'eau dans des Irous de 
roclies oii il ne doit pas y en avoir dans toute autre 
saison del'aiinée. Quoique celte marclied'Albuquerqiie 
au Bio Colorado ail été lente, nous avons cependant 
perdu, dans relie partie du voyage, toutes nos voilures 
et nos fourgons; nous avions cbargé toutes nos cai.'^se;, 
malles, etc., sur nus mulets, plusieurs jours avant dç 
traverser le Rio Colorado. 

» Nous avons traversé le Rio Colorado le 28 février; 
celte opération nous a pris tout le jour et le dernier 
radeau a passé lorsque la nuit était tombée depuis une 
fleini-bcure; ce passaj^e est asseï diiricile ; nous y avons 
perdu plusieurs moulons, deux ou trois radeaux ont 
chaviré, et une ])arlie des objets qui se trouvaient 
dessus ont élé jierdus ; ce qui a été sauvé était mouilla 
et dans un état pitoyable. La mallo de voire 1res 
humble servileur, mon lil, ma selle, étaient sur un 
des radeaux qui ont chaviré j et pendant deux jours 
J9 n'ai fait que sécher au ^oleil ou au feu mes vète- 
menls, cartes, noies, etc.. Du reste, les indiens du 
Rio Colorado ont élé très amicaux avecnoas, et, sans 
Içurs sttcours, nous aurions eu plus de peine a traverser 
le fleuve. 

» Partis le 2 mars du Rio Colorado, nous avons tra- 
versé le désert Californien sans nous arrêter, jusqu'au 




( «i ) 

22 mars, jour de notre arrivée à Los Angeles. Duni 
celle dcrniéi'G marche nous taisions de 8 A 15 licui 
par jour, avec des aniraniu fatigués, voslani 
deux jours sans eau, ou avec de l'eiui saluée cl peu di 
fourraf;o, pour ne pas dire pas du tout, 

1) A Los Angeles, nous avons vendu tous nos mulets^' 
selles et autre attirail de voyage; puis nous somices 
Tenus nous embarquer à San-Ped 10, pour Sa n-Francisco, 
oi!i nous sommes arriv(^s le 27 mars. Il y a âOO milles 
de Sau-Petlro à San-Francisco ; el, comme la mer est 
assez mauvaise dans ces parages, il élaît curieux de 
voir la presque lolalité de nos hommes et de nos 
oflieiers malades, el inecipahles de se tenir sur leurs 
jambes, eux qui venaient de traverser par lerre loul 
le continent amc-ricain , aprts avoir supporté toute 
sorle do fatigues et de privations. Pour moi, iléjù vieux 
voyageur, le mal de mer n'a plus prise sur moi, jo 
soignais mes compagnons. 

s Tous les officiers de l'expédition, après Être reslés 
quatre ou cinq jours à San-Francisco, se sont embar- 
qués sur le vapeur du 1" avril, pour New-York; je 
suis resié seul ici avec l'otlicier d'arlilleiie qui com- 
mandait notre demi- batlerie d'escorte : nous partirons 
ensemble par le vapeur du 16 courant. Je n'ai pas 
voulu quitler la Californie sans visiter les mines, et 
j'arrive d'une excursion dans la vallée du Sacramento 
et à la Sierra Nevada; je vous avoue que, quelque éton- 
nant que vous paraisse San-Francisco, on n'a pas vu la 
Californie tant que l'on n'a pas vu les mines; c'est la 
chose la plus extraordinaire que j'aie rencontrée si 
mon chemin ; et j'en suis encore un peu abasourdi 
l'heure qu'il est. Imaj^inez-vous qu'il n'y a pas le plus 



i 



( 65 ) 

petit ravin, la plus petite colline, qui n'ait été boule- 
versée, perforée ; que l'eau y a été accaparée par des 
spéculateurs, qui, au moyen d'immenses réservoirs 
et do canaux, la conduisent dans toutes les direc- 
tions de la Sierra ; malheureusement à un prix très 
élevé pour les mineurs, car 2 pouces d'eau coûtent 
1 dollar par vingt-quatre heures : ainsi lés travaux ne 
s'arrêtent ni jour ni nuit; il n'y a que la saison 
sèche qui empêche le lavage. * Je vous enverrai de 
Washington une courte notice sur ce que j'ai vu aux 
mines et dans la vallée du Sacramento. 

» Je vous envoie quelques latitudes et longitudes que 
nous avons déterminées, mais ne les regardez que 
comme approximatives, car les computations ne sont 
pas encore faites. ». . ■ . . , 



Pueblo de Zuni 

Leroux Spring au pied du 
grand volcan éteint de 
San-FranciscoMountains 

Embouchure du Bill Wil- 
liam Forkdans leGrand- 
Colorado 



LATITUDE. 


LONGITUDE OUEST 
DE GREBNWICH. 


35« h' 


108" 55' 


35» 16' 


111' 29' 


34" 18' 


114* 10* 



VllI. JUILLET. 5, 



(6fl ) 



iVouTelleft géographiques. 



RUROPE. 

DéCOUVBRTRS ABGlW^OLOGIQUBS SIGNAL^RS PAR M* NORL 

DBSVERGER8. 

Noire confrère, M. Noël Desvergers, a écrit, en 
mai 1854 , une lettre remarquable à M. J. de Witte, 
correspondant de Tlnstitut , sur des découvertes ar- 
chéologiques en Italie : il y mentionne particulièrement 
le temple de Diana nemorensis, que M. Pîetro Rosa croit 
avoir retrouvé sur les pentes du cratère du lac de 
Nemi, et des fouilles récentes faites dans les catacom- 
hes de Rome . 



VOYAGR DR MM. BLAN ET SCHLOTTMANN DANS LES ILES 

DU NORD DE L*ARCHIPEL. 

Le premier secrétaire de l'ambassade prussienne, 
M. O. Blan, et le pasteur attaché de cette ambassade, 
M. Schlotlmaon , viennent de faire une expédition 
scientifique à Samothrace, à Ténédos et à Imbros. 
Ils rapportent, dit-on, un riche butin scientifique. 
Leurs principales découvertes sont: i" celle d'un mur 
cyclopéen qui entourait un sanctuaire très ancien, et 
qui est d'une architecture très remarquable ; 2* celle 
d'un temple, siège central des mystères, avec tous les 
bâtiments annexes; 3** celle de la grotte géryntique, 
où l'on sacrifiait des chiens à la déesse sans nom; 



(67) 

A° celle d'une grande quantilé de reliefs des époquçs 
les plus diverses de Tapogée de l'hellénisme; 5° celle 
d'une trentaine d'inscriptions grecques inédiles , 
d'une trentaine de monnaies grecques, et de quatre 
médailles phéniciennes. Un rapport détaillé sur les 
résultats de cette expédition sera adressé à l'Académie 
royale des sciences da Berlin par M. le professeur 
Gurtius. 



AFRIQUE. 
CBiATION DBS VILJLAGES DE CHÉBU £T d'aÎNSMARA» 

Par décret impérial du 21 juillet, un nouveau village 
a été créé , en Algérie , sous le nom de Chébli , em- 
prunté tout à la fois à l'un des haouchs formant son 
territoire, et à un produit célèbre de la contrée, le 
tabac dit chébli, dont la régie recommande spéciale- 
ment la culture. Ce village s'élève à 8 kilomètres 
environ du bourg de Bouifarick, dans une position 
salubre , sur la route médiane de la Mitidja , vers la 
rivière Harrach. — Un autre décret impérial détermine 
la création d'un autre village, nommé Aïnsmara, à 16 
kilomètres de Gonstantine , sur la route de cette ville 
à Sétif. 



N0YJTBLLB8 DB M. LIVINGSTON. 

Une lettre adressée par un commj^çant de Gassange 
(dans la Nigritie méridionale) à son correspondant de 
Smnt-Paul de Loanda (Angola] , et datée du 13 avril 
185A» annonce l'arrivée récente du docteur Livingston 



(68) 

dans celle parlie de TAfriquc ausirale. Nous ne tarde- 
rons pas, sans doute, à recevoir diivcteinenl la rela- 
tion du courageux voyageur, dont nous avons inséré 
une lettre si intéressante dans le Bulletin du mois de 
mai dernier (l. Vil de la h* série, p. 364). 



MOVYRLLUS DE MM. ANDEBSON , WAHLBERG ET VîCTORIX. 

On Ht dans un journal de Stockholm du là juillet: 
« Nous venons de recevoir des nouvelles de trois natu- 
ralistes suédois qui explorent l'intérieur de l'Afrique, 
MM. Anderson, Wahlherg et Victorin. Le premier était 
de retour au Cap , après une absence de seize mois 
de cette ville , et il commençait à rédiger en anglais 
la relation de son long voyage ; M. Wahlberg se 
trouvait aux monls C4amarones, sur le golfe de Biafra, 
et M. Viclorin dans le district de Saint-George, situé 
sur la côte orientale de la colonie du Cap. Tous les 
trois, en dépit du climat et des immenses fatigues 
qu'ils avaient éprouvées, jouissaient d'une excellente 
santé. » 



NOUVELLES DIVERSES. 

M. Th. Dickerl, conservateur du muséum d'histoire 
naturelle de l'université de Bonn, a exécuté des reliefs 
de plusieurs pays intéressants, surtout sous le rapport 
géologique : l°la région de Mosenberg et le lac de 
Meerfeld, dans l'Eifel ; 2° les bains de Bertrich et leurs 
environs, près de la Moselle ; 3° le lac d'Uelmen et 



(69 ) 

ses environs, dansl*Eifel; â» Tile de Palma, dans les 
Canaries; 5* Tîle de TénériHe. Le même a exécuté le 
relief de Thémisphère visible de la Lune» à réchelle de 
gQQ^QQQ pour les dislances, et jôôVôô P^"^ '^^ hauteurs. 
Ces reliefs sont exécutés avec des feuilles de cuivre 
minces. 



Dans une de ses dernières séances, TAssociation 
scientifique américaine a entendu M. le professeur 
Bâche présenter les résultats d'observations faites sur 
les marées parles ofliciers du CoastSiuvey^ à San Diego, 
San-Francisco et Astoria, sur Tocéan Pacifique. Il en 
résulte que, des deux marées qui ont lieu en vingt- 
quatre heures, Tune est beaucoup plus faible que 
l'autre dans ces parages, au point qu'il ne paraîtrait 
presque y avoir qu'un flux par jour. Tandis que, sur la 
côte de l'Atlantique, la marée se meut dans une direc* 
tion à peu près parallèle à la côte, elle arrive, du côté 
de l'océan Pacifique, à peu près perpendiculairement 
sur le rivage. 



On annonce la mort tragique d'un des voyageurs les 
plus zélés et les plus intrépides, M. Vaudey, vice-consul 
de Sardaigne en Nubie. Il est mort à Guadacor, viU 
lage de la tribu de Barry, sur le fleuve Blanc. La cause 
en est, dit-on, la fatale inadvertance d'un homme de 
sa suite, lequel avait oublié qu'il avait chargé son fusil 
avec du gros plomb. En faisant le salut d'usage , il 
blessa quelques enfants; un fut tué sur le coup. A la 
suite de ce malheureux accident, il s'éleva une lutte 



{ 70) 

ûchnrncc entre les voyageurs et les indigènes. M. Vau- 
dcy el une quinzaine des siens reslèrenlsur le terrain. 
Nous venons aussi d'apprendre avec un profond sen- 
timent de douleur la perte de M. le général Carbuccia, 
membre de la Société de géographie, mort à Gallipoli. 
Nous consacrerons, dans un des prochains numéros 
du Bulletin f des détails biographiques à cet estimable 
el savant confrère, ainsi qu'à MM. Rochel dHéricourt, 
l'amiral Roussin et Beautemps-Beaupré,dont la perte 
est venue vivement affliger notre compagnie cette 
année. 

E. C. 



(71 ) 
Actes de la Société. 

EXTRAITS DES PROCÏiS-VERBAUX DES SfiAKCES. 



I 
I 



Séance du 1 jirillet 4854. 

PnéstDËDCE DB U. JOMIBU, 

Sont présents à la séance, et introduils par M. de 
la Roquettu, MM, le docteur Oppei-t, inciubre de 1b 
cummission scientifique de Baliylonie ; Plrelï, de Ber- 
lin, doclenr en philosopliie, adressé ]>ir M. Kiepert, 
correapondanl de la Société, et Becciird, de Berlin , 
docteur en pliLlolugie. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu cl 
adopté. 

Il est donné lecture de la correspondance : 

M. Tedesco écrit de Conslantinuple à la Société 
pour lui exposer diverses considérations snr l'état 
physique et moral de la Turquie. 

M. de la Roquette communique une lyllrc de 
M. Kiepert, accompagnée d'un envoi de curies com- 
))renant plusieurs parlit-s de la Turquie d'Europe et 
delà Turquie d'Asie. 

M. Jomard communique une loltre de M. ie docteur 
Cuny, médecin français en É|;yple, qui demandi; le 
patronage de la Sociélé pour un voyage qu'il désirn 
entreprendre au Darfour, avec l'espoir d'être nommé 
nièdecin du sultan de ce pays. Il voudrait parliculiè- 
rement, ou que la Société de géographie intercédât en 
sa faveur auprès du gouvernement du vice-roi d'Egypte 




( 72) 

jîour qu'il lui fût alloua, dans le but de celle explora- 
lion, les sommes qu'il dit lui être ducs par ce gou- 
vernement; ou que la Sociélé mit à sa disposition une 
somme suffisante pour Texéculion du voyage projeté. 
La Commission centrale applaudit au zèle de M. Cuny 
comme voyageur, et elle suivra ses découvertes et ses 
explorations avec intérêt, s*il entreprend son voyage ; 
mais elle ne saurait s'écarter de son règlement et de 
ses précédents, cl, aj)rùs avoir entendu des observations 
de MU. de la Roquette, Maury et Corlamberl, elle 
déclare que la Sociélé ne peut faire aufre chose que 
d'accorder une récompense à M. le docteur Cuny, s'il 
réussit à faire des découvertes qui répondent aux pro- 
grammes qu'elle a publiés. Quant aux recommanda- 
tions au[)rès du vice-roi, clic ne peut s'en charger, 
parce qu'elles s'écarteraient enlièremenl de ses atlri- 
bu lions. 

M. Cuny a joint à sa lettre un mémoire sur le Dâr- 
four, d'après des documents fournis p*ar des négociants 
fouriens. Le secrétaire général lit une partie de ce 
mémoire, qui est renvoyé à l'examen préalable du 
bureau. 

On donne lecture de la liste des ouvrages offerts. 

M. d'Avezac annonce l'envoi prochain , par M. le 
conlre-amiral Smylh, de l'ouvrage intitulé the Méditer^ 
ranean, 

M. Corlambert fait hommage d'un exemplaire co- 
lorié de sa Carte générale des célébrités de la France^ 
dont un abrégé, sous le titre de Carte élémentaire ^ a 
été déjà offert dans la séance du 23 décembre 1853. 

M. Morel-Falio, au nom des sections de complabi- 
ilé et de publication, fait trois rapports verbaux : le 



' la 



riplic 



ouverte [loiii* le monu- 
nt en l'honneur du iieulen anl Bellot, et pour lequel 
il conclut que In somme recueillie soit iminëtHQlLTncnt 
envoyée au comité central de Roclieforl, chargé de ce 
monument; — le second, complètement fnvornble à 
la demande adresséo par M. le professeur Porrey, pour 
que sa circulaire relative aux Iremblemenls de terra 
Soit insérée dans le Bulletin ; — le troisième, sur la 
demande de la Société zoologique d'acclimatation et 
de la Société d'émulation de l'Allier, relativement à 
l'échange de leurs publications contre le Bulletin de 
la Société; le rapporteur déclare que cet échange est 
approuvé par la section de publication. La commission 
adopte les conclusions du rapporteur. 

M, d'Avezac ilemande que M. Cunnoly soit invité à 
faire connaître l'état de son travail sur Benjamin do 
Tndèle, et à l'envoyer incessamment, afin qu'on en 
fasse l'examen et qu'on puisse l'insérer dons le recueil 
des Mémoires. 11 sera prié de joindre, si cela est pos- 
sible, une carte l'i son ouvrage. 

M, Corlambcrt lit un rapport sur l'ouvrage de 
M. Fraissinet, intitulé : le Japon, hisloire, description, etc. 
Ce rapport sera inséré au Brilletin. — M. Jomard fait 
vemarqaer, au sujet de cet ouvrage, qu'il se trouve un 
asseï grand nombre de Japonais qui savent très hieo 
le hollandais, que la cbancGllerie, particulièrement, 
connaît parfaitement cette langue, et qu'on l'apprend, 
au Japon, dans plusieurs écoles; que le souvenir de 
Napoléon I" y a facilement pénétré, et qu'un des 
riches personnages de Nagasaki s'y est fait un cabinet 
de portraits, bustes, livres et autres objets rappelant 
ce grand homme. 



( -i ) 

M. All'retI Maui*y Hjuule quelques luuls sur ce sujet) 
il fait observer que l'on npprend nu Jupon non-sauli 
ment le bollanilais, mais le français et l'anglais, 
qu'on y u vu. dans les mains de quelques-uns d< 
principaux indigènes, des ouvrages français, entre aa-' 
très la Hevue des Deux-Mondes, et mëcne la MécaniqiM/i 
céleste de Laplace. 

M. le docteur Oppert, revenu réceiament de l'OrienU'i 
met sous les yeux de la Société un plan manuscrit 
remplacement de Babylone ; il entre dans des dévelo] 
pemenis étendus sur ce Iravail, sur les dimensions qdô' 
devait avoir cette ville, sur le cours de l'Euplirate, etc. 
11 annonce l'achèvement prochain d'une carte beau- 
coup plus considérable contenant, outre Babylone, 
tout le territoire avoisînant. M. Oppert est prié de ré- 
diger les communications qu'il vient de faire, p<iur 
qu'elles soient insérées au Bulletin. 

M. le président communique une notice anglaise sur 
riiistoiie naturelle de l'Afrique centrale, par M. le 
docteur Vogel. M. MoreUFatio en donne, séance tenante, 
une traduction verbale. 

M. de la Roquette annonce que la souscription ou- 
verte en Angleteri'u en l'honneur du lieutenant Bellot 
peimet d'élever au bord de la Tamise un beau mo- 
nument de granit, et qu'il restera encore environ 
SOOOOfr. , destinés à la famille de ce jeune marin. 

M. Morel-Fatio apprend à la Société que les Anglais 
résidant en France ont, de leur côté, eu l'idée d'offrir 
au Mubée de Marine, au Louvre, en l'honneur de Bellot. 
une inscription monumeulale qui rappellera les ser- 
vices et le dévouement de ce courageux navigateur. 



J 



( 7S ) 
Séance du 21 juillet 186A. 

PRiSIDBNGB DB 11. JOMIBD, 

Le procès -Yerbal de la dernière séance est lii et 
adopté. 

Il est donné lecture de la correspondance : 

M. Alfred Maury, qui exprime ses regrets de ne 
pouvoir assister à la séance , adresse de la part de 
M. Th. -Henri Martin Y Examen d'un mémoire posthume 
de M, Letronne et des questions relatives aux anciennes 
mesures de la Terre. M. Sédillot est prié de rendre compte 
de cet ouvrage. 

La Société impériale et centrale d'agriculture adresse 
plusieurs billets pour la séance générale qu'elle doit 
tenir le 23 juillet. 

M. Sédillot fait hommage à la Société de son Histoire 
des Arabes; M. Cortambert est chargé d'en rendre 
compte. 

M. Jomard prései^te, de la part de M. Lejean, une 
feuille de la Carte de la Bulgarie que publie ce géo- 
graphe. 

M. d'Avezac offre, au nom du contre-amiral Smyth, 
l'ouvrage intitulé the Mediterranean y dont M. de Cas- 
telnau est prié de rendre compte. 

Il est donné lecture de la liste des autres ouvrages 
offerts. 

M. Cortambert communique un mémoire de M. Bu- 
nou, intitulé : Nomenclature des rues de Paris appliquée 
à V étude de la géographie de la France^ de V Europe ^ etc. 
Il émet l'avis qu'il n'est pas possible d'adopter le pro- 
jet, proposé par l'auteur, de faire un changement 



(76) 

complet dans les noms des rues d'une ville comme 
Paris, et que le plan* ingénieux sans doute et accep- 
table pour une ville nouvelle où Ton aurait à créer la 
nomenclature, n'est pas praticable pour une cité aussi 
ancienne et où Tbistoire et les babitucles ont imprimé 
aussi profondément leur caractère. Après quelques 
observations de divers membres, qui, loin d'admettre 
un cbangement radical dans les noms des rues de la 
capitale, expriment le regret d'avoir vu disparaître de- 
puis quelques années un grand nombre de noms bis- 
toriques, la Commission centrale décide que le projet 
de M. Bunou ne sera pas pris en considération. 



(77 ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LES SÉANCES DES 7 ET 21 JUILLET 185/i. 



OUVRAGES. 

EQROPE. 
Titres des ouvrages. Donateurs, 

The Meditenanean, a Memoir physical, liistorical and nauiical, by 
rear-admiral William Henry Smyili. Londou, i854. i vol. iri-8". 

M. le contre'amiial Smtth. 
Géographie du théâtre de la guerre, accompagnée de trois cartes: 
Baltique, Danube, mer Noire; et ornée des plans des principales villes; 
par M. V.-A. Malte-Brun. Paris, 1864. 1 vol. in -18. 

M. V.-A. Malte-Brum. 

ASIE. 

Histoire des Arabes, par M. Sédillot* Paris, i854. i vol. in*ia. 

M. Skdillot. 

MÉMOIRES, RECUEILS ET JOURNAUX PÉRIODIQUES. 
Annales du commerce extérieur. Mai 1854. 

DtBECTION DE i/aGR. ET DU COM. 

Bulletin de la Société géologique de France. Juin i854.— Revue de 
rOrient et de l'Algérie. Juin et juillet. — Revue coloniale. Mai. — 
Bibliothèque universelle de Genève, et Archives des sciences phy- 
siques et naturelles. Mai. — Bulletin mensuel de la Société zoolo- 
gique d'acclimatation. Mai et juin. — Annales de la propa{];atioii 
de la foi. Juillet. — Journal des missions évaugéliques. Juin. •— 
Journal d'éducation populaire. Juin. — L'Athenseum français, n" 24 
à 28. — The Journal of the Bombay branch of the royal asiatic 
Society. Janvier. — Zeitschrift fiir allgcmeine Erdkunde. Mars et 
avril. Les Éditeurs. 

MÉLANGES. j 

Nouvel abrégé de géographie physique, politique^ commerciale et 
historique, présentant Pétat du globe au milieu du xix^ siècle. 
Paris, i853. 1 vol. in-8*. Les Frères des écoles chrbt. 



(78 ) 

Titres des ouvrages. Donateurs, 

Rapport sur les travaux de M. Alexis Perrey, relatifs aux trembfe- 

ments de terre. Brocli. in-4'- L'Institut de Frakce. 

Examen d'un mëmoire posthume de M. Letronne et des questions 

relatives aux anciennes mesures de la Terre. Broch. in-S^*. 

M. Th.-Henri Martik. 

CARTES. 

Titres des cartes. Donateurs. 

General-Karte von der europaischen Tûrkei, nach allen vorhandenen 
Originalkarten und itiiierarischen UlFsmitteln. Berlin, i853, 4 ^*'* 
— Rarte von Klein-Asien. Berlin, i854- 2 feuilles — Die Eupbrat- 
Tigris-L^nder, oder Arménien, Kurdistan und Mesopotamien. Berlin, 
1854. 4 feuil'es. — Karte der Kaukasus*Lander und der angriîn- 
zenden tiirkischen und persisclien Provinzen, Arménien, Kurdistan 
und Azerbeidjan. Berlin, i854. i feuille. — Hoben-Verhaltnisse 
des Westlicben Hochasiens. Berlin, i854- i feuille. 

M. Henri Kiepert. 

The physical Atlas, a séries of illustrations of the geographical dâf- 
tribution of natural phenomena. A new and enlarged édition. 
1854, 1" livr. M. A. Keith JoHNSTOK. 

Carte générale des célébrités de la France. Paris, i854- i feuille. 

MM. EUG. BT RiCli. GORTAMIERT. 

Carte de la Bulgarie d'après les itinéraires et les relevés les plus ré- 
cents. i854, !'• feuille. M. G. LEJEâP. 



( 70 ) 
BIBLIOGRAPHIE GÉOGRAPHIQUE {Suite W). 

(Voyez aussi les ouvrages offerts à la Société. ) 



ASIE. 

Carte de la Turquie d*Asie, par M. Dufour. Paris, i854* 

Carte de TAsie Mineure, par M. de Tchihatclieff. a* édition. 

Journey through Syria, by Van de Velde. i854. 

L'empire Chinois, faisant suite à l'ouvrage intitulé: Souvenirs d'un 
voyage dans la Tartarie et le Tibet. Par M. Hue, ancien mission- 
.naire. Tome I, in-8°. Avec une carte. Paris, i854. 

AFRIQUE. 

Vie en Abyssinie et trois ans de séjour dans ce pays, par M. Parkyns. 
Londres, i853. 

• AMÉRIQUE. 

Bartletts Narrative of Explorations in Texas. 3 vol. 1864. 

Reisen in Nordamerika in der Jahren i85a und i853, von M.Wagner 

und C. Scberzer. i^ter Band. In-8°. Leipzig, 1854. 
Exploration of ibe Valley of the Amazon, by lient. John Lewis Hern- 

don, of ihe United States navy. With map and plates. In- 8*. 

Washington, i854* 
Voyages dans les glaces du pôle arctique, à la recherche du passage 

du nord-ouest, par MM. Hervé et de Lanoye. In- 16. Paris, 1854* 
Le passage du nord, par John Lemoinne. In-S**. Strasbourg, i854. 

OCÉANIE. 
Nouvellc'-Calédonie, par M. Brainne. In- 16. Paris, i854« 

GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET HISTORIQUE. 

Normandie souterraine, par M. Tabbé Cochet. In-8°. Paris, i854. 
Les Marches de l'Ardenne et des Woëpres, ou le Barrois, le Wallon 

(i) Voir le Bulletin de juin. 



(80) 

et le pays de Gliiny, ctudiés sur le sol, dnns les rlmrtc t et les noms 
de lieux ; par M. Jeantiti. a vol. in-8°. Nancy, i854« 

Dcoouvorte d'une ville gal'.o-romnine, dite Landunum. Examen des 
fuuillcs, par MM. Mi(;nard et Lccoutant. In 4% •'^vcc i3 plannlies. 
Paris, i85/{. 

Etudes de {^éoj'jrapliic ancienne et d'eihnojrraphie asiati<pic, par 
M.Vivien de St. -Martin, t. Il, in-8'. Pari«», i854. 

Voyages et missions du P. Alexandre de Rhodes, de la compagnie 
de JésuS) en la Chine et autres royaumes de POrient. Nouvelle 
édition, in-8°. Paris, i854* 

Types of mankind ; or EihnoIo{;ica1 Rc$earclie.<i bascd upon the 
ancient monuments, )iaintin(irs, etc., of races, and upon iheir 
natural, (çeograplncal, pliilulogical and bihlical hi^tory. By J.-G. 
Nott and Geor{je R. Gliddon. (Ouvrage enrichi d'extraits des 
papiers inédits de Samuel-George Morton^ et d additions de 
MM. L. Ayassiz, W. Ushcr et H. S. Paticrson.) i vol. Philadelphie, 
1854. 

(Il se trouve, dans le numéro du 27 mai de V Athenœum français^ un 
article important de M. le haron d'Ëckstein sur la position det 
rc{^ions de Cousch et de Chavila de la Genèse, ainsi que sur les 
fleuves Hiddekel, Pischon et Gischon de l'Eden]. 



Nous offrons, dans ce numéro, le portrait du lîcule- 
ûant Bellot, dont la biographie, par M. de la Roquelle, 
a été donnée dans le numéro de novembre et décem- 
bre 1853, tome VI de la quatrième série du Bulletin. 



I 



BULLETIN 

DE Ll 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

AOUT ET SEPTEMBRE 185ÎI, 

Blémolres, 
Notices, Oocniuents originaux, etc. 



NOTICE SUR LE DAR-FOURfl). 

ET SUR LES CARAVANES QOl SE RERDENT DE CE PAYS 
EN ÊGTPTE, ET VICE VEB3A, 



I.E D' 


Cir. CUNY. 


Il hou 


it= Élïpl.. 



(ÈCHITE A 



t854.) 



'endant un séjour que je viens de faire ù Assiout, 
en me préparant à un voyage au Dar-Four. que des 
circonstances diverses m'ont empêché d'entreprendre, 
j'ai recueilli des djellabs (2) les renseignemenis qui 

(l) Consulte! le Voyage au Darfaur, par le chcykli Mohammed- 
ebd-Omar-el-TounEy, réviseur en chef à l'i^cole Je médecine du Caire, 
traduit de l'arabe par le docteur Perrop...; prûce'dé d'une préface 
conlcnnnC des remarques sur la r^on du Nil-Blanc supérieur par 
M.Joriiard; ouvrage acconipagné de cartes etileplaDchei. i volume. 



(i) Négociants qui, pnu 
;enl il travers les déser 
s d'un pays à un autri 



m pie. 



n celui d'un associé, Irans- 
' de l'Afrique les marclinn- 



( '■ 



'■ ) 



suivenl, renseigiiemeuls que j'ai lieu de croirt 
car les djeliabs, me regardant déjà comme tiQ des 
leurs, n'avaient aucun motif de réserve en conver- 
sant avec moi. Je transcrirai ces notes telles que je les 
ai recueillies, en y ajoutant cependant les observations 
que j'ai eu occasion de faire pendant les sept années 
que, par ma qualité de médecin en chef, j'ai été obligé 
d'avoir des relations avec les djeliabs pour faire vacci- 
ner leurs esclaves. 

LeDar-Four est borné à l'est par un désert de quatre 
à sept jours de traversée qui le sépare du Cordufan (1) 
et autres contrées de la vallée du Nil; au nord également 
par un désert, mais d'une immense étendue, le désert 
libyque, qui s'étend sur quelques points jusqu'au litto- 
ral du la Médlierranée ; à l'ouest, c'est encore le désert, 
non plus sec et aride par tout, mais oûVant de dis tance en 
distance des herbes propres aun animaux, des arbres, et 
de l'eau pour la commodité des caravanes. Les mon- 
tagnes de Dar-Mara forment les limit<-s sud du Dar-Four 
proprement dit; mais au dclù de Dar-Mara, il existe 
encore d'autres provinces qui dépendent du Dar-Four 
et s'étendent très-loin de ce côté-là. A udelù des savanes 
situées à l'ouest du Dar-Four, on rencontre le Jlorgou 
et d'autres Etals dépendants du Dar-Four. 

Le climat du Dar-Four est sec et très salutaire: la 
maladie qui y cause le plus de ravages est la variole, 
qui là n'a encore rien perdu de son intensité première, 
et enlève presque tous les individus qui en sont atteint 
d'autant plus qu'ils sont très mal soignés. Quand a 



(,) On 



1 KorJofun 



(83 ) 



1 des chalei 



s liiibitaTits c 



I 



supportable 



Inutile 
l'équaleur, 



rive la saison 

moins qu'en Égyplo : elle y es 

moins éloiiiFante i ce qui s'oxplî 

plateau sur lequel s'étend le Da 

que, vu son plus grand voisini 

djellabs regrettent pendant l'hiver, lorsqu'ils sont 

Egypte, les douceurs de cette saison dans leur pays. 

Les Arabes nomades M'gliarbé (1), qui habitent la 
lisière de la vallée du Nil dans le désert llbyque, de- 
puis le Fayouin jusqu'à Monfalout, au nord il'Assiout, 
font un commerce d'échange de chevaux et de ju- 
ments d'ËgypIe contre des chameaux que leur amènent 
des Arabes de l'intérieur de l'Afrique à une station si- 
tuée dans le désert, sur la route d'Assiout au Dar-Four, 
et que l'on appelle Bir-MalébL, ou Djébel-Nalroun : le 
premier nom signifie puits d'eau salée, et le second, 
moutagne de natron (2). Cette station est la cinquième 
depuis Assiout, et de là jiour se rendre au Dar-Four, 
il n'y a plus que onie journées de marche de chameau, 
que l'on fait d'une seule haleine, si iea caravanes ne 
préfèrent passer plus à l'ouest par El-Mejdoub. Outre 
les Arabes des tribus d'Egypte, les Terhouné, les 
Amâlmé, les Djahémé, les Ujoazî, etc., qui se rendent 
directement à Bir-Maléhh par le désert, en passant par 
les oasis libyques (3) à l'ouest de l'Egypte, il est à 

en effet, de véritablea MoglieLioB, qui, traversa ut île 
: désert libjqUG, sont vfnui s'eubEîr en Egypte. 
u cat an L-arbonale de «lacle el quelquefois delà soudé 
serl à blanchir les toiles-, à faiie les lessives, etc.; le» 
tous les Soudaiiiens le EDiileiil nu tabac qu'ilâ lienitenc 
iliauellemeiit daoa la boDchi:. 
(3) Les DSijis de Tbèbes el celles situées plus au iiorrl. 




( 84 ) 

observer que d'aiilres nomades, entre aiilrcs des Bî- 
charis el desAbabdés, vont iï cette slalion, en parlant 
d'une aulre 1res voisine d« ^îl el qu'on apj^elle Sclimê, 
laquelle est la troisième d'Assîout au Dar-Four. Ces 
derniers n'y vont guère que dans le Lui de s'y pro- 
curer du natron, qui ne leur coûte là que la peine 
de le ramasser et de le charger sur leurs cliameaux. 
Quant aux Bédouins de la moyenne et de la liaulc 
Egypte, ils ne vont ii Bir-Maléhh, ou Djéljel-Natroun, 
qu'une seule Fois par année ; ils partent vers la Cn de 
juillet et ils sont de retour vers le mois de janvier 
de l'année suivante; leur expédition annuelle dure 
ainsi environ six mois. Comme Bir-Maléhb n'est point 
habité, les Arabes d'Egypte conviennent avec ceux de 
rinlérieiir de l'Alrique ilu jour de l'année où ils s'y 
rencontreront, et, après s'être accordés sur l'époque 
de ce rendez-vous, qui a toujours lieu, du reste, dans 
le mois de septembre, ils jurent sur le Coran d'y être 
fidèles, ce qui ne manque jamais d'arriver, les Arabes 
étant toujours très exacts à tenir leurs serments. 

Les Arabes d'Egypte, ne pouvant dépasser ce point '' 
pour s'enfoncer plus avant dans J'intérieur de l'Afrique, 
échangent là leurs juments et leurs chevaux contre 
de jeunes chameaux, chargent ces derniers, ainsi que 
ceux qui les avaient apportés, de natron, et s'eQ 
reviennent ainsi dans leurs tribus : cette coutume 
d'échange commercial a existé de tout temps, et l'oa^ 
ne sache pas que la bonne foi ait été violée de pai 
ou d'autre, et que jamais il y ait eu des querelles suî< 
vies de combats, quoique tous se rendent là bien 
armés. Les Arabes d'Egypte n'emmènent avec 
que des chevaux, pour en faire commerce. 



i 



ae 

1^ 



Iil3^^ 



{86 ) 
joignent, rarcmenl, quelques armes, quelques tupis 
ou quelque autre matière d'échange; mais ceux de 
la Nubie qui vont à Bir-Mal^lih par la station Sélimè 
font un commerce d'échange beaucoup plus compli- 
qué et plus actif a?ec ceux de l'intérieur de la Libye, 
selon ce qui m'a été rapporté : car je ne puis parler 
avec certitude que des premiers. Q^ant aux Arabes de 
l'intérieur de l'Afrique, avec qui ceux de l'Ëgyple et 
de la Nubie font le commerce d'échange àBir-Maléhh, 
ils sont pour la plupart soumis au roi du Dar-Four 
ot sont de la Iribii des Bnqaras; do celle des Kaba- 
biuhcs, etc. Cependant on m'a assuré qu'il en venait 
non-seulement du Borgou, mais qu'il en venait de tous 
les points du désert libyque : il y en a parmi eux 
(m'ont assuré les M'gbarbé ] qui sont aussi blancs 
qu'ciix-mémos. Comme nous avons dit que les Arabes 
d'hgypie etjjeus de Nubie ne j'ouvaient pénétrer au 
delà de Bir-Malébb, dans l'intérieur de l'Afrique, il 
n'est pas inutile de relater que des nomades soumis 
au Dar-Four se réunissent souvent en caravane, ayant 
un khabîr nommé par leur sultan, et viennent en 
Egypte y vendre du natron qu'ils ont piis à Djébel- 
Nalroiin, ainsi que quelques aulicsobjclsderiniéiicur, 
comme plumes d'aulrucbe, praux de panthère, etc., 
clquelqucfois des esclaves en très pelil nombre. Ces ca- 
ravanes sont toujours très pauvres, c'est-à-dire qu'elles 
n'apportent pas de riches marchandises avec elles ; 
celle qui esl arrivée celle annte, et dont le klmbir s'ap- 
pelle Lazouga , n'avait que quinze charges de dunls 
d'élé])haut, la seule marchandise de grande valeur. 
La même station de Djebel -Nalroun renferme aussi 
des mines de sel, les gçulcs rjiii en fournissont i tout 




(86) 

le Dar-Four et à beaucoup d'autres Ëlatscle l'intérieur; 
ètYoilà pourquoi on l'appelle aussi bien de ce premier 
nom que de celui de Bir-Maléhh, que l'on devrait tra- 
duire, non point par puits d*eau salée, mais bien par 
station du sel. Car l'eau que l'on trouve là en très 
grande abondance a, dans une montagne, une source 
si considérable, qu'elle forme un petit ruisseau» et elle 
est d'une légèreté et d'un goût délicieux. Gomme il est 
facile d'en juger par ce qui vient d'être dit, ce lieu est 
très fréquenté, puisque c'est le point central où se 
réunissent les Arabes d'Egypte et ceux de l'intérieur 
de l'Afrique ; que tous vont là pour s'y pourvoir soit 
de natron, soit de sel, et que de fréquentes et nom- 
breuses caravanes y passent en descendant du Dar- 
Four en Egypte, et vice versa : aussi les nomades de 
l'Egypte, ceux de la Nubie, chacune des diverses 
tribus de l'intérieur de l'Afrique orientale, y ont-ils, 
soit à la mine de natron , soit à celle de sel, des en- 
droits particuliers, désignés chacun par leur nom, 
où ils doivent, d'après l'antique usage, séjourner et 
camper sans se permettre d'en dépasser les limites. 
Quoique cette station soit très fréquentée et qu'il s'y 
trouve de l'eau excellente et en très grande abondance, 
elle n'est point habitée par des Arabes complètement 
fixés : chacun n'y reste que le temps nécessaire à ses 
affaires et en part. De là au Dar-Four il y a onze jours 
de marche de suite, sans puits, sans station et sans eau, 
quand on prend la route qui y conduit directement 
et que Ton ne voyage pas à l'époque des pluies inter- 
tropicales ou bien quelque temps après; bien entendu 
qu'alors on trouve des réservoirs naturels d'eau 
de distance en dislance, et dans des vallées dont la 



I 



(87) 
position est coiiDue des guides de caravaoes. Quand 
les chameaus ne sont point trop épuisés par la traver- 
sée d'Assiout à Bir-Maléhh, les caravanes franctiissent 
toujours cette distance en ligne directe ; dans le cas 
contraire, et quand elles ne peuvent faire autrement, 
elles dévient un peu à l'ouesl et passent par El-Mejdoub, 
où habitent en permanence des Bédouins soumis au 
roi du Dar-Four. Cr lieu est à siï jours de Bir-MaléhU 
et ù six du Dar-Four : en y passant, un n'allonge 
presque pas sa route ; mais les djellabs l'évitent autant 
que possible, car les habitants les soumettent à une 
contribution forcée et dont le chiffre ne leur est point 
escompté à la douane qui est perçue d'eux par le sul- 
ian du Dar-Four. 

En montant d'excellents dromadaires, on pourrait 
arriver d'Assiout au Dar-Four dans une douzaine de 
jours; quand on fait cette traversée sur des chameaux 
chargés, on arrive au bout de quarante-cinq jours. 
Mais, quand la caravane amène un grande quantité 
d'esclaves, on met le double pourfaire la même quan- 
tité de chemin; c'est pourquoi les caravanes venant 
du Dar-Four reslenl toujours environ quatre-vingt-dix 
jours en route, et leur arrivée est, de cette manière, 
toujours sue d'avance par les négociants de l'Egypte, 
qui en sont avertis par les djellabs venant de l'intérieur 
de l'Afrique et se rendant en Egypte parle cours du I\il. 

Voici, en allant du nord au sud, les noms des sta- 
tions du désert où les caravanes, se rendant direc- 
tement d'Egypte au Dar-Four, trouvent de l'eau, et 
où elles se reposent quand il y a nécessité; ce sont : 
J." Ùèri» et Moqés, le premier, village, et le second, 
simple station, à peu de dislance l'un de l'autre. 




{ 88) 

dépcudaïUs tous deux do ]a Grande Oasis, que Tod 
a])pelle maintenant El-Khargué (1); 2* Cheb (alun)» 
où se trouvent des mines de sulfate d'alumine et de po- 
tasse ; 3* Sélirné, dont j'ai parlé et où se rendent direc- 
tement les nomades de la Nubie pour aller dans 
l'intérieur; A* Léguyé^ dont il n*y a rien à dire ; 5® fi//-- 
Maléhh ou Djébel^Natroun, que nous avons fait con- 
naître en détail. De h\, on se rend directement à Qôbé 
(Kobbé), dans le Dar-Four, qui est la ville des djellabs^ 
c'est-à-dire celle qui leur est assignée pour demeure 
et la seule place de commerce d'où ils ne peuvent point 
s'écarter, si ce n'est pour aller au Fâcher ou à Dar-es- 
Sultan, à la demeure royale quand ils y sont appelés, 
ou qu'ils y vont pour des réclamations. Nous avogs 
déjà fait observer que si les chameaux, en revenant 
d'Egypte, sont par trop harassés et trop affaiblis pour 
pouvoir faire les onze jours de marche de Bir-Maléhk 
à Qôbé, les caravanes inclinent un peu à l'ouest et 
passent : 6® par El-Meydoub, où sont iixés des Arabes 
fouriens.Les intervalles qui séparent les cinq premières 
étapes sont de quatre à cinq jours de marche; celui 
de Bir-Maléhhà Qôbé est de onze journées do marche 
continue. 

Les djellabs sont trës^mal vus par les habitants du 
Dar-Four; mais le sultan les protège à cause des re- 

(i) La sortante, parce qu'elle est plus voisine que Tautre de 
rÊgyple, et que c'est par elle que l'on sort du désert pour arriver aux 
terres cultivées ; — la Petite Oasis est appelée maintenant £1 Dakh'lc 
(l'interne), parce qu'elle est plus dans l'intéiieur du désert que 
l'autre. A la première, on anivc d'Assiout en trois jours et demi; il en 
faut sept pour atteindre la deuxième. Ch. Cuky. 

Ël-Kliargéli (ou Kliargué) sijjniHe proprement Yextérienre^ par op- 
position à la I*(jt te Oasi;>5 qui s'appelle Vintcricure, E. J. 



I 

I 



( 89) 
Tenus que lui procure le commËrce qu'ils font, soit en 
exporlalion, soit en impurtation. L'empire du Dar- 
Foiir n'est pas li'ès étendu par Itû-mëme, il n'u que 
dix-neuf jours de inarclie de l'est à l'ouest, et vingt- 
deux du nord au sud ; mais, parmi tous ks États de 
l'inléi'ieur de l'Afrique, il est le plus puissant, du 
moins au dire des djellabs. Le Borgou ou WaJày lui 
paye tribut, ainsi qu'une liés grande quantité d'autres 
souverainetés takrouriennes , telles que celles des 
Fellalab, de Dar-Mara, de Dar-Fougara, de Dar-Sala, de 
Dar-Ëunga, de Dar-Goula. deDar-Uaghcrmi, etc. (I). Il 
compte aussi parmi ses vassaux nue grande quantité de 
différentes tribus arabes. Il arrive souvent que cesLtats 
tributaires se révoltent et refusent de payer au Dar- 
Fûur la redevance annuelle àlaquelle ils sont soumis; 
pour éviter les guerres et les expéditions qu'occasion- 
nent do pareils événemenls de la part des nomades, 
qui sont très puissants, la cour fourîennc a recours au 
système politique de Macliiavel, et entretient parmi 
eux des jalousies et des disaensùins perpétuelles, qui 
les empêcbenl do s'unir pour faire une guerre qui ne 
pourrait manquer d'être terrible pour le Dar-Foiir: 
c'est pour les mêmes motifs politiques qu'un les laisse 
libres et presque indépendants, et ils ne sont soumis 
qu'à de très faibles contributions, 

(0 riou= 




de ceuc : 


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ui, non- seule ment 


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Udes plus puias 


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s'i-st l'ieiidue am 


r un 


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inL're de coulré^^. 


E.J. 



(90) 

Le sultan Hussein-Mohammed (1), empereur actuel ^ 
du Dar-Four, est un prinoe bon, généreux, ti-ès humain 
et o<! condamnant un coupable à la mart qu'à la der- 
nière nécessité; surtout il traite les élrançers avec 
toutes sortes d'égards. Le sultan Chérif, roi actuel du 
Borgou, étant miilheurciix et poursuivi par ses com- 
pétiteurs au trône, vint, après bien des malheurs et 
des adversités, se réfugier près du sultan de Dar-Four: 
il en fut bien accueilli et fut replacé par lui sur le 
trône qui lui appartenait; c'est depuis cette époque 
que le Borgou est iribulaire du Dar-Four. Cependant 
le sultan Chérif, se montrant en ceci peu reconnais- 
sant envers le sultan Hussein-Mohammed, envoya, il y 
a quelques années, des cadeaux à la Sublime Porte 
pour en obtenir l'envoi de fondeurs de canons, d'ar- 
muriers et d'autres industriels. Son ambassade, qui, 
entre autres présents , était chargée d'offrir à S. H. 
Abd-el-Medjid des diamants d'une grosseur prodi- 
gieuse, a eu un plein succès, et maintenant il se pré- 
pare à secouer le joug de son bienfaiteur et à renou- 
veler, peut-être avec succès, une tentative qu'il avait 
déjà essayée en vain il y a quatre ou cinq ans. 

AuDar-Four, le trône est héréditaire, et il est, d'après 
la loi musulmane, transmis à l'alné de la famille en 
ligne indirecte : ainsi le petit-fils d'un souverain décédé 
peut succéder à son grand-père, au préjudice de son 
oncle, Ëls du défunt, si ce dernier est moins âgé que 
lui : comme, en Egypte, Abbas-Pacba, pelit-âls du 
grand Mohammed-Ali, a succédé à la vice-royaulé, aa 



(1) Il prend te titre d'Emir-ei-Mo 
lire qui n'apparticill qn'uu légitime 



prince des craymils, 
iroph&te Mo- 



* 



\ 



(91 ) 
préjudice de Said-Pacba, parce que ce dernier était 
moÎDS âgé qu'Abbas-Paclia. Cependant, aa Dar-Four, 
le rni désigne quelquefois son successeur de son vivant 
et le choisit parmi ses fils, ses pelits-fils ou môme ses 
neveux: pour rlonner lieu à un pareil choix, il faut 
être doué de qualités émincnles et supérieures, 
ou avoir pu gagner toute l'aiTection du prince ré- 
gnant. Mais, au lieu d'assurer la paix A l'Etat, ces 
mesures sont au contraire les moliFs de très graves 
I troubles. Il arrive aussi que le successeur au trône 
■ doit sa place à des intrigues ourdies dans le harem 
par sa raère i et, par l'autorité dont jouissent les eunu- 
ques des femmes royales, ils proclament sultan un 
des nis ou parents du défunt, sans qu'il y ait droit. 
C'est ainsi, à ce que l'on m'a rapporté, qu'en cachant 
pendant plusieurs jours lamort du sultan Mohammed, 
Hussein, un de ses fils, qu'il avait eu d'une esclave 
abyssine, a pu régner à ta place de sou aîné, Fourien 
pur sang, qui obtint des troupes do Mohammed-Ali- 
Pacha pour aller reconquérir son trône, mais mourut 
au Cordufan d'une manière subite. Le père du sultan 
actuel du Dar-Four passait pour être sanguinaire. 

Le gouvernement du Dar-Four est assez semblable à 
celui qui existait en France du temps de la féodalité: 
chacun des princes fouriens possède une étendue plus 
ou moins considérable de pays, qui, ft sa mort, est 
transmise à ses héritiers : les redevances en nature que 
chaque vassal offre au sultan lui servent à solder ses 
officiers et à faire des cadeaux aux personnes dont il 
veut récompenser les services. Le sultan ne se réserve 
jamais la moindre portion de ce qu'on lui apporte, car, 
d'après les usages et les lois de l'empire, il doit pour- 



L 



(92) 

voir à son entretien cï à celui de sa maison particu* 
lière, au moyen dos revenus de ses propres terres et 
des pays qui lui viennent de ses ancêtres; il se croirait 
déshonoré d'employer c\ son usage particulier la 
moindre des choses qni lui ont été apportées en cadeau 
ou sous forme de contribulions. Si les ressources four- 
nies par celte voie pour payer Tarmée et les autres em- 
ployés de l'État ne suffisent pas, le monarque leur cède 
une quantilé,*proportionnelle à leurs services,de charges 
de minerai de cuivre qu'ils revendent aux djellahs, les- 
quels en font l'exportation dans les régions de l'ouest. 
Il est à remarquer que les fiefs qui appartiennent aux 
princesses et aux grandes dames nobles, ou issues de la 
tige royale, sont tous gouvernés par des eunuques do 
leur maison, ce qui explique le grand pouvoir de ceux» 
ci à la mort des souverains du Dar-Four. 

La population du Dar-Four se divise en prêtres de 
la religion musulmane, qui est celle de l'Ltal, et 
d'après laquelle la justice est rendue et le peuple gou- 
verné ; en soldats, qui deviennent, la plupart, labou- 
reurs après la guerre terminée ; en laboureurs propre- 
ment dits, qui ne s'occupent qu'à cultiver les terres 
et à nourrir les bestiaux; en djellabs ou négociants, 
la plupart nés hors du Dar-Four et faisant le commerce 
parles caravanes; enfin en Arabes nomades, à la fois 
pasteurs, guerriers et cultivateurs. Les prêtres, que 
Ton appelle en arabe faqirs, féquis^ iniamsy oulémas^ 
jouissent de plus de considération que toutes les autres 
classes. Quand il s'agit d'appliquer les rigueurs de la 
loi contre un coupable, ce sont toujours eux qui, au 
nombre de plusieurs centaines, et formant un jury 
presque selon les règles de l'Europe, cmellcut les avis 



I 



(!)3 ) 
par sulto (lesquels !e sultan prononce ia senlenCft et 
Cil ordonne l'exécLilioTi, qui a lieu iminédialeraent. Le 
palais del'empereui' Fourien, que l'on appolle Dar-el- 
Siillan , ou bien El-Fncher, est excessiiemcnl vasle; 
il n'en sort qnc les vendredis <le cliaquc semaine pour 
aller faire sa prière à une mosqui^e qui en est éloignée 
d'environ une demî-lieue. Quand on ae croit ïictîinc 
do quoique injustice de la part des agents de l'autorité 
et que l'on n'a pu pénétrer en personne jusqu'à son 
trône, c'est ordinairement lorsqu'il se rend à la mos- 
quée qu'on l'interpelle à haute voix cl en étendant le 
bras droit en l'air ; on lui crie : Selam alik, ia émir el 
moumen'm ! [Que le sahit soit sur vous, û prince des 
croyants!) Aussitôt qu'il a entendu la voix d'un plai- 
gnant, il s'arrête, el, sous l'abri du vaste parasol qui 
le défend h peine contre les ardeurs d'un soleil tropi- 
cal en plein raidi, il écoule iiatiorainent les réclama- 
tions qui lui sont Tailes, Cet usage de pouvoir ainsi 
approcher le sultan est d'une origine qui se perd dans la 
nuit des temps, d'après le dire des djellabs, mais qui, 
selon toute probabilité, n'est point antérieure àl'isla- 
misnic dans ces contrées: quoi qu'il en soit, le sultan 
ne fait jamais la sourde oreille, et il n'oserait refuser 
d'écouter les plaintes qui lui sont fuites alors. 

Lorsqu'il est dans son palais, il est beaucoup plus 
difficile d'approcher de sa personne, surtout s'il se 
tient dans le divan intérieur, où n'entrent jamais que 
les favoris intimes et où il est gardé par plusieurs cen- 
taines d'eunuques, dont on fait monter le nombre 
i\ mille six cents. Dans le divan de l'extérieur, où 
sonljugéealcsgraudes affaires administratives el autres, 
les oulémas et les grands fonctionnaires sont admis 



ez près 
négoci 



1 pora 



onne du 



mnia les djeltabj 



;ociaals s'en trouvent louj 
l'exception de quelques privilégiés : ils se ticoneat 
dans un aiUidivan, doiil le sol est plus bas que celui où 
sont les vizirs et les oulémas placés prés du souverain. 
Oo approche du suitnn de la luéme manière que 
l'esclave approche de son maître, en rampant. 

Quand quelqu'un est admis en présence du sultan, 
il s'avance en riimpant sur le ventre, et en grattant 
la terre avec la main droite, appuyé sur son coude 
gauche; il espose ainsi ses raisons. Le sultan Hussein 
est âgé d'environ cinquante ans : il règne depuis une 
quinzaine d'années; il a des idées de progrès et de 
civilisation, 

11 existe, au Dar-Four, des mines de cuivre dont le 
minerai renlerme dix pour cent d'or, d'après l'expé- 
rience qui eu a été laite par la maison cojHe Cbéuoudé, 
d'Assiout, qui l'envoja à l'analyse d'un chimiste du 
Caire. Surian-Ohénoudé passe au Dar-Four pour 
être le plus riche et le plus respectable des négociants 
d'Egypte; u'étaitia seule maisonqui faisait des aR'aires 
autrefois avec les djellabs: elle est si bien vue et en 
si grande considération près du sultan, qu'il avait en- 
voyé prier le chef de la famille de lui envoyer un de 
ses enfants, lui promettant d'avance pleine hberté pour 
son culte et lui laissant môme la l'acuité d'amener 
avec lui ses idoles et les ministres de leur culte. ( Le 
sultan, à ce qu'il parait, ne fait point dedilTérence entre 
un idolâtre et un chrétien; il ressemble en ceci à 
beaucoup de Turcs et d'Arabes de l'Egypte et de 
la Syrie, chez qui existe ta même erreur.) Comme 
l'étiquette de la cour fourienne ne permet pas que le 



J 



I 



(95 ) 
sceau impérial soil apposé sur un ordre aans qu'il 
soit rigoureusement exécuté; coinmc aussi cet ordre 
ne peut être donné à un élrun^cr et probitblemenl 
encore moins à un cbréticn, le klialjîr (clief de cara- 
vane) avait apporté le cachet lui-même, comme signe 
de la mission qui lui était donnée de faire venir au 
Dar-Four un fils de la maison Cliénoudé. La propo- 
sition ne fut point acceptée. 

Il existe aussi au Dar-Four des mines aboudanles 
d'excellent fer, des mines d'antimoine, de zinc, 
d'or et d'argent, dont nulle n'est en exploitation. Les 
djellabs transportent à grands frais de l'iigypte tous 
ces métaux, à l'exception cependant du fer. que les 
Fouriens savent travailler grossièrement pour en faire 
des armes et des instruments aratoires. On commence 
aussi à savoir travailler le cuivre d'une manière très 
grossière, car les djellabs achètent encore en bgypte 
beaucoup d'ustensiles de ménage fabriqués avec ce 
métal: mais beaucoup moins qu'il y aune demi-dou- 
zaine d'années. Quant au cuivre que l'on l'açouno au 
Dar-Four même, on en fait des vases de forme sémi- 
spbérique, semblables au guéças de bois de l'Lgypte 
que l'on exporte à l'ouest, au Wadây, etc. Comme ce 
minerai renferme, ainsi que je l'ai dit, beaucoup d'or, 
les djellabs en font quelquefois la contrebande et l'ex- 
portent brut ailleurs que dans le Takrour ; mais ils 
ne peuvent guère cependant en sortir de cette manière, 
si ce n'est dans les ballots du gomme ou de tamarin 
que les caravanes transportent directement du Dar- 
Four en Abyssinie. 

Je demamlais un jour à un djellab pourquoi il trans- 
portait (lu zinc au Dai-Four, puisqu'il y en a des mines 



( 90 ) 

si abondantes: il me répondit, en homme persuadé de 
la vérité de ce qu'il avançait, que le sultan ruinerait 
le commerce des djellabs, s'il permettait Texploitation 
des mines de zinc ou de tout autre métal, qui se trou- 
vent dans ses États; qu'il lui convenait de leur laisser 
ce moyen de bénéfice, puisqu'ils étaient les seuls in- 
struments et entremetteurs du commerce d'importation 
et d'exportation. Si le sultan , ajoutait-il, n'avait les 
djellabs, qui irait lui vendre ses dents d'éléphant, 
ses gommes, ses tamarins? qui irait lui chercher en 
échange les belles choses de la Perse et de l'Europe? 
Les djellabs sont en effet des négociants pour leur 
propre compte, ou desagents-colporteursde commerce, 
au moyen desquels les produits bruts de l'intérieur 
de l'Afrique peuvent arriver jusqu'à nous; c'est aussi 
par leur entremise que ces mêmes régions centrales 
de TAfrique nous offrent un débouché très considérable 
pour les produits de notre industrie manufacturière. 
J'ai dit que le fer du Dar-Four est d'une excellente qua- 
lité, comme je m'en suis convaincu en examinant les 
armés qui se trouvaient entre les mains des djellabs : 
il est surtout très tenace et d'une grande malléabilité. 
Quand une caravane est arrivée à Cheh, venant du 
Dar-Four, le chef en détache un courrier pour en pré- 
venir le gouverneur général de la haute Egypte : celui-ci 
envoie inimédiatement un kachef (inspecteur) et un écri- 
vain qui se rendent àBéris, et c'est à cette station, qui 
est un village de l'oasis de Thèbes, soumise à l'Egypte, 
qu'a lieu l'enregistrement des esclaves et des marchan- 
dises de la caravane. Les négociants d'Assiout, afin de 
gagner les bonnes grâces du khabir, ne manquent pas 
de lui envoyer là divers cadeaux, qui consistent surtout 



I 



(1)7 ) 

en un tarboitclie (1). un tijublii^ on cnflsn (2), en sou- 
liers et atitvcs Têlemenls! ils y joîgnonl îiiissi prcsquo 
loujoars (juRlqucs provisions da boiiclie. Plus la cara- 
vane Gst considiïvable, plus le kliabir reçoit lio cadeaux; 
car c'est lui qui exécute la vente de tous les objets 
qui appaiticnnenl aux divers individus qui couiposcnt 
la caravane. Quelques négocïanls du Caire ont des cor- 
respondants à Assioiiti ceux-ci proviennent leurs 
patrons, qui viennent en personne si la caravane ap- 
porte beaucoup de riches marcliundises, ce que l'on 
sait au juste et assez vile par les livres du douanîm- [3) 
envoyé àliéris; et. avant son arrivée ad Rif [continent), 
tous les négociants sunt réunis à Assiout, disposés fi 
se faire une concurrence des plus acharnées. 

A l'arrivée du kbabir dans la vallée du Nil, lui et 
tous les djellabs louent des maisons à Assiout, où ils 
font transporter leurs marchandises ; leurs cliaineaux 
sont envoyés chez des fellahs avec lesquels ils sont en 
relation depuis longtemps, afin d'ùtre mieux nourris 
que dans le désert pendant quelques jours; kba- 
birs et principaux djellabs sont occupes à recevoir les 
visites de leurs amis les négociants; puis, à un jour 
donné, ils vont faire une visite on corps cl eu cérémo- 
nie au gouverneur-général delà Haule-Égyplc. D'après 
le même principe qui faisait autrefois dire au sultan 
de Constaûlinoplo, par ses chambellans annonçant la 
visite d'un ambassadeur de n'importe quelle cour eu- 
ropéenne, qu'a la porte sublime do son pnlais élait 



(i) CiiloUe rouge. 
(i)Esprcsd.:.uniq.ieûuve.l 
(3) Du Llclicf. 

VIII. AOUT hT SKPTIÎI 



( 88) 



1 roendiant franc ii 



1 et n'étant pas velu dé- 



cemment, afm que S, H. pût avoir un molli* plausible 
de l'iiire la charîlè à un tijinour {\), à un //nftV (2), 
d'un caftan et d'une pelisse avec accompaj^oeoienl 
peut-être d'unu tasse de café, d'après ce même prin- 
cipe, le gouverneur général d'Assiout fait donner au 
kliobir et aux principaux djellabs, qui ont dû user 
leurs linljits par une si longue IraversÈo dans le désert, 
un caftan et quelquefois une pelbsse, A chacun suivant 
son rang et s:i fortune. . 

En dcc'Iarant Alger vill« libre de cominrrce, c'est-à- 
dire une ville où les djellabs n'auraient à payer aucune 
douane ; en lespréveniinLde celte nouvellt?dispi)silion. 
en les traitant avec honneur eldistinciion à leur arrivée, 
en fa^^ant droit au^i réclamations du ^Arté/ren faveur de 
ses iljellabi contre Ips négociants spoliateurs, on par- 
viendrait facilement à attirer dans notre colonie du 
nord l'c l'Afrique toutes les nombreuses caravanes 
qui, des vasli'S pajsdu Takrour, se rendent vers dif- 
férents autres points du littoral de la Méditerranée. 
Pour les djellabs, la dislance, me disent-ils, n'est rien^i 
cor en vojage ils ne dépensent presque rien pour leur 
entretien, et rien du tout pour la nourriture des clia- 
meuux. A rubjcclion que je leur faisais que la vente 
des esclaves était impossible à Alger et que c'était un 
article iuiporluntde leur commerce, ils me prouvaient 
le contraire on me faisaut observer qu'il en mourait 
beaucoup en roule ; que maintenant ils coûtaient lrè& 
ciicr dans l'intérieur de l'Afrique et se vendaient à 



CO CLrécien. 

(i) InGdèle, iiialAirc! 



à 



(99 ) 
très hoTi marché aux lieux où on les transportait, 
outre \o cliiffre énorme de ilouane que l'on paye pur 
lë(e Han3 divers paya; que, s'ils faisaierj! 1c com- 
meri^e d'esclaves, c'était pluiôt par esprit de prosély- 
tisme musulman et pour arriicher des idol&lres au 
culte de leur féticlie», et leur Taire connaître îe vrai 
dieu et son prophète, que dans l'espoir de gagner do 
t'argeitl; qu», du re.'^tc, si. dmis leurs transactions avec 
les Takrounens, ils se trouvent parfois dans la néces- 
sité d'accepter des nègres en payement d'éctiangc, ils 
trouveraient riicilemeni à les revendre sans iktIû dans 
h route du Takroui à A%ir,soit à Ghai, soit àGli'da- 
coès ou ailleurs, à des néf^ocianls qui iraient les re- 
vendre dans des pays où la vente d'esclaves i-st enriire 
permise. 

A l'arrivée do la cara\ane ilu Diir-I'oiir ii Assiout, 
tous tes individus qui en l'ont partie remettent foitrs 
armes au clief, qui les lient eu magasin jusqu'au jour 
du départ, où il les rend à chaque djellab; ces armes 
consistent en lances, massues, sahres, boucliers de 
cuir: je ne leur aï jamais vu d'armes à feu ; mais on 
m'a assuré qu'ils les cachent à Mugaa, station qui se 
imuve près de l'oasis de Thèlies. 

Pour régler la marche de la caravane, c'est-à-dire 
indiquir l'heure des haltes, l'endroit où l'on campera 
la nuit, l'heure de )a levée du camp. etc. le kbahir 
a droit de se faire suivre d'an énorme t:mi-tam ; c'esl 
Son embtJime de toute-puissance, ou, si l'on veut, l'in- 
sigDd de son grade et de ses fonctions. S'il désire 
reoflre des honneurs à quelqu'un qui vient lui rendre 
visite quand il est dans le désert, deux de s<.-a nègres, 



( 100 ) 
à soD ordie, fi-appuut Bur ce tambour il'airaln, DVaÇ] 
deux baguettes qu'ils tiennent dans chaque ninintl 
une mesure musicale qui n'a rien de clésogréablst 
Ct'3 lam-lam sont pnrfois d'une énorme dimcnsion|? 
ifs ressemblent à la moitié d'un globe creux dont l'otlvj 
verlure est formée par une peau très forte et très bien; 
tendue. 

S'o'i toujours vu les khabirs et les principaux djellftl 
montés sur des chevaux pour traverser le désert: le| 
individus moins l'icbea se sorvent d'ânes; les plill 
pauvres et les domesliques ou esclaves vont tantôt^ 
pied, [anlôt sur des chameaux chargés. Quant aa|J 
esclaves à vendre, ils vont tous à pied, petits et grands* 
mâles et femelles: aux yeux des djcUabs, ce ne soBi 
que des brutes, qu'ils mènent au marché et qu'ils foB^I 
aller tant que leurs jambes peuvent les soutenir; bieitl 
heureuses encore ces paiiives créatures, quand clleyl 
ne doivent pas être chargées do quelque lourd far^il 
dcau sous le poids duquel elles Iravcrseiit ainsi laf 
désert. 

Pendant les quaraote-cïnq jours que dure la Iraver* 
séo de retour d'Egypte au Dar-Four, ou celle d'envî-tl 
ron quatre-vingt-dix jours que dure le voyage pouri 
venir en Egypte, avec l'embarras et les repos obIigé$4 
des esclaves, les chameaux n'ont à manger que les 
quelques rares brins d'h<irbe qu'ils trouvent près des 
puits ou stations dans le désert. Les hommes doivent 
faire leur provisions de nourriture pour tout ce lonj 
espace de temps, tant pour eux-mêmes que pour le 
personnes de leur suite ; quant à l'eau, ils en trouvenU 
aux stations qui ont été désignées plus haut. Pour lat 



( 101 } 
ânes et les chevaux, on se contenle de prendre îles 
féveroles eu du duurali pour leur nourriture. Lc3 pro- 
visions de boucbe pour les hommes consistent en 
farine, en beurre salé, en dattes, en vîando dessé- 
chée , en chetélé (1) pour assaisonner le riz, les viandes 
ou les lentilles; quelques riches marchands ont des 
biscuits; mais la plupart, pour remplacer le pain, pé- 
trissent, à chaque halte du soir, de la farine avec de 
l'eau, et font cuire celte pâte sur une plaque sphérique 
detûled'un diamètre plus ou moins grand, graissée 
debeurre i chaque gâteau et sous laquelle on allume, 
pour la chauffer, du feu de fiente des animaux de la 
caravane qui a passé à cette station auparavant; il 
arrive aussi qu'en attachant un sac sous la queue des 
animaux pour en recueillir les excréments, l'on fait 
ainsi provision de combustible pour la route : la cha- 
leur que l'on éprouve dans le désert fait que bien vite 
CCS matières sont desséchées et peuvent servir à faire 
du feu. 

Lorsque le djelJab fourlen, que le sultan a investi 
de la dignité de hkabir, est reconnu pour être un 
homme juste et capable, et qu'il jouît d'une bonne 
réputation parmi les négociants ses compatriotes, tous 
s'empressent de faire leurs préparatifs de départ, afin 
de pouvoir se joindre à la caravane qui va être confiée 
à ses soins et qu'il va commander et diriger en toul. 
Le- titre de kliabir (2) est donné par le sultan à la fa- 
veur et à la protection, mais toujours celui-ci reçuil, 

(l) Poivre d'Espagne, poivre rouge [Capsicum ,. 

(a) Suivant que lekhabirjouii de plusou me- ' "" " 

il est porteur d'une lirllre-paletile du roi, plu; 
pour lui, qui lui coufis des pouvoirs plus ou n 



s étendu s. 



f ÏOÎ ) 
(lu futur rliorde cuiaviiiie, des piésenls plus ou moiii| 
considérables. Un« fois que lu caravane esl de retoul^ 
ou Dar-Four. du lieu où «Ile litait allée, l'aiilurilé da 
kliabïr cesse avec ses fonctioiia, tt il ne lui resle qu'ua; 
titre, que, par palilesse, l'on reiel avant son nom daiw. 
In conversjit'iun : ce n'i^st plus qu'un négociant couiUM 
tout autre i cependant, s'il s'est bien conduit pendant 
son kliahiral, c'est un tnolif pour qu'il soit noiamé 
chef d'une autre ou de plusieurs autres caravanes sulisè- 
qui'ntesj plus il afaitentivrde revonusde douanes dan», 
tes magasins du gouvernement, plus il est cens^ s'âtr«. 
Lien conduit j rli? sorte que, lont en ayant â ménager, 
les marcliands qui se cunfieut volontairement ù sa ju-^ 
l'idiction, cl en no les soumeLlant pas à de trop forteft 
conlribulioDB, il doit en même temps veiller à prépa- 
rer, piiur la cour du sultan, la plus grande quantité 
possible de cadeauK et de marchandises ; car au Dar-, 
Four l'usage de l'oret deT^rgent monnayé est encors i 
inconnu, et tout se paye en nature, de iiiëme que loutr 
le commerce n'a lieu que par voie d'éclian^e, 

Il faut que le khabir (i) soit un liomme équitable,, 
parce que, dans le désert, il eserce presque les mêmes 
pouvoirs <;u'un général d'armée, et il peut arriver sou^ 
venl qu'il soit .juge et partie toutàlarois,carila à se pro» 
nnncer sur des cas où, parmi les plaignants, il compte 
bien souvent ou un de ses parents, ou un de ses asso- 
ciés, ou bien un de ses amis intimes, 11 faut, en outrCf 
qu'il suit très habile dans le commerce ; car c'est lui qui 



I 



(i) si un djellab prévoll cjuë le kh.ibir ie ciiniluiia mat à son égarit, ■* 
il preiia la toute «lu Nil, au lieu de celle du désert, l-I devient s 
maitre de ïnire ce qu'il veut de set» marchaiidisea. 



l 



(«OS) 
vend eu gi'u» tomes lesmarcliaiiilises de la caravane à 
la fois, ou cliaque article séparé m en l, au même négo- 
ciant ou bien à plusieurs négnciantsdifféren ts. el il vend 
ainsi nou-seulemenl les ariîcles 1501 appartiennent au 
eullan ou A lui-même en particulier, mais aussi toos 
ceux des marchands qui composent la caravane; auJ 
parmi les djellabs ne peut vendre séparément ce qUi 
lui appartient : c'est uu droit réservé au khabir. L'on 
conçoit uiaintenanl que les motifs qui engagent les 
négocianls d'Assioul à se montrer si généreux envers 
le kbabir, proviennent moins du désir d'en recevoir 
eux-inèmes des présenls que de celui de se le rendre 
favorable dans les transactions qu'ils pensrot devoir 
faire avec lui. Mais, depuis une dizaine d'années, les 
khabirs et les tljellabs sont devenus beaucoup plus 
clairvoysiHs, par suite de la grande concurrence que 
se font entre eux les négociants qui se présentent pour 
acheter les marcliandises de la caravane, el, ([uoii^ue 
l'on fasse avec eox des gains encore très considérables. 
ependant il n'est plus possible de les tromper, comme 
cela avait lieu aulrefois, sur la qualité, le prix et le 
poids des marchandises qu'ils livrent, ni sur la qualité 
et la valeur de celles qu'ils reçoivent en échange de 
leurs produits hriilsi en 1851i ils ont commencé par 
exiger d'être payés intégra leinenl en argent comptant, 
afin de t'hoisk par eux-irgmes, et chez les négociants 
qui les leur céderaient à meill eur prix, les marchandises 
destinées à être transportées au Dar-Four; il est bien 
probable que d'ici à quelques aimées, chaque djellab 
i aussi la liberté do vendre à qui bon lui semblera, et 
au prix qu'il voudra lui-même, les divers articles dont 
il est le propriétaire. Caries vices du système actuel 



( 10& ) 

sont trop visibles et trop contraires aux intérêts des ] 
particuliers pour qu'il soît besoin de les ênumèrer; il I 
sulTu'a Je rappeler que des caravanes apportent queU^ 
quefois pour plus d'un million de francs de dents d'élé-; 
pbant seulement; c'est un seul népiociant qui doit lei ] 
acheter; il ^ en a très peu qui soient miilionnai 
et, par conséquent, il y a très peu de concurrents:'] 
si CCS dents d'éléphant avaient pu ôtrc vendues pwl 
parties fractionnées, par chacun des djcilabs, selon l 
son bon plaisir, elles seraient certainement vendues J 
bien plus cher. 

Quand tes caravanes qui viennent du Dar-Four ne i 
sont point composées de djeUabs dont la profession- j 
est le commerce, mais qu'elles ne renferment que des ■] 
Arabes nomades, elles sont alors toujours très pauvres; [ 
elles n'apportent presque que du natron qu'elles pren-* 
nent à Bir-Maléhh, des plumes d'autruche recueillios | 
dans le désert, un peu de gomme, et, quand elles ont de; 
dents d'éU'phant, elles ne font que les colporter pai 
commission pour le compte des djellabs ou de leurs^ 
correspondants d'Assiout. Au retour, ces caravanesiij 
ces Bédouins fouriens prennent surtout des lapis et Irèafl 
peu d'objets manufacturés. Comme tous les nomades, t 
CCS Arabes sont fiers et indépendants : ils apportent! I 
aussi très peu d'esclaves. Quand deux caravanes de-T 
djellabs et d'Arabes s'unissent et marchent ensemble, 
il y a toujours un khabir pour les Bédouins, malgré \ 
leur pauvreté; ils ne consentiraient jamais à être act-'l 
ministres par d'autres que par des individus de leur i 
race. 

Quant aux caravanes de djellabs, qui passent la plus. I 
grande partie de leur vie à traverser les déserts dsjf 



( 105 ) 

l'Afrique pour faire le commerce, elles exportent du 
Dar-Four des dénis d'éléphant en grande quantité; 
des esclaves des deux sexes ; du tamarin ; de la gomme 
arabique; des plumes d'autruche ; des cuirs maro- 
quinés très bien tannés, de couleur rouge et jaune; 
des peaux de tigre, de panthère; des donls de rlii- 
Docérosj des chasse-mouches faits avec les crins de la 
queue de la girafe; des caurbadje (1); du chich'mé, 
graine qui, réduite en poudre, forme un collyre sec 
très usité et avec avantage en Egypte ; de la pulpe du 
fruit de baohab, qui, dissoute à froid dans l'eau, forme 
une boisson très rafraîchissante dans les dyssenteries 
aiguës et dans les fièvres inHammatoires; quelques 
animaux rares de l'intérieur de l'Afrique, comme des 
nerruches, des singes, etc. En échange de retour, ces 
Hàravanes prennent en Egypte et importent au Dar- 
'Four des cotonnades grossières ou toiles grises de 
coton qu'on fait peindre à Assioul, moitié en bleu 
clairet moitié en hieu foncé, après avoir divisé en 
neuf movceaux ces pièces de toiles, dont la longueur 
est d'environ soixante piks chacune : ces morceaux 
servent, auDar-Four,de monnaie pourle petit commerce 
de détail. Les caravanes importent aussi des morceaux 
d'ambre troués pour pouvoir être enfilés et réunis en 
colliers, en hracelels ou suspendus dans les cheveux; 
des morceaux de corail rouge, destinés aux mêmes 
usagesi du niei-ci/ie; du clièbé, espèce de lichen qui vient 
de l'Europe et dont les Fouriens font usage dans les 
aliments. Dans les achats d'objets nécessaires à la con- 
■aommadon alimentaire, ces deux derniers articles 



Etion ali] 



f 106 ) 
servent de petile lounnaîc; les djellalis l'omploi 
au lieu de paille ou de toute aiilre matière, pour bcx 



r les bals de lei 



I faut ajoute] 



lametiux. 

tissus do soie; des corHonDetsde laïuème substancâ/' 
des rasoire ; du ferblanc ; de l'élain ; du sînc ; de )'an- 
tîinoinc; dfrs verruteries j de la quincaillerie de toute 
espère; des selles nullement brodées d'or sur veloiu'S 
rou^e, vert ou bleu, que Von fabrique à Assiout (1); 
des essences; des paifuinB; du auci'e riifriDi'-; du papier; 
du vinaigre et, en seeret. de l'eau-devie, etc.. eW, 
Autrefois le» djellabs pr<-nai«ïil Ions ces articles à 
Assiout; mais inainteDitnt ils vont jusqu'au Caire et 
même }u^qij'à Alexandrie acheter les articles, qui y 
sont moins chers qu'fi Assiout. 

Au&si, (juand la caravane osl coin posée d'un nombre 
coiiiûdérable île djellalis . el4e reste près d'utit.' année 
pour le voyage, avec reloiir d'Egypte au Dai-Four. 
C'esl pourquiii les djellabs à leur aise fool voyager 
avec eux leurs lemmes et leurs petits tnfaols, iiièuie 
ceux qui sont encore à la uianielle. Je n'ai jamais vu 
de kbabir qui ac fût accompagné de sa lamille, 
et c'est de toute nécessité pour lui, car il est presque 
toujours occupé d'alTaires, suit pour sou compte per- 
sonnel, soil pour celui de la caravane; il doit tous les 
jours recevoir à sa table tantôt l'un , tantôt l'autre, 
faire presque à cbaquc instant ofl'rir le café aux nom- 
breux visiteurs (jui viennent le saluer à tous moments 
de la journée ou bien lui parler d'aHaires. Les Arabes 



I 041 srllei, dont le prix e 
.ellier^ du Caire éialciu veni 



i 



(107) 

liemades ne se croiiiiit pas tonus à uu aussi grand luxe 
du représentation, et la plupart <lu Umps ils voyageât 
même sans teritepoui' s'abriter du soleil et du vent^ 
et 11 plus forte raison sans leur /larim ou rainîUe ; ils 
rcslenld'oilleiirs peu de temps en Egypte, eln'iuiîteQt 
point les d)i:llabs, qui, aussitùt qu'ils sont arrivés, 
toucnl des maisons, oii ils habitent pendant tout le 
temps (ju'ils passent à vendre ce qu'ils ont a[}]iorté, 
et A aciieler, en échange, les objets qu'ils devront re- 
porter dans leur pays; ils ne quittent ces maison^ 
que quelques jouis avant de se mettre en route pour le 
désert, tandis que les Arabes ne viennent jamais liabi' 
1er en ville. Par suite du séjour prolongé di'S djollubs 
dans la capitale de la Haute-Éj^ypLe et de leurs rela* 
tions de voisinage avee ses liabitants, il est arrivé sou- 
vent qu'ils onlliui par se niaiier avec des Égyptiennes, 
qu'ils emmèiienl à l'époque do leur retour dans leur 
pairie. Les parents de l'épouse vont souvent voir leur 
fille, malgré la longueur de la route. J'en ai connu 
plusieurs exemples. J'ai eu aussi Qcca^ion d'observer 
que des rellabs égyptiens ont quitté leur belle vallée 
du Nil pour s'enl'uir au Dar-Four. Quand ils ont été 
oubliés des foneliunnaires turcs dont les violences tes 
avaient forcés de s'expatrier, ou bien, quand ces l'onc- 
tionnaires ne résident plus dans le lieu de leur domi- 
cile, ou enfin, loiscju'uprès un long laps de temps ils 
ont l'espoir de n'être (dus reconnus que de leurs amis 
et de leurs parents, ils reviennent en Egypte j faire le 
commerce, de même que les djellabs. et jouissent des 
mêmes droits, malgré la dilTéreoce de eoulenr. 

Des chrétiens coptes d'Assiout sont aussi allés 
s'établir ^u Dar-Four. Le sultan bUjsseÎD -Mohammed 



I 



(108) 

accueille très bien tous les lilrangcrs qui voiil se rifl 
gier chez lui. Le Dar-Four est un pays où l'on vit 
heureus, que les djellnbs eux-mCmes l'appellent 
el-Khaîr (terre du bonheur). Quand un individu 
trodoit au Dar-Four sous n'importe quel prétexte ( 
pour n'importe quel motif réel, il y est retenu prisdnl 
nier s'il est soupçonné y être venu pour espionner 
le pays; quand, au contraire, il est bien avéré que 
son voyage n'a d'autre but que le commerce ou toute 
autre cause qui n'a nul rapport à la politique, il jouit, 
comme étranger , d'une protection toute spéciale. 
Parmi les djellabs, on trouve, comme je l'aï déjà dit, 
des Egyptiens, mais aussi des habitants de la pénin- 
sule Arabique et raètne des Indiens. 

L'illustre Mohammed-Ali-Pacba, vice-roi d'Egypte, 
avait envoyé au sultan du Dar-Four une ambassade 
chargée de lui remettre de riches présents ; elle était 
composée d'environ une vingtaine de personnes; elles 
furent regardées comme des espions, ce qui pouvait 
bien être (carie vice-roî avait songé plusieurs fois à 
conquérir le Dar-Four), et elles forent toutes retenues 
prisonnières. Cependant elles furent bien traitées et 
moururent toutes de leur mort naturelle, i\ l'exception 
de ceux qui, ayant voulu s'échapper, furent atteints 
dans le désert et massacrés par les soldats envoyés â 
leur poursuite. 11 y a quelques années, un médecin du 
Uedgiaz alla au Dar-Four et j guéritle sultan d'une fièvre 
intermitlenteiilenfultrùs généreusement récompensé, 
et, se trouvant assez riche, il voulut s'en retourner en 
Arabie. Le sultan le retint par de nouveaux cadeaux 
et de bons procédés, qui ne firent qu'augmenter le 
désir qu'avait ce médecin prisonnier de retourner 



J 



( 109 ) 
dans sa patrie, afm d'an \oinv à son aise au milieu tlea 
siens. Voyanl qu'il ne pouvait venir ;i bout do ses des- 
seins, il écrivit à son souverain, Je chérif de La Mecque. 
Celui-ci est en très grantle vénéralion au 0ar-Four, 
où règne la religion musulmane dans toute la purelâ 
primilivc du Coran; il écrivit au sultan fourien pour 
le prier de lui renvoyer le médecin en question ; ce 
qui fut accordé. Entré très pauvre au Dar-Four, il en 
sortit avec des richesses très considérables. 

Tout étranger sera toujours Lien reçu par le sultan 
du Dar-Four; mais, s'il est soupçonné être venu pour 
prendre des notes sur le pays, pour l'explorer sous le 
rappiirl poliliquo ou géographique, il sera retenu par 
le roi, et cependant bien traité; si, au contraire, il est 
venu pour le commerce, il aura la protection du gou- 
vernement, mais i! sera environné de dangers de la part 
des djellabs, surtout avant qu'il ail pu pénétrer jusqu'aux 
pieds du tronc ; ils sont très jaloux et très soigneux de 
conserver le plus longtemps possible pour eux-mêmes 
les bénéfices énormes qu'ils font dans le commerce 
des objets d'importation el d'exportation j ils crai- 
gnent de voir quelque étranger devenir le confident 
du sultan , el lui ouvrir les yeux ; voilà pourquoi ils 
feront toujours leur possible pour empêcher les négo- 
ciants européens du Soudan égjplicn de pénétrer jus- 
qu'au Dar-Four (1) ; et toutes les fois qu'un Européen 
ira dans ce pays, il sera dépeint au roi comme venu 



(i) Lca iljellnbj ne font jifesque plus d'affaires dans le Soudan 
c;;j'plien depuis ijuc, sain la proleLtion de Moliaiumcd-Ali-Paclia, lel 
Euro|M;iMi3 unt pu libretnent j faiic le cominci'ce : ils reJautenl la 
a pour. k Dar-Four. , , 




(110 ) 

pour espionner te pnya , afm qn'ïl loit mal consîdM 
et retenu prisonn'iRr. Cepcndiint . comme le sultan est 
animé du plus vif 'léait de faire jouir ses peuples des 
bienfails tie la civilisation , comme il en ciiercbe 
tnos k's moyens, et qu'au Cortiufan il y a des né- 
gociants de toutes les uRlions qui désirent et espè- 
rent doubler leurs Ijénèfices en allant au Dar-Four, il 
est à espérer (ju'un jour ce pays sera ouvert au cum- 
merce libre pour tuus ; dès lors, k-s voyages (tana 
toutes les parties dn centre de l'Afrique ne préseii> 
teroDt |ias plus dt; diiTicultés que ceux du Sennàr 
et des autres provinces souditniennes cuuquises à U 
civilisatiou par les armes do l'iminorlel Mohamuictf^ 
Aii-Pacba. 

En 4861, Abbas-Piicha écrivit au sultan du l>ar-F«iip 
pour le prier de peruietlre le passage des caravanes 
par la roule si courte et ai facile qui va de Qôbé, 
capitale du Uar-Four, à Dongola-el-Qédiui (sur le Nil) 
afin de laciliter les moyens de communication et de 
commt ice entre lesdeuxjiajs. La lettre aviiit étéreuiisâ 
à M. Alexandre Vaudey , vice-consul de Sardaignc à 
Kbartum , qui l'avait sollicitée et obtenue du victt-roi 
d'Égjplt'. Feu M. le docteur Retz, consul d'Autriche 
aussi à Kbarlum, en obtint plus tard une semblable; 
mais ni l'une ni l'autre ne produisirent l'elTet désiré, 
toutes le» autres restèrent sans réponse. J'ignore si 1 
djellabs eurent assez d'inlluenco près du sultan poui 
lui persuader de brûler les cadeaux qui lui étaient 
ïoyés par MM. Vaudey et Retz, comme ils l'avaienl 
(ait longtemps auparavant pour ceux qu'avait eO' 
voyés, par l'ambassade retenue prisonnière, Mobam' 
med-Ali-Paclia; ils avaient fait entendre à leur sou 



J 



( m ) 

Teraîn que ces objets étaient empoisonnés et ne 
manqueraient poinl de causer la moit à la personne 
qui en ferait usage. Quoi qu'il en soil. la route de 
Dongoia au Dar-Four demeure fermée au commerce 
et à toute espèce de voyageur. Il y a peine de mort 
pour tout individu, pour toute caravane qui passe- 
rait par ià pour se rendre d'EgyplP ou Dar-Faur, ou 
vice versa. Les Arabes Kababiclies. qui fréquenlunt 
ce désert, et l'Iiahiient même en quelques endroits, 
ont reçu, à cet égard, des ordres de la plus grande 
sévérité : sous quelque prétexte que ce soit, ils ne 
peuvent jansais faire suivre cette route h n'importe 
quel vojageur. En 1850, la sœur du roi de Dar-Four 
se rendit à La Mecque en passant par Assiout avec 
la caravane du kbabir Kunn. Pour reiourner dans 
sa puirie en revenant du pèlerinage, elle passa de 
Suuakio, port sur la mer Rouge, à Rliarlum, de là 
aU'Cordufan, et suivit le chemin d'EI-Obéiit au Uar- 
Four. 

Puisque je viens de parler des Arabes KababicUes, 
dont les tribus nombreuses et guerrières couvrent une 
grande partie des abords du Dar-Four, je rapporterai 
lui qu'il m'a été assuré, et de bonne source, qu'au 
nord de cet empire, ii existe dans une oasis occupée par 
eus les ruines d'ane aiH'ienne ville qui avait environ 
trois lieues d'étendue en tous sens : il j a encore des 
colonnes debout et d'autres r^estes de beaux munif 
ments, qui attestent qu'autrefois il a existé en cet 
endroit une civilisation très avancée. 

On trouve aussi dans ce» parages le tarlouck, 
plante souterraine sans feuille, qui ne révèle son exis- 
tence dans les sables du désert par aucun signe exté- 




(m) 

rieur ; son fruit ou sa rcuille (car je no la décria ( 
d'api'J^s ce qu'on m'en a dil ) i 



nble h I 



fruit 



du figuier sycomin'e, lirnl jiar aa forme oxlOrieure 
que par l'inlurieur, et renrenno une grande quiintilé 
de petites semences all^cInJcs à une pulpe; !a tige ou 
racine ressemble à dea grains de grenade rouge ; toute 
la plante cunlicnt un suc rouge d'une saveur très 
astringente; elle est employée dans les dyssenleries; 
on s'en sert aussi pour tanner les cuirs. On trouve 
cette plante sous les acacias {mimosa nilotica) qui pro- 
duisent la gomme arabique, et que l'on appelle sntU 
en langue arabe. Dans le désert situé entre Dongola et 
le Dar-Foiir, il y a beaucoup d'acacias et d'autres 
arbres épineux. 

Suivant les circonstances des saisons et de leurs in- 
térêts, suivant qu'ils sont plus ou moins bien traités 
par le gouvernement d'Egypte ou par celui du Dar- 
Four, les cLcikbs kabaLichcs se montrent dépendants 
tantôt de l'une, tantôt de l'autre de ces puissances, 
c'est-à-dire qu'ils proGtent de toutes les circonstances 
favorables pour se montrer rebelles, aujnurd'liui aux 
Égyptiens, demain aux Fouriens, parce qu'à chaque 
réconciliation nouvelle ils reçoivent une nouvelle 
pelisse d'honneur et un nouveau caftan d'amitié « 
non compris d'autres cadeaux, comme café, armes, 
indiennes, etc. 

Le voyageur gui pourra avoir assez d'habileté pour 
se faire passer pour un Arabe nomade, se disant au- 
jourd'hui membre de telle tribu, et plus tard de telle 
autre, suivant celle avec laquelle il se trouvera, sera 
celui qui pourra rendre les plus grands services à la 
géographie de l'intérieur de l'Afrique ; car partout eiy 



I 



l 



(US) 

deçà de l'équateiir il trouvera des Bédouins. Mais il 
est très difficili! de parvenir à prononcer l'urabc avec 
la mËine nccenlualion qu'eux-mêmes. Pour n'exciter 
ni tes soupçons, ni la cupidité de ces peuples peu 
civilisés, le voyageur ne devrait avoir avec lui d'autres 
lichesses que quelques mcdicomeots qu'il administre- 
rait à des malades, ce ijui lui procurerait partoutune 
généreuse hospitalité, Corams il devrait avoir avec lui 
quelques ÎDstrumonts pour des observations astrono- 
miques, il devrait les faire passer pour des instruments 
de chirurgie ou même de médecine astrologique, dont 
il reste encore des traces parmi les Arabes. 

Il existe au Dar-Four un préjugé relatif i'i la durée 
éternelle de cet empire : on suppose queles armes à feu 
□e peuvent avoir d'effet contre lui, et qu'elles no pren- 
draient pas même feu, quelque bien chargées qu'elles 
fussent, si elles étaient destinées à le détruire ou & lui 
nuire. Un effet aussi merveilleux a lieu par la vertu pro- 
tectrice du sabre du khalife SidnaAbouhèkr, que les rois 
du Dar-Four prétendent posséder, et au moyen duquel, 
uon-seutement ils sont invulnérables, mais leurs do- 
maines mêmes sont inattaquables. Il paraîtrait cepen- 
dant que les armes à feu destinées à la chasse ne perdent 
pas leur propriété do bien tirer quand il s'agit de so 
procurer du gibier, car Cheikh- el-Haggi-Khaled-e 1-Az- 
rak (1) m'a acheté cette année un fusil à deux coups 
et à piston ; le khabir avait en outre un pistolet à cinq 
coups. 

Toute innovation n'est pas toujours bien acceptée. 
Il y a environ dix-huit moisj des djellaba, ayant été 



(i) Ces! un paieol Je Cli«iLli-Sa!ah, s 
VIII. &OIIT BT SSFTKlinnK. ^ 



lirodu.ulla 



( 114 ) 

témoins de la ))ro(ligieusc fertilité des lapins , 
jtransportérenl de TEgyple dans leur patrie un mâle et 
une femelle qu'ils offrirent en cadeau à leur souve- 
rain. Comme tout le monde sait, ces animaux se 
creusent des terriers. Après une longue délibération» 
il fut avéré et jugé que les djollabs n'avaient apporté 
avec eux ces animaux que dans des intentions crimi- 
nelles, et pour faire miner les fondements du palais 
du roi : tous les individus faisant partie de la caravane 
qui avait apporté ces lapins furent mis en prison ; leur 
détention préventive dura sept mois, au bout desquels 
ils furent libres , bien lieureux encore , me dirent-ils , 
d'en avoir été quittes pour si peu et de n'avoir pas été 
condamnés à perdre la vie. 

C'est un fait avéré et dont sont pleinement convaio- 
eus tous les habitants de l'Egypte, Turcs, fellahs» 
Copies et autres, que dans le Soudan existent les sor- 
ciers les plus habiles, les enchanteurs les plus extraor- 
dinaires. C'est au Sennâr, pays actuellement soumis à 
l'Egypte, et parmi lesFellatah, nation du Takrour, que 
se rencontrent les mages les plus instruits. Cheikh- 
Mohammed-es-Sennary,dontle nom indique l'origine, 
et qui habite la ville de Kéné, est réputé et craint pour 
avoir le secret de métamorphoser ses ennemis en ani- 
maux» en plantes, etc., suivant la vengeance qu'il désire 
excircer contre eux. 

Il parait certain , du reste, que, parmi les Fellatab, 
il existe des corporations de sorciers, ou mieux, d'es* 
çamoteurs très habiles, et par conséquent très capa- 
bles d'en imposer à un vulgaire aussi ignorant que 
l'est celui du Takrour ; leurs tours d'adresse peuvent 
passer là pour de véritables sortilèges. Le mallem 



r 



( ii5 ) 

Surian-Chenoudé, riche négociant copte crAssiout» 
dont j'ai déjà parlé, et qui est sans cesse en relation 
avec les négociants de Tintérieur de TAfrique, m'a 
assuré que dans son divan il avait vu un escamoteur 
fellatah se changer devant lui en chacal» puis en loup. 
Tout ce que j'ai pu dire à ce Copte pour le dissuader 
de croire aux sorciers fellatah n'a fait qu'ajouter à sa 
première conviction. 

De tous les peuples soumis au Dar-Four (1) , le3 Fellar 
lah seuls savent ej^ploiter les mines de métaux ; c'est 
dans la corporation de ces sorciers que l'on rectcontre 
ces ingénieurs des mines. Pour pouvoir arriver à être ' 
initié dans la science et les secrets de ce corps, il y a 
à faire de trèis longues études, pendant le cours des- 
quelles le néophyte reste enfermé dans des cavernes 
ou souterrains; il n*en sort qu*au bout de plusieurs 
années, lorsque, après avoir subi des épreuves très 
sévères, il a été jugé, par ses maîtres, digne de Tinia- 
tion et de faire partie du corps redouté des mages. 
Quoique les sorciers fellatah se disent musulmans» 
les fervents sectateurs du prophète arabe les regardent 
comme des idolâtres, les appellent kqfirs^ et ne leur 
accordent ostensiblement leur estime ou leur amitié 
que par suite de la crainte qu'ils en ont ou par suite 
du besoin qu'ils croient en avoir; car ces sorciers 
savent aussi écrire des talismans , des paroles mysti- 
ques dont l'effet est d'une vertu extraordinaire : ainsi, 
il y en a qui mettent ceux qui les portent à l'abri, soit 

(l) Nous avoûs déjà fait remarquer que M. le docteur Cuny noui 
parait se tromper en plaçant les Fellatah parnai les peuples soumis 
au Dar-Four. E. C, 



{ 116 ) 
ilos scorpions ou ili-s serpenls vonliuoiis, soll lies ballo! 
des llèches, des coups de sabro, de lance, eic, suivai 
que le crédule inipétiaol a pi'L^fâré iiii ou tel autrff^ 
heggueb (écriture de lalisiiian) puur ëcliappt 
tel autre danger) l'on peut ainsi conjurer et défier tous 
les accidcDis possibles de la vie, quimd on porte sur soi 
des lieggucbs pour tous les dangers auxquels on peut.-] 
être exposé. Il existe dans le Cordufan un cheikh qinj 
possède le secret d'un talisman si puissant, que sî 
même on le faisait porter à un animal , à une chèvre 
par exemple, les coups de sabre les mieux appliqués 
ne parviendraient jauiais â lui faire la moindre ëgrati- 
gnure. Inutile de dire qu'un pareil talisman ne sï 
délivre jamais que pour une somme assez ronde, f-\\ 
dont ledit cheikh a soin de se faire régulièrement 
payer une bonne portion d'avance. 

Les quelques Fouriennes que j'ai pu voir sont bien 
faites et même assez jolies. Les femmes d'origine libre 
et sans mélange avec la race nègre ressemblent beau- 
coup aux Abyssines par les traits de la figure, paf1 
la couleur et la manière de s'habiller : elles onti 
comme ces dernières, la peau excessivement fine, si, 
chatojeuse el si douce, qu'en les louchant on croit 
passer la main sur une étoffe du velours le plus 
fm et le plus moelleux. Du reste, comme dans tous 
les pays musulmans, elles ne sont considérées que 
comme des servantes et des esclaves, en un mot, 
comme des êtres inférieurs à l'homme ; j'ai connu des^ 
musulmans qui vont jusqu'à nier une ùme cheï la 
femme; cependant, au Dar-Four, elles sont plus esti- 
mées que les fcllalis en Egypte et aussi plus libres. 
En 1851, je suis allé plusieurs fois chez le djellab Inka, 



1 



(117) 

frère du kliabir diî la caravano do cette annéo et tous 
deux fils du ministre du commerce : la femme d'Inka 
ne se retirait pas i'i mon arrivée et même elle ni'a 
parlé plusieurs fois : elle avait assez d'empire sur 
son seigneur et maiire pour lui persuader de venir ma 
demander pour elle tel ou tel objet qu'elle n'avait pas 
osé solliciter elle-même. 

L'inslruction est aussi répandue au Dar-Four qu'en 
Egypte et mfime davantage parmi les djcUabs : car, 
toute proportion gardée, j'ai toujours vu plus de Fou- 
riens que d'Égyptiens sachant lire. 

Les esclaves de l'un et de l'autre sexe ne s'appro- 
chent jamais de leur maître, soit pour lui parler, soit 
pour le servir, qu'en rampant sur les coudes et les 
genoux; quand ils se sont assez approchés et qu'ils 
viennent pour rendre quelque service, ils se dressent 
sur leurs genoux; si, au contraire, ils vont faire quel- 
que rapport sur un travail fait, ou pour prendre quel- 
ques ordres, ils demeurent étendus tout de leur long 
sur le ventre, s'appuient sur le coude gauche afin 
d'avoir la tête un peu relevée, et grattent la terre avec 
la main droite , sans se mouvoir de la dislance res- 
pectueuse où ils se sont placés. 

Quand unFourîen vous a dît: hahnba,aI(hoii el hénât 
achra (soyez le bien venu, frère des dix filles!), vous 
êtes devenu son ami ; quant aux Bédouins, en général, 
de toutes les localités possibles, vous pouvez croire à 
leur parole, comme à ce qu'il y a de plus sacré, quand 
ils vous auront fait un serment par cette formule : 
harrein ! 

Au Dar-Four, les dîmes ou contributions sont à 
leu près volontaires ; il n'existe nulle administration 




(118) 

régulière; le t'eimier d'un village, qui n'appartient à 
aucun prince feudataire, dépend des domaines de 
rÉtai; il ne donne au sultan que ce qu*il veut bien 
offrir: il n'y a rien de taxé; le Coran seul lui ordonne 
de donner la dlme de ses revenus. Ces villages ou 
fermes sont rarement donnés à des personnes qui ne 
sont pas originaires du Dar-Four; cependant un riche 
djellab, nommé Edrîs-el-Mahaly, de Dar-Mabas, en 
possède un qui lui a été accordé par le sultan aciuel. 
Le principal revenu de TÉlat consiste donc dans la vente 
des esclaves faits à la guerre; dans les douanes perçues 
sur les caravanes à leur départ et à leur arrivée ; dans 
les douanes sur les objets d'exportation à leur sortie 
du Dar-Four, et autres droits sur les objets d'impor- 
tation à leur entrée dans le pays'; dans l'offre des 
dîmes que le Coran seul rend obligatoires ; dans la 
vente des dents d'éléphant et autres matières brutes 
provenant de ces dîmes. Il y a bien (juelques règles 
pour la perception des droits de douane; mais, comme 
il n*y a pas de registre, l'individu chargé par le sultan 
d'aller faire l'inventaire des marchandises que Ton 
exporté ou que Ton importe, s'acquitte très mal de 
cette commission ; il s'entend avec le khabir de la ca- 
ravane, dont il reçoit des cadeaux, que ce dernier se 
fait rembourser au centuple par les djellabs : puis il 
va faire son rapport au roi, comme il l'entend, et sans 
crainte d'être contrôlé par personne; de sorte que les 
revenus de l'État sont gaspillés par cet officier en 
société avec le khabir et les djellabs. 

Quand une caravane est de retour au Dar-Four, elle 
a souvent intérêt à cacher quelque événement au sul- 
tan, comn?e des demandes qui lui seraient adressées 



( 119 ) 

(l'Egypte, des offres qui lui seraient faites, des exa- 
gérations dans le prix des objets qu'on lui rapporte, 
le recèlement de quelque riche cadeau qui lui serait 
envoyé et que les djellabs ne veulent pas lui faire voir, 
parce que le prix ou la beauté de ce présent éclipserait 
les cadeaux moins riches qu'ils lui ont destinés; ou 
bien l'assassinat ou l'empoisonnement de quelqu'un 
dont elle redouterait l'indiscrétion près du roi; etc. 
Alors le khabir, avant leur entrée au Dar-Four, assem- 
ble tous les notables de la caravane, et, pendant qu'il 
jouit encore de sa dictature provisoire, il leur fait jurer 
tous, les uns après les autres, de faire telle ou telle autre 
déclaration et de forcer les gens de leur dépendance à 
parler dans le même sens. Ces serments ont toujours 
pour but l'intérêt général des djellabs et aussi de tenir 
toujours le sultan dans leur dépendance en lui cachant 
la vérité sur tout ce qui pourrait leur nuire. 

Il y a souvent des troubles à la mort des sultans : 
ceux-ci sont enterrés à plusieurs journées du palais 
qu'ils ont habité ; il paraîtrait que c'est dans une pro- 
vince d'où est originaire la famille du sultan. 

Dar-Marah , État dépendant du Dar-Four , est 
situé au nord de cet empire et gouverné par un eu- 
nuque, ce qui fait supposer qu'il appartient à quelque 
princesse fourienne: c'est un pays de montagnes dont 
les habitants ignorent presque tous la langue arabe 
et ne parlent que leur idiome particulier; il ne faut 
en excepter que les personnes qui sottt instruites 
dans la lecture du Coran. Aucun Fourien , pas même 
le sultan , ne peut pénétrer dans ces montagnes. 
Les prodiges que racontent les djellabs de la ferti- 
lité, de la beauté, des richesses, des mines d'or, des 



( 120) 
monuments antùjues, que l'on trouve dans celte 
forlun^o, sonL incroyables et surpassent tout ce que 
l 'imagination peut enfanter de plus mervoîllcux. Tout 
en avouant que jamais aucun d'eux n'a pu franchir les 
limites de cet Eden enchanteur, ils s'extasient surtoal 
lorsqu'ils parlent de la bonté du miel, de l'escellenci 
des fruits et en général de tous les produits qui 
arrivent. Nul étranger n'a jamais pu s'apjirocber dS' 
ces montagnes, qui renferment tant de richesses ex* 
traordin aires: elles ne sonL connues que par leurs ha- 
bitants eux-mêmes, car elles sont gardées de loulM'] 
paris par de vigilantes sentinelles qui en interdisent 
l'approche à tout individu qui n'y est pas né ; il faut de 
toute nécessité être du Dar-Marab pour pouvoir y en- 
trer; l'eunuque qui gouverne ce pays n'en sort plus 
une fois qu'il y a été introduit. Tout autre téméraire 
qui oserait en franchir les limites serait impitoyable- 
ment mis à mort par les montagnards indigènes. De 
ces montagnes sorlentdes sources abondantes, formant 
de peliles rivières, dont les unes s'écoulent A l'ouest, 
d'autres au sud-est et formeifl bien probablement 
des affluents au Nil blanc. Les produits cxlraordinairea 
que les habitants du Dar-Marah apportent en tribut 
au sultan de Dar-Four, dilTèrenl luut-à~fait par leurs 
rares qualités, à ce qui lui est offert de plus beau par 
ses autres États, S'il ne pénètre point- dans ces 
montagnes, ce n'est point parce que la force lui 
manque, car il a une armée d'environ 80 000 hommes 
à sa disposition; mais ceci tient à un ancien pré- 
jugé hèrédilaiie dans la famille royale, préjugé dont 
on n'a pu m'expliquer ni l'objet, ni l'origine. 



I 



. Aualyscs, Happeras, Extralls d*c 
vraies, llélauge«, ete. 



- Tbe GnmiiEi.L expédition in seabco op sir Johh 

FnAKKLIM ; A PEBSOKAL NABUATIVE BT ElISHA KeST 

KA^E. Niiw-YonK, 1853. (Expéditiom de Grihnell a 
LA nECHuncuE DU CAPITAINE Franklin; eécit pbrsoknel 

Id'ElISDA KliHT KaNE, DOCT]^ on -médecin aux hTATS- 
I Uhis.) Un ïoi. in-8°. 
II, — Journal »'n« votage aux meus polaihes, exécute 
A LA niiCBERCUE DE SIH JoUN FoANKLIN , BK 1851 ET 
1852; PAR J.-K. Bellot, lieutenant de taisseab 
DE LA maeinë française. Un Toi. în-8'. Paris, 1854. 



(Anatyia de M. ALsEnT-MvN rÉuoKT, incmbre 
de U Commùsion centrale.} 



Nous comprenons dans la même analyse les deux 
ouvrages dont nous venons d'offrir les titres, parce que 
les deux expéditions dont ils rendent compte avaient eu 
lieu vers le mâme temps et aux mêmes régions. Nous 
donnerons préalablement un rapide aperçu des voyages 
qui ont été elîectués aux mers arctiques dans la vue 

. de trouver un passage maritime de l'est à l'ouest au 

Y nord de l'Amérique (1). 

Observations prêiiminaircs. 
Préoccupés de ces détours immenses qu'il fallait ac- 
fc complir pour aller de l'Europe, soit aux grandes Indes 




(i) On peul pour l'inlelligen 
lord-ouesl publiée i 



in d'octobre 



( 122 ) 

en doublant le cap de Boune-Espérance, soit aux pa- 
rages nord-ouest d'Amérique et vers la Chine ou le 
Japon en doublant le cap Ilorn, de célèbres naviga- 
teurs ont cherché bien longtemps des routes nouvelles 
qui pussent abréger les distances, et rendre la traversée 
à la fois moins pénible et moins dispendieuse. 

Déjà le cap de Bonne-Espérance a pu être évité, et, 
au lieu d'environ quatre mois qu'il nécessitait, pour 
atteindre le Bengale et la Malaisie, on a réduit le trajet 
à un mois en traversant ristimic de Suez et en gagnant 
par la mer Rouge la mer d'Oman ; déjà aussi, on a 
pu renoncer à doubler le cap Ilorn, navigation dange- 
reuse qui exigeait souvent cinq ou six mois, et l'on a 
su, en moins de trente jours, passer des côtes de 
France à celles de laCalifornie, en franchissant l'isthme 
de Panama, où existe aujourd'hui un chemin de fer. 

Voilà de merveilleux progrès, sans doute; mais la 
marine et la géographie en attendaient do plus grands 
encore. En effet, depuis environ trois cents ans on 
cherchait une communication plus directe et plus 
courte entre le nord de l'Amérique et le nord de 
l'Asie; en d'autres termes, il s'agissait de trouver un 
passage reliant le détroit de Davis, dans l'océan Atlan- 
tique, et le détroit de Behring, dans le Grand océan. 
L'Angleterre n'avait pas cessé d'envoyer des expédi- 
tions à la découverte de ce passage appelé nord-ouest; 
d'intrépides marins s'étaient aventurés dans les glaces 
polaires, pour s'y frayer une voie abrégée d*un océan 
à l'autre; nos derniers temps ont vu John Ross« Parry, 
Franklin et d'autres se distinguer successivement dans 
ces explorations si périlleuses ; le dernier même n'en 
est pas revenu; et c'est en allant à la recherche de l'il* 



(12S) 

lustre et malheureux Franklin que le myslérieux pas- 
sage a été trouvé ; au capitaine anglais Mag-Clurb est 
due cette découverte ; son lieutenant Gresswell a rap« 
porté, en 1853, par le détroit de Davis, les dépêches 
de son commandant, avec lequel il était entré dans lâ 
mer Glaciale par le détroit de Behring. 

Essayons d'indiquer sommairement la part de gloire 
de chacun des explorateurs de ces régions glaciales, 
en nous bornant, toutefois, aux découvertes prin- 
cipales. 

Dans ces tentatives courageuses qui ont eu lieu pour 
trouver le passage maritime tant désiré, au nord de 
TAroérique, nous voyons qu'en parlant de l'océan 
Atlantique, le premier succès fut obtenu en 1585 par 
l'Anglais John Davis, lequel découvrit le détroit qui 
porte son nom. Nous voyons ensuiteHenri Hudson nom- 
mer merd^Hudsonldi portion de mer où il périt en 1611; 
et Bais n, en 1616, découvrir et nommée d'abord la 
mer de Baffin^ puis le détroit de Lancastre^ ce dernier 
par 74© 20' de lat. nord. Quant au détroit de Behring^ 
qui joint la mer Glaciale au Grand océan, il fut dé- 
couvert en 1722 par le navigateur de ce nom, lequel 
péril dans le trajet. Cook pénétra dans ces parages en 
1779, et nomma le cap G/^cé-VRolzebue les revit en 1815 
et 1818, et pénétra beaucoup plus loin à l'est, où le 
capitaine Beechey, de 1825 à 1828, signala de même 
son apparition , si fructueuse pour la géographie. 

En 1818, John Ross explore toute la baie de Baffin, 
et pénètre, lors d'un second voyage, en 1829, jusque 
dans le golfe qu'il appelle golfe de Boothia. et où il 
note la véritable position du pôle magnétique septen- 
trional. 



( 124 ) 

De 1819 à 1827, le capitaine i.\irry continua ,1 
relèvcmcnls ilos cùics do IVat ù l'ouest, sur une étendu*- 
ti'ès considérable qui s'arrêtail au cap Gairy, pendant 
que de l'ouest ^i l'est le capitaine Franklin faisait les 
siens, qui devaient aboutir vers le cap Turuagain, par 
68' de kl. N. De son côlé, le capitaine Ross avait, en 
résumé, reconnu toute la jiortion de lu côte située 
entre 72° 30' et 69° de lat. , entre 89° et 99° de longil.O,j 
et il ne laissait plus sur les cartes qu'un espace blaoc 
de 500 milles anglais. 

Ces dîlTérentes esplorations avaient clairement 
prouvé que le passade nord-ouest devait être cherché 
audelàde 7i'de lat. N.Le capitaine Panj, aujourd'hui 
amiralj avait poussé ses hardies excursions jusqu'au 
82* parallèle. Il avaitf en 1819, franchi le détroit de 
Lancastre et découvert le détwit de liarroiv , pour 
arriver ensuite à la terre ou ile Melfille, dernier point 
connu le plus rapproché du pûlo arctique. 

C'était, en quelque sorte, pour le capitaine Parry, 
avoir accompli en 1827 la moitié du passage nord- 
ouest, par l'est, comme à son tour le capitaine Mac- 
Clure allait, vingt-quatre ans plus lard, achever l'autre 
moitié par l'ouesl, tout en cherchant les traces de 
John Franklin, qui, parti d'Angleterre en 18/15, n'avait 
point reparu. 

Cette expédition du capitaine Mac-Clure, partie en 
1850, apriis avoir doublé le cap Horn et toucLé aux lies 
Sandwich, était arrivée au détroit de Behring. Elle se 
composait de deux vaisseaux: V Entreprise et l'Investi- 
gateur; le dernier seulement a fait la percée par la mer 
de Behring et enlte le point extrême qu'il a atteint par 
l'ouest, sous le commandement du capitaine Mac-Clure, 



J 



( Î25 ) 
et le point exirêmc .ittinnt par l'est (l'Ile Me! ville), sous 
le commandEiiiient deParry et de ses successeurs, il est 
resté un certain espace obstrué par les glaces et qu'on 
a dû francliir à pied ou en canots de caoulcliouc. C'est 
une sorte d'isthme de glace qui reste encore à couper 
par les explorateurs futurs. 

C'était en prévision du succès delà tentativedu capi- 
taine Mac-Clure, par l'ouest, qu.'un autre bâtiment, le 
Herald [le IIéraut),fut envoyé par l'autre côté du conti- 
nent américain, c'est-à-dire par la Laie de SafFin et le 
détroit de Lancaslre, vers la terre ou lie Melville; le 
succès couronna cette entreprise audacieuse : en effet, 
après trois années de navigation et d'efforis, l'inlré- 
pidc marin Mac-Clure rencontra sur les glaces, à un 
point où nul autre avant lui n'était parvenu, un déta- 
chement du Herald qui venait au-devant de lui; de ce 
point il envoya par l'est un de ses olDciers, le lieute- 
nant Cressweli, que nous avons déjà nommé, avec tes 
malades de son équipage, s'cnabarquer sur le bâti- 
ment qui était venu de l'est à sa rencontre; et lui, 
alors, retourna vers l'ouest à son propre navire, Vln- 
vestigateur, bloqué depuis deux ans dans les glaces, 
d'où il n'est pas encore revenu. Ses dépêches arri- 
vèrent bientôt en Angleterre, où l'on put enfin an- 
noncer au monde savant la solution du grand pro- 
blême, c'est-à-dire la découverte et l'accomplissement 
du passage !ioril~ouest. 

Quelques détails relativement à ce trajet ne seront 
pas sans intérêt peut-être pour nos lecteurs, surtout 
en ce qui concerne les points géographiques touchés 
dans le voyage et les coulumes des Indigènes de cet 
contrées déshéritées de ta nature. 




(126 ) 

V Investigateur ^^'Awi atteint Tllc John ou Jones» une 
(ribu crEsqniinanx lui apporte du poisson et des ca- 
nards qu'on échange contre un peu de tabac. On 
gagne ensuite une autre terre ou lie» où d'autres in- 
digènes accueillent les hommes de l'équipage , en 
levant les bras au-dessus de la tôte et en frottant leur 
nez sur le nez des Anglais. Ces sauvages, qui avaient 
d*abord caché leurs femmes, les amènent avec eux et 
apportent des provisions de poisson et de venaison, 
non sans dérober adroitement plusieurs objets aux 
étrangers. 

Le capitaine Mac-dure vient d'explorer les côtes de 
TAmérique russe ou la terre des Grands-Esquimaux; 
il va maintenant pénétrer dans les glaces, vers des lieux 
jusque-là inconnus. 11 veut cependant gagner la terrô 
de Banks t découverte en 1819 par le capitaine Parry. 
A sa grande surprise, il trouve le 6 septembre 1860 
une terre considérable et en prend possession en la 
nommant terre de Baring^ en l'honneur du premier 
lord de l'amirauté. Cette région était la partie méri- 
dionale de la même terre de Banks dont la partie 
septentrionale est déjà indiquée sur les cartes. ^ 

Le capitaine Mac-Clure, continuant sa navigation vers 
Test, trouve bientôt une terre nouvelle, qu'il désigne 
sous le nom de terre de Prince- Albert; c'est la suite et le 
rivage septentrional du pays déjà connu sous le nom de 
Woïlaston et de Victoria, Il entre dans un canal qu'il 
nomme détroit du Prince de Galles^ et qui communique 
avec ledétroitdeBarrow» lequel communique lui-même 
avec le canal de Lancasire, puis avec la mer de Baffin» 
puis avec le détroit de Davis, et enfin avec l'océan 
Atlantique. C'était ainsi un des passages du nord« 



(127) 

Mais une glace permanente barrait ce passage étroit, 
et il fallut revenir vers le sud, où la mer était encore 
libre. Toutefois, on hiverna dans ces parages, d'où 
l'on ne sortit qu'au bout de neuf mois» en juillet 1851. 
Enfin, après des recherches et des excursions péril- 
leuses, soit en traîneaux, soit en canots, le capitaine 
Mac-Clure parvint sur le rivage du détroit de Barrow, 
et le passage était trouvé. 

C'était le 26 octobre 1851. Les compagnons du capi- 
taine montent sur une éminence à l'extrémité de la 
terre nouvellement nommée terre du Prince Albert, et 
y dressent un mât, auquel est attaché un cylindre de 
cuivre, contenant l'avis de la découverte. On retourne 
au navire à travers mille dangers; on ne met que dix 
jours à faire 180 milles sur la glace, et l'on remonte 
enfin à bord. 

Par une curieuse coïncidence, à cette époque, M. Mac- 
Clure , avec ses compagnons explorateurs, se trouvait 
seulement à 20 milles du lieu où venait d'apparaître 
un détachement arrivé de l'est par le détroit de Davis 
et qui, en poussant ses recherches dans la terre nou- 
vellement appelée terre du Prince Albert, laquelle est la 
continuation de la terre Wollaslon, s'était ainsi avancé 
dans le détroit de Barrow. Une autre fois, le vaisseau 
ne s'était plus trouvé qu'à 25 milles de l'embouchure 
du canal qui doit joindre le détroit de Barrow; mais 
le courant polaire qui charrie les glaces dut lui faire 
rebrousser chemin pour prendre une autre direction, 
et chercher une voie nouvelle. 

Nous avons dit que la terre appelée terre de Baring 
avait été reconnue pour être Texlrémîté méridionale 
de la terre de Banks, séparée elle-même de la terre de 



(128 ) 

Melvîllc par un bras de mer. C'est en faisant le tour 
de rile pour arriver à la pointe de Banks, que le 
capitaine Mac-dure comptait loucher au bras de 
mer ou canal communiquant avec le détroit de Bar- 
row» afin de renouveler alors la tentative du pas- 
sage. Pour résultat, il reconnut que la terre de 
Baring était la plus fertile et la plus habitable de ces 
contrées sauvages; elle abondait en gibier de toute 
espèce, en canards, oies, daims, bœufs musqués. Mais 
une fois lancé de nouveau dans les glaces de la pleine 
mer, les périls recommencent , et le bâtiment risque 
à chaque instant d'être écrasé comme une coquille de 
noix, entre deux ice bergs ou montagnes de glace. 

Après avoir achevé le tour de l'Ile Baring, le vaisseau 
entre bien dans le canal qui mène au détroit de Bar- 
row, c'est-à-dire à la terre promise; mais il ne lui est 
pas encore donné d'accomplir le passage, la glace 
venant lui opposer une barrière infranchissable. Du 
rivage où l'on s'arrêta, on pouvait toutefois distinguer 
au loin à environ 60 milles la terre de Melville. 

Le capitaine Mac-Clure passa l'hiver de 1851 à 1862 
dans une baie qu'il dota du nom de baie Miséricorde^ 
parce qu'elle servait de refuge à son bâtiment; et au 
printemps il s'aventura de nouveau sur la glace, en traî- 
neaux, avec sept hommes de l'équipage. Enfin il arriva 
dans l'Ile de Melville, à l'endroit où Parry avait planté 
sa tente en 1819; et l'inscription qu'il y laissa lui- 
même servit plus tard à révéler son existence à l'expé- 
dition qui allait arriver de l'est par le détroit de Bar* 
row» et, ainsi que nous l'avons dit plus haut, tendre la 
main au brave Mac-Ci ure, venu de l'ouest. 
Ces notions préliminaires mises sous les yeux de 



( 12!1 ) 

lecteurs, nous pouvons îi présent esijiiitser les 
ttravaux de l'cxpétliiion Grinnell ol ceux lUi lieule- 
Tnant Bellot. 



EXPiolTION CniKNELL. 

Celte expédition américaine envoyée à la recherche 
I de sir John Franklin, dont un généreux citoyen de 
New-York avait fait les frais, et (\m fut mise sous le 
commandement du lieutenant de Haven , à Ijord du 
navire le fleiCHc {délivrance), auquel était adjoint le 
midsbipraan GrifTin, à bord du bâtiment V^dçance, 
quitta le port de New-York à la fin de mai 1850, et 
= atteignait, le 23 août suivant, le port Léopold par 
74" lat. N. à l'entrée sud-est du détroit de Barrow. Ce 
détroit présentait alors une masse compacte de glace 
gui s'étendait le long des câtes septentrionales de la 
terre du North-Somerseï, baignée à l'est par le pas- 
sage du Prince-Régent et â l'ouest par le détroit de 
Peel, On trouva au nord la mer ouverte et l'on put ga- 
gner l'Ile Beechey. 

Le 25, on était près du cap Riley. On pénétra ensuite 
I dans le canal Wellington, que l'on suivit jusqu'à la 
pointe Innis, vis-à-vis de la passe Barlow. On trouva sur 
cette pointe Innis les débris d'une hulte d'Esquimaux. 
Ce furent les seules traces qu'on rencontra de ces 
indigènes depuis les rivages du détroit de Lancaslre. 
On avait trouvé à l'Ile Beechey trois lombes de mate- 
lots de l'équipage des deux navires perdus, Erehus 
Bod Tenor, de sir Jobn Franklin, qui y avaient passé 

Ileiir premier biver. 
Le 28 aodt on atteignit le cap Bowdeo, au nord du 
VUl. AOHT P,T sr;PT]',»iniiK. 4. 9 



el 



t 130 ) 
Cc>|i Inois. Le 5 sojitettibt-e, oo |)i^iiélrait di 
Bnrlow, où l'on jiul mettre en sûtetè les Hcuxvaisseai 
que luenaçaient les gl»ces floUfiiiles. On était aîi 
vers le sud-est de la lerre Coniwallia. Le 9, 
l'Ile Grinin , oii les glaces empêchèrent l'expédil 
d'avAiicLT davantage. 

Lorsqu'elle put ëlre dégagée, elle reprit sa navigS' 
lion lers le canal Wellington, au nord duquel elle 
aperçut bientôt, par 77* de lat, N. et 95° de long. O. de 
Grcenwîcli, une assez grande terre que le commandant 
du Resciie appela terre Griiinell , en l'iiunneur du phi- 
lanthropique et digne auteur de l'expédition. Cette 
terre étnit aussi, vursle même- temps, découverte par le 
baleinier anglais Penny, lequel lui donna le nom de 
teri-e du Prince-Albert, ayant à l'est le mont FrnnkUn. 

En octolire et novembre, les doux navires, bien que 
souvent ballottés par un vent très variable, ne sortirent 
point du canal Wellington j seulement un put s'avan- 
cer peu à peu au sud-est vers l'ile Btechey. où l'on 
demeura quelque temps, pour cingler ensuite vers le 
détroit de Lancaslre et regagner la baie ou mer d« 
Baffin, 

Le 19 mai 1851. on revenait vers le sud devant (é 
cap Searle, et peu de jours après ou était près du cap 
Walsingbam et du détroit de Davis. On rentrait Ife 
10 juin en pleine mer par 65° 30' de lat. N. 

Le 1" juillet, on atteignit l'établissement danois de 
Proven, et le 8 on étail à celui d'Lppernavik. Le 10, 
on retrouvait la Hotte des baleiniers, et le 17, le yacht 
le Prince- Albert. 

Le 6 sejitembre on quittait Ilolsleinberg et le cap 
Farrwell, extrémité méridionale du Groenland, pouc 



J 



I 



( isl) 

feutrer le iboia suivant dans la rade de New- York. 

Tel est, en peu de mots, l'ilinéraire suivi jiarl'L-xpé- 
dition Grinneil, Quant à la relation du docteur Kent- 
K.ane, elle roule principalement sur les incidents du 
voyage, sur les plié no ni eues physiques observés, sur 
la composition et la décoc] position des glaces polaires, 
sur les aôîmâus qu'on rencontre dans ces légions 
arctiques, etc. 

Le docteur Kane rend compte du bois flottantqu'on 
trouve au détroit de Davis cl dans le voisinage du cap 
Farewell. Le grand contre-courant qui, dans le nord 
de l'Atlantique borde le Guif Slreaui, va du nord-est 
au sud-ouest, dévie au cap Farewell et est emporté 
brusquement le lung de la côte occidentale du Groen- 
land vers le nord. C'est ce qu'ont observé tous les na- 
vigateurs danois, et ce qui, du reste, est conûrmé par 
l'accumulation des glaces aux parages sud-est de la 
terre groenlandaise ; ces glaces proviennent éù- 
deniinent îles niers du Spiuberg, ainsi que le bois 
flottant qu'elles entraînent avec elles, et aux époques 
de l'année où les eaux supérieures du Groenland sont 
désobstruées, ces glaces remplissent les Gords ou baies 
3e la côte sud-est. Ainsi les établissements de llaai- 
river et de Juiiani:sliaab , sont pendant les mois d'été 
en état de blocus, à cause des invasions des cbamps 
déglace du sud ; tandis qu'à iiolsteioberg et vers le 
nord la terre se trouve pariaitenient accessible aux 
navires. Grâce à ce long trajet accompli par les troncs 
que les fleuves sibériens versent dans la mer Glaciale, 
les rivages du Groenland, entièrement dépourvus d'ar- 
bres, sunl, de la surle, alimentés en buis de cbaulTage 
et de construction. 




( 132 ) 
Le tloclenr Kanc tlonne quelques (iélaiis : 
séjour dans la baie Disco et sur les établissemenla de 
pèche des baleiniers. U s'étend également sur la for- 
mation des glaces, sur les trains de ces mouvantes 
accumulations boréales, sur les /!oes ou glaçons flot- 
tants, à bord desquels voyagent souvent les renards et 
les ours blancs, etc. Maïs nous retrouverons avec plus 
de précision et de clarlé les mêmes développements 
dans le livre du lieutenant Bellot, dont nous allgi 
maintenant nous occuper. 



I.IBIITB1Î4I(T DELt-OT. 



0^^^ 



Avant de parler de ce voyage aux mers polaires, il 

n'est peul-ôtre pas sans intérêt de dire quelques mots 
sur ta personne du voyageui*. 

Joseph-René Beltot naquit à Paris le 18 mars 1S26; 
mais sa famille s'étant fixée en 1831 à Rochefort, il 
s'est regardé avec assez de fondement comme enfant 
de celte dernière ville, à laquelle, d'ailleurs , il a dû 
sa première éducation et son entrée dans la uiarine; 
son père, simple artisan ou vétérinaire et marécbal- 
ferrant, chargéd'une nombreuse famille, n'eût pas eu 
les moyens de faire donner à son fils l'instruction 
propre à développer ses heureuses facultés. 

Au sortir du collège, Bellot fut placé à l'école na- 
vale de RocheTort, aux frais de la municipalité, et il 
obtint, en 18^3, le grade d'aspirant. Il partit alors 
pour les mers de l'Inde et en revint deux ans après, 
élève de première cla&'ie, il n'avait pas encore vingt 



I 



( 133 ) 
Le l"novembie 18A7,il était proiii 



.•ad.3 d"en- 



vaisseau, e\ 



:t il s'embarqua, le 23 juillot IS^S, 
pftur la corveLte la Triomphante, qui se rendait à la Plata 



et en Océai 



. Il€ 



rk 



a comiuander pour la pre- 
mière fois le quart, c'est-A-dire à diriger pendant un 
temps le bâtiment, d'après la route indiquée par le ca- 

. pitaine. Le 20 septembre 1860, la Triomphante était 

\ de retour à Rochefort. 

C'est alors que Bellot, dans la crainte de rester 

[longtemps inoccupé ou sans avancement, à cause du 

I grand nombre des oQîciers de son grade, et de ne 
pouvoir venir eCGcaccment et assez tôt en aide à sa 
famille, eut l'idée de partir pour les explorations arc- 
tiques et de s'offrir à lady Franklin, qui faisait préparer 
h ses frais une nouvelle expédition à la recherche de 
son infortuné mari. 

Le 7 octobre 18S2, le Pnnce-^lbert revenant dea 
mers arctiques rentrait dans le port d'Aberdeen, en 

I Ecosse, sous commandement du capitaine Kennedy. 

[Bellot, qui était parti comme enseigne de vaisseau 

[ sur ce bâtiment, apprît à son retour sa promotion au 
grade de lieutenant de vaisseau. 

Le 10 mai 1853, il reparlait pour Londres et s' em- 
barquait sur le Phœnix avec le capitaine Inglefîeld, 
pour retourner aux mers arctiques, d'où il ne devait 
plus revenir. 

Le 14 juin il se trouvait en vue du cap Farewell, 
extrémité sud du Groenland, et le 12 août suivant il 
arrivait à la baie Erebus et Terror. C'est là qu'il en- 
treprit la fatale excursion où il allait disparaître à 
jamais dans une large crevasse de glace flottante , ne 
laissant pour témoin de sa Irtste fia que la canne dont 




( 13i ) ^ 

il élail armé, à j-ieu de distniK'e iki cap Ëciwclen, dailfl 
le canol He W' Ilingtoii déjà cilé plus haut. m 

Ainsi périt ce jeune et brave officipr, qui ne dev^i» 
qu'à lui-même son ranj; daps la marine, qui, à bo|^' 
^^liul en mnr,avail gagné la croix de la Légion d'hoa- 
neur.ce prixMontlnon de l'armée, devantIUladugascar, 
)far une action d'éclat. Bellnt a été l'objet de regrets 
universels en Angleterre, aussi bien qu'en France et 
apftonl dans Ifi, ville de Rocbefort, qui doit lui élgver 
i)n iponuinent. Suivona-le maintenant dans sa naviga- 
tion aiijt mers polaires. 

Les dernières lettres du capitaine Franklin, datées 
dg, 26 juillet 18Û5. étaient p.nrlies de l'estrémité nord 
deln.baiedeBaOin, par, 74° âS' de lat. N,, et (t8" 15' de 
long, 0, du méridien Greenwich (qui est à 2° 20' 24" 
à l'ouest de celui de Paris). Ifranklii) avait des 
vivres pour, Irois ans,, sans compler les ressources 
qjfe la chasse et 1^ pêche pouvaient lui fournir, 
(^omme en 18^8 on était sans nouvelles de cet offi- 
cier^ ii'fis expédilions furent envoyées au devant de 
lui: revenues sans résultat, elles furent, en 1850 et 
i65i , remplacées par d'autres qui prirent le même 
chemin, et c'est-dans une de ces dernières que s'en- 
gagea Bellot. 

Après, avoir dépassé le cap Farewell, l« l^âtiraenl 
entrait le 22 juin dans les i^laces et s'y frayait un pas- 
sage dans la direction de l'établissement danois d'Up- 
pernavik, le plus, septentrional sur la côte ouest du 
Groenland, pour y prendre des chiens et fies traîneaux 
esquimaux. On arrivait le 12 juillet à cet élablisse- 
menl, qui sert d'entrepôt à l'Iiuile et aux, Fourrures des 
animaux que tuent les Esquimaux du voisinage, el 



J 



( 135 ) 
que viennenl chercher tous les ans des nuvires dauois. 
Il comple seulement quelques centaines d'individus, 
la plupart métis, provenant du rapport des naturels 
avec la race blaoclie. Quelques magasins, une petite 
chapelle desservie p^ir un ministre luthérien, la cbé- 
tive maison de Ijoîs du gouverneur, et des huiles de 
terre composent le village, dont les habitants partagent 
avec leurs chiens la nourrilure qu'ils peuvent se pro- 
curer. 

En sortant d'fjppernavick.le Pn/Jce-^/iart rencontra 
la flotte des baleiniers, lar^uelle avait trouvé au nord 
les glaces impraticables et revenait au sud. L'escadre 
arctique avait reconnu sur l'Ile Beechey des traces cer- 
taines de Franklin, notamment trois tombes avec des 
inscriptions datées de 18A6. 

En quittant cette escadre de baleiniers, le navire 
remonta jusqu'à l'entrée de ta bain Metville, fameuse, 
dit Bellol, par les désordres qui s'y produisent cliaque 
année, et f]ui ont fait donner le nom de l'once-du- 
Diable à un pic remarquable, peu éloigné de la côte. 
Au sortir de la baii: de Disco, le bâiiment luuiba au 
milieu des montagnes tlottanles de glace, dont quel- 
ques-unes avaient plus de 200 mètres de haut. Cette 
baie est pour ainsi dire le chantier où se forment et 
d'où sont lancées ces masses énormes, à cause des 
glaciers dont elle est bordée, et dont les Iles flottantes 
ne sont que des fragments qu'en détache l'action de 

11a chaleur et de la pesanteur. La même cause, agis- 
sant, dit notre voyageur, sur les montagnes de glace 
(l't'e bergs), détruit souvent leur équilibre par l'altéra- 
tion de leurs formes, et ces masses imposantes se bri- 
HZ. 



tuuiln 



( 13(i ) 

;rscn[ subilemenl i 



■ cl Ici 



au milieu des vogues qu'elles fonl jaillir à une grande 
hauteur. 

Après vingt jours d'eCTorls infruclueus, on rcvini 
vers le sud, et, le 2i août, on atteignit la finie de Pond, 
par73°de lal. N., sur la partie occidentale de la merde 
Baffin. On essaya eusuits d'avancer vers le nord, mais 
les glaces y mirent de nouveau un insunnonlnbl^'j 
obstacle. Elles entouraient le navire; il fallut hiverner. 
Les vêtements de peau, les mocassins ou les bolles en 
peau de phoque des Esquimaux formaient ceux dea' 
hommes de l'équipage, et le pemmican, préparalioa 
indienne de viande contenant sous un petit volume 
une grande quantité d'éléments nutritifs, était devenu 
la nourriture exclusive de chacun. On se mit à entre- 
prendre des excursions en traîneaux jusqu'au port 
Lèopold; on était exposé à une température de hh 
grés centigrades au-dessous de zéro, au risque d'at- 
traper des /rost-liîtei- ou gelures partielles, et de gagne) 
le scorbut. 

On se préjiara, dans les deux mois do juin et dS' 
juillet, ù sortir de cette prison de glace, en sciant u] 
canal dans les glaçons; et le 20 août, le Prince- Albt 
rencontra vers le chenal Wellington un navire de l'ei 
cadre de sir Belchcr, envoyé au commencement di 
1852, pour explorer les mêmes parages. L'expédition 
revint en Angleterre avec la certitude que Franklin 
avait dû se diriger vers le nord de ce chenal. 

Il nous reste à tirer quelques notes du journal de' 
Bellol. 

Près du cap Farewell il avait eu occasion d'observer 
quelques-unes dea habitudes du phoque. Lorsqu'il est 






i 



( 137 } 



drujiède amphibie, il \ 



irde et ne boni 



igc pas ; 



1 peut le prendre el le luer au moyen du chant. 



e beri;. 



I montagnes qc glace sont souvent, 
dit Bellol, d'une proHigÎPiise hauteur. Quand on a tu 
une fois de cette glace, ajoule-t-ii, il est imjiossible de 
]ii confondre désormais avec d'autres, k cause de la 
différence de couleui- el de forme; celle d'eau douce 
ayant la couleur et la transparence d'énormes mor- 
ceaux de cristal , tandis que l'autre est d'une blan- 
cheur éblouissante. 

La nourriture des Esquimaux de la cote ouest du 
Groenland consiste principalement en phoques; ceux 
des lies ont de plus la ressource des oiseaux et de leurs 
oeufs. Hais quelquefois la rigueur de la température 
oblige ces animaux l\ chercher un climat moins rude, et 
l'imprévoyance de ces Indiens les décime alors cruelle- 
ment; ils vont jusqu'à se dévorer les uns les autres; le 
capitaine du Priiice^Albert avait vu un vieillard qui, 
dans l'hiver, el faute d'autre chose, avait mangé sa 
femme et ses deux enfants. 

Le type de physionomie des Esquimaux des deux 
sexes est le même, dit Bellol, que celui de l'Amérique 
du sud : yeux bridés, cheveux noirs, longs et plats ; les 
femmes les portent retroussés à un chignon sur le 
sommet de la tète, comme les Chinois, mais sans 
tresses derrière: de doubles cottes en peau de phoque, 

I disposées de façon que les cùles sans poils se touchent 
et puissent ôtre graissées, des culottes et une casaque 
avec un capuchon, le tout en peau de phoque, for- 
ment l'accoutrement des deux sexes. Ainsi, pour le 
dire en passant, toutes les parties du phoque sont 



I 



( 188 ) 
ulilisées, et cet animal doit être divinisé par les Esqui- 
maux. La casaque des reinmes difTëre seulement par 
une queue retombant devant etderrière, et leurs boites 
août, pour les élégantes du moins, en cnir tnnné et 
teint en couleurs éclatantes avec bigarrures de peaux, 
de différentes couleurs. Les femmes portent les en-, 
fants sur le dos dans une pocbe ménagée dans la casa- ( 
que. L'intérieur de la bulle est Torl sale, et les dehorft 
sqpt gardés par les cbiens. A.u fond de la butte, une 
feraoïe presque nue allaite un entant nu, qu'elle tient 
d'une main, tandis que de l'autre elle veille sur queir 
quea peaux qui formant ses vêtements. Deux lampes, 
où lirùle une buile fétide, éclairent et écliaulTent l'ap- 
paj-temcnl. Point d'ouveituro qui laisse échapper la 
fum^e, elle soct par un s«ut trou près de l'entrée. 

Le mot esquimau sif^aifiQ mangeur de poisson cru, il, 
a été donné â cette pauvre peuplade qu'il faut plutôt 
noïamar Hitskie, par les Indiens qui, au nord de l'Amé- 
rique, leur ont fait et leur font encore souvent la 
guerre. Les Esquimaux consiflércnl ce sobriquet comme 
une insulte, même sur la côte de Groenland, où l'on, 
comprend la langue qui est parlée sur la côte du La- 
brador. 

La pèche fie la baleine a inspiré au lieutenant Bellut 
plusieurspBges fort intéressantes, dont nous e:itrairoiuk 

« Li->3 baleiniers naviguent presque toujours deux pai^ \ 
deux, à cause d'accidents dans la régiun des glacea. 
L'un lies bommes placés ou vigie à la tète du màt ûr-_ , 
gnale une baleine : vite, «Ite, armez les embarcations!, 
et, les rapides pirogues toujours prêtes sur les côtés du 
ifavire sont mises à la luerj elles ont d'avance leurs 



(13») 

>s de pêche 



I 



harpons et leurs lignes de pêche soigneusement 
paies. Hardis rameurs, que vos bras vigoureux oe se 
ralentisaerrt point, car la victoire est à celui qui le 
premier a pu harponner le célacé, elle canot, comme 
un coursier intelligent , semble animé de l'acdeur 
commune, il fend l'uiide et Inisse derrière lui un long 
sillon d'écume; le patron, sur qui repose toute la 
manœuïre, armé d'un long avirnn, le guide aven ha- 
biiet<^ ; debout, à l'avant, est le harponneur, épiant le 
momenL où l'animal lui présente une partie quel- 
conque de son corps; le harpon, est laacé; une larf;e 
nappe rougeâlre couvre la surface de l'onde. Uourralil 
bien louché ! Mais attention maintenant et ne nous en- 
dormons pas sur nos lauriers, car jusqu'ici il n'y a 
point eu lutte, mais attaque seulement; l'iiiofTensif 
blessé plonge dans l'abîme, et, poussé par la douleur, 
il poursuit avec une elTrajanle vitesse une (course fré- 
nétique vers des régions où il croît éviter son ennemi. 
De. temps en temps il remonte à la surface ])our res- 
pirer, et fait jaillir des flots d'écume et de sang! de 
nouveaux harpuns le forcent fl replonf^er et à reprendre 
celte. course; à chaque blessure un nouvel ennemi 
s'attache à ses flancs, il il ï}'.es\. pas rare de voir une 
baleine traîner ainsi trois, quatre, cinq embarcations, 
pour lesquelles ce moment est plein de dangers, car 
la rapidjlé avec laquelle elles volent sur la mer est 
telle, que. les lignes, des harpons prennent souvent feu 
et qu'on est obligé de les arroser constamment; enlîn. 
épuisée par ses efForls, Ift b.ileine meurt, et elle est 
apienée le long du bâtiment. » 

Bellot rapporte les elTets étonnants, non de mirage, 
l^afEt, de la réfraction polai^Q autour même de l'iqçii- 



( i/io 1 

vidu pendant l'iûvemaj^e. En se prumcnant on croyait 
meltre le pied sur un moniicule, et l'on tombait au 
contraire plus bas; on croyait avoir à sSuter d'un 
hummock (monticule glacé) de quelques pieds, et l'on 
faisait un saut de dix pîeds. Un jour, on vit, comme 
l'avait observé le docteur Kane, quelque cbose ayant , 
l'image d'un bomme très grand, 8 pieds au moins; 
on s'approcha, et c'était un oiseau. On avait vu distinc- 
tement l'homme étendre ses bras et les rapprocher 
comme drapant un manteau, et c'était seulement l'oi- 
seau qui battait des ailes. 

En visitant le port Lèopold , Bellot ne néglige pas 
d'en décrire la situation. La baie est formée par un cap 
important, le cap Clarence, qui s'avance vers l'est , 
puis au sud, et est relié à la terre de l'ouest par udo 
langue de terre compai^alivcraent très basse; la ] 
se trouve à la ciolsiërc des grands débouchés du dé- 
troit de Ëarrow, du détroit de Lancaslre, du canal / 
"Wellington et du passage du Kégent ou Regenl-înietj 
les quatre vents semblent s'y être donné rendez-vous, . 
et la brise du nord surtout, s'engoull'rant dans l'es- 
pèce d'entonnoir qui l'orme la léte de la baie, y souffle i 
toujours avec furie, quelijue légère qu'elle soit en de- 
hors. 

La navire, franchissant de l'est à l'ouest le détroit 
de Barrow, arriva au nord du détroit de Peel, et trouva 
au sud du cap Walker un autre cap, auquel le capi- 
taine Kennedy avait donné lenonideca/j Bellot, sur ■ 
la partie orientale de l'Ile Russell. ' 

Cette découverte appartenait au premier voyage de 
Bellot dans les mers arctiques. Il n'en fit pas clans le 
second, car ce digne ofUcier, arrivé en juin 1853 au 



( illl ) 

cnp Farewcil , en reparlait aussitôt pour ntteindrc le 
8 août suivant k baie Erebus and Tenvr, par 75" de 
lat. N. et 93" de long. 0. , d'où il partait le 12 cUi même 
mois pour l'excursion dont nous avons parlé et dans 
laquelle il devait trouver la mort. 



LES CHEVAUX ARABES DE SYRIE, 

Pin U. MAZ01LI.IBB, VICE-CONSUL DK FQ&NCE A TARSOCS. 
BUOCH. IS-S", PARIS, 1854. 

(Comple rendu par M. ConTiïiBERT. ) 



I 



11 ne nous appartient guère de porter un jugement 
sur l'ouvrage de M. ftlazoillier, après l'approbation 
qu'il a reçue de M. le général Daumas, juge si excel- 
lent en hippialrîque, ainsi qu'en beaucoup d'autres 
choses. Nous nous bornerons à signaler les points les 
plus saillants de ce petit travail . qu'on lit avec beau- 
coup d'intérêt, elqui, au sujet des chevaux, jette quel- 
ques nouveaux traits de lumière sur les mœurs des 
Arabes, ces meilleurs cavaliers du monde. On suit avec 
curiosité l'éducation de ce jeune poulain arabe, au- 
quel son maître donne de bonne heure du lait de cha- 
melle mêlé à celui de sa mère ; à celui-ci on substitua 
ensuite complètement le premier, parce qu'il donne, 
dit-on, plus de force à l'animal et l'endurcit contre les 
fatigues. Quand il est parvenu à l'âge d'un an, on com- 
mence à le faire monter par un enfant ; à deux ans, et 
même avant, il est déjà dressé, La meilleure nourri- 
ture des chevaux, suivant M. MazoilUer, est de l'orge 




(142) 
elde la paille, et il conseille bcmcoup, àcause de cela, 
tte rèpamlri: en Alpérie lu culture de l'orge. 

Les Bédouins comptent neuf races principales des 
tncilleiirs chevaux arabes : l" iesSag/ai^-i, très élégàhts, 
minces et très maigres, (l'une légèfeléexlraordînaifè. 

2° Les Hamdunië. 

3° Les Abaian. 

h" Les Em-Arkoub. 

6° Les iXimeh ( c'est-â-dire gazelles) 

6* X^zsMaannaqui (c'est- à-dire long cou). 

1" Les Kahilai-ei-Âdgiouz, infatigables à la course, 
mais moins beaus à la vue que les races précédentes. 

8' Les Lijel/é (c'est-È-dire grands), dislingués par 
leur haute taille et parleur patience à supporter la 
faim et la soif. 

9" Les Traïfé, très forts et très propres à résister à 
ta fatigue. 

M. Mazoillier présente d'iiiléressanls détails sur les 
qualités de chevaux arabes ; il signale plusieurs traits 
de l'intelligence et de l'attachement de ces précieux 
animaux. » Lne d^s qualités esseoiieUcs du chcvai de 
race, diL-il, est de s'arrfiter net lorsque son cavalier 
tombe, et, lorsqu'il est blessé ou mort, de le ramener 
à son camp, si le hasurd a pu le maintenir en selle. Un 
jour de bataille, un Wahabi, blessé giièvement, tomba 
de cheval, et son pied resta engagé dans l'étrier; la 
jument s'étala immédiatement à plal-veiilre pour le dé- 
gager, et, cela fait, le saisit par la ceinture et le porta 
ainsi jusqu'au milieu des siens. Une fois arrivé de la 
sorte, le cavalier fut pansé , et il C-lait déjà en conva- 
lescence, lorsqu'on vint lui apprendre que la jument 
avait avorté et qu'elle en était morte. Sa douleur fut 



À 



telle 



qu 



il en moi 



urut 1 



( U3 ) 

l-naème quelques joi 



1 

I 



Un lion cheval distingue si bod cavalier est bon ou 
tnauvais, s'il est intrépide ou lâche, si même il est 
d'un rang supérfeur ou inférieur ; en tous cas, le che- 
val fait son devoir et son possible; il s'inquiète aussi 
d'être bien harnaché . la jument surtout; est-ce par 
coquetterie naturelle au sexe ? il serait dillicile de le 
dire. Toujours est-il que l'Arabe, qui comprend ce 
goût, attache à la tête de son cheval de petites ciialnes 
I d'argent auxquelles il suspend des pièces de mdine 
' métal, afin que cela fasse en marchant un léger 'bruït 
qui flatte sa monture. » 

lazoillier a présenté aussi quelques considéra- 
lions sur l'âne et le midet de l'Orient. Il s'y trouve 
, deux espèces d'âne : l'àne de Chypre et celui de 
I Sagdad et d'Egypte. 

Les ânes cypriotes sont quelquefois aussi hauts qu'un 
cheval, ont beaucoup de force et se font remarquer 
' par la longueur de leur sabot. Ils sont généralement 
truns; les meilleurs d'entre eux sont les lioirs. 

L'âne de Bagdad et d 'Egypte, beaucoup moins grand 
^^ que le cypriote, est précieux par la rapidité de son 
^^L itmbte ; sa couleur est presque blanche. 
^^ft Le mulet est préféré à l'âne, comme monture, par 
^^ les grands personnages de l'Orient ; il list certain qu'on 
ne peut trouver d'amble jdus doux et plus commode 
que celui de cet animal. C'est en Syrie que se trouvé 
la meilleure espèce; il y vit fort vieux et on le voit fré- 
quemment atteindre quarante ans, quoique travaillant 
^^ toujours. 

^H M. Mazoillier termine ce travail ea exprimant son 
^B regret de ce que les chevaux arabes, si excellents, 



( li'l ) 



3 élé itilit 



1 Fi- 



' i-ancei 

il on eïiiliquc les causes <Ie la manière suivante : 
i( Lorsque la civilisation commençait à déveiopper et 
à féconder la France, elle abandoilnait les Arabes, 
qui, déjà vaincus parles Turcs, perdaient tout à la fois 
leur gisyro, leur puissance et leurs lumières. Depuis, 
cette nation descendit de plus en plus dans l'avilisse- 
ment et l'ignorance. Un sentiment de vive antipathie 
lui estresté contre l'Europe, et sur toul contre la France, 
depuis les guerres des Croisades, et, de leur côté, les 
Français ont eu longtemps les plus grandes préven- 
tions contre les Arabes. Il en est résulté un éloigne- 
ment réciproque, qui faisait rejeter par une des deux 
nations tout ce qui était adopté par l'autre. Aussi 
voit-on une opposition absolue entre le costume, les 
mœurs, les usaj^es, l'ameublement, la vie intérieure, 
le travail et l'art militaire des deux peuples. Pendant 
longtemps donc, il sufQsait qu'une méthode fût prati- 
quée par les Arabes pour qu'en France on fit tout le 
contraire. Nous l'avons emporté sur beaucoup de 
points, mais ils ont conservé l'avantage sur certains 
autres, et notamment pour ce qui concerne les chevaux. 
Cette supériorité s'étend chez eus à tout ce qui se rat- 
tache k rhippiatrlque, c'est-à-dire le choix des races, 
l'élève et l'éducation du cheval, et aussi l'équitation. 
B Malheureusement nos voyageurs , persuadés de 
l'idée que les Arabes étaient des barbares, n'ont que 
rarement pénétré au milieu des Bédouins, et, quand 
ils y ont pénétré par hasard, ils ont dédaigné cette 
question, pensant qu'ils n'avaient rien de bon à leur 
emprunter là dessus. C'est ainsi qu'on peut expliquer 
comment il se fait que la France soit restée prî< 



I 



(145 ) 
jiiaqu'i'i présent de la race tics cliovaux arabes. Mais, 
quoique dtUéié, le bienfait ne sera pas perdu puur 
toujours, grâce à la baule intelligence et à la persévé- 
I rance que le général Daumas a apportées au service 
de celte cause qui intéresse si vivement noire palrie.n 



NOUVEAU VOYAGE DU D' KRAPF DANS L'OUSAMBARA; 
D'après son joumat publié par le Cliurch Miuionary 



Le docteur Krapf se trouvait en mars 1862 à Fouga, 
capitale de l'Ousanibara. Le roi Kméri le reçut fort 
bien, et l'autorisa à fonder un établissement de mission 
Hur le mont Tongbé. Il s'y procura quelques rensei- 
gnements sur les Ouadoé, peuples qui habitent au sud 
du pays des Ouaségoua, et qu'on lui avait dépeints 

■ comme cannibales; on lui dit que les Ouadoé domi- 
saient autrefois sur tout le pays entre les monts Ngou 
et la côte de Bouyénj, d'Ouindé et deSadan, en face de 
Zanzibar; qu'ils se repaissaient, en effet, de leurs enne- 
mis; que les musulmans de la côte, irrités de leurs 
crimes, se sont enfin réunis pour les accabler. 

ILe docteur Krapf ne put être admis à une audience 
de Kméri, qu'après lui avoir offert ses présents, car un 
élrangei' ne saurait aborder le roi les mains vides. IL 
le dépeint comme un liomme d'une boDté faible , aux 
yeux vifs et pénétrants, et livrant néanmoins sa con- 
fiance à des magiciens musulmans. Ces imposteurs 



(,)VoïeU.s,nM. 
VHI. AOVT 



.'los d'.iDÙi lit s-epteniiirt 
'.T si!p'ri;unRii. 5. 



10 



( lâa ) 

qui viennent de la côt<s infestent le pays, et exploitent 
les Oiiasanibara. Ceux-ci sont des fumeurs continuels. 
Ils se marient plus tard que les Ouanika ; le jeune 
homme donne aux parents de sa future un présent de 
cinq à six moutons ou chèvres ; les liens du mariage 
sont plus sérieux que chez les Ouanika, qui se sépa- 
rent de leurs femmes pour le plus frivole motif. 

M. Krapf a beaucoup entendu parler, dans ce voyage, 
du peuple Masaî, placé dans l'intérieur, et qu'on dé- 
peint comme puissant et redoutable pour ses voisins. 
Au nord de ce peuple, il y a, dit-on, un lac im- 
mense, près duquel habite la nation des Mao, qui 
est bien disposée pour les étrangers. (Sont-ils identi- 
ques avec les Omao mentionnés dans le journal du 
voyage du docteur àTOukambani ?) 

Pendant son séjour à la cour de Kméri, le mission- 
naire obtint des renseignements intéressants sur le 
peuple ^/a, appelé Ouassi par les habitants de FOu- 
sambara, et qui ne parait être qu'une fraction d'une 
tribu occupant autrefois une grande partie de l'Afri- 
que orientale. Il est répandu dans l'intérieur au-delà 
du Djagga (où on les appelle Ouandourobbo), dans 
le pays de Kinika et dans le Bondei. Les Ala^ adroits 
archers, sont de pauvres gens inofTensifs, ne vivent q^ue 
de chasse, et parlent un idiome particulier. Les Ara- 
bes prétendent qu'ils sont originaires de l'Arabie. 

Notre voyageur a entendu dire à un Souahéli, revenu 
d'un voyage de commerce à Kapoutei, le principal éta- 
blissement des Ouakouafi de l'intérieur, qu'il avait vu 
une montagne blanche à sa droite, c'est-à-dire au N.-E. 
de Kapoutei; c'est probablement le Kénia ou Kirénia. 

Les langues de Paré,.d'Ounghénou et deKizoungou, 



( 10 ) 
d'une part, gI celles de Djîigf;a, d'Aroutlia, deKtihé. di 



l'a 



nt de 



laLogief 



Dire elles; elles 



I 

I 



.paraissent loulea appartenir -S un groupe général. 

Le kikouaij en diffère enliârement ! les OuakouaH 
s'appellent, dans leur propre langue, Logôliî. Ils nom- 
menl les Ousaniliara Eidonio, c'esti-à-dire les nionla- 
gnards;les Ouaseguua, ^/we^; tes Mas^, Klmangati; 
le peuple de Paré, Barrakangu. 

Le docleur Krapf rapporte un curieux usage au sujet 
des esclaves et des criminels : il y a plusieurs villages 
où un meurtrier peut se réfugier sans crainte d'être 
poursuivi; il en est de luèiiie dés qu'il a touché la 
personne du roi. Si un esclave fugitif est entré dans la 
.maison d'une fernuie ou d'un, uniant du roi, eL qu'il 
■in t touché l'un des personnaj^es ro^aux^ il est libre; 
'Mul&œent le pris que son maître l'a payé doU être 
restitua par le vendeur. 

Après avoir olitenu de Kiiièri l'autorisalion d'éta- 
blir une mission au mont Tungbé , M. Krapf reprit la 
ruule de Rabbai. Eu sortant du pays montagneux de 
Fouga, il' aurait pu, au dire de son guide, atteindre 
efi quatre jours l'embouchure de laPangani âBuuyéni, 
par un pays plat et une route directe et facile, n travers 
'la région des Ouaségoua; mais, d'a|irè3 le conseil île 
son guide, il pi'éféra la route des montagnes de Bou- 
deî, pour éviter les demandes- importunes de présents 
que font les chefs Ouaségoua. 11 traversa le village de 
Mombo, vitdes cantons riches en bananes et en cannes 
à sucre, parcourut la belle vallée de Kérenghé. fran- 
chit la rivière Louengbéra ( NgUôra ) , puis le désert de 
Kérenghé, couvert de hautes herbes, la montagne de 
Handei, et arriva au village de ce nom, puis à celui de 




( US) 

DjoumLî, et jjnrvinl enfin à Pangani, b&lî an milieu tte^ 
plantations de cocoliers, Je liï el de mais, et composé 
principalement de cabanes en pieux couvertes de 
feuilles de cocotier, mais où un petit nombre de mai- 
sons en pierre s'aperçoivent cependant çà et là. 11 
s'embarqua pour Mombaz, où il aborda le là avril 1852, 
et quelques jours après il se trouvait à Kî sou loti liait 
où la nouvelle maison des missions a été bâtie. 



LA BOURSE DE LONDRES, 

PAR JOHN FRANCIS ; 
rn&DVIT DE l'anglais PAR M. LEFBBVBB-DDRUFLÉ, SÈNATEUH» 
&NC1EK UINISTRB DES TRAVAUX PUBLICS. 1 Vol. in-8°. 

Paris, 185â. {Analyse sommaire par M. Albert- 
MoNTÉMONT, membre de la Commission centrale.) 



L'un des objets de la géograpbie politique est dw 
faire connaître les richesses des pays lointains , pou! 
amener des échanges avec la métropole et augmenten 
ses capitaux, ressources sans lesquelles un pays , quel 
qu'il soil, ne saurait faire ûeurir son agriculture etsoa) 
industrie. Tel est le service qu'ont rendu et rendenQ 
tous les jours, aux Llala de l'Europe, le commerce « 
la grande navigation. C'est surtout l'Angleterre qui 4 
marché dans cette voie de prospérité linancièrc, qui a 
eu tant d'inlluence sur ses progrès en agriculture. 
Personne n'ignore qu'il se fait, en un seul Jour, à la 
Bourse de Londres, à la Bourse d'Amsterdam (1), 



(J) Cor 



ic je demindaii un jour I iiii linnqiiier it'Amiilerdiini 



À 



f d'iiiimeiisL's 



allai 



( U9 ) 
S (Iwnt la base est dans les produits 



;s m archanilises d 

lide de ces capitaux que l'on Toit s'accomplir des 
-éprises colossales, auxquelles, saos ce secours, on 
n'eût jamais songé. D'une autre pari, des spéculations 
hasardeuses ont amené quelquefois de graves consé- 
quences, contre lesquelles la prudence ordonne de se 
prémunir. Il n'est donc pas sans intérêt pour les lec- 
teurs français de prendre connaissance d'un nouveau 
livre publié en Angleterre, et qui a fait sensation à 
Londres. Celte intéressante publication vient d'être 
transportée dans notre langue par un ancien ministre 
des travaux publics et du commerce. M, Lefebvre- 
Duruflé, membre de la Société. 

La Bourse lie Londres est un essai anecdotique, 
historique et moral qui, sans descendre dans les pro- 
fondeurs de la science, mais aussi qui, sans en né- 
gliger l'exactitude et les principes fondamentaux, a 
pour objet de faire passer dans l'esprit du plus grand 

■ nombre la connaissance générale des choses, d'y sus- 
citer de sages réflexions, et de réveiller ou d'entre- 
tenir dans les cœurs les sentiments honnêtes et les 
instincts généreux. 

L'auteur anglais caractérise lui-même son livre dans 
^^ les termes suivants: «Réunir les incidents les plus 
^^t remarquables qui se rattachent à la dette nationale ; 
^^L présenter le tableau anecdotique des causes qui l'ont 
^^m rendue nécessaire, et celui des corruptions qui se sont 
^H accrues avec elle; retracer ses principales phases; 



aEfaiia) allaient bien, si la Bourte a' 
[ La journée a été niédîoei'e, on s fait poui 



il élé bon 



it réponilil • 



160 ) 



i-odii 



> par les loteries; raj 



ont enlravé. 



khi 



ippelei 



l'éta- 



peindre los i 
les (litricullés 

bliasement des cliemins de ler ; signaler aux yeux 
du puLtlc les déceptions de ces l'iuprurits insensés; 
grouper enfin toutes ces matières autour des opérations 
Je la Bourse : tel est le sujet de ce livre. I,a Bourse de 
Londres, ajoute l'auteur, est un tableau populaire d© 
la puissance financière de l'Angleterre, que l'c 
cherché h rendre l'IIS fois intéressant et inslructif. 

Tel est le but que s'est proposé H. Francis. Le tra-^* 
ducleur a eu aussi le sien, il lui a semblé qu'en pré- 
sence de la fitïTre d'argent qui travaille notre époque, 
et que sous l'influence de la fureur de spéculation qui 
pénètre chaque jour pliis avant dans les divers rangs 
de la société, il serait utile et bon de présenter à la 
France le tableau de ce même fléau chez une nation 
voisine. 

L'Angleterre en est aujourd'hui à son vingt-huitième 
milliard de dette ; elle y fait face par l'immense dé- 
veloppement do son industrie et de ses entreprises 
commerciales, et par l'étendue de ses conquêtes. Il ne 
faut pas se le dissimuler, dans tous les pays et dans 
tous les siècles, comme l'observe M. LeFebvre-Duruflé, 
c'est toujours au travail qu'incombe la tâche de répa- 
rer, à ta sueur de son Tront, les erreurs ou les folier 
financières. 

Dans une savante introduction, M. Lefebvre-D uni- 
fié passe en revue ces épidémies morales qui se manî-' 
Testent chez les peuples et qui les envahissent à certai- 
nes époques, comme le font la peste et le choléra, et 
qui ne disparaissent qu'après avoir fait, comme cerf 
fléaux, d'innombrables victimes. De ces maladies d<t 



4 



( m ) 

l'esprit et du cœur humain , la fièvre d'argent est sans 
contredit une des plus funestes et des plus incura-* 
blés. En 163A, se produisent en Hollande toutes les ex- 
travagances de la tulipomanie ; en 1Ô9A , l'Angleterre 
voit surgir la fureur de la spéculation que termine la: 
catastrophe de Texpédition de l'isthme de Uarien. En 
1718, la France est envahie parle système de Law et 
la compagnie du Mississîpi. En 1769, point à Londres 
Tère des Nababs ou gros négociants revenus de llnde 
avec d'immenses richesses. En 1772, éclatent des ban- 
queroutes et la rage des loteries ; et en 1845, la mono- 
manie des spéculations de chemins de fer, qui, depuis 
n'a fait que s'augmenter. 

Ainsi que le remarque si judicieusement M. Lelebvre- 
Duruflé, il a fallu de longues années et une lutte 
acharnée des bonnes passions contre tes mauvaises, 
des vrais principes financiers contre les plus déplora- 
bles aberrations de l'agiotage, pour faire proscrire les 
loteries et jeter la lumière sur les emprunts. 

On échapperait à bien des projets ou calculs péril- 
leux, si l'on se rappelait ces vérités si simples et si 
dignement reproduites par l'un de nos plus célèbres 
économistes, J.-B. Say, savoir: que le crédit n'est rien 
autre chose que la faculté qu'un individu, une com- 
pagnie ou une nation ont de trouver des prêteurs; 
que pour être prêteur il faut avoir des capitaux, c'est- 
à-dire des valeurs liquides, réelles, immuables^ mises 
en réserve et disponibles ; qu'on ne peut pas impuné 
ment substituer à ces valeurs immuables, des valeurs 
variables et susceptibles de dépréciation, à ces valeurs 
liquides et réalisées, des valeurs litigieuses et d'une réa- 
lisation lente ou incertaine, des valeurs à recouvrer et 



( 152 ) 

dont on n*cst pas absolument maître, à des valcui^ 
mises en réserve et immédiatement disponibles, w 

Quel empressement, ajoute M. Duruflé, les peuples 
ne mellraienl-ils pas à seconder les gouvernements 
dans leurs efforts pour éviter les emprunts ou pour 
les réaliser sans sacriGces, si chacun avait toujours à 
la pensée ces autres axiomes de M. Say, que les em- 
prunts faits parles gouvernements, quelques cas bien 
rares seuls exceptés, ont pour résultat inévitable la 
destruction du capital emprunté, et qu'ils appauvris-* 
sent un État, puisqu'ils le grèvent d'une rente et le 
privent de toute la valeur du principal qu'ils consom- 
ment! 



LE ZÉITHUN DU TAURUS. 



M. Victor Langlois a donnée dans la Revue de VO" 
rient ^ d'intéressants détails sur les populations armé- 
niennes du Taurus. Il a décrit, entre autres territoires , 
le Zéithun t pays élevé et formant un plateau situé 
entre 3i* et 35** de latitude et entre 38* et 39» de longi- 
tude; les limites en sont, au N., le Taurus cataonien ; 
au S., le versant septentrional des montagnes dont la 
base est baignée par le Pyrame; à l'O., le Karmès- 
dagh et, à TE., le cours du Pyrame. Les plaines du 
Zéithun sont désignées par les noms d'Archiche-Ova 
et de Suthaly-Ova. Des afQuents du Tekir-sou ar- 
rosent ce territoire , qui est d'une fécondité remar- 
quable. Protégé par des remparts de rochers, et ne 
pouvant être exploré par les étrangers, que les habi- 
tants repoussent, le Zéithun est très peu connu. Le 



( 153 ) 

père Indjili, abbé des Mekhétaristes de Venise, était le 
seul qui jusqu'à présent eût donné quelques rensei- 
gnements sur le Zéithun, dans sa géographie en langue 
arménienne, imprimée en 1806 au monastère de 
Saint-Lazare. D*après les témoignages que M. Langlois 
a obtenus , dans son voyage en Cilicie, de la bouche 
de Zéithuniotes et des moines du monastère patriar- 
cal qui avaient habité le couvent de cette contrée , le 
Zéithun se composerait de 3000 maisons arméniennes 
et de 20 maisons turques seulement. Les habitants , 
laboureurs, forgerons et marchands, sont imposés, sur 
les registres de l'impôt provincial , pour 30000 pias- 
tres (de 6 à 7000 fr. ); mais, comme le pacha d'A- 
danaet deMarach, de qui ils dépendent nominalement, 
les a chargés de protéger les caravanes des voyageurs 
se rendant à Marach par un défilé situé dans le voisinage 
de leur territoire, ils sont censés s'acquitter, au moyen 
de cette protection, de la somme imposée. 

Le Zéithun n'est plus ce qu'il était avant l'occupation 
de la Garamanie par les Égyptiens. Les beys turco- 
mans de la tribu de Kussan-Oglou, qui, d'accord avec 
les Arméniens, résistèrent aux armes d'Ibrahim-Pacha, 
se sont rendus suzerains des tribus arméniennes du 
Zéithun et d'Hatchin, dont les territoires sont enclavés 
dans les États de Kussan-Oglou. Ce chef profita de la 
retraite des Égyptiens et de l'anéantissement de Tart- 
inée ottomane à Nésib et à Ronieh, pour affermir sa 
domination sur les tribus arméniennes et turco- 
manes du Taurus; il se réserve particulièrement le 
droit de sanctionner l'élection des quatre aghas cbré* 
tiens du Zéithun. 



( lU ) 



INSTRUCTION PUBLIQUE DE LA FRANCE. 

Circonscriptions académiques établies par le décret 

impérial du 21 août 185A« 



f 



SIÈGES DES ACADÉMIES. 



DÉPARTEMENTS 

COMPRIS DANS LES ACADiVICS. 



Aix. 



Besa&^obi. 



Bordeaux. 



Gabv. 



Glermort. 



DuoR. 



.Douai. 



Grenoble. 



Basses-Aines. 

Bouches-du-Rhône. 

Corse. 

Var. 

Vaucluse. 

Doubs. 

Jura. 

Haute-Saône. 

Dordogne. 

Gironde. 

Landes. 

Lot-et-Garonne 

Basses-Pyrénées. 

Calvados. 

Eure. 

Manche. 

Orne. 

Sarthe. 

Sei n e-In férieure. 

Allier. 

Cantal. 

Corrèze. 

Creuse. 

Haute-Loire. 

Puy-de-Dôme. 

Aube. 

Côte-d*Or. 

Haute-Marne. 

Nièvre. 

Yonne. 

Aine. 

Ardennes. 

Nord. 

Pas-de-Calais. 

Somme. 

Hautes' Alpes, 

Ardècfae. 

Drôme. 

Isère. 



' 



( «6») 




C 16(5 ) 
TÂT DES SCIENCES CHEZ I.ES JAPONÀIST" 



Dans la dernière séance de la Société des scieni 
naturelles de Bono, M. de Siebold. l'auteur de ce grani 
ouvrage sur le Japon, que tout le monde connaît, a 
un mémoire sur Vhtnt des sciences chez les JaponattJ' 

Il commence par faire voir comment les sciences 
les artspénélrèrentducont'mentd'Asie parla prcsqu'l] 
Korai (la Corée) dans le Nipon (Japon), sous le 
vert de la religion et de la morale de Confucius, 
date de cette aurore litléraire doit Qtre fixée de l'aj 
219avant J.-C.à l'année 510 de l'ère clirélienne. Dj 
le principe, les indigènes croyaient reconnaître quel 
que chose de divin dans les formes étranges et incoi 
nues des objets qui se présentaient à leurs regarda' 
ainsi une racine difTorme, une pierre extraordinaire, 
tm crapaud bizarre, etc., causaient leor étonnement 
et leur respect. Les nobles et les riches, qui soignaient 
leur précieuse santé, allaient chercher eux-mêmes les 
herbes salutaires importées de la Chine et recomman- 
dées par les médecins; ce qui fait comprendre cette 
phrase insérée dans les annales de Nipon, sous la 
date de 611 : « Aujourd'hui le mikado (souverain) a 
fait, avec toute sa cour, une chasse aux herbes. » L'ou- 
vrage d'histoire naturelle en langue chinoise, Pen-tsa, 
imprimé vers l'an 1107, servit de modèle aux savants 
de l'empire Japonais, 

La collection de manuscrits concernant l'histoire na- 
turelle rapportée cnEurope parM.de Siebold, se monte 
à plus de cent, comprenant quelques centaines de VO' 
lûmes. Afin de donner aux membres de la Société uaj 



ug^^J 



( 167 ) 



idée exacte do 



ûlal d< 



les sciences 



au Japon , l'auteur 



fit passer sons leurs yeux un choix de livres, de dessins 
et de manuscrits, entre autres une carte de l'empire, 
indiquant toutes les montagnes et les volcans, due à 
l'artiste Bunlsjo, qui s'amusa, durant sa vie, à visiter 
et à dessiner les innombrables élévations de terrain 
dont ce pays est parsemé. Les savants géologues qui 
assistaient à la séance ont beaucoup admiré ce travail. 
Fendant ce temps, M, de Sîebold leur raconta que les 
Japonais avaient adopté autrefois le système de leurs 
voisins, d'après lequel les objets de la nature sont di- 
yisés en pierres, herbes, arbres, insectes, poissons, 
mollusques, oiseaux et mammifères. Les anciens livres 
pour le peuple sont conçus, disait-il, d'après l'ancienne 
méthode chinoise. 
• Mais les naturalistes actuels connaissent les systèmes 
^K des savants d'Europe; celui de Linné, par exemple, 
^H*^ést Fort ré2>andu, et l'édition du célèbre botaniste, par 
^H llouthyn, est entre les mains d'une fuule de Japonais 
^H 'instruits. Dans ces derniers temps même, on a traduit, 
^H 'BOUS la direction de M, de Siebold, la Florajaponica de 
^^ Thunberg, et on l'a éditée avtc les gravures sur bois. 
Ses élèves ont, de concert avec les plus célèbres natu- 
ralistes de l'empire, fondé, à Owari, une société qui 
a fait paraître trois volumes de dissertatioDS, 

Parmi les livres et les dessins de botanique présen- 
tés à la Société, on s'est arrêté surtout à un dictionnaire 
d'histnire naturelle contenant les dénominations en 
chinois et en japonais de 5 300 objets, sur une des- 
cription, ornée de gravures fidèles, de toutes les plantes 
utiles, sur un calendrier des fleurs, sur des monogra- 
phies des plantes qui ne servent qu'à l'ornement, et 




( 468) 

sur un livre très remnrquablij de loutea les productidil^a 
à feuille» bigarrées {foliU iiatiegatis). On admini aussi 
liâKLicnup une /lore d'une lie des Kouriles, composée 
par le oiôdecin impérial P&gurag;awa ; enrin. pour 
terminer, l'auteur déploya une vaste carte représentant 
lamine d'or de Kinsan, avec la manière de fouiller 
U sol pour en extraire le précieux minerai, ainsi que 
les ouvriers qu'on y emploie. 

[Jnurnal général de l'Instruction pitbliquat^ 



NATURALISATION DE L'IGNAME-PATATE 

DE LA CHIKB. 



La Dioscorea japoiiica importé en France par M*. 
Miinligny a été mis en expérience au jardin des plantes, 
et de \à a passé cliei plusieurs horticulteurs, qui l'ont 
faitligurer avec avantage dans nos expositions d'agri- 
culture. M. Uecaisue, professeur de culture au Muséum 
d'histoire naturelle, a étudié avec soin ce tubercule; 
il le considère comme nouveau pour les botauisles, et 
il le qualiGe du nom à' igname-patate, qu'il croit mieux 
approprié, à ses caiaclères. De l'avis de M, Decaiiine, 
dont nous résumons les ubscrvutiuns sur ce sujet 
aucune des plantes préconisées depuis quelques an- 
nées, comme devant remplacer la pomme de terre, 
ne saurait entrer en comparaison avec l'igname-patate. 
Pour qu'une plante nouvelle ait chance d'entrer dans 
le domaine agjicole, elle doit remplir certaines con- 
ditions sans lesquelles la culture n'en serait pas pro- 
fitable. Il faut d'abord qu'elle soit déjà domestiquée 



^u«e I 



( 159 ) 

Rlpielque part et qu'elle s'accommode du climat. Il faut 
jile qu'elle passe, en peu de temps par toules les 
phases de son développement, afin de ne pas entraver 
les assolements dont la marche doit être régulière; et 
enfin, chose indispensable, que ses produits aient une 
valeur vénale, soit sous une l'orme, soit sous une 
autre. Si celte plante esl destinée à l'îilîm enta lion de 
l'homme, il faut encore que son produit ne heurte pas 
tes goûts et les habitudes culinaires du pays où l'on 
essaye de l'introduire. L'igname do la Chine satisfait 
à toutes ces conditions: elle est domestique depuis ud 
temps imméiuorial ; elle est parfaitement rustique sous 
notre climat ; sa racine est volumineuse, riche en nia- 
lière tiulritîve, déjà mangeable crue, d'une cuisson 
facile, soit dans l'eau, suit sous la cendre, et sans autre 
iBveur que celle de la fécule. C'est un pain tout fait, 
rau même titre que la pomme de terre, et mieux que 
Rpatate. {Journal général ilcV InitructioK publique.) 



EXPÉDITION DE L'AFRIQUE CENTRALE, 

PUBLIÉE PAU U. AUC. PETEHUANN. 
(aRUISB Ftn H. iOUlBO.} 

La Société de géographie a reçu, il y a quelque 
temps, de son correspondant, M. A. Petermann, un 
ouvrage relatif à l'Afrique i;en traie et du plus liant 
ÏQlérôti cet ouvrage résume les découverlea faites par 
l'expédition Ricbardson pendant les années 1851 et 
suivantes; il se compose de trois parties : 1" relation 
abrégée de l'expédition ; '1° une carte des pays de 
l'Afrique du nord, entre Tripoli et El Ghàt; 3° une 




irte dos 



( lao ) 

itîs (lo l'Afrique centrale. 



iud du làl 



Tsad (ou Tclind) tlu 15* degré au ô" degré nord. Une 



e de l'e 



ieinbJc des n 



r les (1 



planche d 

vojugeui's contient leurs portraits. La nouveauté du 
sujet a engagé la Société à donner, dans son Bulletin, 
un extrait de cette dernière carte en la réduisant à 
moitié; c'est un travail dont s'est acquitté avec soia 
M. Malte-Brun ; poui' l'intelligence de cette carie, je 
donnerai une analyse de l'ouvrage entier et je la ferai 
suivre de quelques remarques. Le titre est : -^/i account 
oftke jirogress of'the expedilion ta central AJnca, per- 
formed by oi-der of Her Majesly's foreign office iinder 
M'i.' Richardson, Barth , Oveiweg and Vogel , in tke 
years 1850, 1851, 18&2 andX^bZ, consisUng o/ maps 
and illustrations , n-ith descriptive notes, constructed and 
conipiledjrom officiai and private materials by Aagustuê 
Peterinann (1). 

La relation sommaire des explorations des différents 
voyageurssecoraposedequatorzegrandes pages in-folio 
à deux colonnes, en caraclères très serrés; elle est pré- 
cédée d'une courte introduction dans laquelle M. Au- 
guslus Petermann fait connaître au lecteur que le 
comte de Clarendon a mis à sa disposition les maté- 
riaux originaux et la carte envoyés, en 1853, par le 
docteur Barth, auxquels le savant géogra|>be a ajouté 
les documents parvenus en Angleterre aux époques 
précédentes; et il fait remarquer modestement que la 
publication complète des journaux du docteur Barth 
pourra, seule, un jour, donner une idée juste de l'ex- 
pédition et de ses résultats ; de manière, dit-il, qu'on 
ne doit considérer la présente publication partielle 



(i) Loniloii, iS&4,in-fnlia 



J 



( 161 ) 
! comme un avanl-goût de la future relaliou, un 
fragment ofTeit au lecteur pour satisfaire la curiosité 
et l'empressement que le public a témoignés à ce 
sujet depuis l'origine du voyage. 

Personne n'ignore que James Richardson, avant 
l'entreprise de 1849, avait fait remarquer sou intelli- 
gence et son dévouement dans un premier voyage en 
Afrique, heureusement accompli : il avait visité, en 
1846 et lSA7,Mourzouk, l'oasis de Gbât ftGhadamès. 
Deux savants allemands , Henri Burtli et Adolphe 
' Ovcrweg, lui furent associés sur la recommandation 
du baron de Humboldt et des professeurs RiHer, Rose et 
Encke : le premier comme historien, antiquaire et phi- 
lologue, le second comme naturaliste elpiincipalement 
( géologue.Ceus-cl se mirent en route dèsle 2 février 1850, 
1 se dirigeant sur les monts GUarian, laissant à Tripoli 
, James Rîcbardson occupé des préparatifs. La chaîne 
vdu mont Gharian est élevée de 2 0O0 à 2300 pieds 
. anglais au-dessus du niveau de la mer. On n'aperçoit 
pas de formation volcanique avant celte partie de la 
chaîne qui est au sud de Tripoli. La haute montagne 
de Tekut, haute de 2 800 pieds, est un vaste cratère 

» éteint. Ils trouvèrent le pays, vers hi mer, d'un aspect 
riche et fertile, planté d'o!ivi(,-rs, de figuiers et de dat- 
tiers, avec une végétation luxuriante : cependant ils 
éprouvèrent, une fois, un froid de 2ti degrésFahrenheit, 
environ 3 degrés et ^ ceoligr. au-dessousde zéro. A 

I cette même époque, l'eau gela à iVluur/ouk à un doigt 
d'épaisseur (1). 
■(.; 
dans 



(i) A une lalltude plus inévidionals 
, dans ta taule Égypie et eu Nubie, il 
•ur les grands plateaux, ( 
VIIJ. AOUT ET SBPTEMBKP,. 



J_ 



( 102 ) 

Lq seconde excursion est coIIp des lioux voy 
réunis celU- fois ft M. Rîrliiudsiin, l'ntre Tripoli et { 
merj^ou, d'avril 1850 A ianvier Jijlôl! elle corn prend ^ 



tiil liésert. r. 



de aU cunmeaux, avec hi 
au Bornou et au Mnnda 
directe de Mourzouk, mi 



coinpi 

lucoup de noirs relournant 
I, On no Buivit pas la route 
3 on 60 porta à l'ouest, par 



Air, jusqu'à Kano, te giniid marclii^ du Soudan. Apriis 
avoir visita quelques antiquités romaines, on travsrsa 
le grand désert de Hamada, de 110 milles géogf. d'é- 
tendue, plateau élevé de 2 000 à 2 600 pieds; enfin on 
revint sur Mourzouk le 6 mai. Le chef louaiik, Natîla 
{l'ami lies Ânghih], le même qui avait conduit à El 
Ghftt, Uudney et CJapj)£rlon en i%'2,h , vint riijoindre 
l'e:ipédilion. On sait que le Fcxian, comme tous les 
territoires fertiles du Soudau, peut douni^'r deux ré- 
ooltes ]tar an, blé et mais; on a donc lieu d'être 
étonné que ce pays ne renferme quu 26 000 habitaalB. 
Entre Mounouk et El Gliâl, dans la vallée de Uélisaai'éli, 
sont des rocUers sculptés, aussi curieux qu'ancians, 
que les voyageurs ont comparés aux bas- reliefs 
d'Egypte, et qu'ils croient appartenir à l'Iiisloire de 
l'antique Libye; plus loin, ils découvrirent un cbemiti 
taillé dans le roc, des souterrains avec des sièges prati- 
qués àe chaque côté, et Dne sorte de tunnel. Ce qui n'est 
pas moins extraordinaire, c'est le PaiaU des démons, 
consistant en montagnes qui ont l'apparence de châ- 
teaux en ruine, objet de la superstition des habitants, 
qui redoutent môme d'en approcher. Le désir de voir et 
d'observer ce curieux aite a, plus lard, coûté la 

9if. Vuyes ud mémoire si 
lu par mai a l'AcadétBie 




(163 ) 

I.BU chef de l'expédition. Le iiiallieureuxJameslticbard- 
I ion resta seul dans ces lieux désolés, séparé d'Overweg, 
let il succomba à la chaleur, à la fatigue, à la soif. 
I Selon les Toiiariks, on ne peut vivre plus de rlouze 
I heures, quand on sa perd dans le désert et qu'on 
I manque d'eau ; lui avait souffert pendant vingt-huit 
Ib«upe8 cette hnirihlc torture de la soit jusqu'à boire son 
I propre sang. On avait été deux jours à |i? chercher; 
a Touarik onfin l'avait découvert à 8 nii/ies ilit cnm^ 
!wi»e/it, épuisé , sans niouvonitnl, couché sur le sol. 

■ dans la même position depuis vingt-quatre heures. Il 

■ put, cependant, être ramené, placé sur son chameau 
|el arrivur à Ghât dans un triste état. 

1 n'y a plus de dattiers passé Gassawa, deux jours 
uiest de Mourzouk. On connaît l'oasis de Gliât par 
'oyage du docteur Oudney : elle n'u que 3 milles 
ftd'élendue; la ville chef-lieu est petite. On ne voit pas que 
I voyageurs nient recueilli là des notions touchant 
^Hdiome libyen, dont cependant il y existe des fragmenta 
éprils, et qui est parlé par les TouariksdeGhât, beaucoup 
plus que l'arabe (1}. Il est vrai qu'ils ne sont resléi h 
Ghât qu'une semaine. Sortis de cette oasis, ils entraient 
dftns nne terre totalement inconnue aux Européens. 
Il faut lire, dans la correspondance de Ricliurdson. 
l'impression causée sur leur esprit par cette situalinn 
nouvelle. Nul chrétien, avant eux, n'avait foulii ce pays ; 
fanatisme, ignorance, climat, tout étail à redouter pour 
mx. Les pillards Touariks attaquèrent ou menacèrent 

I passage Je J, KicliarJaun à farU, l<iriji|ti'il voulut 
Jar qaelqUM noies pour son voyage, j'aTaîs, riitre 
, donnd îles indicnljonii lauclinnl Mt inl^mSHnl 





C 164 ) 



continueilemetil leur i 

ils atleij^nircnt lalatitudc des pluies tropicales (1) et bi« 



!.Apri 



n des épreUTÇI 



ifit le rova 



B d'Air ou Asben. Là i 



Dt:itLeintSé!ouIjyéb,i 



lesatlcndail:avanlqu iIsciissëdI : 
troupe de cent hommes, provoquée par les marabouts, 
s'opposn à leurpaHsage à moins qu'ils n'enibriissassent 
l'islamisme. Après bien des tribulalious, il fut convenu 
que le sultan En-Moor prononcerait sur leur sort. C'est 
un prince puissant, il les prit beureusemcnt sous sa 
protection et leur envoya une escorte. Le A de septem- 
bre, il les reçut en audience et accueillit leurs présents, 
mais les laissa sans provisions, exigeant au contraire 
mille dollars; une nuit des voleurs les attaquèrent. 
Enfin , lUcbardson fut admis ù lui proposer un traité 
d'amitié cl de commerce avec l'Angleterre, qui fut 
accepté. Lu séjour fut assez prolongé à Tintellous pour 
se livrer It plusieurs observations sur le langage des 
natifs et les autres sujets de recherches; pendant ce 
temps, le docteur Oveiweg faisait de ta médecine, et 
le docteur Bartb faisait une excursion à Agliadez, 
capitale d'Air, à six journées de In. Le 2 novembre on 
se mit en route pour le sud. 

Le pays que traversa le docteur Barth est remar- 
quable par la plus riche végétation et les plus char- 
mants passages. La citlture y est soignée. La chaîne 
deDoi^cm a à 000 ou 5 OOOpiedsde haut. La ville d'Aglia- 
dez a 7000 ou 8000 habilanls,c'était une ville florissante 
au temps deLéon l'Africain avec 50000 à 60000 habi- 
tants; on y parle le dialecte emghedesie, le même 

(i) ao dfgrës selon la caret de M. Pet. 
bla parlée ti 
,,.= „. pim 






■S cominejttent fi le f.iit 




( 165 ) 

L qui est parlé à Tombouctou. L« docteur Baitli l'ut liîen 

[ traité par h nouveau sultan qui lui donna clos recom- 

lloandations pour le Soudan. Il a rapporté de ce 

I Voyage dans le royaume d'Air, si peu connu, une foule 

[ d'observations nouvelles et curieuses, dont une partie 

inlionnéc dans la relation que j'anaivse eu 

l ce monienl. Le royaume d'Air a environ 4 dcfçrés 

d'élcndue au sud du 20° degré de latitude, et 3 degrés 

Là l'est du li^ degré à l'orient de Paris. La population est 

liTalui^e à 6i 000 habitants; celle d'Agbadez à 8 000. 

I Le pays peut mettre en campagne 15000 hommes de 

guerre. Le point central de la chaîne de montagnes a 

une élé?ation de 5000 pieds: on l'appelle le mont 

Dogem. La constitution géologique est de granit et de 

jrès, traversés dans le sud par des cônes de basalte. 

Ce climat est sain; la saison pluvieuse dure du milieu 

d'août au commencement d'octobre. La pluie tombe 

rarement la nuit, les averses viennent généralement 

l'après-midi; la matinée est sèche et chaude. Le doc- 

^^L.teur Richardson, dans sa correspondance, décrit 

^Brd'une manière pittoresque un violent orage qui eut 

^^Klieu, le 30 aoùl, à Tintaghoda, et lel que les habitants 

^^•li'en avaient pas vu de mémoire d'houjme. ii Jusqu'ici, 

^^pdit-il, nous avions à combattre la chaleur et la soif; 

aujourd'hui, il Faut lutter contre les torrents et les 

inondations. » On cherchait à se prémunir par des 

digues contre les eaux débordées; mais les Ilots les 

» renversaient et les surmontaient; le docteur, retiré 
Bvec sa caravane sur une sorte d'Ile, observait pendant 
ce temps le caractère et les dispositions des Africains, 
fort peu soucieux de ce déluge pour leur compte, mais 
■ assez contents de voir les infidèles punis de leur au- 






1 



( 166 ) 
dnCL' i>or /n vengeance liiii'ne. Les eaux s'élevaient 
monienl en momcni. Il en était venu à calculer 
combien (i« poncea il Ben fnlliiit que les voyafçeurs.j 
fussent noyca, en combien de (i?ni^s serait atti 
par les (lois ce nomliie de pouces, puis si i'oii poun 
g&gnei' la rive à lu iiii|^e, ubaiidonnant tous les bagaj 
de l'expédition. Enfin, lu crue s'arrëtu et l'expéditioa 
fut sauvi^^G, Il faut lire dans récrit de Kicliardson, que 
cite M. Pelerrnann, la description de cet épouvantable 
orage, niosi que toutes les remaïques rclalives au cli- 
mat, aux vents régnants el aux antres pliénomënes mé- 
téorologiques. La publicûlion complète de ces observa- 
lions sern d'un faauL intérël pour les physiciens, comme 
pourlesgéograpbeset lesnatLii'fllistes.quîy trouveront, 
en outre, de.s détails sur les arbres, les fruits, les vé- 
gétaux, les divers oiseaux et les autres auimuux d'Air. 

Partis, le 12 décembre 1850, du campement de Tin- 
Teggana, les voyageurs arrivèrent ù un grand rocher 
élevé de 1 600 piuds au-dessus du sol, ibrmè de grès 
que surmontent des prismes réguliers de trachyte à 
qualie ou six faces, di; 2 à 5 pieds de diamclre: le 
désert où ils mercbaieiit est quelquefois couvert de 
débris de loves gl de scories volcaniques. 

Leur entrée dans le Soudan coïncide avec le com- 
mcnceuient de l'année 1851. Ils trouvèrent alors force 
provisions: moutons et bœufs, autruches, gaielles et 
girafes, leur étaient noienés en abondance; la chair 
de ce dernier animal ressemble â celle du hœul'. Les 
indigènes sont fori occupés à la cliasso des girafes. 
Le 7 janvier, on campa à Tagelal, dépendant de Da- 
mergou, pays limitrophe du Bournou : la capitale 
est Olaloal, par envii-on là degrés ^ de latitude. C'est là 



J 



qu'il fiil 



( i«') 

que les voyiigoui 



B Hé|»a feraient 



pour es(]lorei' le Soudan le pitis possible, eD prenant 
Kouka pour point do rondeï-ïous; Ricliardson se tliiî-. 
^eait sui' Zindei';IJarlli, sur Kalcbna (ICachnali) etKano; 
Overwefî, sur Gouber al Marîndi, 

Le troisiëiue voyage est celui de RicliardBoni de Da- 
merf^ou ù Li)(;urutua. il traversa une iiiimensa (otèt 
qui sùpare le paye du Damerguu au Bnurnoii; ell^ a, 
20 milles (;éo)^r. d'éleiidua, Kinder eiil une grande villo 
bien situëei où Al. Ricbardson reçut le muillsur accusil. 
CfttU province a appartenu altcniallveuigtit au pays d^ 
flou&sa et à celui de itoi-Quu ; anjourd'ltui lilje d^peoij 
du dernisr. Ziiider i^st le cbeMiuu i le pays cul lui-liie, 
mais il esi peu cultivé ; la pupulation pst d'humeur 
indolente el ne liiu poinL paili de la ricliessa du sol 
Richai'dsou a ubservii iivec grand soin , a ï^indei' , la 
ti'îsU quefilion de l'o.^clavuge : k Kano, le grand map- 
ahé (J'i^sclaves, dus niitiiers de ces luullicureuK soDt 
écbangés contre loutue sortes do maieiiândisus de 

I l'Amérique, ariiidâ. puu.lre, rliuui . Étoiles, etc.; 
U'auti'e pari, un voit â luut inslant des scènes sangui- 
UBires: sur un seul point, le voyiignur a conslalé qu'il 
aavait, louG les an», deuxàlivis cents exécnliuns capi- 
PMlufl- 2ind^ compte, selon lui. 10 OÛO liabilanis et 
liinâ force iiiililaire de âOOO cavaliers, avec h 000 ou 
1^ 000 archers. Jl n'y a que lu conquête, dit-il, qui 
glisse mettra u» tenue ù ces airocités. Le S lévrier, il 
se dirigea à l'est sur Kouka. Gusnmaiia ust le derniei- 
endroit où il ail éci it son jnuriiul, le 21 février ; il suc- 
combait le h mars à Cngurutua, •\ six jours de Kouka> 
détail des dernière instants ila l'inJorUiné toya^eur 
^té terit pai' le docttur Bar*!^- 




...-Jà 



(16S) 

Quatrième excursion, — Voyage du docteur Barth4 
Damergou à Kouka par Kano. A partir de Tagelal, Il 
voyageurs s'étaient séparés. Le docteur Barlh se por| 
direclcmonl au sud-ouest sur Kalclma chez les Fell^ 
tali, de là à Kano par une roule plus :'t l'nuest c 
celle qu'avait suivie Clapperlon. Celte ville, dit M. i 
termann, est le Londres du Soudan. liarlh y dein^o: 
loul le mois de février, et put réunir beaucoup d'il 
formations sur le pays du Houssa. Le territoire de Kaw 
est des plus fertiles et admirablement cuilîvé. Sachi 
la langue delloussa, le docteur Barth a pu interrof 
les habitants sur tontes espèces de sujets. Le sultd 
actuel de l'empire des Fellatab, résidant à Sakatou, j 
ben-Bello (Hla de Bello), a le litre d'émir cl Monmenid 
il peut mettre en campagoe 10 000 liommes de i 
lerie, et au-dessous de lui sont douze autres . 
tans, gouverneurs de provinces, qui possèdent jusqi 
S0 700 cavaliers. Le plus puissant est celui de KaOJ 
qui en possède 7 000. Les autres résidences sont celtn 
de Yakoba, Zegzeg, Yola dans l'Adamaoua: Had^H 
Katchna, KaCagouni, Mesaur, Naenawa dans la pM 
vînce deMarmarj Sbera, Boberu et Dauia. Il raut4 
ajouter lu résidence de Bakura, province de Zanfsrrfl 
dont ie gouverneur, parent d'Ali, a les mêmes droil 
et possède 3 000 à iOOO cbevaux, el encore le; 
importantes provinces de Nou fi et Yauri; mais celles-^ 
ne payent pas tribut au sultan de Sakatou. La rén 
dence d'Yauri est à Afasa, celle de Noufi à Ladi ; l'a 
cienne, du nom de Rabba, a été détruite par les F^ 
latab en ISAS. 

Le 5 mars, Barlh partit pour Kouka. C'est en roull 
qu'il apprit la mort de Richardsun, et il fit toute fa 



I 



{ 169 ) 
pour se rendre sur les lieux, recueillir les papiers de la 
mission et se mellre en mesure de la continuer; puis 
il arriva, le 2 avril, â Koiika, y trouva des lettres 
d'Europe etun excellent accueil du cheikU deBournou. 
La mission était dans une fâcheuse situation : ses res- 
sources épuisées i\ Kano, Richardson mort avec des 
dettes, Overwegalisent, il y avait de quoi décourager 
l'homme le plus énergique ; mais son zèle enthousiaste 
et sa force de caractère le soutenaient dans cette cruelle 
épreuve. Le 23, en attendant le docteur Overweg, il Gt 
une excursion le long du lacTsad, jusqu'à Anf;ournou, 
la moitié du temps dans l'eau jus-ju'à la selle de son 
cheval. Du côté du fiournou, le lac n'est qu'un marais 
dont la partie niivigaliie est le profond canal qu'y a 
creusé la puissante rivière du Schari. Enfîn , le 7 de 
mai, Overweg arrive à Kouka, et les voyageurs con- 
vinrent de leurs explorations ultérieures. 

Cinquième escursion. — • Voyage d'Overweg de Da- 
mergou à Kouka. Le docteur Overweg, afin de visiter 
Gouber et Mariadi, pays indépendants entre Dnmergou 
et Sakalou, su porta plus à l'oueit que les précédents 
explorateurs. Celte partie de son journal de voyage est 
malheureusement dans un état tel qu'il est bien diffi- 
cile d'en tirer parti. Le chef-lieu de Mariadi et Gouber 
est à 1 3° â6' de lat. nord, 6° 20' de long, est de Paris 
(100 milles géogr. E.-N.-E. de Sakalou). Les habitants 
sont restés païens, exception presque unique dans 
cette partie de l'Afrique. lia ont secoué le joug du sul- 
tan des Fellalah , environ quinze ans après la con- 
quête [qui date d'un demi-siècle), et toutes les forces 
du sultan ont échoué devant leur résistance; au con- 



( tTO ) 

tVBire, ils «e «ont einjiBrés de la province de ï^amfra|| 
ces liorames sont de race énergique el inlellif^eDlai^ 
OverWeg, sacLant leur langue, a ctuilié leur pays, leuriln 
usages, et leur a fait apprécier la civilisation euro»4 
penne : ces gens comprenaient tout, excepté qu'nA I 
homme ne pAt avoir qu'une femme. Coiuino médecioy.^ 
Overweg était fort reclierclié, mais la couleur de softJ 
teint inspirait de l'aversion , et les enfants , dès qu'itAT 
l'apercevaient , poussaient des cris de frayeur Atfl 
fuyeient. Enfin le doclenr arrive le 25 mai à Zinder| f 
c'est lù qu'il apprit la mort de Ricliardson, et la mala* * 
die de Barth à Kano ; heureusement il le retrouva hiefà j 
portant à Kouka, le 7 de mai. 

Sijiome excursion, — Voyage du docteur UartU 
Yola, du 29 mai au 22 juillet. Ce voyage est le pli 
imporlant parmi Iouk ceux de l'expédition. C'est 
première fois iju'un Européen a mis le pied dans 
pays d'Adamaoua, connu de nom seulement, et doi 
les vit! es. encore plus inconnues, erraient, pour ainsi 
dire, sur la carte d'Afrique, Le dacleur Barlb partit 
avec un kashella nu capitaine donné par le clteikli d« 
Bournou, et Mailem Kaheiy d'Yakoba, qui avait long- 
l«liipe résidé Â Yakoljat ainsi que plusieurs servileursi 
On traversa ries pays rîclies el peuplés, le district d'Uje, 
leplusl'erlileet le plus beau du Bournou, dit le docleuri 
les villes de Mabaiii, Kasukula, Maidu^uri , Yeri- 
nifii'i, etc. Les MargUis, liomints belliqueux, sont res- 
tés païens, ils adorent des rociiers. Quand un vieillard 
, meurt. Ils célèbrent une fête; si c'est un jeune bomme, 
ils se livrent à la daule>ur. Le pays renferme d'épaisses 
f«rèts> oi «bundsDt les élépbanls> Â Lje. Je docteur 



I 



-( 171 ) 

aperçut la belle chaîne du Mandara. On se rappelU 
la description qu'en a donnée le major Denfaam: 
selon le docteur Barth» on a cru, à tort, qu'elle se di- 
rigeait de r£.-S.-£. au N.-N.-O. Il détermina la posi*> 
tion du mont Mindef (Mendefy) : c'est une sommilé 
nue d'une hauteur considérable; le granit est le sol de 
toutes ces montagnes, et elles sont couvertes d'arbres 
jusqu'au sommet. Les voyageurs traversèrent plusieurs 
affluents du Cbari, cette grande rivière qui se décharge 
dans le lae Tsad. Le pays est peuplé, les habitants sont 
idolâtres. £n entrant dans l'Âdamaoua par le nord^ 
le premier endroit que trouva le docteur Barth est un 
lieu du nom d'Uba (1) ; à partir de ce point, le pays 
iBSt couvert des plus riches pâturages, qu'animent 
d'innombrables bestiaux. Les habitations sont bâties 
avec plus de soin et de solidité qu'ailleurs, à cause 
de la longue durée de la saison pluvieuse. La po- 
pulation est dense : toutes les trois ou quatre heures» 
on trouve de grandes villes, et entre elles des villageB 
qu'habitent les esclaves, chargés de tous les travaux» 
sujets des Fellatah, et qui sont une sorte de seigneurs 
féodaux; le moins riche de ceux-ci possède au 
moins deux ou trois serf^. La richesse du pays con- 
siste également dans le nombre des bestiaux et dans 
celui des esclaves, pour ainsi dire sans distinction ; 
avec l'tvoire, qui est â très bon marché, les esclaves 

(i) Dans )a carte de M. Petermanu, Uba est à plus de 5o lieues 
du point où est inscrit le nom de TAdamaoua (ou Fumbina), et la 
rivière Benué les sépare; ce qui ferait croire qu^Uba, et itoéme tous 
les lieux qui soùt au midi, appartiennent à un autre royaume que 
«^i-là; mois on n*à cm pouvoit- faire amcutie correctioii dans 
la fédmctioD de U tarte. 



( 172 > 

forment le principal article de commerce. Ontruuveu 
très grand nombre d'éléphants dans l'Adaraaoua J 
dans le paya de Borsn silué a douze journées a 
Saraw, à 60 railles d'IJba, est un très grand marché 
le plus f;riinil de toute cette partie de rAfrique central^ 
pour l'ivoire. Avant Bactli, nul étranger n'avait \i9tljf 
ce pajs; il fut reçu partout avec unp extrême bîenveî 
lance; on le prenait jioiir un être supérieur, « I,e joi 
le plus important de tout mon voyage, dil-il dans a 
lettres, fut le 18 de juin, alors que j'aperçus la rivièfl 
Bcnué, àTaepe, lieu où elle se joint au Faro.Cepoïfl 
est silué par 9° 2' N. et M» E. Grcenwich (11" hO' 1 
Paris), autrement ii 255 milles géogr. sud de Koukdi 
et /il5 milles en ligne flirecle nord-est du confluenl 
de la Tcbadda avec le K.otiara. » Le Benué est sum] 
nommé la source des eaux, il a 5 mille de large et 9 4 
11 pieds de profondeuc (dans les basses eaux], 
deux rivières ont un courant rapide. A leur jonctidOi 
le fleuve court vers le Kouara. La source du Benin 
est, dit-on, à dix journées sud-est d'Yola, et celle du 
Faro, à sept journées. Les deux rivières sont pleines de 
crocodiles; elles inondent au loin le pays pendant la 
saison pluvieuse, la crue s'élève à hO ou 50 piedaf ■ 
le maximum de la crue esta la (in de juillet: elle restej 
stalionnaire quarante jouis. Le voyageur arriva à Yul^ 
la capitale, le 22 juin : bi ville a 2 ~ milles dans un s 
J mille -J dans l'autre. Malbcureuscment les lettres d 
recommandation dont le docteur Barth était ported 
ne lui procurèrent pas un bon accueil, et il fut fort 
do quitter Yola après le qualriè[ne jour. 

Le pays entretient d'innombrables troupeaux dad 
de magnifiques prairies. Il parait qu'il y a de l'or daq 



(173 ) 

l'Adamaoua. qui lire,iiit-ori, soa nom Ju MQllemÂdnma. 
père du sultan actuel. Les plus IiuuEgs montagnes, dit 
le docteur, ne sont poiiil couronnées de neige, même 
la plus haute de toutes, l'AIantika, qui parait excéder 
j" 10000 pieds. 

I revint à Koiika le 22 juillet, après une absence de 
I deux mois environ. C'est avec raison que M. Peter- 
t- inann considère cette excursion de l'Adamaoua comme 
Ela plus importante du voyage ; en eETet elle nous révèle 
l'esisteDce d'une grande rivièit; qui donne la clef d'un 
L problème géographique. On avait pu s'attendre à celte 
rdécouverte, mais il était nécessaire que la conjecture 
WSÙX changée en certitude par un témoignage cfe viiu. 

Septième e:£cuisioii. — Le docteur Overweg au lac Taad, 
î juin au 8 aoûl. On se souvient que l'espédi- 
Elion avait transporté, à dos da chameau, de la Médi- 
f terranée à Rouka, un Laleau démonté. Le Bouraou 
Pétant en guerre avec ses voisins, Overweg ne pouvait 
explorer la rive orientale du lac Tsad; il se décida à 
visiter les lies du lac. La barque fut remontée ù Ma- 
duari, à la grande surprise des habitants, qui ne ces- 
f Baient d'en admirer la construction. Gomme on la 
fiançait à l'eau, arrivèrent deux barques des insulaires 
Biddoumas; ceux-ci accompagnèrent le docteur dans 
son exploration. Les étroits canaux qui séparent ces- 
Iles sont remplis de roseaux et d'iiippopolames qui 
rendent la navigation difficile. On remarque des Iles 
I flottantes couvertes de roseaux, La profondeur du lac 
), est de 8, 12 et là pieds; en quelques points, de 6 pieds 
[ seulement. Du côté du Ouàday et du Kancm, les 
l rîves ont moins d'eau que du côté de l'ouest. Les 





( l'i ) 

Biddoumas sont en guerre avec le Ouaday. PendaniQ 
la marche ilii bateau anglais , les indigènes le i 
vaieni rjnelqucrois à k nage. Ils sont oxoellenls na-l 
geurs. La grande Ile de Gouiia contient à elle seglfli 
six villages. Les eaux du lai- Tsad sont des eaux (/oueetA 
Selon les saisons, la profondeur, les limites du lac et] 
sa forme, comme le nombre des lies apparentes, VEt«kl 
rient beaucoup : celle sorte d'arcliipel est comme i 
labyriulbc inextricable. Il est rempli d'Uippopolami 
gui, selon le docteur, sont noirs du côté du Bournou 
et d'un brun clair de l'autre côté. Il rédoit la dimen- 
sion de 180 milles, donnée au lac par le major Den- 
liam (de l'est à l'ouest), à 60 ou 80 milles; on pour- 
rait objecter l'observation même d'Ovenveg, que les 
différences des saisons et aussi des inondations peuvent 
expliquer l'assertion de Denbam; reste à accomplir le 
tour entier du lac pour trancher la question. 

Les Biddouitias sont idolâti'es; ils sont restés indé- 
pendants de leurs voisins musulmans, toujours en 
guerre avec eus, jamais conquis : c'est une belle et 
forte population, de couleur noir de jaia ou brun 
foncé, à traits réguliers, à pommelles saillantes, le ne£ 
à pointe arrondie. Ils sont vêtus de robes noires. Les 
deux sexes sont décemment habillés, portent des 
sandales, des colliers de perles blanches ou rouges, et 

jolis bracelets d'ivoire. Los femmes ont une coif- 
fure singulière, de lô pouces de long, (jui s'étend 
bonzontalement derrière la tête, à peu près comme 
deux ailes de papillon. Leurs armes sont des lances. 
Ils ont un langage qui leur est propre, mais ils ont 
emprunté des mots de l'arabe aux gens de Kancm qui 
vivent parmi eux.Leursbarques sont faites de planches, 




(47J) 

et longues de AO à 50 pieds» ou moins, et ils en ont de 
plus petitesfàilès de roseau; toutes sont sans voiles; ils 
lesfontaller àTaide de perches qui peuvent atteindre le 
fond du lac; ils se servept du^^i de très petites rames. 
Le docteur Overweg a été très bien reçu et bien traité 
par ces insulaires. 

(La suite au prochain numéro.) 



' 1 ti 1 1 i . i . I 



(176) 

IVouTelles géographiques* 



EUROPE. 



CANALISATION D£ l'eURIPE. 



Une loi, votée par la législature grecque à la fin de 
la session de 1853 a autorisé Texécution des travaux 
nécessaires à la canalisation et à Télargisseraent de 
TEuripe, c'est-à-dire du détroit qui sépare Tlle de 
Nègrepont du continent. La partie la plus étroite de 
ce canal, près de Khalcis, n'ayant que 14 mètres de 
largeur sur 2 de profondeur, est impraticable. Mais 
il serait facile d'augmenter ces dimensions et d'ouvrir 
ainsi un passage aux navires. La dépense nécessaire 
pour la canalisation de TEuripe, l'établissement à 
Rhalcis d'un pont tournant, destiné à joindre Nègre- 
pont au continent, et la construction des phares et 
signaux indispensables, est estimée à 108 000 fr. 



AQUEDUC DE SYRACUSE. 

Des fouilles pratiquées à Syracuse ont amené des 
découvertes très importantes. On a prétendu que l'Ile 
d'Ortygie avait été autrefois reliée à la Sicile par une 
communication sous- marine. Des travaux récents, 
exécutés sous la direction du prince de Saint-Elias et 
de M. Cavallero, viennent de faire reconnaître d'une 
manière certaine l'existence d'un aqueduc qui s'en- 
fonce en terre à une profondeur de 110 palmes et 
se trouve à 16 pieds au-dessous du niveau de la mer. 
La merveille des temps modernes, le tunnel de la 



( 177 ) 

Tamise» perdrait son prestige, si dans les temps les 
plus reculés les Syracusains ont pu faire arriver Teau 
sous leur port jusqu'à l'Ile d'Ortygie. 



ASIE. 

VOYAGE DB M. BURTON BN ARABIB. 

I 

Dans la séance du 19 juin de la Société géogra- 
phique de Londres , sir G. Wilkinson a présenté 
l'analyse du voyage à Médine et à la Mecque accom- 
pli, aux frais de la Société, par le lieutenant R. Burlon, 
de Tarmée des Indes. Parti de Soulhamplon en 
avril 1853, le lieutenant Burton passa par l'Egypte, 
se travestit en Arabe , et prit ses mesures pour par- 
courir la terre sainte des musulmans, rigoureusement 
interdite aux chrétiens. Il a visité la mosquée de 
Médine, pris l'esquisse de la ville et des environs, vu à 
la Mecque les cérémonies des hadjl , levé le plan de 
la Kaaba, et il est revenu en Egypte avec le titre de 
hadji, sans avoir soulevé sur son compte le moindre 
soupçon. 



AFRIQUE. 

NOUVELLES RÉGENTES DE l'eXPÉDITION DE l'aFRIQVB 

CENTRALE. 

(Extrait de la correspondance de la Société de géographie.) 

Les dernières nouvelles du docteur Barth étaient 
datées de Tombouctou, 5 octobre 1853; il croyait quit- 
ter cette ville vers la fin du même mois, ignorant en- 
core, et l'arrivée du docteur Vogel à Kouka, et les pré- 

VIII. AOUT ET SEPTEMBRE. 7. 12 



(178) 

paratifs de rexpëdition qui devait remonter le Kouara 
jusqu'à la Tcliadda. L'expédition était supposée devoir 
atteindre cette embouchure vers le commencement du 
mois d'août, remonter la rivière, recueillir les voya- 
geurs sur le Benué et les ramener en Angleterre. Les 
événements ont changé touffe» ces prévisions. Le com- 
mandant de l'expédition projetée, le capitaine Be- 
croft, est mort, et le docteur Barth a été retenu à Tom- 
boiictou ; on a de ses nouvelles datées de cette ville 
le m décembre. 

L'infatigable voyageur a toujourà continué d'être 
protégé par le cheykh £1-Bakaï; mais la guerre allu- 
mée entre les tribus a mis obstacle à son départ. La 
tîlle était dans un état complet d'anarchie. Un émir 
fellatah avait ordonné qu'on lui amenât le voyageur 
mort ou vif; mais, à la date du là décembre, il avait 
cessé ses persécutions, et cependant le départ du doc- 
teur était encore retardé. La température s'était beau- 
coup refroidie, et le thermomètre avait baissé à 10 de- 
grés au-dessus de téro. 

lï parait que les Touariks, cette race indépendante 
et dominatrice, non-seulement dans les oasis du Sa- 
hara, mais dans les grands marchés voisins du désert, 
comme Tombouctou entre aatres, sont aujourd'hui 
plus disposés à entrer en relations de commerce avec 
les Européens : les Anglais auront la gloire et le mé- 
rite d'avoir ouvert ces communications; il appartient 
peut-être à ïa France d'en partager les avantages en se 
mettant bientôt en rapport avec les princes africains 
qui commandent dans les principales villes du midi et 
de l'est du Sahara. Elle a, pour parvenir à ce but, deux 
voies également profitables et praticables : celle de la 



( 179 ) 
Sénégambie el celle dt l'Algérie ; les circonstances sont 
favorables; la Fiance a payé assez cher sa conquête 
d'Alger pour chercher un dédommagement dans les 
profits du commerce africain. Il n'y a pas que le pays 
I fellatali qui forme en Afrique un puissant emjiire; il 
' existe autour du Sahara de riches royaumes, riches par 
la fertililii du sol, par la variété des productions, par 
le nombre des habitants, avec lesquels il serait possi- 
ble de nouer des relations. 

Quoiqu'il soit impossible de deviner ce qui sera ar- 
rivé au docteur Barlh depuis le, lu décembre dernier, 
( s'il aura été rejoint par le docteur Vogel, ou s'il aura 
i au-devant de lui; si ce dernier, aierli de l'excur- 
)n de Barth à Tombouclou ( il ne l'était pas au 20 fê- 
ler); aura renoncé i!t tous ou à quelques-uns de ses 
L projets (1) et cherché , avant tout, à entier en cotn- 
munication avec Bartii, on peut cependant conjectu- 
rer, avec vraisemblance, que les deux intrépides voja- 
L.geurs n'ont rien négligé pour avoir réciproquement 
des nouvelles l'un de l'autre, el aussi que le navire 
de M. Mac Gregor Laird aura pu, n:algi'é la crue des 
' eaux, rcinonlor le Kouara, sous le commandement 
d'uo autre officier, remplaçant le regrettable capitaine 
Becroft, avec les docteurs Baikie et W. Bleck, attachés 
à cette importante expédition. Chacun attend les nou- 
I Telles ultérieures avec une curieuse anxiété; mais, en 
i Attendant, nous apprenons, par les dernières lettres 
[ du docteur Barth, qu'il a pu dresser deux caries im- 
t portantes : l'une coihprend une grande partie du Sa- 



, de Kuuksj qui 



i lacTïodi aller 



G prtpai-i 



( fSO) 

Lara occidenlal, le désert de Raliaydé et Sansand^^ 
depuis l'océan Atlantique jusqu'au mdridien de Tom-r 
bouclou.et du Niger (Kouara) aux frontières duMaroc.fl 
L'autre carte embrasse la partie moyenne du KouaraJ 
au-ilessous de Tomboiictou avec ses nombreuses ramt-^] 
Tications, partie de son cours jusqu'à présent tout à faîtr 
inconnue, ainsi que divers Etals distribués le long de 
ses rives. Puissent ces documents arriver bientôt à la 
connaissance des géographes et remplir les lacunes de 
la carie d'Afrique I Puisse surtout l'inlrépide et savant 
voyageur revenir parmi nous, sain el sauf, et recueillir 
le fruit de ses glorieux travaux (1)1 

JoMARD. 



(i) Dans one de tes lellris, le docteur Earlh manlfe-ilalt IVipnir 
(le ccl^rcr avec ms compalrLates U Nocl de iBSâ. Ces JioavelleB se 
trouvent dans ia Gothùische Zeitvtig Ju 1 1 leplembre iSS^- 

Il résufle d'une dépéctii? duj^nuverneur |>énéral rie l'Alf^érie (jn'an 
indigène, qui B qultlc Tambouctou dans les preniiers jours de juin, 
n déclaré y avoir rencontré <1eiiX Européen) revéïuii du cosIduif 
arabe : l'un csl d'une taille au-des9U!i de la moyenne, à la barbe 
blonde, et se sert ordinairement d'un lorgnon à verre bien; l'aalre, 
un peu moio! grand, a la barbe châtain nn peii foncé. Il est pro- 
bable que ce» deux Européens soiil les dacleuis Barth et Voj;el, et, 

rait de ces dcu» voyageurs. D'après le lénioifinage de cet Arabe, ils 
«ont sous la protection du dief kh des Touareg, liomuie puissant et 
redouta, qni possède plusicuia maisons à Tombouclau, dont l'une a 
i\é mise â la diapositîon des Tovageurs. On sait, d'ailleurs, dans \» 
ville, qu'il) soiil cbréliens, el leur présente fait le sujet de conicr- 
iHtiODd dont l'esprit peu bienveillant ne saurait se manifeator à l'm- 
conlre de la volonté exprimée par le puissant chef qui les pi'olé^. 



(181 ) 



» 



KOUÏSLLKS DU D' OàVIII LIVIRGSTOK. 
(Extrait de In correaponilance de la Société de géographie.) 

Le révéreûd Livingaton (le courageux vojageur à 
qui l'on doit la découverte du grand lac de l'Afrique 
australe, le lac N'gami) ïienl d'arriver heureusement 
à Saint-Paul de Luanda, le 31 mai dei'nier, après avoir 
traversé l'inlérieur du conliuent; ce pénible voyage a 
duré deux ans. Il avait quitté le cap de Bonne-Espé- 
rance au mois de mai 1852, et d'abord atteint, au 
delà du lac, le fleuve Zambèze, après huit mois de 
voyage : c'est là que le Qeuve se dirige au nord, puis au 
sud. Il y avait visité Sékéiétou, fds de Sébituanè, prince 
puissanl;était resté huit mois près de lui, très bien traité 
par ce chef, qui montra le désir de nouer des relations 
de commerce, et donna au docteur toutes facilités 
pour se rendre à la côte ouest. Celui-ci partit de la 
rivière Cbobé en novembre 1353; il remonta une des 
branches du Zambèze, dans le pays de Balanda, dont 
le souverain est Mateamvo, le plus puissant chef de 
celte partie de l'Afrique; le docteur Livingston en reçut 
l'accueil le plus amical. En avril de cette année , le 
docteur arriva à Casaange, non sans avoir éprouvé de 
grands obstaclesdela part des indigènes, à mesure qu'il 
approchait du territoire portugais. Le docteur a pu faire 
un grand nombre d'observations astronomiques, qui 
servirent à déterminer avec exactitude la position des 
points les plus importants de toute cette longue route. 
Il est arrivé à Saint-Paul, fatigué et malade; aussitôt 
son rétablissement, il fera hommage au président du 
gouvernement provÎDcial d'Angola de ses observations 



[182) 

toucliant le commerce avec l'iDléneur du con^eal 
Ces nouvelles sont tirées du Bulletin officiel tl'Angt 
22 juin. E. S. 



NOrVELLKS DIVERSES, 

M.Vnsiliev, professeur à l'université de Kii£an,anciei 
membre de la mission russe à Pé-king, a présenté àei 
nièremeiit à la Société impériale géographique > 
Russie une collection de caries offrant la géographied 
l'ancienne Cliine. 

Le nombre de ces cartes est de douze, dont la pr t^ 
iniére est \o. tableau de la Cliîne depuis l'époque | 
plus reculée jusqu'à la réunion des pays cliinoïs 4 
un seul empire, vers 221 avant J.-C; la demitm 
montre l'étendue dos provinces sous les Youen ou la 
dynastie mongole (de 1280 à Î568}. M. Vasiliev a em- 
ployé, pour te travail, de nombreux documents qu'il 
a consultés à Pé-king. 



La Société impériale géographique de Russie a 
cidé, et a Fait approuver par le izar le 7 juin, 
expédition scientifique pnurl'esploralionde la Sibérie 
orientale. Celte expédition a principalement pour hul 
d'étudier la partie de Ja Sibérie qui se trouve entre 
rirkoul, la Lena et le Vitim, la chaîne des monts 
lablono! et la ligne de frontières sud. Ces limites pour- 
ront pourtant, suivanl les circonstances, être dépas- 
sées vers la Daourie, L'expédition ne pourra toutefois 
explorer le Kamtchatka qu'autant qulelle aura reça 



reçu I 



(188) 

des fonds pour cette destination, et qu'elle pourra 
s'adjoindre les habitants. Le principal objet de cette 
entreprise est l'étude de ces pays sous les rapports 
astronomiques, topographiques et géognostiques. On 
n'enverra d'abord que la section mathématique de 

I 

l'expédition; la section physique partira dés qu*on 
aura reçu les sommes promises à cet effet par le 
comte Tchapski, et réuni les personnes propres à 
en faire partie. Cette section mathématique de l'ex- 
pédition doit se composer: 1* de l'astronome, qui 
sera en même temps le directeur et le chef de l'ex- 
pédition; du candidat de philosophie M. Schwarz; 
2* de quatre géomètres; 3* d'un dessinateur, et du 
nombre nécessaire d'interprètes, de guides, etc. 

L'expédition doit être terminée en trois ans. Pour 
icouvrir les dépenses, on a, quant à présent, en caisse, 
S7 500 roubles , auxquels viennent encore s'ajouter 
80 000 roubles provenant de dons particuliers, et une 
allocation annuelle de 200 roubles, donnée par le 
Jardin botanique impérial. A son retour à Saint- 
Pétersbourg, le chef de l'expédition devra, avec le con- 
cours des autres membres de la Société, disposer pour 
^impressiap tous les matériaux qui auront été recueil- 
lis. Il devra aussi, pendant le cours de Texpédition, 
repdre comptç aussi souvent que possible des progrès 
et des résultats de sa mission, tant à la Société géo-- 
graphiqoe qu'au gouverneur général de la Sibérie 
orientale. 



Nqus ay^ns p^rlé àé\h (^Htietm de mai 186A, p. 381) 
(jg réitd)^li^^m(9nt d'MP télégraphe électrique destiné 



C18J) 
à relier la SpcEzia k la Corse, la Corse h la Sardaif^ 
et la SnrdaignG à l'Afrique, par Malle; c'est i 
Bon que le câble électrique, que l'on place en c 
ment clans la Méditerranée, doit rejoindre l'Afrique 
de là, les fils traverseront la rade de Tunis et abouA 
ront à Cartilage, d'où ils gagneront nos possessiei 
d'Algérie, 



Les frères Schiagintweil, de Berlin , se prëpareal 
une eipédition dans l'Asie centrale, dans lebut 
faire, pendant plusieurs années, des observations 
la climatologie et la môléorolopie des montagnes 

L l'Himalaya, comme ils en ont déji^ fait dans les AIpi 
Us emportent un nombre considérable d'inslrumeal 
dont le pris s'élève à environ 25 000 francs. Ils di 
vent s'embarquer it Londres le 3, septembre, et të 
rendre ù leur destination par la voie de la Méditerra- 
née. S. M. le roi de Prusse veut bien contribuer aux 
frais de cette expédition. [Gazette de Cologne.) 



D'après un décret impérial du 31 août 485/1, la 
conservation des cartes et plans à la Bibliothèque im- 
périale est séparée de celle des estampes, et prend le 
litre de département des cartes et collections géogra~ 
phiques: M. Jomard en est le conservateur. Voici quel- 
ques-uns des termes du rapport de M. le ministre de 
l'instruction publique relativement à cette modification 
dans le service de la Bibliothèque. » Au moment où 
des luttes lointaines appellent nos armées et nos 
flottes, où les relations de notre commerce D'oot plus 



(185) 

de limites que celles du globe, tous les intérêts se 
réunissent pour nous commander de seconder le pro« 
grès des sciences géographiques. En faisant des col- 
lections qui s'y rattachent l'objet d'un département 
unique, placé sous une direction spéciale, Votre Ma- 
jesté voudra donner à ces études un encouragement 
nouveau, et jeter en même temps les bases de ce musée 
de l'ethnographie et des voyages, dont les premiers 
éléments ont été déjà réunis, dont le plan sera coura- 
geusement poursuivi par un vétéran de la science, par 
le dernier survivant (1) de ces explorateurs illustres que 
l'auguste fondateur de votre dynastie avait conduits en 
Egypte. » 

Nous ajouterons que le département de la géogra- 
phie à la grande Bibliothèque, et la Société de géogra- 
phie, sont deux institutions nées presque en même 
temps, et qui se complètent mutuellement. Celle-ci 
provoque et encourage les découvertes; celle-là en 
rassemble les résultats. La science avait également 
besoin de l'une et de l'autre. - 



(i) L'un des derniers survivants. 

E. J. 



(IW) 



AeéeB de la Société. 

pXTRAfTS DES PpOCÈS -VERBAUX DES SÉANCES. 



Séance du A août 186A. 

Pp^SipBNGE DB M. JOMARD. 

[je procèshverbal de la dernière séance est lu ei 
adopté. 

Il est donné lecture de la correspondance : 

M. Bardin, auteur de plans-reliefs et de dessins pro- 
pres à Tétude de la topographie et destinés à former 
un cours complet d'enseignements topographiques, 
annonce que son puvrage est presque terminé, et prie 
M. le président de faire exan^iner sa collection par la 
commission qui a été nommée dans ce but. La com- 
mission est invitée à se réunir, et à présenter un rap- 
port sur les travaux de M. Bardio. lin des commissai- 
res, M. Morel-Fatio, étant absent de Paris, M. Jacobs 
est désigné pour le remplacer. 

M. le comte d*Escavrac écrit, de Beyrouth, à M. le 
président de la commisison centrale, au sujet de la 
lettre de M. Aug. Petermann , insérée dans le Bulletin 
de mars et avril, et dans laquelle sont annoncées l'ar- 
rivée du docteur Barth à Tombouctou et la détermina- 
tion de la latitude moyenne de cette ville (18° 3' 30"). 
Par des considérations tirées des pluies estivales, 
M. d'Escayrac est porté à croire cette latitude un peu 
trop élevée ; mais il admet que Tombouctou est bien 
plus rapprochée de TAlgérie qu'on ne le pensait, et il 



( 487 ) 

ajoute qifplques reiQarq.ues sur la possibilité et l'utilité 
d'établir (Jes relation^ c|e cooimerc^ entre l'Algérie et 
}e Soudan. La lettre de M. d'Escayrfic est renvoyée ^ 
ponaifé du Bulletin • 

Op cpmuiuDiqi^e la liste des ouvrages offerts. Parmi 
ces ouvrages, se trouve la Description du royaume de 
Siam par Mgr. Pallegoix, dont M. Al|)ert-jV[ontéo)ont 
est prié de rendre conspte. 

l|. Albert-Montémont présente un poi^pte rendu 
' du rapport de M. ]e maréchal Vaillent à TEf^p^rpur 
[|pr la situation de TAlgérie en 1853. 

M. Lourn^and fait ren^arquer que, dan^ c^ compte 
rendu, il est question de lieues, que c'esfjine désigna- 
tion un peu vague, et qu'il serait préférable d'eippipyer 
toujoqrs, dans les ouvrages français, les {cilopètres pu 
1(Ç3 myrianiètres. MM. de la Roquette, Joqiard, d'Ave- 
?fic, Oppert el Alfred Maury ajoutent que|qpes obser- 
vations , dont les principales copclusions ont été : 
1° Qu'il est à désirer, en effet, qti'oïi emploie générale- 
ment, dans les mesures itinéraires, le système métri- 
que, dont la clarté, la simplicité et l'extrême avantage 
ne sauraient être mis en doute ; 2° que cependant on 
ne peut rejeter tout à fait l'emploi de mesures qui, 
comme la lieue commune de France ou le mille géo- 
graphique, entrent en nombre exact dans un degré du 
cercle divisé en 360 parties, nombre qui , d'après 
M. Oppert, a été établi pour la première fois par 
les Babyloniens; que l'astronomie, la géographie 
et la géométrie ayant conservé le système duodécimal 
j)our la division du cercle, il est très convenable 
aussi de se servir des mesures qui, telles que les lieues 
et les milleS; ont un rapport direct avec ce système , 



( 188 ) 

pourvu qu*on ajoute une qualification indiquant de 
quelles lieues, de quels milles, on entend parler; 
i*" qu'il serait utile de rechercher la cause de Tétrange 
diversité d'étendue qu'offrent les différents milles» 
très grands en Allemagne et en Suède, très petits en 
Angleterre , etc. 

M. Jomard annonce la mort, à Gallipoli, de M. le 
général Carbuccia, membre de la Société, au moment 
où il allait prendre un commandement dans l'armée 
d'Orient. L'assemblée s'en montre vivement affligée. 
M. Gortambert, secrétaire général, est chargé de faire 
une notice sur le très regrettable membre que la 
Société vient de perdre. 

M. Jomard fait hommage à la Société , pour son 
musée, de feuilles et de fruits de cédron, qu'il a reçus 
de Costa-Rica, plante que les Indiens emploient pour 
se préserver de la morsure des serpents et d'autres 
animaux venimeux. Une note sur cette plante sera in- 
sérée dans le Bulletin. 



( 189 ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LA SÉANCE DU k AOUT 185A. 



OUVRAGES. 

ASIE. 
Titres des ouvrages. Donateurs, 

Descriplion du royaume Thai ou Siam, comprenant la topographie, 
histoire naturelle, mœurs et coutumes, légi.slaiion, commerce, in^ 
dustrie, langue, littérature, religion, annales de Thai, et prëcit 
historique de la mission. Avec carte et gravures. Par Mgr Pallegoix, 
ëvéque de Mallos, vicaire apostolique de Siam. 3 vol. in-ia. 
Paris, 1 854* Mgr Pallegoix. 

MÉMOIRES, RECUEILS ET JOURNAUX PÉRIODIQUES. 

Nouvelles Annales des voyages. Mai-juin 1 854* — Revue coloniale. 
Juin et juillet. — Bulletin de la Société géologique de France. 
Février-Avril. — Bulletin de la Société zoologique d^acclimatation. 
Juillet. — L'Athenaeum français, n° 29 de 1854. Les ÉniTEORs. 



BIBLIOGRAPHIE GÉOGRAPHIQUE. 

(Voyez aussi les ouvrages offerts à la Société.) 



OUVRAGES GÉNÉRAUX. 

A Manual of natural history for the use of travellers, hy Arthur 

Adams, Balfour, and Ch. Barrow. In-12. Londres, 1854* 
Bevolkerungswissenschaftliche Studien, etc. ( Études sur la science 

de la population, tirée^ des documents belges), par J.-E. Horn. 

Tome 1". Leipzig», i854. 
Note sur la possibilité de démontrer le mouvement de rotation de 

la Terre par les phénomènes que la force centrifuge produit à sa 

surface, par Tom Richard. In-S**. Paris, i854. 

EUROPE. 

Notice historique et statistique de Dôle, par A. Rousset. In-8*. 

Besançon, i854- 
Recherches sur la ville de la Bassée et ses environs, par E. Mannier. 

In 8*. Paris, i854. 



( Idd ) 

Histoire de Beaune par Rossignol, avec planches et carte. In-S**. 
Beaune, i854. 

Dictionnaire géo(];rap]iique du département de la Lozère. Mende, 1 854- 

Itinéraire descriptif et historique de l'Allemagne da Nord, in-ia; 
et Itinéraire de Bade et de la Forét-Noire, in- 18, par Ad. Jouane. 
Paris, 1854. 

Nouvelle description (];éométrique de la France, ou Précis des opé- 
rations et des résultats numériques qui servent de fondement à la 
nouvelle carte que publie le Dépôt de la guerre, 3* partie, par A. 
Seytier. Formant le t. IX du Mémorial du Dépôt de la guerre, ln-4". 
Paris, 1854. 

Schweizerland. Natur und Menschenleben, von Aur. Bacidens. in-S". 
Leipzig, i853. 

À personal iiarrative of n tour o^niilitary inspection in various pâtts 
ofEuropeanTurkey, performed froinAugust to November l853,in 
Company with the military and scientiBc commission under gène- 
rai Prira. In-8°. Londres, 1854- 

Carte Figurative de Texportation de la houille anglaise en i854, par 
M. Minard. i854- 

Plan de Kronstadt, dressé d'après les documents anglais et russes les« 
plus récents. Paris, Garnier frères, i854* 

Tableau historique, politique et pittoresque de la Turquie et de la 
Russie, par Joubert et M0rnand.Gr.in-4* avec 3 cartes. Paris, i854* 

Tableau de l'Europe orientale, ou Recherches historiques et statis- 
tiques sur les peuples d'origine slave, magyare et roumaine , par 
N.-A. Kubalski. ln-8. Paris, 1864. 

Du Danube au Caucase. — Voyages et littérature, etc., par X. Mar- 
mier. In- 18. Paris, i854. 

Fraser's Turkey anciens, and modem. In-8*'. Londres, i854- 

Kazan, the ancient capital of the Tartar Khans, with an account of 
the province to which it belongs, the races which form its popu- 
lation, by Ed. TracyTurnevelli. 2 vol. in-8*'. Londres, 1864. 

Journal of a résidence in the Danubian Principalities in the au- 
tumn and winter of i853, by Patrick O'Brien. ln-8'*. Londres, 
1854. 

Mémoire sur l'île d'Egine, par M. About, membre de l'école fran- 
çaise d'Athènes. In-8". Paris, i854- 

La Grèce contemporaine, par M. About. in-i6. Paris, l854« 

Ëecueil de 37 itinéraires dans la Turquie d'Europe, par Aimé Boue. 
In-8*. Vienne, 1864. 

Description topographique et stratégique du théâtre de la guerre 
turco-russe. Traduit de l'allemand par M. Th. Parmentier. In- 18. 
Paris, i854* 

Carte de la Grèce moderne, de l'Archipel, de la Thessalie, de la Ma- 
cédoine, de l'Albanie et de la Morée, par L. Berihe. Paris, 1854. 

Carte de la ville d'Odessa et de ses environs, depuis le cap Fontaine 
jusqu'à Otchakov, par J. Corréard. Paris, i854< 

Siid-Russland und die Tiirkischen Donau-Lander in Reisenschilde* 
ruu^en von U. Oliphant, etc. In-8^ Leipzig, i854. 

Lettres sur l'Adriatique et le Monténégro, par X. Marmier. 2 vol. 
in-ia. 1854. 



( l»i ) 

ASIE. 

Armenia. — A year af Erzeroum, and on the frontkis of Rus»ia y 

Turkey and Persia, by Hob. Curzon. In-8°. Avec carto. Londres, 

1854. 
Notes of a naturalist in Ben^l, etc., by Jos. Dalton Hooker. § vol. 

itt-8*. Londre», i854. 
Shooiing in tbe Himalayas, by col. Fred. Markbam. In-8°. Lo^idrés, 

^854. 
Mouiit Lebarion, a ten years résidence, from i85i to r852, deséri- 

bing the roanners, customs, and reHgions of the inhabitants^ by 

Coi. CburchïR. 3 vol. in-8*. Londres, i853. Avec carte. 
Reise nach Ostindîen iiber Palsestina und iEgypten, von Juli 1849 

bis April i853, von K. Graul. 2 vol. in-8°. Leipzig, i854. 
La Perse eh i85o, par M. le comte de Sercey. In-8*. Paris, i854« 
Ladak : physical, statisiicai and historical, etc., by major A^ex. 

Cunningham. Avec carte. In-S". Londres, i854 
Aventures de Robert Fortune dans ses voyages en Chine. In- 16. 

Paris, i854» {Bibliothèque des chemins de fer,) 
Recherches arche'ologiques dans la Troade, par Morey In-8°. Nancy, 

1854. 

AFRIQUE. 

Carte hydVbgraphîqueL de la basse Egypte et d'ù'ne parti'e d'e Fistl^me 

de Suez, par M. Linant de Bellefonds. 2 feuilles. Paris, iS5^. 
Madeira, ils climate an^ scenèry, by Rob. "White. fn-S**. Londi^és, 

Carte du che'tnin de fer rfé la ligne centrale du Tell, avec rattachée 
à la côte, dressée pâV O. Mac-Carthy. faris, 1 85*4. 

AMÉRIQUE. 

Wanderungen zWifschdn Budso a und Mississippi^ i85f'-l852, von 

M. Busch. In-8*. Stuttgart, i854. 
hicidents of travel in ceniraf America, by John Lloyd Slepheiïâ. Ri-8". 

Londtes, i854- 
Central route to the Pacïfic, from the valFey of fhe Mîâsisdp^rî to 

talifornia, etc., by Heap. rn-8'*. Washington, i854. 
The hiistoi^y of Yucàtà'À fi'om ils diïcovèry to the close of the tViV'». 

certtury, by Ch.St-John Fancôurt. ln-8'. Avec carte. Londi^es, i854. 
A Narrative of travels on' the Anlazon and rio Negro, by Alfred R. 

WalFace. In-S". Avec carte. Londres, i853. 
Le Pilote côtier des États-Unis, de E. et G. WilK Bhittt, traduit de 

l'anglais par Ch.Piycard, lieutenant de vaisseau. In-8". ^aris, i85'/f. 
Voyage d*une femme att Spitïberg^, par M"* Léonie d*Aunet. lu- 16. 

Paris, i854- (Bibliothèque des chemins de fer.) 
Tweûty-seven years in "West Canada, by unaj'oi^ StrilcUand. iti-S^, 

Londï'es, i854> 
The Ligue of the Ho-dé-no-sau-nee, or Iroquois, by Lewis H. Morgan. 

In-8^ Boston, i854. 



(IM) 



Californi.-i, Hew-Meiioo, Teias, Snnora, and Chihuahua ; b«ing J 
perton»! iinrraTive of exploralinlK ami iririclpnta ronneclcd > ' 
the Dniled Slalel nnd Mcxic^Bii Itounilary miiiniUsion, bj J. Bhi 
aell Barllcil. 2 vol. in-S". Avec nxrie. PUa.ldphie, i854. 

Beisen in Mexico indenJ*lireD 1845-1846, ton Cari BartliolomH 
Keller. In-8°. Avea j cartra. Leipii);, i853. 

TravelB in central America, etc., by E.-G. Sqaier. a vol. ia-R*. N 
Yoik, 1854. 

Tbe West lodies bcfore and lince slave Emancipation, by JoA 
Davy. In-8*. Londres, 18S4. 

RïisB nacti Hrusilien, durch die Provinzen von Bio- de- Janeiro 
MiiiaB-Geraes, vun D' Hermann ntirmeiilcr. Id-S". Avec c 
Berlin, 1854. 

Braxit, ihe river Plata and ilii! F:ilklaiid islanda, nilb tbe "KpiPÊ 
Horn roule to Au^lralia, by Will. Hadfield, In-S". Londrei, 1854, " 

Voy»ee en Calirornie et dam l'Ui^j'on (i8ïl-i&5ij, par M. de Saint- 
Amant. In-8% avec î caries. Paria, 1 SSj. 



rich U\: 

e,pl..ri 



ladelpliip, 1S54. 
iiree years' cruiso 
dres, >B54. 



OCEAHIE, 

ads notes. Londr 
e eïpeJllioii du. 
I of Ch. Wilki 



i, vol. XV: the geographical 
bj Cb, Pickerin{>. In-4*. Pbi- 



1 AuHralia, by R. Edm. Malone. In-B°. Lon- 



eAuslraliaFelii, or Port Pbilip district of Kew-Sou 
Wale»i,by William Westgarib. In-8°. Edii>bour^, i853. 
^btoire de la première miMion cnlboliquu au vicariat de Mélanés 
par Léopold Vri^uel. In-8°. Paris, 1854- 



GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET HISTORIQUE. 

modernes, par 



Voy»ee'""a anciens et modernes, par M. Ed. Charton. Tome I", 

voyageurs anciens, depuis le v' jiccle avant J.-C. insqu'à la fin dn 

IV' siècle de notre ère. In-g°. Paris, t854. 
Eiaroen des recherches faites j usqu'à ce jour sur la mansion romaine 

Segora, par M. Lpoq Fnye. ln-8°. Avec 
RemBr(|aes sur la dénomination leltiqut 

l'Alsace, par A. Stœber. In-S". Colmai. 
Histoire des Berbères, par Ibn-Khaldoiin, traduite de l'arabe pir 

M. le baron de SInne. ln-8°. Tome 11. Paris, 1854. 
Voyages d'Ibn-Bnloulab, texte ar.ibe accnmpa(;né d'une traduction 

par C. Defrémery et le docteur Sangnlnelti. Tome If, in-3°. 

Paris, 1B54. 
Claudius Plalemy and the T^IIf, and the aiitbenllclly of the moi 

tains of tbe Moon, by W. Uesb. Cooley. ln-8". Londres, 1854. 



f c)uelijue 
1854. 



BULLETIN 



I 



I 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 

OCTOBRE 185Ù. 

iléiiiolres, 
Notice», Docaïuenta originaux, elc. 



L 



DIVERSES INDUSTRIES CHINOISES, 



PAH U. RENARD, 



Manière d'imprimer. 
Les Gliinois, sans avoir de caractères mobiles, ont 
cependant une méthode d'imprimer très prompte, car 
un seul ouvrier un peu exercé i^>eat Caire de deux â 
trois mille épreuves par jour. 

Ce travail s'exécute de la manière suivante: 
L'imprimeur a devant lui, sur une table, une plancbe 
de bois gravé; il tient dans sa maîn une brosse double, 
dont l'un des côtes est de soie de porc souple, et l'autre' 
côté, de soie plus roide, est imprégné d'encre. Il passe 
cette brosse sur les caractères, les noircit régulière- 
ment, puis il place une feuille de papier sur cette 
planche, et promène le côté propre de la brosse sur 
la feuille, qui, étant ainsi mise en contact avec les ca— 
raclëtes, se trouve être imprimée. 

fin. octobue. i. a 



( 194 ) 

Les principaux boutiquiers de Canton ont tous de 
ces imprimeries écononjiquos, et ce sont les coulis de 
la maison qui, dans leurs moments perdus, font Toffice 
d'imprimeurs ; ces marchands se procurent ainsi, à des 
prix excessivement bas, des adresses qu'ils répandent 
à profusion, et des annonces; chaque feuille de papier 
qui sert à envelopper la marchandise , porte en gros 
caractères, à Tencre de couleur, Téloge pompeux du 
magasin qui vous a vendu. 

C'est par ce procédé si simple que les Chinois im- 
priment cette foule d'imageries ordinaires, qui se dé- 
bitent pour un prix si modique dans les endroits les 
plus passants des villes; une bonne partie de ces 
images, qui représententdes batailles, des réjouissances 
pubHques, des singsons, etc., reçoivent, à la planche, 
un coloris commun ; c'est là le seul genre d'estampes 
que l'on peut se procurer en Chine, car l'art de la 
lithographie y est jusqu'à présent resté inconnu. 

Du rabougrissement des arbres. 

Les Chinois aiment beaucoup les arbres nains. Les. 
arbres fruitiers, orangers, pommiers, poiriers; les 
arbres des forêts, cyprès, ormes, arbres des pagodes; 
les bambous, enfin, sont rabougris par les cultivateurs 
et par les jardiniers, qui, lorsqu'ils sont bien chétifs, 
bien tordus, les font colporter dans les rues; quand 
ila offrent une parfaite ressemblance avec la nature 
souffrante, ils obtiennent souvent des prix très élevés. 

Pour avoir des arbres nains dont les fruits arrivent 
à maturité, les Chinois s'y prennent de la manière 
suivante : quand les arbres sont en fleurs, ils choisis- 



( "S ) 
senl les branches qui, pac leuix coiilunnilés DHturcllea, 
offrent de capi'kieux conluuis, ils enlè>eiii adroitc- 
menC, en forme d'anneau, une largeur d'environ UQ 
pouce de l'Ocorte, puis B|iplii|ucnl en cet endroit une 
bonne motte de terre végétale, qu'ils iiiaiiilicnnenta\ec 
de la paille et des brins de rotins, et ils arrosent de 
temps en temps, ayant soin de ne jamais hiisser sécher 
complètement ; des racines ne lardent pas alors à 
pousser, et quand les fruits sont près d'être mûrs, on 
enlève la branche entière, on taille celles qui sont trop 
longues (lu inutiles, et ion place ce petit arbre duos 
UD pot de fleur pour le laire T<^ndre> 

Pour obtenir des arlires iiniiiant les vieilles fui-ôts, on 
opère de la uiëniu munière que ci-dessus, et, quand 
les branches ont pris racine, on les place dans des 
pots carrés, très peu piol'onds, et l'on recouvre lea 
racines avec de petits morceaux de terre glaist; ; les 
cyprès et urbres des piigodes n'ont même besuin que 
de petits cuillous; un ajoute de l'eau en quantité ré- 
gulière, de manière à ne leur donner qu'une nourri- 
ture cbélive, on les taille ensuite et l'un arrête la sève 
en brûlant l'endroit incisé. Pour imiter les loupes, 
les lichens, enfin ijne ëcorce raboteuse, on fuit avec 
. la pointe d'un canil' de petites incisions, on enduit ces 
endroits de sirops ou de miel; les fourmis ne lardent 
pas à arriver et entament Jes [lurtiiis où il y a du 
sucre: c'est ainsi que les Chinois obtiennent de vieux 
arbres en miniature ; ces arbres rachitiques ne pro- 
duisent que quelques rares el petites feuilles ; cej)en- 
dant, sans beiiucuup de soin, ils sont susceptibleis de 
nvre très longtemps; il n'etit pas rare d'eu voir qui 
ont jus({u'& cioquaale ans d'exlsleoce. 



( 186 ) 

Ces arbres servent à orner les pagodes, iea boud 
ques , et les appnrlemenls des Chinois de touJ 
condition. 



Fabrication du verre à Ctinton, optique, i 



'e luneltM'tM 



Les fabricants de verreries it Canton sont très nom- 
breux, mais les fabriques sonl peu considérables; le 
travail s'opère dans les arrière-boutiques, où l'on trouve 
de deux à dix fourneaux, dont un petit nombre soi 
allumés. 

Les principaux objets fabriqués sont des verres k 
vitres, des lustres de verre très ordinaires, des globes 
et verrines pour lampes, des gobelets, de petites 
bouteilles ou flacons pour essence, des jouets d'eD- 
fants, etc. Les brus des lustres, ainsi que les glaçons, 
sont de verre fondus non taillés ; les gobelets, les Ter- 
rines pour lampes, ont les bords usés, car ils ne se 
servent pas de la cisaille; ces objets sont soufQésdans 
des moules et cassés au renflement. 

Pour faire du verre, ils mettent dans un creuset de 
terre, de forme cylindrique 50 cattys de plomb, 
50 catlys de sable ot 17 1/2 cattys de salpêtre; on mé- 
lange bien le tout dans le creuset qui se trouve scellé à 
la partie supérieure d'un petit fourneau, et l'on chauffe 
à l'anthracite. 

Du reste, les proportions vaiient suivant les fabri- 
cants que l'on visite : ainsi d'autres mettent iO cattys 
de terre que l'un trouve dans la province de Canton, 
lOcattys de salpêtre, 60 cattys de blanc de plomb; il faut 
7àScaltysdecbarbondeUou-kouang pour faire 1 picul 
de verre ; pour faire du verre plus blanc ou du cristal, 



ive 

-4 



J 



(187 ) 
ils augmentent la quantité de blanc de céruse, et 
aouvent ajoutenl du groiȔl. 

Quand le plomb qu'ils eni|>loieDt est trop doux, ils 
ajoutent un peu de chaux bien pulvérisée: cette chaux 
est faite avec des coquilles. 

Pour faire le verre à vitre, l'ouvrier prend une canne 
de fer, d'environ 1 mètre de longueur, sur 45 millî- 
niètres de diamètre, il plouge sa canne à trois reprises 
dilTérentes dans la matière en fusion, et, après l'avoir 
allongée et unie en ovale, en la roulant sur une planche, 
il la replonge une dernière fois et ramène une plus 
grande quantité de matière ; il monte alors sur un 
tréteau placé sur le bord d'une fosse creusée en terre, 
dans le Fond de laquelle il y a do l'eau, et, souflliint de 
toute la force de ses poumons, en reprenant de l'air 
par les narines, il parvient à former un manchon de 
forme ovoïde ayant souvent jusqu'à 2 mètres de lon- 
gueur; un enfant, avec un éventail, refroidit le manchon 
à la partie fixée à la canne. Lorsque l'ouvrier s'aper- 
çoit que ses eOorts deviennent inutiles, et que le man- 
chon n'augmente pitis de volume, il le transporte avec 
précaution sur une espèce de civière à quelques pas 
de la fosse, il jette un peu d'eau froide sur ta partie 
qui lient à la canne, et d'une secousse il la détache. 

Quand les manchons sont refroidis, ils sont débités 
au diamant, en carreaux de plusieurs dimensions; 
les parties les plus courbes forment des carrés plus 
petits, parce qu'ils ne pouvaient pas se redresser au 
four. 

Ce redressage s'opère dans un four cbautl'é au bois, 
et maintenu chaud avec du charbon de bois; l'ouvrier 
met une feuille de verre sur une plaque ou carreau de 



(108 ) 

terre cuîte; celle plaque est snspenHue par des fils de 
fer, et peut entrer et sorïir du fourneau h volonté i 
avec un crochet de fer il soulève les coins de la feuille 
de verre lorsque la chaleur la fait s*aplatir, et en fait 
sortir Taîr qui se trouve pris enlre elle et le carreau: 
quand ello a acquis une surface bien plane, il la re- 
tire du four, et, une fois refroidie, elle est coupée sui- 
vant sa taille. 

Les verres à vitres en feuilles minces, de 15 centi- 
mètres de hauteur sur 10 de largeur, jusqu'à 45 cen- 
timètres de hauteur sur 35 de largeur, valent 11 taêls 
le picul; les verres jaunes, verts, violets, etc., valent 
le même prix. 

Pour colorer le verre en vert, les Chinois emploient 
une pierre verte dont le nom est sia-louk, et qui vient 
de la province d*Yun-nan ; pour colorer en bleu, ils 
emploient le smaitz, qui se réduit en poudre Sous 
meules, et aussi une pierre noire appelée en chinois 
ak-stia, qui vient de He-nan, province de Kouang-loung; 
pour colorer en violet, ils emploient une pierre ap- 
pelée en chinois ma-ung-slia, qui vient de la même 
province; enfin, pour colorer en jaune, ils emploient 
une pierre rouge appelée en chinois sang-lsu: elle vient 
de la province de Kiang-si. 

Les verres à vitres se vendent ordinairement dans la 
dimension de 55 centimètres de longueur sur AO de 
large. 

Le verre cassé se vend aux ouvriers 2 taêls 8 masses 
le picul; il en vient beaucoup par navires anglais de 
Bombay. 

Le groisil s'emploie rarement au commencement de 
Topération, mais bien en addition à la matière en 



( 199 ) 

fusion pour remplacer le vide qui s*opère dans le creu- 
set pendant le temps de la fabrication. 

Nous avons vu traiter du groisil de la manière sui- 
vante: on en remplit un creuset, on met en fusion 
toute la masse; quand il est bien liquide, on dispose 
une bassine d% fonte au bas du fourneau» on la rem- 
plit d'eau froide, on met à côté une terrine également 
pleine d'eau, et un ouvrier, avec une grande cuiller de 
fer, qu'il mouille chaque fois avant de la plonger dans 
le creuset, en retire la matière fondue et la laisse 
filer d'un peu haut dans la bassine; à mesure 
qu'elle tombe, un apprenti muni d'une petite pelle de 
fer concasse les morceaux et les fait égoutter dans un 
tamis de tresses de bambous; il jette dessus de l'eau 
fraîche que la chaleur fait évaporer; ce groisil de pre* 
mière fusion a une belle couleur vert-émeraude; il est 
ensuite remis dans la bassine de fonte que Ton place 
sur le fourneau pour opérer complètement le séchage. 

Il parait que ce même groisil, étant soumis à une 
seconde fusion, forme un beau verre blanc ; c'est ce 
que je n'ai pas vu, mais il m'a été affirmé par le fabri- 
cant que le verre de première fusion, fait ou non avec 
du groisil seul, était toujours refondu afin d'obtenir 
un verre blanc; ainsi le verre à vitres blanc est fait avec 
une matière fondue deux fois. 

Les globes de lampes de dimensions courantes va- 
lent de 2 à amasses la pièce, non dépolis; le polissage 
s'opère à la main avec Témeri. Ils sont fondus dans 
des moules cassés au renflement et usés ensuite. 

Les petits flacons de verre pour essence sont fabri- 
qués d'une manière très expéditive ; les ouvriers sont 
placés devant un petit four d'environ 60 centimètres 



( 200 ) 

de hauteur : ils ont des tubes de verre doul ils mettent 
Textrémité en fusion, en les plongeant dans la matière; 
ils les retirent et soufflent, puis ils balancent les tubes, 
ce qui rend les globules ovales; ils le placent alors 
dans le petit moule, soufflent de nouveau, puis cassent 
le tube à une hauteur voulue ; le col du ilacon a donc 
le diamètre du tube de verre employé : ces flacons 
ne sont point usés à la partie cassée. 

Les jouets d'enfants sont fabriqués de la même ma- 
nière ; les Chinois emploient pour cela des tubes de 
verre très minces; ils soufflent, et forment une boule 
qu'ils aplatissent ensuite. En soufflant et en aspirant 
dans ces petites boules, le fond fléchit et rend un bruit 
assez sonore. Les ouvriers fabriquent ainsi une grande 
variété de modèles. 

Les creusets employés dans les verreries sont fabri- 
qués à Canton avec une terre argileuse. 

Les lustres sont, comme je Tai déjà dit, de verre com- 
mun; les branlants ont toutes sortes de formes: ce sont 
généralement des plaques ovales avec quelques des- 
sins. Aux jours de grandes fêtes, comme au nouvel 
an, il la fête des lanternes, à celle de Ta-lsiou, fête du 
feu, ces lustres se voient dans les rues en immense 
quantité; la nuit, avec toutesleurslumières, ils forment 
un fort joli eUet. 

La fabrication du verre est restée inconnue aux 
Chinois jusqu'au temps de l'empereur Kang-hi, où 
nos missionnaires, qui à cette époque jouissaient de 
quelque faveur à la cour de Pékin, enseignèrent les 
procédés alors employés en Europe. 

Les Chinois fabriquent à Canton beaucoup de lu- 
nettes, qui sont généralement très ordinaires, et l'on 



I 



(201 5 

peut dire que pour cet article ils sont restés dans 
l'enfance de l'arl. 

Les lunettes chinoises ont des yeux très larges, ronds, 
de â à 5 centtmèlies de diamètre; les plus ordinaires 
sont en rolin, et les brandies sont remplacéespar deux 
petits cordons qui viennent s'enrouler aux oreilles; 
quelquefois même ces cordons ont à leur extrémité 
un petit poids de plomL pour les maintenir sur le nez 
en équilibre; viennent ensuite les lunettes de cuivre 
argenté, de Fer, de corne, d'écaillé et d'argent, dont les 
branches se reploient à charnière; les lunettes d'acier 
sont fort maiivaises;les Chinois ne parviennent pas aies 
tremper convenablement, elles ouvriers, reconnaissant 
en ce genre leur infériorité, n'en fabriquent que fort 
peu; les Chinois civilisés portent des lunettes d'Eu- 
rope, mais ils ont de la peine à s'accoutumer à la pe- 
titesse des yeux ovales, qui ne garantissent pas assez 

■ la vue. 

t Les verres des lunettes pour la classe pauvre sont de 
verre fondu; beaucoup sont colorés en vert, bleu, 
jaune, etc. : les Chinois de ia classe aisée veulent ab- 
solument des verres de cristal de roche, auxquels ils 
attribuent le mérite de consei-ver plus longtemps la 
Tue, et leur premier soin, en achetant une paire de 
lunettes d'Europe, est d'aller clicz un de leurs opticiens 
en faire changer les verres. On trouve chez ces mêmes 

I fabricants de grandes quantités de cristal de roche : les 

' morceaux ont souvent de là » 20 eenlimètres de dia- 
mètre sur une longueur proportionnée ; le cristal de 
roche se trouve en abondance dans le Vou-tchang-fou 
(province de Hou-kouang), daos le Kiang-sî et dans 

[ beaucoup d'autres parties de la Chine. 




( 202 ) 

Les lunettes chinoises se renferment dans des étuis 
de papier chagriné noir, so fermant à gorge; ces étuis 
sont ornés de lacets et de glands de soie, et ils se portent 
suspendus à un bouton sur la poitrine par-dessus les 
vêtements. 

Les lunettes sont un des articles de Paris qui peu- 
vent trouver un grand débit en Chine : elles sont in- 
dispensables à une bonne partie du peuple, surtout à 
la classe pauvre, qui vit sur l'eau, et qui est accablée 
de maux d'yeux; il les faudrait sans verre, et les yeux 
d'un diamètre très grand. 

Les opticiens de Canton nous ont paru fort peu nom- 
breux, et surtout fort peu avancés dans leur art: car 
pour la plupart du temps ils se bornent à la fabrica- 
tion des verres de lunettes. 

Le cristal de roche se tire en grande quantité du 
Kiang-si ; malheureusement la plupart de ces cristaux 
sont enfumés. 

Pour débiter le cristal de roche, les ouvriers se ser- 
vent d'un archet, auquel est fixée une corde très mince 
formée de deux fils d'acier bien trempés; ils mouillent 
souvent, et ont soin de ramener la boue qui s'échappe 
de la rainure. 

Les boutons que portent certaines classes de manda- 
rins sont de cristal de roche; ils sont usés et arrondis 
sur une roue de bois avec l'émeri. 

Les sculpteurs chinois fabriquent beaucoup de petits 
groupes, statuettes, cachets, etc., en cristal de roche; 
ces objets viennent généralement de Sou-tcheou; les 
prix en sont souvent très élevés. 

Les cachets de cristal de roche et autres servent à 
tous les marchands, aux acheteurs de tissus, etc., et ils 



( 208 ) 

ont toujours bien soin d'apposer leurs cachets soit sur 
les marchandises achetées, soit sur le papier, ce qui 
remplace leur signature dans un marché. 

Moyen employé par les Chinois pour décalquer. 

Les peintres copient à Canton beaucoup de litho- 
graphies, gravures et peintures européennes; ces objets 
sont rendus avec une grande exactitude parle procédé 
suivant. 

Les artistes placent sur le dessin un verre de la di- 
mension du sujet ô copier, et au pinceau, avec Tencrede 
Chine, ils en suivent régulièrement tous les contours; ils 
humectent ensuite une feuille de papier qu'ils placent 
sur le verre en appuyant légèrement; ils obtiennent 
ainsi plusieurs épreuves correctes, mais renversées : 
pour obtenir des épreuves dans le même sens que le 
modèle, ils retournent leur verre et suivent les mêmes 
traits avec le pinceau; la transparence du verre leur 
permet de le faire encore très exactement. Il ne leur 
reste plus alors qu'à appliquer les couleurs, les om- 
bres, qu'ils sont aptes à saisir. 

Pour dessiner leurs divinités, ils commencent par 
former un premier trait avec une espèce d'estompé de 
papier, dont ils font brûler le bout à une lumière ; ils 
ne se servent en aucun cas de crayons noirs. 

Raffinage du salpêtre. 

Les Chinois, quoique recueillant beaucoup de sal- 
pêtre chez eux, en tirent cependant de grandes quantités 
des Européens, qui peuvent leur en fournir à meilleur 



( 204 ) 

marché; c'est un arlicio monopolisé jiar le gouverne- i 
ment, et quelques mandarins seuls peuvent en vendre,' 
mais les cuntrebandiers savent en frauder la plus<] 
grande partie. 

En raffinant ce salpêtre par le moyen BuÏTanl, 
obtiennent de beaux cristaux très blancs. 

Ils ont un fourneau construit en briques réfrac- 
taires, placé dans un courant d'air, et pouvant re-' 
cevoir deux bassines de fonte rondes et concaves. 

Ils mellenl dans chaque bassine 50 cattys de sal-' 
pètre , 4 à 5 catlys de navets coupés en tranches, puis 1 
de l'eau de source, de manière à remplir la l>assine|^ 
ils chauffent avec du bois, font bouillir et rédui 

Un ouvrier qui surveille l'opération remue le touïl 
en tournant, et enlève avec une écumoire les saletés quî<V 
surnagent à la surface; de temps à autre il introduitir 
un peu de colle forte et d'eau de source. 

Quand il juge que l'opération esl terminée, c'est-à^l 
dire que le salpôtre réduit est sur le point de prendrÇfl 
il le verse dans une terrine de terre, dans laquelle iti 
a soin d'introduire un bout de ficelle afin de retirée^ 
plus facilement le pain quand il sera Ijgë. 

Ces terrines sont ensuite placées avec le salpêtre 
dans un endroit sombre, sur du son de riz. 

Pour obtenir des cristaux plus grands, il faut recom-i 
mencer l'opéraiion. 

Etaniage den glaces à Canton. 

On étame à Canton une très grande quantité de j 

glaces minces, dont les verres ont été fabriqués dans 1 

les fau1>ourgs de la ville même; les Chinois étanient'l 

aussi les glaces fortes qui viennent d'Europe, et quaJV 



( 205 ) 
jusqu'à ce jour ils n'oul pu encore réussir à fabriquer. 

Pour élanaer les glaces mÎDces, l'ouvrier est placé 
defaot une table à plan incliné et à rebords élevés; 
vers le milieu de celte table est fixée une planchette 
maintenue dans une posîlîoti horizontale; celte plan- 
chette a juste la dimension des places à élamer. 

L'ouvrier commence par frolter ses mains avec un 
peu de blanc ; il place une feuille d'ëtnin sur la plan- 
chette, puis, prenant de la main di'oitG le mercuro que 
l'inclinaison de la table force à se rassembler près de 
lui, il l'êlale sur toute la surface de la feuille; quand 
le mercure a bien pénétré l'étain, il en prend de nou- 
veau une plus grande quantité et reciiarge la feuille; il 
place ensuite par-dessus une feuille de papier, puis 
enfin la glace, et retire immédiatement la feuille de 
papier; le mercure, se trouvant alors en contact avec 
le verre, s'y attache et y reste fixé. Un apprenti saisît 
]a glace, et, avec un petit morceau de bambou , tt 
enlève les ébarbures de la feuille d'étain ; il la place en- 
suite sur champ, dans une boite, pour la laisser égout- 
1er et sécher; enfin un autre la nettoie avec un peu 
de blanc. Toutes ces diverses opérations se font en un 
clin d'oeil. 

Les ouvriers qui louchent ainsi le mercure sont 
sujets à être pris de tremblements; mais, dans un pays 
où la Uanspiralion est abondante, les effets du mercure 
m'ont paru moins violents qu'en Europe; cependant ces 
hommes nous demandaient lo moyen de s'en garantir. 

Dans ces mêmes magasins on trouve de fort jolies 
lanternes de bois sculpté, avec peinture sur verre de 
beaucoup d'effet ; dos tableaux représentant des pay- 
sages, des chasses et des portraits de dames aux petits 



( 206 ) 

pieds; puis une foule de petits miroirs de verre 
de modèles très variés et excessivement minces ; mais 
la glace est toujours garantie du choc, car tantôt ce 
sont deux petites portes qui se ferment à charnière 
et qui sont lixées par un petit crochet, tantôt la glace 
est renfermée entre deux planchettes en forme de 
livre : d'un côté est la glace, et de l'autre un paysage 
ou un sujet peint sur verre, représentant souvent des 
immoralités révoltantes. 

Fabrication de jouets, statuettes et idoles. 

La fabrication des jouets d'argile , des statuettes, 
des idoles, etc., occupe un grand nombre d'ouvriers 
en Chine. 

Pour fabriquer les jouets d'enfants avec la terre, ils 
s'y prennent de la manière suivante : 

Les ouvriers modeleurs choisissent des sujets de bois 
sculptés, sur les(|uels ils prennent des empreintes; ils 
égalisent avec soin les jointures de ces empreintes, les 
font sécher à l'ombre^ puis ils les font cuire à un feu 
doux; c'est ce qui constitue le moule. 

Ces moules sont généralement faits de deux pièces, 
l'une pour le devant, l'autre pour le derrière du sujet. 

Les eaipreintes s'obtiennent en pressant fortement 
de l'argile dans l'intérieur des moules ; les deux pièces 
sont ensuite réunies, puis ces sujets, qui sont généra- 
lement creux, sont mis sur des claies à l'ombre pour 
y sécher. 

Quand ils sont bien secs, on adoucit avec un couteau 
les assemblages ; ensuite on les remet à des ouvriers 
décorateurs. 



( 208 ) 



Fabrication des aiguilte.t. 

Les Chinois fabriquent eux-mêmes leurs aiguill< 
et c'est dans le nord de la Chine, principalement 
NJng-po, que j'ai été i'i mftmed'étudier celte intéressai 
et minutieuse fabricalion, qui diffère en plusieui 
points des procédés employés en Europe. 

Les fabricanls d'aiguilles sont nombreux à Ning-pi 
on peut compter jusqu'à vingt ateliers dans une môi 
rue : ce sont de petits labricanls établis en boutii 
et employant de sept à dix ouvriers et quelques oi 
vrières. 

La première opération consiste à débiter avec ai 
cisaille, dont une des branches vst hxée dans un bh 
de bois, les fils d'acier qu'elle coupe parune vingtaiiU 
à la lois; c'est au coup d'œil que l'ouvrier en règli 
longueur. 

Un autre ouvrier est chargé de redresser ces mëiui 
bouts qui SG sont courbés sous reflort de la cisaille,' 
et à cet effet il en saisit une pincée, les place sur une 
petite enclume et les dresse au moyen de légers coups 
de marteau; ce travail fait, il aplatit un des bouts de 
chaque fil à l'endroit où l'œil doit être percé. 

Un troisième ouvrier est chargé de lesdégrossir«t de 
es apointisser; il en saisit une quinzaine entre l'index 
elle pouce de la main droite, et les présente sur une 
meute de grés à sec, qu'il met en rotation avec le pied. 
Le perçage de l'œil est l'opéralion la ]>]us difficile 
pour les Cliinois, et c'e&t celle qui , demandant le pli 
de temps , occupe le plus grand nombre d'ouvriera,; 
Ce perçage, ai simple chez nous avec le poinçon 







{ 209 ) 



fait au forci; ce foret est surmonté du 
Dlenu 
qui repose smr un tas d'à 



s lourd, et il est mnînlenu pGi'pendiculai 



lète di 
fort SI 



e \ aigui 
ntq 



e la mèche, nia 



sindrc 



e secousse, plisse 
et sort du irou commonct!!; l'ouTÙer est alors obligé de 
la tremper dans l'huile et de la placer de nouveau sur 
la lêtc de l'aiguille : de là une grande perle de temps, 
et il n'y a que les ouvriers les plus expérimentés qui 
puissent percer les numéros iri's fins. 

Les aiguilles sont ensuite trempées et sacées. puis 
mises par numéros en petits paquets de papier blanc, 
avec de la farine qui les préserve parfaitement de la 
rouille. Chaque petit paquet contient 50 aiguilles, <?t 
pour environ 2 francs on peut avoir un millier d'aî- 
guîlles assorties de tous numi^ros. 

Les aiguilles fabriquées à Ning-po ont une renommée 
dans tout l'empire Chinois, parce que les fabricants 
savent leur donner une assez bonne trempe, que l'on 
ne saisit dans aucun autre endruil; mais elles sont ù 
peine polies, l'oeil coupe souvent le fil et n'est pas 
percé au milieu ; les pointes, quoique assez piquantes, 
laissent voir les traits de la meule. Néanmoins, le bas 
prix da cette fabrication a cnipôclié jusqu'alors d'im- 
porter avec succès des aiguilles d'Europe; nos épingles 
sont encore moins demandées, mais pour une tout 
autre cause, c'est que les dames chinoises n'en 

font point usage, leurs vêtements étant fixés avec des 

^L boutons. 

^^P VIII, OCTOBRE. 2. 



I 



11 



(210) 

Analyses, Rapport», extraits d'oà 
vragcs, niélangc«(, etc. 



NOTE SUn BADYLONE. 

PIB U. OFFERT 



! 7 JDIUET ieS4) (') 



Dabylone formait, d'après mes calculs combinés 

aux doiipées fournies parles ancii'os elles inscrîplîonâ, 
un carré de ôlâliilom. carrés. La ciléuotossute s'éten- 
dait du point aiijoiinriiui nommé Sura (l'emplacement 
de la célèbre école judaiqup) jusqu'à la ruine connue 
aujourd'hui sous le nom d'Oliejniir. Ls canal an- 
tique El Nil en formait la frontière du nord. La ïîlle 
était presque orientée vers les points cardinaux, ou 
plus exactement du N. 8' 0. au S. 8° E. . et les 
côtés de l'est et de l'ouest avaient la direction du 
N. 10° E. au S. 10" 0. Celle èlendue immense, qui 
ressemblait plutôt à une faste enceinte forliGée, et dont 
la plus forle défense élail certainement ses fossés pro- 
fonds, comprenait plusieurs villes ou quartiers. Tout 
n'était pas habité : au contraire, les données précises 
des anciens nous apprennent qu'en dedans de l'en- 
ceînle il se trouvait des cliamps cultivés pour garantir 
les liabilanis, en cas de siépe, des horreurs d'une fa- 
mine. Encore aujourd'hui, les ruines, mal(!;ré la dévas- 
tation, nuus indiquent les lieux habités et les distin- 
guent des localités consacrées à l'agriculture. 

(l) Voy.leplaoïleBabj'laiie isutrédioi le Bulletin de ^aaiiee 



ieri654. J 



I 



(SU ) 

Le coin nord-est comprenait «ne ville distincte. Les 
ruines qui s'y tniuvent indiquent ^u(^sanlnlent leur 
ancienne destinalion, par leurs nmns qui ne sauraient 
■ dater que d'une épiiqiie reculée. Nuus y trouvons le 
Khasneh, le trésor, probnMenienl l'emplacement de 
l'ancien trésor, el le Bender, le port, dont la forme 
actuel lement esîslaïue nous fait voir l'emboucbure 
d'un canal alimenté par les eauX de l'Eujilirate. 

A 14 kijomèlrps à l'cuest de cette ville se trouve la 
cité royalii, dont l'enceinte forlillée est encore aiijoui'- 
d'hui visible. C'est là que s« trouvaient les véritables 
forteresses de la fille de Babylone, dont parlent les 
anciens. L'espace renfermé dans l'enceinle, s'élendant 
sur les deux tôlés du Deuve, comprend à peu près 
6 1/2 kilom. carrés. Tout à faii au coin du nord se trouve 
le fortdeBabeliù 2kilom.au sud de ce point, le cbàteau 
royal, connu aujourd'hui sous le nom de Kusr; à un 
peu plus de 1 kilomélro de IS, les jardins suspen- 
dus. De l'aulre côté de l'Eu p brute (rive ouest], se Iroa- 
vait un autre palais, qu'habitait Alexandre, mais dont 
il n'existe guère de traces. Le Hi-uve était canalisi^ ft 
la hauteur de la résidence royale, et les resle^du quai 
de Nabonide, encore existant, nous l'ont voir que la 
direction de lËuphrale cLiabléen était pri'sque la 
même que celle du Heuve d'aujourd'hui, 

La ville de Hîlbdi, qui se trouve .i 5 kilom. de l'en- 
ceinte royale, est b&tie sur les ruines de l'ancienne 
cité des Babyloniens. C'est iii que furent la plupart 
des temples que bùlit Niibuchodonosor. Celle ville 
avait â peu près 3 kilom. ciiirés, et était éj^alei 
furliûée par un mur. Un espace de 10 kilom. au moins 
la séparait du petit quartier de Boraippu, dont \» . 




( 212) 

nom s'est perpôlu^ dans le nom du Uir3-Nimroud»"j 
ruine de la tour dcPabylonr, qui a\ait un stade da'^ 
bailleur. Encore aujourd'iiui il en subsiste deux i'tages. 
Le premier finit avec une phle-roiine tic 23 1/2 mètres ij 
de hauteur, et, en admettant avec Hérodote que la togp'l 
entière avait huit étages de hauteur, nous arrivons ifi 
celle do 188 mètres, ce qui est exactement la valeur i 
de la longueur babylonienne. 

Çà et l se trouvent des traces de villes et des quar- Ji 
tiers ; en tout, l'espace habile pouvait avoir 18 kilotn. i 
carrés, la moitié de Paris. 



NOTICE SUR LA VILLE UE NAf^GASAKI. 



Les rapports qu'auront inévitaMemenl, daiis'l 
temps plus ou moins rnpprocbé, les Eviropôei 
d'abord les AnE^lo-Amèrlcains avec le Japon, sous le 
point de vue commercial comme sous le point de vue 
politique, devant avoir ]ieu par l'inlermédiaire de la 
ville importante de Nangasaki [i], j'.ii engagé la Société 
de géographie à publier, dans son recueil périodiqoa^ 
un plan japonais de cette ville et des environs, gravé I 
sur bois en l\ feuilles, que M. de Monli^ny lui a com^f 
muniqué à son retour de Chine, et dont il a fait pi^ 
sent à la Bibliothèque impériale ; ce plan {>aralt anté-' 
rieur à 1778; on l'a reproduit ici, réduit à moitié, saoB] 



(.} eue 



(SIS) 
BUCUD6 correction , en fac simite, et malgré certaines 
bizarreries topographiques, par la raison que ces irré- 
gularités ne l'einpêclient aucunement d'être intelli- 
gilile : il ressemble assez bien, d'ailleurs, à nos plans 
de ïilles, sauf les parlieâ qui sont rendues en perspec- 
lite cavalière, et encore, nous en avons beaucoup do 
cette espèce dans les anciens plans de villes d'Europe. 

L'échelle manque, selon i'uaage des Orientaux; on 
peut y suppléer par le plan de la baie de Nangasiiki, 
figure dans le bel ouvrage de M. de Siebold sur le 
Japon, quoique la ville j soit figurée en pelit. Il ré- 
sulte delà comparaison des deus plans que i'éclielle 
de la réduction qui est jointe au présent Bu/felia est 
d'environ 1 pour 8800. 

La ville de Nangasaki, mesurée d'après celle échelle, 
a, dans sa plus grande dimension, environ 5 300 met. 
de longueur: elle est traversée par plusieurs canaux, et 
entourée d'un grand nombre d'édilïces consacrés au 
cuite. Du coté du midi est une petite lie en Forme d'arc, 
occupée par des magasins: c'est la fuLtoierie hollan- 
daise. Personne n'ignore que les Hollandais sont, de- 
puis longtemps, les seuls Européens qui aient la faculté 
de commercer avec le Japon. Cernés de toutes paris 
dansleurrésidencepar les batteries japonaises, comme 
on peut le voir dans le plan, ils ne peuvent absolu- 
ment rien entreprendre aujourd'hui contre le pays, m 
même y songer raisonnablement pour l'avenir; leur 
impuissance est complète; les navires à leur arrivée 
sont désarmés; les voiles, le gouvernail, les cordages, 
les ancres, les canons, les munitions sont enlevés et 
portés à terre ; l'inspection assidue et sévère des ofii- 
ciers japonais prévient toute tentative indiscrète. 




( 2*4 ) 

Bien plus, les Hollandais n'ont aucun moyen d'ap- 
prendre la langue japonaise, et, pour leur en ôter Is^ 
tentation, les officiers japonais de Nangasaki appreq- 
nent la langue hollandaise ; ils récrivent, ils la parlent 
et ils communiquent par celle voie avec les étrangers 
présents, même avec les Pays-Ras. J*ai vu à Vollenlio- 
ven, à quelque distance d'Clrecht, chez le baron Vander 
Capellen, ce regrettable ancien gouverneur des Iles 
néerlandaises (1), la correspondance annuelle de l'em- 
pereur du Japon avec le roi des Pays-Bas ; elle est tout 
jçntière en hollandais (2) et écrite d'un style impéra- 
tif. Ce qui est plus étonnant, c*est qu'on traduit au 
Japon nos plus savants livres d'Europe sur les mathé- 
matiques, sur l'astronomie, etc., par exemple, la 
Mécanique céleste de Laplace. On sait qu'il se fait des 
observations astronomiques à Yedo, la capitale et en 
d'aylres villçs, et que les astronomes japonais savent 
déterminer mathématiquement la position des lieux (3). 
Je reviens h la description dç Nangasaki. 

Le plan qui est sous les yegx du lecteur est grav^ 
sur bois; il n'égale pas en précision nos plans de ville 
tçls qu'on les fait aujourd'hui; mais il peut suffire 

(i) C'est pendant les journées de février i848 que cet honorable 
personnage fut blessé mortellement à la tête, par un projectile lancé 
du boulevard des Italiens, ble&sure à laquelle il a succombé. , 

{%) Sans sortir du sujet de cette note, je dirai que chaque année, 
en outrfs des armes, des pièces de mousqueterie et d^artitleriç, 
Tempereur fait venir, de Hollande, des instruments d'astronomie et 
de physique, des encyclopédies avec figures, et toutes sortes de livrés 
de sciences et d'ait, qui mettent ses sujets au courant des progrès de 
la civilisation européenne. 

(3) On a traité ce sujet dans un article succinct du Bulletin sous 
le titre de l^ État présent du Japon (année i946, t. VI, 3? 9éri^,p. lo^). 



( Si») 

eepenclaqt i celai qui sait lire les inscriptions '^l les 
indications chiooises et japonaises dont il est en quel» 
que. sorte couvert ; j*ai eu recours au profond savoir 
de H. Stanislas Julien pour la traduction des carac- 
tères chinois. 

Le plan est orienté de la manière suivante ; bien 
qu'il puisse être étudié en plusieurs sens opposés, 
d'après la direction des arbres et des édiGces, celui 
qu'on a admis dans la gravure parait être le sens prin- 
cipal; le nord est à droite, le sudk gauche et, par con- 
séquent, r^^^en bas et V ouest en haut. Ce qu'il y a de 
singulier, c'est que les signes qui indiquent les points 
cardinaux sont posés, tous quatre, à Aô degrés (envi- 
ron) à gauche de leur véritable place. Il s'ensuit que le 
port de Nangasaki est ouvert du côté du sud et du sud- 
ouest. On voit, ici figurés, plusieurs navires étrangers, 
qui font leur entrée, venant du midi ou du $ud*ouest. 
Celui qui est le plus près d'entrer dans le port est un 
navire hollandais; il approche de l'Ile appelée Desima^ 
où est concentrée la factorerie hollandaise; celui qui 
suit est un vaisseau chinois, se rendant au port destiné 
à cette nation. Ces deux bâtiments sont accompagnés, 
sur le plan, des signes n** 2 et 1. 

Il existe au département de géographie de la Biblio- 
thèque impériale de Paris, un plan presque en tout 
semblable, qui provient de Jules Klaproth; M. Julien 
y a lu la date du 8* mois de la 7* année de l'empereur 
Anye, ce qui correspond à l'année 1778; or, celui 
que nous publions (à la moitié de l'original) parait an- 
térieur, comme on en peut juger par les additions (1). 

(i) 4il qQmt)re àe» pièces caroposanl la collection des certes japO' 
naises de la Bibliothèque, se trouve une carte routière» dam le ^eorjl 



(216) 

Maintenant je vais transcrire toutes les indications 
que M. Julien a bien voulu traduire» elles formeront 
une explication presque complète du plan de Nan- 
gasaki. 

ffïuaéroi, 

1. Navire chinois venant de Fou-tcheou (i). 

a. Navire étranger entrant dans le port (le navire hollandais). 

3. Bâtiment chinois, navire de Nan-king. 

4* Barque du navire de Nan-king. 

5. Bateaux japonais remorquant le navire étranger. 

6. Le navire étranger à Tancre. 

7. O'-ponto-ouo-poo, comptoir de Desima, maison et magasins 

des Hollandais. 

8. Grenier de Tempereur pour le riz. 

9. Temple du bonheur des Saints, et six autres temples. 

10. Port. 

1 1 . Chantiers des vaisseaux de l'empereur, 
la. Le temple de la Sainte vertu. 

i3. Champs nouveaux entourés d'une digue. 

14. Grande baie. 

i5. Chantier pour les navires chinois. 

16. Docks pour les marchandises de Chine. 

17. Maisons et magasins des Chinois. 

18. Ta-te-sse (temple de la grande vertu). 

19. Façade du palais impérial. 

20. Volcan (tout en bas à l'angle à droite de la carte\ 
ai. La montagne à sept faces. 



4e la table théodosienne : je puis citer aussi une carte italienne ani- 
kOgue du XV* siècle, où les Balkans, le Danube, le Bosphore, etc., 
sont tracés parallèlement, et tout rapprochés; elle fait partie des 
monuments de la géographie^ en cours de publication. 

(i) C*est un des cinq ports de Chine ouverts aux Anglais par le 
«raité de i84^- 



(217) 

]N* s 2. Tableau des distances, par terre où par mer, de Tchtng-ài 
(Nangasaki) aux diffëreutes provinces (i). 

NOMBRE DE tlS 

Pour aller: * --^ "*| ^ **" ^ 

par terre, par mer. 

A Rin^-tou et Miyako 210 248 

A Riang-hou ou Yedo 332 /^jo 

A Ta-fan ou Hosaka 197 aSS 

A Rouang-Tao,la grande ile dans lapro* 

irince de An-i (Aki) i3o ii4 i/a 

A Hia-kouan, province de Tchang-mou 

ou r)a£;ato 5g i/i 89 

A Siao-kouan, province de Bouzen.. . . 5y 86 1 /a 

ATchang-tsin, province de Bouzen. . . 56 i3o 

A Ji-tien, province de Boungo 4^ l58 l/a 

AHion[;-pen, province de Figo 35 4^ 

A Rhieou-ma, même province 4^ ifi 1I2 

A Lou-eul-tao (l'île du Petil-Gerf}, province 

de Satsouma 65 i /a 97 

A Tso-tou-youen, province de Figo. . . 71 '47 
A Rieou-lieou-mi , province de Roung- 

heou (Trikougo) 33 61 

A Lieoa-tchouen, même province. ... 27 55 

A Fou-kang, province de Tsikouzen. . . 5o 1/2 68 1/2 

A Tso-kia, province de Fizen 24 59 

A Ping-bou, même province 25 27 

A Thang-tsin (le gué des Chinois], même 

province 25 52 

A Yuan, même province t6 35 

ATa-thsum (le grand village), même pro- 

vince. 10 29 

A Oa-tao-chin-kiang , même province. . » 4^ 

A I-ki, même province • 4^ 

A Toui' ma (Tsou>sima), même province. ■* 91 l/a 



(1) Ce Ubleau d« S9 et le suivant n* 33 occupent, dans rori§ittal, la place qjut 
lient, 4ani cette réduction, le titre de U carte. 



( 218 ) 

V* 9.3. Distances de Tchan£;-ki (Nançasaki) à certaioes localité 
à partir du port de celte ville. 

Pe TchaiiR-ki à Ji-kien 2 lis. 

D« Ji-kieii à Chi-c4iang[ • i -» 

De Tchang-ki à To-lhsnn (le grand villagp) 3 — 

De Trliang-ki à Chin-kio 'la fosse profonde) 3 -•- 

De Cliiiikio à Ye-men (la mère sauvage) 4 — 

De Tchang-ki à Cbi-isin 3 ^ 

De Tchujg-ki à Tchang-yu 3 — 

De Si chnn kheoii (la gorge de la montagne de l'ouest) à 
Tf^haiig-Yu, le chemin le plus proche; c*estun endroit 

dangereux 2 l/i 

De Tcliang-ki à Ikiriki 5 — 

De Tchang-ki à Meou-mo a — 

De Meou-mo àThien-tsao et àFizen, on passe en bateau. 

Selon M. de Siebold, la latitude du comptoir de 
Desima est 32« 45' nord ; la longitude, 129^ 61' est 
Greenwich, ou 127" 31' à Tprient de Pari^. 

Gomme il est nécessaire d'ajouter à Tintérêt de ce 
plan par une description de la ville de Nangasaki, je 
vais en emprunter une à la relation de Kaempfer, qui» 
après plus d*un siècle, a encore, dit-on, le mérite de 
l'exs^ctitude. D'ailleurs l'ancienneté de cette descrip- 
tion la mettra mieux en rapport avec notre plan, qui 
est aussi du xvui^ siècle. En extrayant la relation de 
Kaempfer, je rapprocherai plusieurs passages épars 
dans son livre ; elle ne donne pas une haute idée de 
la richesse des constructions dans les villes japonaises^ 
mais Nangasaki, sauf son commerce, n'était rien alors 
en comparaison du luxe qui distingue les villes d'Yedo 
et de Miako. 



( 3i« ) 

Description de Nangasaki extraite de l'histoire du Japon 

par Kœmpfer (!)• 

« La situation comipode et sûrp He ce port en fait 
le rendez-vous commun des navires étrangers, et de9^ 
nalions qui ont la ponnission de négocier au Ja^pon , 
d'y apporter les marchandises étrangères, et de les 
vendre aux marchands japonais qui s'y rendent de 
tous les endroits de l'empire dans certains (eœps dQ 
Tannée. Ce privilège et celle faveur singulière sont 
accordés seulemenl aux Chinois ou aux Orientaux qui 
trafiquent sous leur nom, et aux Hollandais : mais c'est 
pour les uns et les aulres sous de grandes restrictions 
et sous une inspection rigoureuse. 

x^ Le havre commence au nord de la ville ; son çntrée 
e$t fort étroite et n'a que peu de hrasseçde profondçyr 
avec un fond de sable. La mer reçoit, auprès, quel- 
ques rivières qui descendent des montagnes voisinas; 
le port s'élargit ensuite et devient plus; profond; 
là, il ^ une deml-lieue de largeur, et cinq ou six 
braises de profondeur, il tourne au sud-ouest çt court 
ainsi la longueur d'une lieu^ le long d'une côte élçvée 
et des montagnes, ayant toujours un quart de lieue çle 
largeur, plus ou moins, jusqu'à ce qu'il abo^tiçi^je ^ 
une lie» ou plutôt à une n^ontagne entourée de mer e^t 
appelée Taka-Japaa, oii Taka-Boko, comme qui dirait 
le pic des Bambous ou la haute montagne des Bamr 
bous : les Hollandais la nopament Papenberg. Tous les 
navires qui doivent faire voile de Nangasaki à Batavia 
jettent l'ancre ordinairement près de cette Ue^ pour 

(i) Traduction française* t. II, îq-i s, La Haye, 173a {xt. 71 et fiiivO- 



( 220 ) 

attendre l'occasion de sortii' du havre, ce que l'on feju 
rait iiisémcDt dans deux lieurcs, n'était la quantité tj 
bancs de sable, de bas-fonds cl de rocbors, qui rendeOJ 
le passage de ce détroit également difficile et dango* 
reuTt. Pour se tirer d'affaire, les navires doivent g 
verner ouest, laissant In terre à droite et gagner t 
pleine mer, passant entre de pelitcs Iles. 

» Il y a rarement moins de cinquante navires et b&^ 
teaux dans le port, outre quelques centaines de bateau] 
de pôcbeurs et autres petits bateaux. A l'égard des vaÎH 
seaux étrangers, si l'on excepte quelques mois de l'hlf 
ver, il y en a rarement moins de trente, la plupan 
desquels sont des jonques de la Cbine. 

« La ville de Nangasaki est au 32" degré 36'de latitacfi 
septentrionale, et au i5i° degré de longitude (1) : 
bout du port, où il y a le plus de largeur, et où, allani 
au nord, il forme un rivage endemi-cercle, elle a la figuré 
d'un croissant, tournant un peu sur celle d'un triangle; 
elle est bâtie sur le rivage, dans une vallée étroite qui 
va du côté de l'est, formée par l'ouverture des mon- 
tagnes voisines. Elle a trois quarts de lieue de longueur 
et presque autant de largeur, La rue principale, et la 
plus large, s'étend sur toute la longueur de la vallée 
et va jusqu'à la montagne. Les montagnes qui l'entou- 
rent ne sont pas bien hautes, mais roides. d'ailleurs 
vertes jusqu'à leur sommet, et formant un point de 
vue très agréable. Précisément derrière la ville, sur le 
pencbaiit des montagnes sont bâtis plusieurs temples 
magnifiques, ornés de beaux jardins el de terrasses à 
la manière du pays; plus haut, on trouve une infii 



(■) L'er 



ir de longitude eit d'ei 



n 4 d«grei trop k l'nt. ' 



I 



( 221 ) 
de s^pullures l'une Herrièro l'autre : un peu plus loin 
on voit une plus hauto montagne, forlite et cultivée. 
I.a disposition du lout donne à l'œil un nspect déli- 
cieux et enclianlé. 

» La ville de Nangnsnki est ouverte comme le sont 
In plupnrt des villes du Japon, sans cliâlcQu, sans mu- 
railles, sans forlilications ni aucune déTcnse. Les rues 
n'en sont ni droites, ni liirges : elles vont en montant 
vers la colline et finissent près des temples. Trois ri- 
vières, dont l'eau est belle, traversent la ville ; elles ont 
leur source sur les montagnes voisines. Celle du milieu, 
et la plus grande, Iraverse la vallée de l'est ù l'ouest. 
Pendant la plus grande partie de l'année, elles ont à 
peine assez d'eau pour arroser des champs de riz, et 
pour faire aller quelques moulins; mais pendant les 
pluies, elles grossissent au poinl qu'elles entraînent 
des maisons entières. 

» Nagasaki, qu'on prononce quelquefois Nangasakîi 
quoiqu'on ne l'écrive jamais ainsi, est divisée en deux 
parties: l'une est appelée Ursimals ou ville intérieure, 
composée de 26 tsjoo ou rues toutes fort irrégulièreSt 
comme ayant été bâties dans les comuiencements 
de celte ville. L'antre est appelée Sottomaz, comme 
qui dirait la ville extérieure ou autrement les fau- 
bourgs. Elle ronticnt 61 rues, de sorte qu'il y en a en 
tout 87. 

» Les bâtiments les plus i'emarquables qui sont à 
Nangasaki eldans le voisinage sont les Janagura comme 
on les appelle; ils appartiennent à l'empereur : ce sont 
cinq grandes maisons, bâties de bois, au côté septen- 
trional de la ville, sur un fond bas auprès du rivage ; 
on y garde trots grandes jonques impériales, ou vais- 




( 522 ) 

r 

Beaux de guerre, avec tous leurs agrès prêts à être mis 
en mer au premier signal. 

V Le Tensiogura, ou magasin à poudre, est sur le 
rivage vis-à-vis de la ville ; pour plus de sûreté et pour 
prévenir les funestes accidents, on a bâti une grande 
voûte sur une colline voisine où l'on garde la poudre. 

» Les palais des deux gouverneurs qui résident danà 
la ville, occupent un terrain considérable, un peu plus 
^élevé que le reste des rues. Les maisons sont propres 
et belles, toutes uniformes et également extiaussées. 
On entre dans la cour par des portes fortiGées et bien 
gardées. Le troisième gouverneur loge à Tattejama 
dans un temple, jusqu'à ce que son prédécesseur, qui 
va à la cour de Jedo, lui fasse place dans le palais de 
la ville. 

» Les étrangers demei^rent hors de la ville dans des 
endroils séparés, où ils sont veillés et gardés avec beau- 
coup de rigueur, comme des personnes suspecteà et 
qui pourraient tramer quelque conspiration. Les Hol- 
landais demeurent dans une petite ile située dans le 
port tout contre la ville et nommée De-sima (Dezima), 
c'est-à-dire. Vile de De, Les Cliinois et les nations voi- 
sines qui professent la même religion, et négocient 
80US le même nom, demeurent derrière la ville au 
bout méiidional sur une éminence : leurs demeures 
sont entourées d'une muraille, et sont nommées Ja- 
kuijn ou le Jardin de médecine; on l'appelle aussi 
Dsiusensju, nom des observateurs de l'empereur, em- 
ployés à observer du haut des collines voisines les na- 
vires étrangers qui gouvernent du côté du port et à 
donner avis de leur arrivée aux gouverneurs de la ville. 

)S II y a environ 62 temples au dedans et au dehors 



( !2S ) 
de In ville, savoir: b temples des Sinsia consacrés aux 
Cami, eu ilieuï et idoles, adorés dans le |>ays depuis 
un temps immémorial ; 7 temples de Jaminabos ou 
prêtres de montagne ; et 50 Tira ou temples en l'hon- 
Deur des idoles étranf^ères dont le culte a été porté 
d'outie-mer: de ces derniers il y en a 21 dedans, et 
S(l hors de ta ville sur le penchant des collines, avec 
de beaux esLaliers de pierre |)oiir y monter. Ces tem- 
ples sont non-spulemenl consacrés l'i la dévotion et au 
culte> ils servent encore au divertissement et à la ré- 
création : c'est pourquoi ils sont accompagnés et ornés 
de jnrdins agréables, de belles allées ol de beaux ap- 
partements. Ce sont assurén^ent les plus beaux édi- 
fices de Nangasaki par rapport au bon air, à l'agrément 
de la situation et au point de vue qu'ils offrent sur la 
ville, sur une bonne partie du bavre, et sur le pays 
d'alentour. 

- » Entre les édifices publics de Nangasaki. on ne doit 
■ pas oublier les ponts : il y en a 35, grands et petits, 
20 h&tis en pierre et les autres en buis : leur structure 
est fort simple. 

t Les rues, pour In plupart, ne sont ni droites ni 
Ifirges. mais Irrégulières, mal|>rnpres et étroites; lés 
unes montent, les autres descendent, à cause de l'irré- 
gularité du terrain sur lequel lu ville est bâtie. On a 
mis des marches de pierre k quelques-unes des jilus 
roidcs, pour monter et descendre plus commodé- 
ment (1). Elles sont peuplées au possible; séparées 

(i)Elles n'ont pas plus de 3u ou 4o brasses de long et conlUnaent 
nn pareil nombre de maijoniii for. de Tliunbtrg, t. Il, In-^", p. iSj 
édition d> Langli*. Pirît, 1796' Ce naturnlisle vojagt^ait au Japoo 
en 177S. B. J, 





( 224 ) 

l'une de l'autre pav deux porles de bois, une ùchaqu^fj 
boni, que l'on renne totiloa les nuits, cl souvent peïl^ 
dant le jour lorsqu'il est nécessaire (1). 11 y a, en outre 
dans chaque rue, un Quasi Doogu, comme ils l'appelj 
lent, c'ost-à-dirc un endroit où l'on tient tout ce qui a 
nécessaire en cas d'incmidie, le fcii faisant beaucoqpl 
do ravages dans un pays où lotis les bîktimenls sont de 
bois : il y a donc en ces endroits nn puits plein d'eau, 
un seau ou baquet, un barpon à feu, etc.; l'échelle est 
sous la direction de l'ofilicipr qui commande dan? % 
rue. cl il la garde chez lui, 

» II Taut remarquer que les rues de Nangasaki et d^U 
autres villes du Japon ne sont jamais d'une longu^^M 
excessive. Elles ne sont pas toutes de la longueur d'uja||1 
tsio japonais (mesure de fiO kios ou brasses), dom^l 
elles ont emprunté le nom, mais elles sont bâties de^ I 
sorte qu'on les puisse fermer commodément toutes lofirj 
nuits à chaque bout. Elles sont toutes sous le com*. 
mandement d'un oDScîer. A l'égard du nombre deSrfl 
maisons, il est rarement de plus de 60, et de moini 
de 30 dans une rue. 

» Les maisons du commun peuple sont de cbétifin 
b&timents : elles sont petites, basses, rarement de plu 
d'un étage; s'il y en a deux, le second est si bas, qu'iU 
mérite àpeine ce nom. Le toit est couverldc bardeaui 
ou coupoaui de bois, arrêtés seulement par d'autread 
pièces de bois que l'on pose en crois. Les maisoniM 
sont bâties de bois, comme sont tous les autres bâtt^iJ 
meiits dans tout l'Empire. Les murailles en dedaasj 



(l) Par ce moyen, on inlercaple loule com 
«lisinei. (Ko)', de Thunbtrg, i. IJ, p. ig.) 



( 226 ) 

sont lambrissées et tapissées d'un papier enluminé de 
diverses couleurs; le plancher est couvert de nattes 
dont le tissu est fort épais ; ils ont soin de les tenir 
dans une grande propreté: les chambres sont séparées 
Tune de l'autre par des fenêtres à châssis et paravents 
de papier. Ils n'ont ni chaises ni fauteuils, et fort peu 
de meubles, n'ayant que ce qui est absolument néces* 
saire pour les besoins journaliers de la cuisine. Der- 
rière chaque maison il y a une cour de décharge, qui 
est d'ordinaire assez grande pour avoir toujours quel- 
ques plantes curieuses et agréables qui réjouissent la 
vue et dont ils ont un grand soin. Les maisons des 
riches marchands, tant naturels qu'élrangers, et des 
autres personnes riches, sont beaucoup mieux bâties ; 
elles ont ordinairement deux étages, disposés a la ma* 
niëre des Chinois, avec une avant-cour et un jardia 
sur Je derrière (1). » Jomabo* 



EXTRAIT 
d'vnb lettre adressée a m. o'avezac, 

VJcfi- président de la Commission centrale, 

PAR SIR ROBERT H. SCHOUBVRGK , CONSUL DK S. M. B. 

A SANTO-DOMINGO. 



31 août 1854. 

Le Bulletin de la Société de géographie de Paris 

ne parvient guère jusqu'à celle résidence , et mon 

(i) Pendant les mois de septembre et d'octobre, Nangasaki et se% 
environs sont très malsains : il y règne à cette époque une diarrhée 
opiniâtre. {Voy. de Thunberg^ r. II, in-4% P- 23.) 

VIII. OCTOBRE. S. 15 



• ' • • -( 
• • • • 



• •• 



( 226 ) 

absence d'Europe depuis dix années iD*a rendu , en 
grande partie, (étranger à ce qui se passe dan5 le 
monde savant. 

Je n*ai pas négligé Tobjel de mes anciens travaux, 
autant que mes devoirs consulaires m'ont permis de 
m'en occuper. C'est un fait remarquable que Sanlo- 
Domingo, étant la première terre dans le nouveau 
monde où la colonisation européenne a com mencé, soil 
Cependant la moins connue de toutes les Antilles. Nous 
avons une connaissance bien meilleure des pays de 
nos antipodes que de celte lie, la plus ancienne de nos 
colonies d'Amérique. 

Quelques articles du JSauticnl Magazine, relatifs à la 
position géographique de la ville de Santo-Domingo, 
aux courants qui longent les côtes de l'Ile, et surtout 
des « Remarques sur les principaux ports et ancrages sur 
la côte de la République dominicaine^ » vous auronhniiài 
à poiiée de reponnaltie que je me suis beaucoup oc- 
cupé dliydrographie. J'ai fait de plus quatre voyages 
dans l'inlérieur, afin de déterminer l'aspect physique 
du sol et (le recueillir les éléments d'une carie exacte. 
J'ai fixé la position de plus de quarante points et 
constaté la hauteur des principales montagnes. Ce 
travail m'a occupé pendant près de quatre ans, et j'ai 
maintenant la satisfaction d'avoir presque terminé ma 
carie. Je me propose d'y joindre un mémoire géogra- 
phique sur la République dominicaine. L'ouvrage et 
la carte seront envoyés au gouvernement de S. M. B., 
qui a fait les frais de ces expéditions. Toutefois, je 
prierai lord Clarendon d'en communiquer la substance 
à la Société géographique de Londres. 

J'ai toujours recommandé à l'éditeur dû Nautical 



.■ - *- 
^ ^ »• ' 



(ÎÎ7) 

Magazine d^envoyer, en mon nom, au Dépôt, des exem- 
plaires de mes articles* 

Votre marine marchande me doit quelque recon- 
naissance du soin gratuit que je prends depuis six ans 
de vérifier et régler les montres des navires qui 
viennent faire ici leur chargement; sauf moi-même, 
personne ici n'entend rien à la marche des chrono- 
mètres. 



LETTRE 

DB M. B. ht BLoSSBViLLÈ 

▲ If. LE PRÉSIDENT OE LA COMMISSION GENTRALB 
DB LA SOCIÉTÉ DB GÉOGBAPflIB. 



AmfreviUe-la-Campagne (Eure)) 6 août i854« 

Monsieur le Président, 

Je m'empresse de faire hommage à la Société dé 
géographie d*une notice que je viens de publier sur 
la vie et les travaux de mon frère, Jules de Biosseville, 
G*est pour moi un devoir de reconnaissance d'offrir 
ee trop modeste tribut à un corps savant dont rinitia^^ 
tive a été si généreuse, et Tautorité si puissante, pour 
imprimer une direction à la recherche de la iJiloist. 
Je ne saurais oublier non plus combien la Société» qui 
m'a fait l'honneur de m'admettre au nombre de ses 
membres, a montré en toute circonstance de sympa- 
thique sollicitude pour le sort funeste de mon frère. Si 
le nom de Jules de Blosseville doit survivre, o'est à la 



( 228 ) 

Société de géographie surtout que ma famille en sera 

redevable* 

Agréez, je vous prie, monsieur le président, l'ex- 
pression de mes sentiments dévoués. 

E. DB BlOSS£VILLB. 



EXTRAIT 

DU RAPPORT k l'assemblée DES PROFESSEURS 
ADMIlflSTRATEURS DU MUSÉUM d'hISTOIRB NATURELLE, 

SUR LES yiotrkvx m: la Californie » 

PAR M. DECAISNE, PROFESSEUR DE CULTURE. 



Le voyage que M. Bourcier de la Rivière a effectué, 
durant deux ans, à ses frais, en Californie, a procuré 
au Muséum une série d'objets de botanique des plus 
précieux. Il me suffira de rappeler que l'administra- 
tion a reçu des échantillons bien conservés des arbres 
gigantesques du pays qu'a parcouru ce voyageur; que 
l'un de ses derniers envois se composait de 10.000 
graines de Pinus sabiniana^ espèce précieuse, pour ainsi 
dire inconnue en France , et qui va nous permettre 
d'obtenir en échange des objets utiles aux collections 
de rËlablissement. Mais, pour apprécier l'intérêt de 
ces objets et les avantages que le Muséum retirera du 
voyage de M. Bourcier de la Rivière, il suffira de rap- 
peler que la longue étendue de pays qu'il a ])arcourue 
en véritable forestier, et dans laquelle se rencontrent 
les arbres résineux les plus gigantesques qui soient 
connus, n'avait encore été visitée par aucun natura- 
liste français* 



( 229 ) 

M. Bourcier de la Rivière ne s'est pas borné à par« 
courir seul et presque sans ressources les chaînes de 
montagnes de cette partie de la Californie; il a porté 
son attention sur les parties basses et brûlantes qui 
s'étendent vers Tocéan Pacifique, et la plupart des 
échantillons d'herbiers qu'il y a recueillis appar- 
tiennent à des espèces, sinon neuves pour la science, 
du moins complètement nouvelles pour les collections 
du Muséum. Les notes qu'il a jointes à ses envois 
attestent de son zèle actif et éclairé^ et du tact qu'il 
sait apporter dans ses recherches. 



NOTE 

DE 11. DB LA ROQUETTE SUR DES OUVRAGES OFFERTS 
PAR MM* SCHLAGIRTWEIT ET SUR LEUR PROCHAIN VOYAGE 

DANS l'inde; 

Lue à la séance de la Commission centrale du 20 octobre i854. 



M. Adolphe Schlagintweit m'a chargé d'offrir à la 
Société, tant en son nom qu'en celui de son frère 
Hermann, deux brochures sur la structure orographi- 
que et géologique du Mont-Rose et de la Zugspitze, 
ainsi que des épreuves de cartes photographiques prises 
sur les reliefs de ces deux montagnes des Alpes pen- 
nines et des Alpes bavaroises, et quelques feuilles d'un 
grand atlas qui accompagnent leur dernier ouvrage, 
intitulé : Nouvelles recherches sur la géographie physique 
et sur la géologie des Alpes ^ 185A. 

En déposant sur le bureau de la Commission centrale 
l'hommage de MM. Schlaginlweit, bien connus de la 



( 280 ) 

SociélA par les communications dont ils ont déjà en- 
richi son BuUetin^ je crois devoir vous annoncer que 
ces savants ont mis les mêmes ouvrages qu*ils vous 
offrpnl aujcvurdMmi, et qui se rallachent à leurs pre- 
mières « Recherches sur les Alpes a publiées on 1850, 
sous les yeux dos membres do TAcadémie des sciences, 
qui les ont très favorablement accueillis. Les auteurs 
ont fait remarquer à TAcadémie que la particularité 
qui dislingue, dans leur atlas, les relif^fs des deux 
grou|)es caractéristiques des Alpes de la plupart de 
ceux qui ont été faits jusqu*ici, c*est que les hauteurs 
ne sont nullement exagérées. L'échelle est absolument 
la même pour les dimensions horizontales et verticales, 
de sorte que les pentes des cimes et les inclinaisons 
des montagnes qui encaissent le^ vallées ont pu con- 
server les mêmes angles que dans la nature. M. Adolphç 
Schlagintweit a fait observer en même temps, quant 
aux épreuves des caries photographiques prises sur 
les reliefs, qu'en faisant tomber la lumière sous un 
angle de AO à ÔO degrés du nord-ouest sur les modèles 
qui se trouvaient dans une position verticale, son frère 
Hermann etlui ont obtenu, par la voie photographique, 
des caries représentant tous les détails des reliefs, et 
ressemblant à des cartes gravées sur acier dans la ma- 
nière dite noire et mordante. 

Après cet exposé fort incomplet des derniers travaux 
de MM. Adolphe et Hermann Schlagintweit, la Société 
n'apprendra pas sans un vif intérêt que, sur la recom- 
mandation |>ressante de notre ancien et illustre prési- 
denl, M. le baron Alexandre de Humboldt, ce patriarche 
des sciences géographiques, ces deux savants Alle- 
mands viennent d'être chargés, conjointement avec 



) 



(281) 

leur troisième frère Robert, cl*une mission scientifique 
aux Indes orientales» et en particulier dans l'Himalaya» 
C'est sous les auspices de S. M* le roi de Prusse et de la 
Compagnie anglaise des Indes que ce voyage est en- 
trepris. Embarqués au port de Soutbampton le 20 sep- 
tembre dernier» à bord du navire à vapeur Itulus , 
MU. Scblagintweit se rendent d'abord à Bombay par 
la voie de TËgyple. Ils iront en hiver à Madras» d*o^ 
ils s'embarqueront à la (in de février pour Calcutta. 
En été» ils visiteront THimalaya oriental et peut-être 
Ie.Népaul ; ils comptent rester trois ou quatre ans dai^ 
rinde» etj quand on connaît le talent et le j^èle. actif 
dont ces habiles explorateurs ont déjà donné tant cle 
preuves, on ne saurait douter que leur voyage ne 
fût très fructueux pour la géologie» la météorologie 
et la géographie, car ils partent dans les conditions les 
plus favorables. Ils sont munis d'un grand nombre 
d'excellents instruments qu'ils doivent à la générosité 
de S. M. le roi de Prusse et de la Compagnie anglaise 
des Indes» qui se chargent des frais de leur excursion. 
Les directeurs de cette puissante Compagnie, qui, dans 
une multitude d'occasions» s'est montrée la protectrice 
éclairée des entreprises scientifiques» paraissent atta- 
cher une grande importance aux travaux de MM. Scbla- 
gintweit» et ils ont fait tout ce qui dépendait d'eux 
pour faciliter leurs recherches. Enfin» M. le colonel 
William Sykes» en particulier» l'un des directeurs de 
la Compagnie» qui s'intéresse vivement aux progrès des 
sciences, principalement quand ils ont l'Inde pour 
objet, a été on ne peut plus bienveillant pour MM. Schla* 
gintweit, et leur a promis son concours empressé. Sous 
tous les rapports , peu de personnes sont mieux pla- 



( 232 ) 

cées que Thoiiorable colonel |)our les aider de soû 
appui et de SCS conseils; aussi devons-nous fonder un 
grand espoir sur le succès de cette entreprise, en voyant 
par qui elle sera exéculée et quels en sont les protec* 
teurs et les guides. 

M. Adolphe Schlagintweil a bien voulu ine promettre, 
d'après le désir que je lui ai témoigné, de saisir toutes 
les occasions qui se présenteront pour me tenir au 
courant des principaux résultats que ses frères et lui 
pourront obtenir. J'aurai soin de communiquer im- 
médiatement à la Société tous les documents qui me 
parviendront, afin qu'elle puisse les porter à la con* 
naissance des lecteurs de son journal. 



( 233 ) 

iVoavelleM séosraphlqueaV 



DécOUVEBTES AKCllËD LOGIQUES DU ROYAUUE DE NAPLES. 

Les fouilles ^irchèologiques continuent avec activité 
à Cnnosa (Caiiusiuin) , dans la Pouilie, sous In direction 
du cavalier Bonucci. On a transporté au Museo Bor~ 
bonico beaucoup des objets qu'on a trouvés dans ces 
ruines, ainsi que d'autres qia'on vient de découvrir à 
Capoue. 



t 
I 

la 

L 



OÈCOOTBBTBS ABCHÉOLOGtQtBS D&K3 LH DiPABTBHBNT 
DE l'eIIKE. 

L'arrondissement de Bernay vient d'être le théâtre 
d'une grande découverte archéologique communiquée 
par M.Charles Lenormant ^il'Académie des inscriptions 
etbelles-lettres.dansaaséance du 29 septembre dernier. 
C'est à environ âOO mètres au nord de l'ancien prieuré 
de Saint-Lambert de Malassis, propriété de M. Lenor- 
mant, que ce savant académicien et M. François Lenor- 
mant. son (ils, ont fait cette curieuse trouvaille, au bord 
delà vallée delà Rille et aumilieu des ruines d'un édiûce 
antique, où un villageois pratiquait des fouilles afin 
de s'élever une demeure. Quelques débris romains, 
médailles, tuiieb à rebord, une grosse colonne imbri- 
quée, sortirent d'abord de ces ruines en apparence in- 
signifiantes. Bientôt les fragments d'une statue (grande 
comme nature, en pierre tendre du pays, et dont 
la tète, remarquablement conaerrée, est celle d'uo 




( iSà ) 

Hprciile, se monirèrent, stpc l'inscriplion suirantS 
..HEItCVLIMERCVniO ... ERQVINIUS. V. S. L. M. 

Ces débris de colonne, de statue et d'inscriptîi 
font voir que rédifico faut Ile avait été élevé aus dépei 
d'un monuiuent plus iincicu, consistant en une stati 
A' Hercule- MeiTure, ou Heniieracle.i, \ 
lonne liistoiiée, consacrée par Ser(|uiDÎus. Or, Set 
quinius n'est point un pursoniiiige éli'an§;er au pajr^^ 
car c'est sur l'emplacement de sa propriété, explorée par 
M. Auguste Le Pre^osl, (|ue s'esi élevé di-puis le village 
de Serijuigny. 

Quelques jonrs après, MM, Lenonnant observèrent 
dea restes d'inscripiions, augmentés de symboles cliré- 
liens; le cbrisrae catbolique , la colombe et le vase 
eu.cliaristique indiquaient ta consécration d'un édi- 
fice chrétien élevé sur l'emplacement du monument 
de Serqiiînius. Ces fregments rapprocbés ont donné 

les mois: CURISTE SPIRITVS SVSI^IPE ORA- 

TIONEM MËAM; FIAT PAX IN VIRTVTE TVA 

Puis on trouva une tuile à rebord sur laquelle se li- 
saient en caractères culuriés les mots REG... CHbO... 
ANNO X..., inscription indiquant on roi tta la pre- 
mière race du nom de Chlodoveus ou de Cklotariut- 
Une autre épitaphe sur tuile à rebord, portant la men- 
tion du rë^ne d'un Childebert; d'autres épitapbes 
nïTrant les noms romains de Bai-bara, C/emeai, kin- 
centius, Uisus. Léo, Fnimeiilius, de Cohimbn dulcissima 
iti p<ii:e, etc., démontrèrent qu'un cimetière cbrétia] 
avait dû exister en cet endroit durant les premiepp^j 
temps de la monarctiie méroiingienne 

Jlais ce qui excîtii surtout l'inlérët, ce fut i'appari- 
tion du nom de BAVDVLF écrit sur une pierre, et ds 



4 
^ 






( 285 ) 

celui de TEVDVLF, inscrit sur une tuile à rebord. M 
devenait dès lors évident que ce cimetière avait réuni 
des chrétiens d'origine franque aussi bien que de race 
romaine. Le lendemain, parmi des inscriptions por- 
tant d'autres noms latins, se trouvèrent trois inscrip- 
tions en caractères runiques. La plus importante se 
lit ainsi: In garnir sen Hagen in F ride Konoung Chlou- 
doouig Consoul, ce que M. Lcnormant traduit par : 
« Ingomir, fils de Hagen, en paix, régnant Chlodowîg 
consul. » Or, Clovis 1" ayant élé le seul des • rinces 
mérovingiens qui reçut de Conslanlinople les insignes 
du consulat, cette inscription a élé écrite entre Tan 
608 et Tan 511. Les autres inscriptions portent les 
noms de HERMAN, de SIGOBERT, de CREM (sans 
doute le commencement (}u noui de firemhilde) , et 
de SIGEFRIP. 

M. Lenorraant tomba sur une épitaphe portait : 
SVR FAMY DE. Or, la formule /«wm/w^ Dei indiqua 
invariablement , sur les uionumenls des premiers 
chrétiens, une personne vouée à la vie religieuse ; et 
précisément on honore encore dans le pays un pieux 
solitaire du nom de saint Suron, dont le culte est tout 
à fait local. Une autre inscription a présenté, en ca- 
ractères runiques, ces mots Croutchild in, dans laquelle 
on reconnaît la forme franque du nom de Clotilde. 

Le nombre de toutes les inscriptions trouvées en oet 
endroit s'élève à plus de 60; nous en signalerons encore 
deux d'où il parait résulter que ce lieu fut visité en l'an 
8(5 du règiie de Childebert, l'an bhl de notre ère, par 
saint Germain, évêquc de Paris et ministre de ce roi, 
dont un superbe monogramme a aussi élé découvert 
Les noms de Glodoald %X de Nanlechild font présumer 



( 236 ) 
que saint Oloud fut an nombre <le.s visiteurs < 
endroit, où M. Lenomiant a docomort les 
d'un baptistère qui a servi sansdoute à quelque évèqdîH 
des premiers temps pour baptiser par immersion lai 
Francs et les Romains du voisinage. 

Enfin. l'inscription suivante: « VmiODV SYRUSET 
EX VICO GIS AVLERCO I(S PA. m où il est question 
du tillage de Gisacitin Auhnornm , déjà mentionné 
dans la Vie de saint Taurin cl dans les inscriptions du ' 
VieilÉvreux, est Fort curieuse pour l'histoire de la vill 
d'Lvreui elle-mêmu. 



\ DU ■&\l DA53 I 



Dans l'exposition des produits de l'industrie, ouvert 
à Bordeaux le 15 juillet 185& par les soins de la £ 
ciélé philomalbiqiie, on a remarqué de beaux échan-' 
tîUons de rîz cultivé près de La Teste. L'introductioiifl 
du riz dans l'agricullure de la Gironde paraît étrsfl 
aujourd'hui, un fuit définitivement acquis. 



TÉLÉGRAPHE Él.ECTRIQUE SNTlti; LA «PE^.ZIA ET l'AFBIQDR^ 

M. Albert de la Marmcra vient de communiquer à 
Société de géographie de nouveaux renseignements s 
la ligne télégraphique qui doit unir l'Europe à l'Afrique . 
et probablement à l'Inde. Dèji'i le câble est posé entcc 
laSpezEÏa et le cap Corse; après avoir traversé la Corssi 
les Bouches de Bonifacio et la Sardaigne, la lignetl 
parlant du cap Spartivento, extrémité sud de la SaM 
daigne, se portera sur l'Ile Galita, et de là sur l't] 



( 257 ) 

Tabarca, qui touche à la côte d'Afrique; deux branchés 
partiront de ce point : Tune vers La Galle pour des- 
servir TAlgérie, l'autre vers le cap Bon, pour gagner 
Malte et le Levant. Une vallée de 1 000 mètres de pro- 
fondeur, qui sépare le cap Spartivento de la Galita, 
offrira quelque difficulté pour la pose du câble dans 
cette pajrtie de la Méditerranée ; mais on ne doute pas 
du succès. 



AFRIQUE. 

NOUVELLES DR L'fiXPâDlTION DB l'aFRIQVE CENTRALE (1). 

Extraites d'une communication de M. Âugustus Petermann, 
datée de Gotha, 3 octobre i854* 

Il résulte d'une lettre du consul général anglais 
colonel Ilerman, à Tripoli, que le docteur Barth était 
encore le 2i mars à Tombouctou. Dans sa dernière 
lettre du li décembre, il exprimait Tespérance de 
partir dans le courant du mois pour Test; il faut donc 
supposer que des obstacles insurmontables Tauront 
empêché de réaliser son projet. Un séjour de sept mois 
à Tombouctou aura été une rude épreuve pour le hardi 
voyageur, 

A la date du 25 août, on ne savait rien de nouveau 
à Tripoli sur le docteur Vogel, mais chaque jour on 
en attendait des communications importantes. D'après 
sa dernière lettre datée de Kouka, 20 février 1854, il 
avait projeté diverses excursions autour de ce point, 

« Dans quatre jours, écrivait-il, je pars pour le fleuve 
Schary; je sei'ai absent quatorze jours; je compte re- 

(i) J*ai donné une partie de ces nouvelles dans fe numéro de 
septembre^ pages 177 et suivantes. E. J. 



( 238 ) 

monter le fleuve l'espace de trois ou quatre journées, b 
Pour son grand voyage d'exploration, il avait projeté 
ce qui suit : a 1^ Déterminer aslronomiquement les 
embouchures des fleuves qui se jettent dans le lac 
Tsad, et fixer, au moyen de Venibarcatiou (1), un cer- 
tain nombre de points du rivage cl des lies, — 2* Fixer, 
sur la route de Yola, la position du confluent des deux 
rivières qui forment le cours supérieur de la Tchadda» 
à savoir le Benué et le Faro, et descendre le fleuve 
autant qu'il sera possible» pour voir s'il est navigable 
et s'il s'y trouve des cataractes (2). — 3" Durant la 
saison des pluies» explorer Kanem et le Bahr el GhazaI» 
et chercher à pénétrer dans le Ouaday, — Si les deux 
derniers projets ne pouvaient se réaliser» j'essaierais 
de remonter le plus loin possible vers sa source le 
fleuve Schary. Après la saison des pluies» je reviendrai 
ici » surtout à cause des plantes» qui maintenant sont 
presque toutes brûlées. Tous ces voyages» je les ferai 
seul, ou accompa;;né d'un de mes sappers, et avec aussi 
peu de hagaj^es que possible pour ne point exciter la 
cupidité des indigènes. Si cela m'est possible» je 
transporterai» vers la fin de cette année» mon quartier 
général plus à l'est et au sud. Par la grande caravane 

(i) Sorte de chaloupe, qui fut transportée en pièces détachëet 
delà Méditerranée au lac Tsad, à dos de chameau; puis, montée 
et mise à l'eau par des charpentiers arabes. Cest sur cette barque 
que monta Overweg pour explorer les parties inconnues du lac et 
les innombrables îles Riddoumas. 

(a) Le docieur Vogel ne connaissait pas encore à cette date l'ex- 
pédition envoyée par le gouvcrniinient anglais, sous le commandement 
de M. Mac Gregor Laird, pour rtmonttr le même fleu\e; Texpéditiun 
a quitté rAn(>lcterre au commencement de juin, puur cire de retour 
k Noël prochain. 



I 



( 239J 
qui, dans deux mois, partira de Bornou, j'enviirrai loua 
lea détails et un eulrail de mon journal. » 

On voil, dit U. Augusius Peleimann, que les pro- 
chaines nouvelles piooieltenl un haut intérêt pour 1k 
science j lea voyageurs ont éprouvé partnul la plus 
grande sympathie, effet de rinlluence des consuls 
britanniques daus le nord de l'Afrique. J-d. 



LETTBR DU COUUAHDART JOHN RAË SUB DES HODVBLLES 
DS LUXPiuiTJOn UB lOHN FRANKLIN. 



aepulse-Bny, ïg juillet iiS5^. 



J'ai l'honneurde déclarer, pourrinslruction des lords 
commissaires de l' Amirauté, que. pendant mon voyage 
sur la glace et les ueigus, elFeclué cr printemps, dans 
le but de compléter l'arijentage de la côte occidentale 
de Booibia. )'ui vu les Esquiniaus dans Pelly-Bay. J'ai 
appris de l'un d'eux qu'un détachement d'buuimes 
blancs [kablaonans) était mort de faim , à quelque dis- 
tance à l'ouest, et non loin d'une grande liviére qui 
contenait plusieurs chutes et courants. 

l'ius lard, j'ai eu d'autres renseignements et acheté 
un certain nombre d'articles qui rendent lu sort d'une 
partie ou peul-èlre de tous les survivants de rex|iédi- 
tion de John Franklin indubitablement aussi texible 
que l'imagination le peut concevoir. Voici en au bs tance 
les informations que j'ai obtenues û diverses fois et de 
différentes sources. 




( m ) 

Il y a quaire liivors ([nliilemp» liu JSSO), un délv 
chemenl d'hommes blancs, s'élevant S environ âOhool 
mes, a èlé ïh [lar quelques Esquimaux à la rccliercbn 
des ¥Gau\ marins près de la rive nord de King Wi^ 
liani's I.amt, qui est uno grande lie. Il voyageait i 
sud sur la glade et lialnuit un bati^au. Personne daul 
ce délDcIifiment ne parlait la langue des Esquimaux 
d'une manière intelligible; mais les bonimes qui le 
ccimposaieut ont fait comprendre par signes aux Es- 
quimaux que leur vaisseau ou leurs vaisseaux ataïeiU 
élé abîmés par la glaco et qu'ils cliercbaient des daim 
et du gibier. Tous les bommes, à l'exception d'un e 
cier, élaïenl maigres. On suppose qu'ils étaient à coaH 
de vivres. Ils achetèrent un veau marin aux indi 

Plus lard, mais avant ki débâcle des glaces, les corpi 
de 30 indiùdus furent découverts sur le continent 8 
5 dans une tic voisine, à une longue journée au nurd^ 
ouest d'une large rivière qui n'est autre sans doute qi» 
le &ack's river (nommé par les Esquimaux Oot-koh^ 
ca-lik); la description qu'ils en font et celle qu'ils doo 
nent du voisinage de Point Ogie et de l'Ile de Montréal! 
■'accordent cxacLcmËnt avec la description de ! 
George liack. 

Quelques corps auraient et:; enterrés (probablement J 
ceux des premières victiiiies du la ramincj. Quelques-^* 
uns étaient sous une tente ou des tentes, d'aulresd 
étaient sous le baleau qui avait élé renversé pour for-i^ 
mer un abri; plusieurs étaient épnrs dans diverses 
directions. Parmi ceux qui furent troutés dans l'Ile, il 
y en avait un que l'on suppost; avoir été celui d'ua 
oflicier. Il avait son télescope suspendu à l'épaule 
son fusil à deux coups était couché auprès de lau 




I 



l 



( 2H ) 

D'après l'élal de mulilatioti de la plupart des corps 
et ce qai se trouvait dans les cliaiidièrcs, il est évident 
que nos malheureux compatriotes avaient été réduits à 
la dernière extrémité, le cannibalisme, pour prolonger 
leur existence. I! paraissait y avoir eu grande abon- 
dance de munitions. La poudre avait été vidée en las 
sur le sol par les indigènes , et au-dessous du niveau 
fie l'eau on a trouvé beaucoup de balles qui étaient 
restées probablement sur la glace. Il devait y avoir 
aussi beaucoup de malles, bouBsoles, télescopes, fusils 
à deux coups. Tous semblent avoir été brisés. J'ni vu 
des fragments de ces divers articles entre les mains des 
Esquimaux, avec des fourcbetles et des cuillers d'ar- 
gent. J'en ai racheté autant que j'ai pu. 

Ci-jointo la liste des articles les plus importants avec 
les chiffres et initiales sur l'argenterie. Les articles 
eux-mêmes seront rerais au secrétaire de l'honorable 
compagnie de la Baie d'Hudson , h mon arrivée â 
Londres. Aucun des Esquimaux avec qui j'ai conversé 
n'avait vu les blancs. Ils n'avaient même pas été aux 
endroits où les corps avaient été trouvés; ils tenaient 
leurs renseignements de ceux qui avaient été sur les 
lieux et qui avaient vu le détachement en voyage. Je 
ne m'excuse pas de la liberté que je prends de vous> 
écrire; je le fais dans la pensée que Vos Seigneurie» 
doivent être désireuses d'être mises aussitôt que pos' 
aibte en possession de tous renseignements, quelque' 
incomplets qu'ils puissent être, sur ce sDJct pénible- 
ment intéressant. 

J'ajoute que, grâce à nos fusils et à nos filets, nous^ 
avons été largement approvisionnés l'automne àuf 
nier. Mon petit détachement a passé l'hiver asseK con- 
OCTOBim. û. t8 



( 242) 
1(1 lia b le ment dans des iiiaisoiiG de ueij^ 
daima que nous avons luôs nous ont servi de vëtccaeiils 
et de literie biiio chauds. Mon \oyage du printemps a 
manqué, par suite d'une act^umulation d'obstacles qu^ 
ma précédente expérience des régions arctiques i 
m'avait pas cependant l'ait prévoir. 

J'ai l'hoQneur.etc. Signé Jobh Rks, 

CuinniaDd.int (le reipédilion de 

de la FDmjiagiiÎG de la Baie d'Hi 

(Exirail ilu journal du commandant John Rae.) 
Dans la matinée du 20, nous avons rencontré 
Esquimau très intelligent avec un traîneau attelé de 
cliieus, portant de la chair de musc. Cet homme a 
consenti à nous accompagner pendant deux jours; il a 
déposé sa charge sur la neige et il s'est joint à nous. Il 
nous a aidés à arranger les traîneaux, et nous avons 
voyagé avec plus de lacilité. Nous avons été rejoints 
ensuite par un autre indigène qui était à la chasse 
dt'puis la veille; après avoir visité notre maison de 
neige, cet homme avait suivi nos traces. 11 était 
très comniunicalif. Sur la question urdînaire que 
nous lui avion» laite, à savoir s'il avait vu des honunea 
blancs, ou des vaisseaui ou bateaux, il a répondu que 
non; mais il a ilit qu'un détachement de kahloonans 
(hommes blancs) était n:iort de laini à une grande dis- 
tauce. à l'ouest, au delà d'un grand Ûeuve. U a dé- 
claré ne pas savoir positivement l'endroit, n'y ayant 
jamais été, et il a ajouté ne pouvoir pas nous accom- 
pagner aussi loin. 

Voici les renseignements qu'il noua a donnés : parmi 
le^ ko hommes dont se composait le détachement de 
blancs, il y avait un oiBcier grand, vigoureux et d'un 



relie, 

édl! ^ 



> « U Ull j 



I 



( m ) 

âge moyen. Tous les Ijouames, à l'exception de l'offi- 
cier, étaieul amaigns. Ils tiraient leurs liatneaux avec 
des cordes. Quelques-uns de les mallieureux doivent 
avoir survécu jusqu'à l'arrivée des oies sauvages (c'est- 
à-dire jusqu'à la lin de mai), car on eulendit des 
coups de i'usil el l'on a trouvé des os Irais et des plumes 
d'oie près du lieu qui fut le tbéàlre de ces tristes évé- 
nements. J'ai acheté, entre autres articles, une déco- 
ration du Mérite, sous la forme d'une étoile, et une 
petite pièce d'argenterie portant gravés ces mots : Sir 
John Franklin. 

D'après ce que j'ai appris, il a'y a pas lieu de sus- 
pecter qu'aucune violence ait été faite par les indi- 
gènes à ces mallieureux. 

Voici la liste des articles achetés aux Esquimaux, et 
que l'on dit avoir été trouvé» à l'endroit où étaient les 
corps des individus morts de faim : 

Une l'oui'chette d'argent portant une tète d'animal, 
avec des ailes étendues; 3 fourchettes d'argent, avec 
les initiales F. R. M. C. (capitaine Crojier de la Terror), 
et portant un oiseau avec les ailes étendues; une cuil- 
ler et une fourchette d'argent, portant un oiseau avec 
un rameau de laurier au bec : devise : Spero meiiora; 
une cuiller d'argent, une cuiller à thé, une fourchette 
de dessert , une tête de poisson, redressée avec des 
hrauches de laurier de chaque côté; une fourchette 
d'argent avec les initiales H. D.S. G.(HarryD. S. Good- 
sir, aide-cliirurgien de r£reA«j), une fourchette d'argent 
avec les initiales A. M. U. (Alexandre Mac Donald, aide- 
chirurgien de la Terror) , u ne fourchette d'argent avec les 
initiales J. A. M. (Jillies-a-Mal beau, commandant en se- 
cond delà Tetror]; une fourchette d'argent avec les ini- 




C Uh ) 

iialesJ. T. ;une cuiller d'argent de liesserl, avoc les ini- 
tiales J. S. P. (Jolin.S. Peddie, chirurgien de VErebus), 
une pi^ce d'argenterie ronde, ovec ces mois gravés : Sir 
John Franklin, K. C. B.; une étoile ou décoration 
avec ces mots : Nec aspera terrent. G. R. III. MDCCCX' 

Il y a encore un certain nombre d'arlicles ai 
marque de nature à les faire reconnaître, mais qui 
avec ceux ci-dessus, seront remis au secrétaire de l'ho- 
norable compagnie de la Baie d'Uudson. 

Repulse-Bay, juillet ISbj. John 



Sir 

lui , i 



L 



ESPÉDITION un PHŒKIX. 

L'Amirauté anglaise a reçu des nouvelles du capilaini 
Inglefield, du bateau à vapeur de S. M. le Phœnix, 
date, à la pointe des Quatre-Ues, du 9 juillet. 

Après avoir visité Skandsen et Ridenbenk, le capi^ 
laine a voulu voir une forêt pétrifiée dont parlent les 
Esquunaux, à 1 OSA pieds au-dessus du niveau de 
merj il a trouvé, en eEFet, un grand nombre de débris 
d'arbres pétrifiés; quelques-uns des arbres se sont, 
convertis en une sorte de chitrbon. Il y a plusieui 
essences de bois. Le capitaine a envoyé à l'Amiraùl 
des spécimens des pétriljcatlons et du charbon trouvés 
en cet endroit, peu éloigné de Ridenbenk-Rullrud. 

A bord, on a fait usage du charbon qui avait été 
trouvé; il est excellent et il vaudrait 30 sb. la tonne. 
Des brouillards et des venls du sud ont empêché le 
Phœnix d'approcher de l'Ile des Lièvres. L'intention 
du capitaine était de communiquer avec Prooen et 
Upernavik, afm de tàcliar d'avoir des chiens et un c 

ucteur esquimau. [Morning-Herald. 




pis ' 

lié ^ 



(246 ) 



I 



BTUDB5 HYDfiOGB&PHIQUES DANS L/L GDTA5B. 

Pai' une lellre de M. le capitaine de vaisseau Bon- 
nard , datée du 12 juin dernier et adressée à M. le mi- 
nistre de la marine, on remarque que les études 
hydrographiques dans la Guyane française se pour- 
suivent activement : la carie de la rivière de la Comté 
est terminée jusqu'à la montagne Cacao; les cartes 
des rivières Approuague et Oyapok jusqu'au saut, sont 
aussi terminées. 

OCÉAN lE. 

ANNEXION DES ILBS SANDWICH AUX ÉTATS-UNIS. 

On assure que les lies de Sandwich viennent d'être 
annexées aux Ëtats-Lnis, par un traité que le gouver- 
nement de cet archipel aurait conclu avec celui de 
r Union, 

HOUVEU-ES DIVERSES. 

Le capitaine sir Edward Belcher, commandant 
une expédition dans l'océan Arctique, a adressé à 
l'Amirauté anglaise un rapport dans lequel il accorde 
les plus grands éloges à M. Emile de Bray, oSicier 
français qui a pris part à cette expédition sur le vais- 
seau anglais the Resolute. Sun Exe. lord Cowley a été 
chargé par le gouvernement d« S. M. B. de transmettre 
copie de ce rapport à S. Exe. le ministre des affaires 
étrangères. En voici la liaduclion : 

Après avoir appelé sur les noms de plusieurs officiers 
appartenant à la marine de S. M, l'allention des lords 

I commissaires de l'Amirauté, je suis infiniment heureux 
d'avoir les plus grands éloges à donner A la conduite 
do M. Emile de Bray, placé sous le commandement 
I : ^ 



( ua) 

plus immédiat de mon brave coopéraleur, le capitaiod 
Henry Kellell. du vaisseau do S. M. Resolute. Justice 
déjà été rendue, par une lettre du capitaine Kellett 
celte conduite qui fait tant d'honneur au corps doi 
M. deBrayesl un nohle rpprésenlanl. 

Comme Bcliol, rie si rep;rellal)le mémoire, M. 
Bray s'est acquis les plus cordiales sympalliies de loi 
ceux gui ont eu le plaisir de le connaître. 

Je me plais à espérer que les sentiineats qu'ils nouS 
a inspirés seront portés à la connaissance de son gou- 
vernement, et que son mérite recevra la récompense 
dont il est si digne. 

Dans la séance du 7 septeralire, la Société géo^a- 
pbique de Berlin a entendu la lecture du mémoire de 
U. de Kloeden sur les expéditions guerrières des Al- 
lemands au Venezuela pendant la première moitié du 
seûiëme siècle. Lors de son mariage avec Isabelle de 
Portugal, Charles-Quint avait vendu le Venezuela au 
riche marchand Welser, à Augsbourg, qui envoya 
successivement plusieurs eitpédilions dans ce pays 
pour découvrir et conquéiîr l'eldorado espéré. Ces 
expéditions guerrières furent commandées par des 
chefs mililairea, cumme Âlfinger, George de Spire et 
Hiilîppe de Hutten , qui ont accompli des exploits mer- 
veilleux, tachés malheureusement par des cruautés 
révoltantes. 

M. Bahinet vient de (aire, à l'Académie des sciences, 
une description des courants dans les trois grands 
océans du globe; il a exposé leurs effets sur les climats 
des diverses contrées, et a présenté ime théorie neuve 
et intéressante de ce phénomène. 



* 



À 



( 247 ) 



roTAGB DB M. BaUN-IIOU.ET SDB LE NIL BLANC. 



M. fin 
Nil Blai 



L-Rollet, d'orii 



igme sarrie, qui voyage sur le 
nuées p 



I 
I 



liane depuis dix années pour des opérations com- 
merciales, a su mettre à profil toutes les occasions 
favorables pour faire des observations sur le pays, te 
climat, lus babitants et sur la géograpbie. II vient 
d'arriver à Paris avec un mémoire étendu et une carte 
qu'il a mise '-ous les yeux de la Société; on y remarque, 
pour la première fois, un grand cours d'eau presque 
parallèle au Babr-el-Abiad (à 30 ou 80 lieues de dis- 
tance à l'ouest, entre les 9' et 10' degrés nord, et qui 
se jette dans le Babr-Keilak, rivière appelée aussi Mis- 
selad par M, d'Arnaud), L'existence en est affirmée 
par les indigènes avec Ipsquels ce voyageur s'est mis en 
relation ; on n'en connaît pas la source, mais elle est 
fort reculée dans le sud, d'après tous les rapports ; 
ses rives sont très peuplées; les habitants sont d'hu- 
meur paisible. Toute culte contrée, qui parait destinée 
à fournir un nouvel aliment aux relations commer- 
ciales> ouvre en mémi' temps on champ entièrement 
nouveau et d'une immense étendue aux découvertes 
géographiques. M. Brun-Rollct se propose de la par- 
courir au moins dans sa partie la plus orientale, c'est- 
à-dire qu'après avoir remonté, en barque, le Bahr- 
Keilak, il remonterait la branche dont je viens de parler 
jusqu'à ce que la rivière cesse d'être navigable; accli- 
maté comme il l'esl, habitué par un<' longue expé- 
rience aux difficultés que présentent les hommes et 
les lieux, il peut espérer de réussir dans cette nouvelle 
excursion. Johabd. 




( 248 ) 

Jkeien de la Société. 

KXrilAITS DES PROCiiS -VERBAUX DES SÉANCES. 



Séance du 20 octobre 185A. 

PRESIDENCE DE M. JOMARD. 

Le procès-verbal de la dernière séance esl lu et 
adopté. 

Il est donné lecture de la correspondance : 

M. Joseph, Henry, secrétaire de Ilnsiitul smitbso- 
nien à Washington, écrit, au nom de cet Institut» pour 
accuser réception de plusieurs volumes du Bulletin et 
des Mémoires de la Société , et la remercier de cet 
envoi ; il adresse en même temps un grand nombre 
d'ouvrages qui proviennent soit des publications de 
rinstitut smithsonien même , soit de divers auteurs 
qui emploient Tintermédiaire de l'Institut pour offrir 
leurs travaux à la Société. (Voy. la liste des ouvrages 
offerts.) 

Le secrétaire de la Société philosophique américaine 
de Philadelphie remercie la Société de l'envoi du 
tome V de la 4* série du Bulletin. 

M. Hecquard, consul de France à Scutari (Albanie), 
accuse réception des instructions que la Société lui a 
envoyées, et il annonce qu'il fera tous ses efforts pour 
arriver à résoudre les questions qui lui ont été soumises. 

M. E. de Blosseville écrit à la Société pour lui offrir 
une notice sur la vie et les travaux de M. Jules de Bios* 
seville» son frère. (Voir page 227.) 



I 



( 2â9 ) 

M. Blundel, directeui' du dépôt de la guerre, adresse 
un exemplaire de la 17* livraison de la carte de France 
au fô^. et un exemplaire d'une brochure intitulée: 
Notice sur la grande carte topograpkiqne de la France, 
dite Carte de l' État-major, 

M. Hippolyle Ferry écrit d'Yssengeaux que, retenu 
dans la Haute-Loire, par les oljservalions qu'il pour- 
suit sur la déclinaison de Taiguille uimuntée, il ne 
pourra, de quelques mois encore, assister aux séances 
de la Commission centrale. 

M. Cochelet s'excuse de ne pouvoir assister à la 
séance. 

M. de Saint'Gricq accuse réception des instructions 
que la Société lui a adressées, et annonce qu'il s'ap- 
pliquera à combler les lacunes signalées dans ces in- 
structions; qu'avant même de tetourner en Amérique, 
il serait en mesure de résoudre une grande partie des 
questions, par la publication des notes et des obser- 
vations de son dernier voyage; qu'en ce moment il 
met au net le volumineux album qui doit accompagner 
son ouvrage et donner une idée des villes, villages, 
habitants, scènes d'intérieur e t paysages compris entre 
l'océan Pacifique et l'océan Atlantique, depuis le port 
d'Islay (Pérou) jusqu'au port de Sainte-Marie-de-Para 
(Brésil). 

M- Alexis Perrey, professeur à la l'acuité des sciences 
de Dijon, accuse réception du numéro du Bulletin où 
est insérée sa circulaire relative aux tremblements de 
terre : il demande l'autorisation de l'aîre faire un tirage 
h pari de celte circulaire : ta Société accède ù cette 
demande. 

M. le major Cunningliam, du corps des ingénieurs 




( S60 ) 

du Bengale, remercie la Sociétiï do la mention hono^ 
rab(e qu'elle a faile de ses voyn^es dans l'Himalaya; 



il offre V 



oluni 



ulé happoi 



■ I.jadakf oA 

sont consîfînéa lew rt^soltats de ses ïoyapes. M. Alberl- 
MontÉmont est prié de rendre compte de cet ouvrage. 

M. de Barbosa-Canaes, bibtiotljécaîre général de la 
grandi- Bibliothèque deLîsl)onTie, accuse réception des 
numéros du Biillelin que la Société a adressés à cette 
bibliothèque ; il demande qu'elle veuille bien lui en- 
voyer, en outre, le recueil de ses Mémoires, en échange 
d'ouvrages que la Bibliothèque est prête à lui offrir 
sur la désignation de ceux qui lui conviendraient te 
plus. La Société accepte cet échange. 

Le secrélaire de la Société royale asiatique de Lon- 
dres adresse des remerciements pour l'envoi du tome V 
de la i" série du Bulletin. 

M. d'Avoiac communique une lettre de M. Schota^ | 
burgk, par laquelle ce voyageur décrit plusieurs I 
des travaux récents auxquels il s'est livré à Sainte ^ 
Domingo; renvoi k la Comuiission du Bulletin. 

M. Jomard offre plusieurs ouvrages à la Société au 
nom de différents auteurs: 1°de la pan de M. Augustua 
Pelermann, une carte allemande de la France, par 
M. Stûlpnagel , remarquable par la beauté de l'exé- 
cution ; 

2" De la part de M, Baruffi, un voyage intitulé : Ua 
Tormo a S. Pietroborgo e Alo.rca; 

S" De la part de M. Benedict, citoyen des Ëtats-CnUi 
le Bulletin de la Société de géographie et de statistique 1 
de New- York. 

M. de la Hoquette oITre, de la part de MM. Adolphe 
etHermann Schlagintweit : 1° des observations sur la 



(261) 
hauteur du mont Rose ; 2» des épreuves de cartes 
photographiques, d'après les reliefs du mont Rose et 
de la Zûgspilze ; 3' le supplémenl aux Recherches géo- 
logiques. Il dépose sur le bureau, de la part de M. le 
professeur Paul Chaix, la suite de la Bibliothèque 
universelle de Geoève. Il offre eusuite un portrait du 
lieutenant Bellot, et rappelle que M. Perrotin a eu la 
bienveillance d'autoriser la Société à faire le tirage des 
exemplaires de ce portrait insérés dans le Bulletin de 
juillet IS&â. Des remercienients seront adressés à 
U. Perrotin. 

Le secrétaire général donne lecture de la Uste des 
autres ouvrages ofl'erts en grand nombre dans cette 
séance. (Voy. ia liste p. 255.) 

M. de Rosny ajoute à ces dons, de la part de 
Mgr. Pallepolx, le Dictionnaire de la langue thni ou 
siamoise; ud rapport sera fait sur cet ouvrage, 

M. le président annonce la mort de M. MiChelot, 
membre adjoint de la Gonomission centrale; cette 
perte, qui est vivement sentie par l'assemblée, laisse 
une place vacante <lanB la liste des membres adjoints, 
et, à la prochaine séance, on procédera à la nomina- 
tion d'un membre pour la remplir. M. Jomard ajouta 
queM.Furloul, ministre de l'instruction publique et pré- 
sident de la Société, est disposé à présider la deuxième 
assemblée générale annuelle, qui se tiendra prochai- 
oement. 

M. Brun (Brun-Rollet), voyageur sarde, de retour 
de ses voyages dans le bassin du Nil Blanc, est pré- 
senté par M. Jumard; il expose de vive voix quelques- 
uns des principaux résultats de ses explorations : il a 
remonté le Nil Blanc jusque vers le 3° degré de la* 



( 252 ) 
lîlude nurd ; c'est là qu'il avait installé, dans une tuai- | 
son construite par ses soins, le missionnaire Angelo 
Vinco, mort l'année dernière ; il parle de ses rapports 
avec les Barry, les Berry, les Dinka, et autres peuples 
voisins du fleuve Blanc; il explique comment le Sau- 
bal, affluent de droite de ce (louve , a été pris à tort 
pour la branche principale du Nil; une des plus im- 
portantes découvertes qu'il peut olFrîr à la géographie, 
est celle d'un grand affluent du Babr-Keilak [Mis- 
selad)? qui parait venir d'une grande distance au sud; 
du reste, M. Brun a exposé ses travaux géographiques 
sur le bassin du Nil Blanc dans un mémoire qu'il 
se propose de faire imprimer prochainement à son 
retour d'Angleterre, et dort la Société pourra prendre 
communication; il met ensuite sous les yeux de l'as- 
semblée une carte qu'il va faire graver, et il offre à la 
Société d'en faire, pour le Bulletin, une réduction qui 
comprendra les notions nouvellement acquises. La 
Société accepte avec reconnaissance l'oiTre de M. Brun. 

Sont présentés par MM. Joniard et Cortambert, pour 
être admis dans la Société, trois candidats : M. Brun 
(Brun-Kollet), voyageur sarde en Al'rique ; M. de Tou- 
reil, chancelier du consulat général de Caracas, et 
iM. Ed. Renard , ancien délégué du commerce en 
Chine; on votera sur leur admission à la prochaine 
sé&Dce. 

M. Albert-Montémont fait une analyse de la des- 
crJption du royaume de Siam ou Thaï, par Mgr. Palle- 
goix. Après quelques observations présentées par 
M, le capitaine G. Lafond, on décide que cette analyse 
sera insérée au Bulletin. 

M. de la Roquette donne des explications sur les cartes 



I 



( 253 ) 
et Us nolices adressées à la Société par MM. Scbla- 
>. gÎDlweit et sur leur procliain voyage dans l'Inde, 
M. Jomard rappelle, au sujet des cartes photogra- 
phiques de ces deux nuteurs, la carte exécutée 
par MM. Bisson, d'après le relk^f de la France de 
M. Kummer. 

M. Demersay communique des nouvelles géogra- 
phiques sur le Brésil, d'api'ès deux lettres de M. le 
docteur Sigaud; il donne particulièrement des détails 
sur la nouvelle province du Parana, 

M. le capitaine G. Lafond annonce que le brigadier gé- 
néral D" Francisco Lopez, fils du président du Paraguay 
et ministre plénipotentiaire de celle république, est à 
Paris, et que, sur le point de repartir pour l'Amérique, 
il emporterait avec plaisir les instructions de la Société 
pour éclaircir les points douteux de la géographie du 
Paraguay. 

M. Cortamberl explique les efTorls qu'il a déjà faits 
pour avancer la géographie duParaguay.en consultant 
le général Lopez, et il annonce qu'il a rédigé, avec les 
matériaux que lui a fournis ce général, une carte qu'il 
ne lardera pas à publier. Il s'entendra avec M. Demer- 
say, désigné par la Commission centrale, et avec la 
section de correspondance sur les instructions qui 
pourront être remises à M. le générai Lopez. 

M. G. Lafond demande, au nom de la rédaction de la 
Gazelle de Cosla-Rica, que la Société veuille bien 
échanger son Bulletin contre cette Gazelle, qui renferme 
dcsdélails statistiques et géographiques; cette demande 
est appuyée et renvoyée à la section de comptabilité. 
I, Jomard annonce qu'on vient de célébrer à Berlin 
e Sô" anniversaire de la naissance du baron de Hum- 



( 264 ) 

boldt, président honoraire de la Société; il ajoute 
que, malgré son grand âge, Tillustre savant travaillé 
toujours sans relâche, et jamais il ne se couche ayant 
trois heures du matin. 

M. Jomard communique ensuite des nouvelles ar» 
rivées récemment de l'expédition de l'Afrique centrale, 
et qu'il a reçues de M. Petermann. Elles contiennent 
particulièrement les derniers projets d'exploration du 
docteur Vogel et des nouvelles du docteur Barth. 



( 25& ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LA SÉANCE DU 20 OCTOBRE 185/i. 



EUROPE. 

OUVRAGES. 

Titres des ouvrages. Donateurs, 

Da ToriDO a S. Pietroborgo e Mosca passeggiata straordinaria di 
G.-F. Baruffi. i vol. in-8'. Torino, i854- M. Baruffi. 

JNotice sur la grande carte topographique de la France, dite Carte de 
l'État-major^ par M. le directeur du Dépôt de la guerre Blondel» 
colonel au corps impérial d*État-m a j or. i vol. in-8^. Paris, i853. 

M. le Ministre de la gobrbb. 

Sulle carte geometriche dei comuni da servire di base alla statistica 
générale, alla costruzione délia carta amministrativa ed al defini- 
tivo catasto de reali Dominii continentali del regno deile. Dute 

' Sicilie. In-8*. Napoli, 1 854* Le chev» B. Marzolla. 

Observations sur la hauteur du mont Rose et des points principaux 
de ses environs, par Adolphe et Hermann Schlagiiitweit. Turin, 
i 85d, br. in-S"*. MM. A. et U. SoJBOiAOïNTWBiiT. 

Nachtrâg zu den geologischen Untersuchungen im zweite» Theile^ — 
Gap. XVI. Beobachtungen iiber die geologischen Verhaltnisse der 
Bayerischen Alpeu, in den Umgebungen der ZugspitJEe uiid des 
Wettersceines ; von Adolph Schlagintweit. firoch*. in-40. 

M. A. SoAbàOIHVWBIT. 
CARTES ET ATLAS. 

Carte de Franoa au 8000&*. r 7*^ livraison. i854* 

M. le Ministre de la guerre, 

Frankreich bearbeitet von Friedrich v. Stiilpnagel kônigl. Preuss. 
Haupimann a D. gestoohen v. G. Poppey. Gotha. Just. Perthes, 
1854. I feuille. M.J. Pebthes. 

Atlas zu den neuen Untersuchungen ueber die physicalische Géogra- 
phie und die Géologie der Aipen; von Adolph und Hermann 
Schlagintweit. i** livr. Leipzig, i854- MM. A. et H. Sgblagibtwbit* 



( 256 ) 

Titres des cartes. Donateurs, 

Épreuves de cartes {];éo£frap}iiqucs produites par la photographie, 
d^nprès les reliefs du mont Rose et de la Zug^spitze, par A. et 
H. Schlaçintweit. Brocli. in-4°« Leipzl(!r, i854* 

MM. A. et H. SCHLAGINTWBIT. 

ASIE. 

Ladak, physical, stntistical, and historical ; with Notices of the sur- 
rounding uountries. i vol. in-8°. Londou, i854. 

Le major Alex. GuRNlcNbHAM. 

AMÉRIQUE. 

Report of the debates in the convention of Galifornia, by J. Ross 
Rrowne. Washington, i85o. i vol. in.8'*. Instit. smithsoeiiçn. 

Report on the trade and commerce of the British North American 
. colonies and upon the trade of the Great Lakes and ri vers, l^y 
L.-W. Andrews. 3 vol. in-8®. Washington, i853. Id. 

Abstract of the 7^''. Gensus of the United-States. i vol. in-8*. 
Washington, i853. M. J.^G. KBiiqppT, 

Report of an expédition down the Zuni and Golorado rivers. i voj. 
în-8°. Washington, i853. Le cap. L. Sitgbeaves. 

Report of the Red River of Louisiana in the year i85a; by.Ran- 
dolph B. Marcy, captain U. S. A. assisted, by G. B. M*Glellao, 
U. S. A. I vol. in-8**. Washington, i853. Le cap. R.-B. Mabct. 

Personal Narrative of explorations and incidents in Texas, New- 
Mexico, Galifornia, honora, and Ghihnahua. 2 voL in-S*^. New- 
York, i854* M* John-Russell Bartlktt. 

Exploration of the Valley of the Amazon, made under direction of 
the Navy Department, by W. Lewis Uerndon and Lardner Gibbon, 
lient. (J. S. N. Part i. i vol. in-S*". Washington, i853. 

M. W. Lewis Herrdor. 

OUVRAGES GÉNÉRAUX. 

Dictionarium linguœThai, sive Siamensis, interpretatioiie lathia, 
gallica et anglica illustratum, auctore D.-J.-B. Pallegoix, epi8C0]^'a 
maillensi, vicàrto apostblico siatnensi. 1 vol. grattd in-4*** Pïîria^ 
18^54. . ' MrPALt^b^ïx. 



( ^-5/ ) 

Titres Jci ouvrages. Douateurs* 

Calcolo decidozziuale dei barone Silvio Ferrari cnv. de' SS. M. E. L., 

fre|viato dell' uniforme militare di quesl*ordine, consi^ilicre d*ap- 

pello. Dcdicato alla nazione in(;lose, A qucsto calcolo veiinero 

uniii due rami e sei tavole numericlie. i vol. in-4°* Torino, i854* 

Le baron FEnnAAi. 

Tfie annual Eclipse of may 26*'', i854i published under the aulority 

of bon. James C. Dohbin, by the smitbsonian Institution. Brocb. 

in-8*. Washington, i854. Instit. smithsokien. 

BIOGRAPHIE. 

Notice sur la vie et les travaux de Jules de Blosseville. i vol. in-S'* 
Évreux, i854- M. E. de Blossevillr. 

MÉMOIRES, RECUEILS ET JOURNAUX PÉRIODIQUES. 

Smitbsonian contributions to knowledgc, Vol. III, IV, VI. "Wasbinç- 
lon, 1 852-1 854. 3 vol. in-4°. — Seventb annual Report of ibe Boarcl 
of Régents of tbe smitbsonian Institution for ibe year iSSa. 1 vol. 
în-8**. — List of foreign Institutions in correspondence wiib the 
smitbsonian Institution. Broch. in-8''. 1854- Inst. SMiTHSOMEn. 

Transactions of tbe Philosophical arnerioan Society of Pbiladelphia. 
Vol. X, new séries, part III. In-4^ Philadelphie, i853. 

Soc. PHIL. DK PlIlLADELPUIR. 

Transactions of the american Ethnological gociety of New-York. 
Vol. III, part I. I vol. in-S". New-York, i853. 

. . SOO. ETIINOL. DE NeW-YoRK. 

Proceedings of tbe american Academy of arts and sciences. Vol. III. 

I cahier. Acad. amer, des arts et sciekces. 

Boston Journal of natural hislory, containing papers and conrmu- 

nicalions, readbefore the Boston Society of natural history. Vol. VI, 

N<> 3. In-8°. Boston, i853. — Proceedings of the Boston Society of 

natural history. Feuilles i5 à 2/^. In- 8*. 

Soc. d'hist. nat. de Boston. 
Bulletin of tbe American geograpbical and statistical Society. Vol. I. 

N" 2. New-York, i853. Soc. géogr. et stat. de New- York, 

The Journal of the Royal asiatic Society of Great Britain et Ireland. 

Vol. XVI. Part, i. i vol. in-8". i854. Soc. roy. asiatique. 

Tbe Report of the British Association for the advancement of science, 

VIU. OCTOBRE. 5. 17 



( 258 ) . 

TiUx's lUs ouvraijes. Donateurs. 

Mti al Huil i853. i vol. in-S*'. Londuo, >854. 

ASS. DRIT. POUK L*ATASC. DES fC 

Froccediiijjs of ilie Royal Soeicfy. Vol. Vil. N"» 5 et 6. 

Soc. nOT. DB LOKRVKS. 

Address ai the anniversary meeting oftiic Royal geographical Society 
of Loudon, ua mui i854* In-8°. Soc. roy. gkogii. de Lokdrb». 

Literary and cducational Register, for i854. i toI. ia-i3. 

C.-li. NotTOEC. 

Tableaux di; pu|)ul;ition, de eultiire et de navigation pour l'année 
i85i. I vol. in-8**. Paris, i85/j. — Revue coloniale, août, septembre 
et octobre i854* MiNtST. i>e la marine. 

Annales du commerce txlciieur. îS*" ^65 à yjô. 

MkNIST. DE l'aGR. et du COUM. 

Archive^ fies missions bcientiHqucs et littéraires. 4'^vol. i*' et 2* cah. 

MlRIST. DE l'IMSTR. FUBLIQUK. 

Bibliothèque universelle de Genève e( Archives de« sciences ffhysi- 
(pies et naturelles. Juin H jniilet. M. Paul CuArx. 

Zeitschrift fiir nligemeine Krdkunde. M»i et Juif). D^ GrMPnLcnr. 

The Church Missronary inielligencer, n"* a à 12 de i853; et n" i à 8 
de 1854. — Nouvelles Annales des voyages, Juillet et août. -a— 
Journal asiatique. 5" série, t. III, iSS.f. — Revue de l'Orient, de 
l'Algcrie et des Colonies. Août et septembre. — ihdleiin de la 
Société (jéolop^ique i\e Fiance. Mafi et juin. — Bulletin de la So- 
ciété zooIor>iqtie d\i(climatatio«]. Août et Septembre. — Annnfes 
de la propajjation de la foi. Seplendjre. — Journal des mission:» 
évangéliques. 7% 8* et 9* cah. de i854. — Journ.^I dedncatiot» 
populaire. Juillet-octobre. — L'Athenaeum français. N^'Si à /[i. 

— Mémoires de la Société d'a^,ricaiture, sciences, arts et belles* 
Itîttrès de l'Aube, 1*' et a* trrm. i854. — Extrait des travaux de la 
Société impériale et centrale d'agricult'Ure -de la S<Hne*Ii]férie(ire^ 
3 numéros; et Bulletin de cette Société, 1 numéro. Les ËotTHOMs. 

IMÉLANGES. 

Directions for eoHcctiug, preservaling, and tr^n&porting spécimens 
of natural hisiory, second édition. Brorb. in-8°. Washington, »854> 

— Registry of periodical IMienomena. i feuille in-4''. — Catalogne 
of thp describ^^il coleoptera of thrUnilcd-Statcs, by f.-E. MeUhci* 



( 259 ) 

Titres des ouvrages. Donateurs. 

mer, revised by S. S. Haldemao and J.-L. Le Conte. In-8*. 

Washington, i853. Ikst. smithsoeusk. 

A Descriptive catalogue of tbe kistorical manuscripts in the arabic 

and persian laoguages, preserved in ihe library of tke royai ai>iatio 

Society, i vol. in-8®. Lofiden, 1*854* ^o^* "^^' a6<atiQDK. 

Catalogue oF charts, plans, vicws, and sailing directions, €tr., pu- 

blished by order of tbe lords commissioners of the A^Uniraity. 

1 vol. in-S". London^ r85a. Le cap. Washikotqn. 

Gowniis' Catalogue of american Books. 
}^ ogramnies des prix proposés par la Société d'enconragetneiit pou«- 

l'indiistrie nationale pour être décernés dans Us aminées i^55, 

i856, i86oet i865. 



BIBLIOGRAPHIE GÉOGRAPHIQUE. 

(Voyez aussi le« ouvrages offerts à la Soci«ié.) 

EUROPE. 

A Uiilitary Tour in Europeau Turkey,Crimea,etc., by major gênerai 
A. -F. Macintosh. 2 vol. in-8°. Londres, 1864. 

Publication de l'histoire de Charleville, par Jean Hubert. Plan pano- 
ramique de la ville de Charleville. Lithogr. par Bineteau. Paris, 
1854. 

Carte hydrographique et administrative du département du Rhône, 
dressée par M. Rembielinsky. Paris, i854> 

Die Stadt Basel, historisch-topographisch beschreiben , von W, T. 
Streuber. In- 16. Bàle, i854- 

Les ilesd*Aland,parM.Léou3son-Leduc.In-i6,aveccarte. Paris, i854* 

Histoire de la ville de Chàlons'sur-Marne et de ses monuments. In-4** 
Châlons-sur- Marne, 1864. 

ASIE. 

Journal of a résidence in northern Persia and the adjacent provinces 

of Turkey, by lieut.-col. Stuart, In-8°. Londres, i854. 
Punjab Report, wilh niap, from ofBcial Suivtys. In-S". Calcutta, i854' 
C;ii«ral Report of the administrations (►f Punjab, for th« year? 

i84<)-i85o, 1 85o-i 8/) I. Londres, i854. 



( '^00 ) 

AlTilQL'K. 
Cl. Ptulemwui and (lie Nile, hy W. Desb. Cooley. Lonilre^, i853. 

AMÉUIQUK. 

Le Budget du Brésil, ou Recherches sur les ressources de cet empire 
dans leurs rapports avec les intérêts européens du commerce et 
de rémigration, par M. le comte Van der Straetcn Ponthoz. 3 vol. 
in-8°, avec 3 cartes. Bruxelles, 1854. 

Voyages dans PAmcrique du sud, par le docteur Ernest de Bibra. 
Manheim, i854< 

Histoire de la Guyane anglaise, par Henry G. Dalton. a vol. in-8*. 
Londres, i854« 

GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET HISTORIQUE, 

Bohn*s classical Library. Geography of Strabo. Londres, i854. 
Dictionnaire de géographie grecque et romaine, par William Smith. 

i*' vol, Londres, 1804. 
(Dans les numéros d'août et de septembre du Journal (général de 
l'instruction publique^ se trouve une suite d'importants articles dn 
M. Beulé sur VJchaïe, Olympie, et quelques autres points de la 
géographie comparée du Péloponnèse.) 
Repertorium iiber die vom Jahre 1800 bis zum Jahre i85o, etc.; vou 
D' W. Koner, custos an der K. Univ. Bibl. zu Berlin. {Bibliogra- 
phie des mémoires et articles ayant trait à F histoire et à ses sciences 
auxiliaires^ et contenus dans les écrits périodiques des académies et 
autres Sociétés savantes^ ainsi que dans les journaux scientifiques 
qui ont paru de 1800 a i85o, par M. Koner, employé à la Biblio- 
thèque royale de Berlin.) 

(La seconde partie du deuxième volume est consacrée à \si géogra- 
phie^ aux voyages^ à ï ethnographie et à la statistique. Cet ouvrage, 
qui vient d'être publié chez Nicolaï, à Berlin, parait être d*une 
grande utilité pour tous les géographes et les historiens. ) 



ERRATA DU NUM^UO d'aOUT ET SEPTEMBRE. 

Page 184, au lieu de: par Malte, Usez: et à Malte. — Il paraît au 
surplus, d'après les derniers renseignements, que ce n'est pas au cap 
Bon, comme il est dit dans cet article, mais à l'ile Tabnrcn, que lei 
fils circiriques doivent toucher d'abord l'Afrique. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



NOVEMBRE 185/i. 



Mémoires 9 
rVotiees, Docamento origpinaiiii, etc. 



INSTRUCTIONS 

REMISES PAR LA SOCIÉTÉ DR GÉOGRAPHIE 

A M. LE BRIGADIER GÉNÉRAL D? FRANCISCO SOLANO LOPEZ, 
Ministre de ]a République du Paraguay à Paris. 

RÉDIGÉES PAR M. ALFRED DEMBRSAT. 



La Société de géographie accepte avec reconnais- 
sance le concours que veut bien lui prêter M. le gé- 
néral Lopez, et l'en remercie : toutefois, désireuse de 
ne pas détourner à son profit des instants dent elle 
connaît le prix, elle se borne à demander la commu- 
nication de renseignements qu'elle suppose devoir se 
trouver déjà entre les mains du gouvernement du 
Paraguay . 

Après la mort du docteur Francia (1840), une im- 
primerie a été fondée à l'Assomption, et la Société 
recevrait avec intérêt un exemplaire de toutes les publi- 

VIII. NOVEMBRE. 1» 18 



( 202 ) 

calions sorties de ses presses. Au premier rang de ces 
publications, figurent deux journaux qui renferment 
de précieux documents géographiques. 

Le preolier {Et Pàraguayo independiente) a paru 
pour la première fois en avril 18^5, et a été remplacé 
quelques années plus tard par un recueil qui se pu- 
blie régulièrement chaque semaine. La Société trou- 
verait dans ces feuilles officielles des renseignements 
détaillés sur la question des limites^ question toujours 
pendante entre le Paraguay et les États voisins. Bile 
pourrait y lire le texte des (railés récemment conclus 
entre la républiquedu Paraguay et la Confédération 
argentine, après la chute de Rosas, et qui concernent 
le territoire si longtemps contesté des Missions de 
TEntre-Rios; elle y verrait sans doute les négocia- 
tions entreprises sans succès par le dernier ministre 
du Rrésil à l'Assomption, pour arriver à la délimi- 
tation des frontières du nord et de Test. 

El Paraguayo independiente contiëilt, sur l'hydro- 
graphie et la navigation fluviale, des aperçus qui , en 
l'absence d'observations plus précises, feraient attendre 
celles qui ont été recueillies dans plusieurs voyages 
de Guyaba à Gorrientes, par M. le capitaine de vais- 
seau Leverger, si digne de la mission difficile (|ue lui 
avait confiée le gouvernement brésilien. 

Ges observations seront d'ailleurs complétées plus 
tatd par telles de la commission scientifique des 
Élatâ-Unis, qui explore en ce moment les rivières du 
Grand Chaco, Iributaires du Rio Paraguay, abord d'un 
bateau à vapeur dont la construction doit permettre 
d'en remonter le cours jusqu'à de grandes distances 
dans l'intérieur de ces plaines inconnues. Aucune 



( 2«3 ) 
reconnaissance n'a élé teniùe de ce côlé, depuis la 
mallieureuse expëilitioa de Saria en 1821^. 

Le gouverneiiicnl publie, depuis quelque Icmps, un 
rel<!vé mensuel du produit dss douanes. Ces états pa- 
raissent dans le journal que la Société réclame de 
l'obligeance de M. le général Lopez, Ils lui permel- 
Ironl il'apprécier dés à présent, en parfaite connais- 
finnce de cause, l'imporlance toujours croissante des 
relntiouB commerciales du pays, et de suivre le dëve- 
luppement de l'agriculture et de l'induslrio. 

Nous ne possédons que des notions très imparfaites 
sur la nature et l'étendue des divisions adminislralivus 
el judiciaires du Paraguay : on comprend la réserve 
que les voyageurs doivent s'imposer lorsqu'il s'agît 
de pareils sujels de reclierclies. Il y a plus; l'action 
pei'sislauLe du gouvernement est seule capable d'ob- 
tenir de ses agents des renseigne me uts positifs sur les 
limites de leurs juridictions respectives. 

Au Paraguay, comme ilans la plupart des colonies 
européo-ainéricaines, ou reconnaît facilement, au sein 
de la {)OpuIatinn, L'existence simultanée d:: trois races, 
séparées par des différences profondes, dans leur orga- 
nisation comme dans leur origine. Ces trois races 
sont : la race guaranie, aulocbthone ; la race latine, 
sortie de l'Espagne; et la race nègre, importée par 
celle-ci des rivages de l'Afriquo. 

Pour quelle proportion cbacun de ces éléments 
eiilro-t-il dans la population lolale? Quel est le cbiffre 
de celle même population? Quelques écrivains l'ont 
èleié à1 20000Û,cliitfre évidemment exagéré ; d'auli'és 
l'ont réduit A quelqtJes centaines de mille. Lu ni>mbrc 
vrai se trouve probablement entre ces deux termes 



( 26/1 ) 

exiiômcs. Dans le cas où le gouvernement actuel 
aurait ordonné un recensement général, il serait d'un 
liant inlérùl d'en connaître le résultat. Le plus récent 
date déjà du siècle dernier; et des causes nombreuses 
cl puissanles ont dû, nous le savons, en modifier pro- 
fondément les données. 

Il a élu possible à l'auteur de cette note d'étudier 
le régime auquel les jésuites avaient soumis leurs néo- 
|)byles dans les Missions; car leur administration et 
les règles de leur discipline s'étaient conservées in- 
tactes jusqu'au 7 octobre 1848. Ce jour-là, a été rendu 
un décret (|ui déclare citoyens de la République les 
Indiens de tous les villages (pueblos), les fait rentrer 
dans le droit connnun, supprime leur juridiction par- 
ticulière en établissant de nouvelles autorités; etc.. 

Quels ont été les effets de cette mesure ? Les Indiens, 
affranchis des travaux de communauté (communidad) 
ont-ils su pourvoir à l'entretien de leur famille ? Ont-ils 
continué d'eux-mêmes les travaux industriels et agri- 
coles auxquels on les avait habitués? Nous applaudis- 
sons aux efforts tentés dans ce but par M. le président 
Lopez^ mais les Indiens, naturellement indolents, vi- 
vant au jour le jour, auront-ils su mettre à profit la 
liberté qu'on leur octroyait? A qui les connaît, il est 
permis d'en douter. 

Le Paraguay possède des gisements très riches de 
fer oligiste, à en juger par les échantillons que nous 
en avons rapportés. L'un d'eux est exploité depuis 
peu de temps. La Société désire, pour l'avenir du pays, 
que cette industrie nouvelle prospère , et saura gré 
à M. le général Lopez de la tenir au courant de sa 
situation» 



( 265 ) 



MEXIQUE ET AMÉRIQUE CENTRALE. 



Notes pour le voyage de M. //. de Saussure. 

M. Henri de Saussure se propose d'explorer l'Amé- 
rique centrale et le Mexique, et demande quels points 
doivent attirer principalement son attention. Nous 
devons d*abord considérer le Yucalan comme faisant 
Tune des principales parties de celte région remar- 
quable qui sépare TAmérique du nord de celle du 
sud , et diffère de Tune et de l'autre par plusieurs 
caractères distincts, c'est-à-dire sous les rapports de 
la géographie physique et sous ceux de l'ethnographie. 
Que Ton suppose ouverts Tisthme de Panama et 
l'isthme de Téhuantepec, comme ils peuvent l'être un 
jour l'un et l'autre par un canal navigable (cette hypo- 
thèse n'a rien que de très probable), l'Amérique cen- 
trale formera une lie longue d'environ onze cents milles 
géographiques, plus grande que Sumatra, plus grande 
que Madagascar, et par conséquent la plus grande du 
globe. Ce long espace occupe, entre le 8* et le 16« de- 
gré de latitude nord, à peu près la région moyenne 
de la zone tropicale. La Cordillère qui dessine toute 
la côte s'abaisse à chacune des extrémités et semble 
isoler ce territoire des deux continents américains. 
Par sa position tropicale, cette région participe à la 
richesse, à la fécondité des pays situés sous les mômes 
parallèles, ou plutôt elle les dépasse, pour la plupart, 
en fertilité,etles plus magnifiques productions végétales 
y abondent dans toute 3pn étendue; il en est de même 



( iM ) 

des aulrc5 règnes de la nature. Des volcans sont par- 
semés dans la chaîne des Cordillères. 

D'après ce court aperçu, on voit combien de sujets 
importants s'offrent au voyageur, qui, habitué à ob- 
server et muni d'instruments, voudrait parcourir toute 
la ligne de l'Amérique centrale, depuis le méridien de 
Panama jusqu'à celui de Tehuantepec, explorant tout 
le Yucatan , tout le triangle dont Merida occupe 
la base. Mesurer l'altitude de tous les points impor- 
tants, relever avec exactitude le cours de la rivière 
San-Juan, de TUsumasinla et des autres rjvières qut 
se dirigent vers Campêche et Tabasco, dessiner lep^ 
aspects qui ont un intérêt scientifique , étudier la 
langue, les traditions, les mœurs et coutumes des 
aborigènes, principalement des Lacandons des envir 
rons du lac Peten, qui habitent les montagnes au sud 
du Yuc^tan, parlent la langue maya, et conservent 
encore aujourd'hui, dit-on, les usages des anciens ha- 
bitant$; ces travaux, et d'autres encore dont nous allons 
parler, présenteront à l'observateur une multitude 
de sujets intéressants à traiter. 

Personne n'ignore que toute cette région, et particu- 
lièrement la province de Guatemala, celle de Nicaragua 
et celle du Yucatan» renferment des ouvrages remar- 
quables d'antiquités. Depuis longtemps, et surtout de- 
puis le prix offert par la Société de géographie de Paris 
en 1826, de nombreux voyageurs ont visité lesdifférçntes 
provinces, ont dessiné ou décrit les monumentsd'arcbi- 
tecture qu'on admire àPaIenqué(ouCasas dePiedras), 
à Ulatlan, à Copan, à Itza, àMani, à Nochacab, à Ghi- 
chen, à Izamal, ù Ticul, à Dxmal, etc. Mais il reste encoris 
une abondante moisson à recueillir autour du lac de 



( 267 ) 

Nicaragua et en vingt autres endroits. Avant de se 
livrer à ces recherches, il convient de consulter les tra- 
vaux des voyageurs précédents; en voici les noms à peu 
près dans Tordre chronologique de leurs excursiops, 
sans parler des plus anciens voyageurs ou écrivains, 
comme Antonio del Rio et Qupaix. Après If. Corroy 
de Tabasco, viennent l'abbé Baradère et H. Franck, 
qui s*est borné è rappocteir des dessins et des objets 
d'antiquité; puis M. Waldeck, qui, aprè^ avoir exploré 
Palenqué, a dessiné le premier avec exactitude les 
monuments du Yucatan, très en grand et avec beau- 
coup d-habilelé, comme on pouvait l'attendre d'un 
élève de' David. Ensuite est venu le colonel Galindo, 
d'origine mexicaine, homme très actif et très intelli- 
gent. Plus tard M. Slevens, citoyen de l'Union améri- 
caine, a décrit, et l'architecte anglais, son compagnon 
de voyage, a dessiné dans un grand détail» avec per- 
fection, les plus beaux monuments du Yucatan. Enfin, 
M. Squier, de l'Union, a fait un voyage dans ces contrées 
et il en a publié des descriptipns pleines d'intérêt. 
Tous ces voyageurs ont exploré diverses partiçs de 

la contrée, mais il reste encore è faire beaucoup d'ob- 

» 

sorvalions, beaucoup de déterminations géographiques 
des lieux; surtout dans l'intérieur du pays, enfin beau- 
coup de vocabulaires à réunir. 

Sous le rapport géographique et statistique, on a 
besoin de bien connaître les ressources et les circon- 
scriptions actuelles des Élals de CiOsta-Rica, San- 
Salvador, Honduras, Guatemala,Nicaragua, etc. On sait 
que ces différents États, tous indépendants, revendi- 
c|ucnt souvent, par la force des armes, la propriété de 
territoires étendus. 



{ 268 ) 

Il y a uoe question à la fois politique et ethnogra* 
pbique à résoudre sur les Mosquitos. Ils habitent le 
pays au nord de remboucliurc de la rivière San- Juan» 
et par conséquent non loin de Grey-Town, position 
appartenant aux Anglais. La politique anglaise» vou- 
lant s'appuyer sur la population des Mosquitos, leur 
a créé un roi» un royaume» remontant» dit-on» au 
delà de Tépoque de la conquête; la tradition, exislât- 
clle» serait impuissante pour établir un titre; mais il 
serait curieux d'entendre les naturels» et de savoir» au 
\rai» la part qu'ils ont prise aux nouveaux arrange- 
ments politiques. J.-d. 

M. H. de Saussure rendrait un grand service à la 
géograpbie politique» en faisant connaître exactement 
les divisions administratives actuelles du Mexique , 
leurs chefs-lieux, et, s'il le peut, leur étendue et leur 
population. 11 serait également d'une haute impor- 
tance qu'il pût donner un tableau complet des tribus 
indiennes qui» dans ce pays» ont encore une existence 
indépendante» en même temps qu'il nous apprendrait 
quelles sont celles qui se sont fondues dans la popu- 
lation européenne et en ont adopté la civilisation. 

E. C. 



( 26g ) 

lïnalyiîcsj' IKapporto, Extvetf\ 
vragies, Mélanges, etc. 



DESCRIPTION DU ROYAUME DE THAÏ OU SIAM, 

COMPBQHANf LA TOPOGRAPHIE, l'hISTOIOB NATURELLE, 

UCCtRS ET COUTUUUS, LÉGISLATION, COMMERCE, 

IMIUSTRIK, LANGUE, LlTTÉDATUnE, ItELIGlOIJ, 

AHNALES DES thaï ET PsàCIS IIISTOBIQUE DU LA MISSION, 

Par MS'' CaLLeGOix, évêque de Mallofi, vicaire apaitolique de ^iain. 



Les deux voliiQies dont nous niions otTi-îr uu(! rapide 
analyse, au poinl tle vue spécial de la géographie, pré- 
sentent des faits curieux el la plupart nouveaux, re- 
cueillis par l'auteur durant un séjour de vingt-quatre 
ans à Siaiu. Revenu en France pour les intérêts de sa 
mission, il les a mis en ordre, et il vient de les publier, 
afin de rectifier les erreurs donl fourmillent presque 
toutes les relations des voyageurs rjut n'avaient fait 
<|u'uDe courte apparition da-ns ces contrées loinlalnes, 
et qui n'avaient pas eu le tcnips d'étudier la langue, 
tes mœurs et la religion des indigènes. Au moment 
de retourner à Siam, le vénérable évêque Pallegoix a 
voulu ainsi léguer, dit-il, à ses parents, A ses amis et 
à la science un travail qu'il avait médité longtemps et 
composé à loisir, travail rf}ui est le fruit d'observations 
les plus approfondies. 



( 270 ) 

h? pays aHrÇ 1«? Europé,eps laprflrueDt Sian^ gs^ app^)^ 
par les naturels Muang-Tliai^ c'est-à-dire le royaume 
des libres. Son aticien nom était Sajn'm, c'est-à-dire 
race brune : d'où vient le nom de Siam, 

La superficie territoriale du royaume de Siam est 
d'environ 12,330 milles géographiques carrés. Outre ce 
royaume proprement dit qui est au centre, Je pays 
comprend encore , au midi , le royaume de Ligor et 
quatre petits états malais; à Test, une partie du 
royaume de Camboge et plusieurs principautés, et au 
nord le Lao et quelques autres états. Ces pays, tribu* 
taires de Siam, sont tenus d'oflVir tous les trois ans des 
arbres d'or et d'argent, et de fournir un contingent de 
troupes. 

La population de ce vaste pays s'élève à 6000000 
d'âmes, que l'on peut répartir ainsi qu'il suit, savoir : 

Siamois ou Thai. 1900000 

Chinois 1600000 

Malais 1000000 

Lao 1000000 

Gambogiens 600000 

Pégouans 60000 

Karieng, Xong, Lava 50000 

Total eOOOpOQ 

La grande plaine de Siam est bornée à l'est et à l'ouest 
par deux chaînes de montagnes qui viennent de la 
Chine et sont les ramifications de l'Himalaya. La chaîne 
qui jQst à Test s,e termine au Cqmboge, et celle de l'ouest 
s'étend jusqu'à l'extrémité de la presqu'île Malaise. Au 
n.ord , ces deux chaînes se distribuent en de petites 
branches qui font du Lao un pays presque tout m,on-^ 



( 271 ) 
tagnGiii, La grande chnlne, qui a lôO lieues de long 
sur 50 de lar^c, esl sillonnée el arrosée par l<; Qcuve 
iMénam (Mè-Naiii), qui prend sa source en Cliine , el 
par plusieurs rivii^res el descanaui innombrables. Les 
bords de la mer présentent des sites variés et pitto- 
resques. 

Sur ses côtes maritimes, le royaume de Siam {lussède 
quelques ports. Au Fond du golfeet à l'emboucbure du 
fleuve Ménam , une large barre formée du boue et de 
sable esige de grandes précnulions pour l'entrée des 
navires. Dans une do mi-journée, unvaisscau vient jeter 
l'ancre â Bangkok, ville capitale de Siam, etoùse trou- 
ventdes boutiques flottantes etde nombreux magasins. 

Le golfe de Siam n'est point sujet au\ tempêtes ni 
aux typbons dévastateurs . comme la mer de Cliine , 
ce qui fait que les naufrages y sont extrêmement rares. 
Ce port esl assez profond. Depuis le mois d'octobre 
jusqu'à la fin de mars, il y règne un courant du nord 
au sud , el depuis le mois d'avril, le courant vient du 
sud au uordj sa vitesse est d'une lieue à l'iieure. La 
surface du golfe est unie comme un miroir immense 
qui réfléchit l'azur des cieux et les rayons du soleil 
dans les mois de mai, juin et juillet. 

Le climat de Siam esl plus ou moins chaud, suivant 
la latitude; mais, ï^elon le voyageur dont nous analy- 
sons l'ouvrage , la chaleur y est supportable. Dans la 
grande plaine où le vent souflle comme sur l'Océan. 
le climat est salubre; mais dans les montagnes cou- 
vertes d'épaisses forêts, î! règne une fièvre des buia 
souvent très pernicieuse aux étrangers. 

A proprement parler, il n'y a que deux saisons, 
I celle des pluies et celle di; la sécheresse. Dès que lii 



{ 272 ) 

uiousson du sud-ouest commence à souffler, les vents 
qui ont passé sur les mers amènent chaque jour des 
nuages blancs qui se dispersent au bruit du tonnerre 
et au milieu d'une pluie abondante. Quand vient la 
mousson du nord, le ciel prend une sérénité parfaite. 
La saison du froid ou de la sécheresse est très agréable 
et propice à la santé. Le temps le plus chaud de Tan- 
née est en mars et avril. Il est inutile d'ajouter que les 
deux moussons ou vents réguliers soufflent alternati- 
vement, chacun pendant six mois. 

Chaque année au mois de mars et pendant une 
quinzaine de jours, a lieu une rosée assçz singulière. 
Au point du jour l'atmosphère se remplit de brouil- 
lards épais, et à peine le soleil est-il levé que ces 
brouillards se résolvent en une rosée qui, en forme de 
pluie, coule des toits des maisons et des feuilles des 
arbres. 

La presqu'île Malaise n'a guère que de petites ri- 
vières; mais la partie orientale du Lao et le Gamboge 
sont arrosés par le fleuve Mékong (Më-Kong), dont le 
cours a plus de 500 lieues. Le Ménam mot qui signifie 
Mère des eaux, a un cours d'environ 300 lieues, et ce 
fleuve se décharge dans la mer à 8 lieues au-dessous 
de Bangkok. Ce fleuve inonde et submerge la plaine 
une fois tous les ans. Le riz croit à mesure que les 
eaux montent, et l'inondation contribue à son déve- 
loppement. La partie basse de la plaine, à douze lieues 
de la mer, n'est jamais inondée, tandis que la partie 
supérieure reste submergée pendant plusieurs mois. 
C'est là sans doute un effet des marées. 

Il n'y a peut-être pas au monde de contrée aussi fer- 
tile que Siam; le limon du fleuve Ménam fournit 



( 273 ) 

presque sans culture une prodigieuse quantité d'excel- 
lent riz, au delà des besoins de la population. Année 
commune , vingt litres de riz qui suffisent pour nour- 
rir un homme pendant un mois ne coûtent guère que 
soixante-quinze centimes. D'un autre côté le poisson 
se multiplie à Tinfini pendant TinondalioD. Le golfe 
où débouchent quatre grandes rivières est également 
très poissonneux. Une grosse espèce de sardine y 
abonde tellementqu'elle formependanl plus de six mois 
la principale nourriture du peuple et qu'on en exporte 
chaque année douze ou quinze navires en Chine. 

La volaille est très commune à Siam, et une poule 
ne se vend que quinze centimes. Un cerf ne coûte pas 
cinq francs ; le sucre est à quinze ou vingt centimes la 
livre; on a pour environ trente-cinq centimes une 
charge de bananes. Il ne faudrait pas croire pour cela 
que le bon marché provienne de la rareté de l'argent; 
car le salaire d'un ouvrier est d'un franc à un franc 
cinquante centimes par jour avec la nourriture : le 
bon marché n'est dû qu'à la grande abondance des 
denrées. 

États tributaires. 

Nous allons passer en revue les principaux États 
tributaires de Siam : 

L'État tributaire de Tringanu, situé par le &« degré 
de latitude N., est une contrée fertile, peu montagneuse 
et couverte de forêts : il compte environ 60000 habi- 
tants. La ville de Tringanu , résidence du rajah , est 
placée à l'embouchure d'une petite rivière» et proté- 
gée par un petit fort bâti sur une colline. Elle ren- 
ferme 1500 maisons, y compris le quartier chinois 



( 274 ) 

hàû de briques, tandis que les maisons des Malais sont 
faites de bambous et couvertes de feuilles. 

L'État de Ka/antan est situé au nord-ouest de Trin- 
ganu, dont il est séparé par le petit fleuve Batut, el îl 
s'étend jusqu'à un autre fleuve appelé Banara, qui 
le sépare de l'état de Patani. Sa population est de 
0500 habitants. Le pays produit de l'or, de l'étain et 
du poivre. 

L'État de Patani ou Tani^ situé au nord-ouest de 
Kalantan, est 1res Fertile, et sa population dépasse 
100 000 habitants. La ville de Patani est célèbre par 
son entrepôt de marchandises. 

Près de ce même état de Patani » s'étend celui de 
Çuédaà, situé entre le 5' et le 7" degré de latitude. Ce 
pays est couvert de vastes forêts et la population est 
d'environ 60000 âmes. 

L'État de Ligor est situé entre le 7* et le 9"* degré 
de latitude; il compte environ 150 000 habitants et 
renferme des forêts presque impénétrables. La ville 
de Ligor est Située dans une plaine charmante et bien 
boisée; elle a de belles pagodes et compte environ 
12 000 âmes. 

Le Camboge, qui était autrefois un grand royaume, 
n'a plus guère aujourd'hui qu'une étendue de quarante 
lieues. Ce pays est borné au midi par la mer, au nord 
et à Tohest par Siam^ tandis que le fleuve Mékcifag lui 
sert de limite, à l'est. Il produit du Hz, de Tivoire, du 
bois d'aigle et de la gomme. La population est d'envi- 
ron 600 000 âmes. Dans ^a partie nord, le Gambèj|^ 
a un joli kc appelé Thalesap, qui a vingt lieue» de 
circotiférence, et qui est trèé poissonneux. 

Lfe petit État de Kàtàt servait autrefois dé Hittite 



( 276 ) 

entre Siam et le Camboge ; il en est toujours le point 
culminant et sa population est de 60000 âmes. 

Le Lao a plusieurs États où se distingue la race 
blanche et d'autres où le peuple est tatoué de noir* 
Les naturels sont paisibles, soumis^ crédules, sobres, 
superstitieux et naifs. Ils ont le vol en horreur, surtout 
depuis qu'un de leurs rois avait fait cuire des voleurs 
dans une chaudière d*huile bouillante. Leur musique 
est très douce, harmonieuse et sentimentale; il suffit 
de trois personnes pour former un concert. 

Les Lao sont de la secte de BôUdha comme les Sia- 
mois ou Thaï ; ils ont des lalapoins et des pagodes ; ils 
croient à plusieurs sortes de génies. 

Bangkok. 

Bangkok, avons-nous dit, est la capitale du royaume 
de Siam; elle compte environ &00 000 habitants; elle 
est située entre les deux bords du fleuve Ménam, et, 
comme nous Tavons déjà mentionné, à huit lieues de 
la mer. La ville proprement dite forme une tle de 
deux lieues de tour, entourée de murailles crénelées 
et flanquées de bastions de distance en distance. Elle 
est assise au milieu d'immenses jardins ornés d'une 
verdure perpétuelle, et elle offre un aspect très pit- 
toresque. Des navires et une multitude de jonques 
pavôisées ornent les deux rives du fleuve. Cette ville a 
un grand nombre d'édifices religieux^ avec des dômes 
et de hautes pyramides. On remarque deux rangées 
de plusieurs milliers de boutiques flottantes sur des 
radeaux, qui se déroulent en suivant les. sinuosités du 
fleuve, sillonné en tous sens par des milliers de bar- 



( 276 ) 

ques élégantes. On distingue par dessus tout, la forte- 
resse, qui est blanche comme la neige, et la flèche 
dorée du palais du roi, ainsi que les pagodes. Le palais 
est une enceinte de hautes murailles qui a plus do 
i kilomètre do tour. Les pagodes royales sont d'une 
magnificence inexprimable ; il y en a qui ont coûté 
plus de A 000 000 de francs. L'une d'elles forme un 
grand monastère où logent quatre ou cinq cents tala- 
poins ou prêtres, avec un millier d'enfants pour les 
servir, dans le culte qu'ils rendent à l'idole deBoudba. 

Les habitations de Bangkok sont, les unes de briques 
et fort élégantes, d'autres de planches, et celles du 
peuple de bambous. Les incendies sont fréquents et 
désastreux ; le feu consume parfois jusqu'à cinq cents 
maisons; mais au bout de huit jours tout est recons- 
truit à neuf. 

Le royaume de Siam proprement dit est divisé en 
quarante et une provinces qui portent le nom de leurs 
chefs-lieux respectifs. 

Minéraux^ végétaux et animaux. 

A Siam on consomme beaucoup de salpêtre pour 
confectionner la poudre et les feux d'artifice. Il y a 
des mines d'or dans plusieurs localités. On n'a pas 
encore trouvé l'argent à l'état natif, mais on le ren- 
contre combiné avec le cuivre, l'antimoine, le plomb 
et l'arsenic. Les mines de cuivre sont très abondantes 
ainsi que l'étain. Il y a aussi des mines de fer et des 
pierres précieuses. 

Les végétaux sont assez différents de ceux qui nais- 
sent en Europe. On compte au moins quarante espèces 



( 277 ) 

de riz, ce grain précieux qui constitue la principale 
nourriture des habitants. L'afec elle bétel se mâchent 
dans la classe aisée. Le bétel est une plante grimpante 
qui ressemble au poivre. L'arec est un arbre du genre 
des palmiers, gros comme la jambe, droit et élancé, 
n'ayant de feuilles qu'au sommet, qui atteint la hau- 
teur de soixante pieds et qui produit des grappes char- 
gées de deux à trois cents noix. L'usage du bétel noircit 
les dents, ce qui, du reste, est une beauté pour le pays. 
On joint à l'arec le Curcama ou safran indien, racine 
bulbeuse et charnue, d'un jaune d'or et d'une saveur 
aromatique. 

A Siam on a du mais, dés concombres, des courges, 
des raves, des choux, de la moutarde, de la laitue, 
des pastèques ou melons d'eau, des melons, du céleri, 
du cumin, de l'ognon, des pois, des haricots et beau- 
coup d'autres plantes pblagères. Les patates douces 
et les ignames abondent. Les montagnes et les forêts 
renferment plusieurs espèces de pommes de terre qui 
sont d'une grande ressource dans la disette. Dansplu^ 
sieurs provinces on cultive aussi la pistache, dont les 
racines touffues sont garnies d'amandes très bonnes 
à manger. Les canaux et les étangs produisent des 
plantes précieuses pour les besoins des indigènes, 
notamment le Lotus ^ dont les semences fournissent 
une farine délicieuse. A Siam le plus commun des 
palmiers est le cocotier, dont la noix, grosse comme 
la tète, contient, lorsqu'elle est encore tendre, deux 
ou trois verres d'eau sucrée très rafraîchissante. Le 
durion est regardé comme le roi des fruits; l'odeur en 
est très forte et rebutante, mais quand on mange le 
fruit, cette odeur se change en parfum délicieux. 

VIII. N0V£MBRB. % 19 



( 278 ) 

Le manguier est un gros bel arbre dont le fruit 
bienfaisant purifie le sang et n'incommode jamais. Le 
jaquier ou arbre à pain est aussi très abondant. 11 y 
a une espèce de prunier fort joli dont les prunes 
oblongues sont d*un jaune d*or. Le sathon est un des 
plus grands arbres des jardins, et ses fruits, gros comme 
une pêche, servent à faire d'excellentes conGtures. 

Parmi les arbres utiles, le tamarin prête son ombre 
bienfaisante aux habitants qui veulent s'y reposer ou 
se livrer au jeu. Le fruit le plus commun, le moins 
cher et le plus utile, c'est celui du bananier. 

Parmi les productions végétales qui servent aux 
besoins domestiques, le bambou lient une des pre- 
mières places, car c'est avec le bambou qu'on bâtit 
la plupart des maisons, qu'on fait des paniers, des 
nalies et des vases de tout genre. Cet arbre ou roseau 
a la propriété de se fendre en lames très minces. Le 
rotin est aussi très employé. La longue tige s'enlace 
avec les arbres des forêts, et cette tige, dégagée de ses 
feuilles et de ses épines, constitue le rotin; on en fait 
de très jolies cannes. 

Les productions formant un objet de commerce 
sont le bois de tek (bois incorruptible), la cavelle, 
l'huile de térébenthine, le sandal, le gingembre, le 
benjoin, le cardamome, la gomme-gutte, l'indigo et 
l'huile de coco, ainsi que la gutta-percha, qui a la pro- 
priété d'être tout-à-fait maniable par le moyen de 
l'eau chaude et dont on fait toutes sortes dé vases et 
d'instruments. 

Parmi les fleurs de Siam, brille le nénuphar et le 
lotus. Selon les Siamois, ce n'est pas la rose, niais le 
nénuphar ou Nymphœa^ qui est la reine des fleurs; la 



( 279 ) 

grande espèce est, en effet, très belle et exhale un 
dpux parfum de ses étamines couleur d'or. C'est peut- 
être la plus grande de toutes les fleurs; elle orne les 
fêtes, et on l'offre au roi, aux prêtres et à l'idole de 
Boudha. Après le Nymphœa vient la fleur mah^ très 
estimée à Siam et dont le parfum a la suavité de la rose: 
c'est une fleur grosse comme un petit œillet et d*un 
blanc éclatant; on l'emploie àfaire.de l'eau de senteur 
et à parfumer les potions que Ton donne aux malades. 

Quant aux animaux que l'on trouve à Siam, le plus 
remarquable et le plus gros est l'éléphant, qui atteint 
jusqu'à treize pieds de hauteur. A l'état sauvage il ha- 
bite les forêts et quelquefois les plaines couvertes de 
joncs et de broussailles. On rencontre les éléphants 
presque toujours en troupes, paissant ou errant çà et 
là et s'appelant les uns les autres. Ils n'attaquent pas 
l'homme, à moins qu'on ne les provoque ou qu'on nç 
passe trop près d'eux. Il est défendu de les tuer. On 
les apprivoise facilement; et l'éléphant ainsi réduit à 
l'état de domesticité devient une monture précieuse 
pour les longs voyages. Il fait une lieue et demie à 
l'heure. Quand il est fatigué, il frappe la terre avec sa 
trompe et entonne un petit chant pour avertir son cor- 
nac qu'il est temps de s'arrêter. 

Il y a à Siam trois espèces de tigres, dont la prin- 
cipale est le tigre royc^l qui est long de six à sept pieds 
et qui erre dans les forêts. Sa force est telle qu'il prend 
un buffle et le traîne à upe lieue pour le dévorer. 

On voit beaucoup de rhinocéros, quadrupèdes mons- 
trueux qui se nourrissent des épines de bambous. Il y 
a môme des ours, mais ils çont mpins hardis qu'en 
Europe et ils fuient l'homme. 



( 280 ) 

Les cliions et les clials sont très multipliés à Siani, 
par la raison qu'on n'y tue pas les animaux. Les Sia- 
mois ne caressent pas les chiens comme en France, à 
cause des émanations fétides que la chaleur du climat 
en fait exhaler. 

Il y a beaucoup de civettes, et ces petits animaux 
ont une poche qui renferme le musc. Ils ont beaucoup 
de souplesse dans leurs mouvements. 

Le singe appelé orang-outang ou homme des bois 
marche aisément sur ses jambes de derrière. 

L'écureuil est 1res commun, surtout dans les jardins 
où il saute d'un cocotier à l'autre et fait beaucoup de 
dégâts. Le lièvre est très multiplié à l'entrée des bois. 
Les rats aussi pullulent, et il n'y a pas de maison qui 
n'en soit infestée. 

 l'égard des oiseaux, on distingue le petit aigle, 
grand ravisseur de poulets. Le vautour rend de véri- 
tables services en dépeçant les charognes au milieu des 
campagnes et au bord des rivières. Siam est riche en 
oiseaux aquatiques : le plus grand est le karien , du 
genre des échassiers ; il est plus gros qu'un homme et 
il plane à une grande élévation. 

Après le karien, vient le pélican , deux ou trois fois 
gros comme une oie. Il a une grande poche sous la 
mâchoire inférieure. 

Il y a une espèce d'alcyon, dont le plumage est très 
estimé des Chinois. L'ibis blanc est un bel oiseau moi- 
tié gros comme la cigogne et qui se nourrit d'écrevisses 
et de poissons. La perdrix est rare , mais les pigeons 
et les tourterelles abondent, ainsi que les merles. 

Dans les reptiles on cite le crocodile, qui a depuis 
dix pieds jusqu'à vingt-cinq pieds de long : il se nourrit 



( 281 ) 

de gros poissons, et il abonde dans toutes les rivières 
du royaume de Siam. On remarque aussi le caméléon, 
qui se tient sur les branches des arbres, attrapant les 
mouches avec sa langue longue et gluante. Cet animal 
peut rester jusqu'à quatre mois sans manger, ce qui 
avait fait dire aux anciens qu'il vivait d'air. 

La famille des serpents est très nombreuse à Siam. 
Le plus gros de tous est le boa constrictor, qui, dans 
les forêts, atteint jusqu'au volume d'une poutre et jus- 
qu'à la longueur de vingt-cinq pieds. Il n'a pas de ve- 
nin, et les Siamois le mangent sans répugnance. Il y 
a une espèce de vipère dont la morsure est mortelle, à 
moins qu'on ne la brûle sur-le-champ. 

Enfin, des multitudes d'insectes parcourent le pays 
de Siam. Il y en a deux qui sont très venimeux, le 
mille-pieds et le scorpion. Il y a aussi beaucoup de 
fourmis de différentes espèces. 

Mœurs et usages^ 

Les Siamois ont la taillle moyenne , le corps assez 
long, le front étroit^ les yeux bien fendus et la cheve- 
lure rasée, à l'exception d'une touffe sur le haut de la 
tête. Les personnes riches et même les gens du peuple 
tiennent à honneur d'avoir les ongles bien longs et les 
dents noires , genre de beauté très recherché parmi 
eux. Ils vont nu-pieds et nu-tête; ils ont pour tout 
habit une pièce d'indienne qui est commune aux deux 
sexes. Les jeunes filles et les femmes mettent en outre 
une écharpe de soie en sautoir. Les Siamois aiment 
les bijoux d'or et d'argent. Les petites filles porlcilt 
déjà un ornement de l'un de ces métaux précieux. Les 



( 282 ) 

enfants de Tun et de Tautre sexe restent nus jusqu'au 
moment où ils peuvent nouer eux-mêmes leur cein- 
ture. Les jeunes filles ne se couvrent la poitrine que 
lorsqu'elles sont parvenues h l'âge de puberté, et les 
jeunes femmes après le mariage quittent le voile dans 
leur intérieur. 

Les Thai ou Siamois sont d'un caractère doux, lé- 
ger, irréfléchi, timide et gai; ils n'aiment point les 
disputes ni rien qui sente la colère ou l'impatience; 
ils sont paresseux, inconstants, distraits et surtout 
grands demandeurs : quelque chose de curieux les at- 
tire-t-il, aussitôt ils désirent le posséder. Ils sont hospi- 
taliers et bienveillants envers les étrangers. Ils aiment 
la franchise et la sincérité, ce qui ne les empêche pas 
quelquefois de mentir. Leur mets favori est le poisson 
à demi-pourri qu'ils assaisonnent à leur manière. Après 
l'eau, leur boisson favorite est le thé. L*usage du tabac 
est général à Siam. Les petits garçons fument dès l'âge 
de cinq ou six ans. Les femmes ne fument pas, mais 
mâchent le tabac avec l'arec. Enfin, les Siamois pren« 
nent des bains deux ou trois fois par jour. Les poux et 
les puces sont inconnus chez eux. Dès l'âge de puberté 
ils s'épilent la barbe. En un mot, ils sont très pro- 
pres dans leurs maisons, dans leurs habits et sur leur 
personne. 

Tels sont les principaux détails de l'ouvrage de 
Mgr. Pallegoix. Nous ne donnons que cette légère es* 
quisse des deux volumes, et renvoyons au livre même 
ceux de nos lecteurs qui voudront en avoir uno idée 
plus complète* 



( ^3) 
LES COLONIES FRANÇAISES 

kV 1" JANYIBR 1851 



Notre Bulletin du mois d'août 1852 contient le la- 
bleau statistique de la superficie et de la population de 
la France au 1" janvier 1852, dressé d'après les docu- 
ments oflGcîels du recensement quinquennal de 1851. 

M. de la Roquette a fait suivre ce tableau, dont il est 
Tauteur, d'un second, relatif à la population de nos 
colonies d'Asie, d'Afiixjue et d'Amérique en 1849. Ce 
dernier tableau, qui est d'ailleurs accompagné de 
notes fort intéressantes, ne s'appliquait qu'à des ren- 
seignements de trois ans antérieurs au recensement 
quinquennal, car on sait que la publication des^notices 
statistiques annuelles sur les colonies est toujours de 
trois années en retard sur l'année courante. 

Les documents officiels sur l'état de la population, 
de la culture, du commerce et de la navigation de nos 
colonies d'Asie, d'Afrique et d'Amérique viennent dé 
paraître en septembre 1864 ; nous croyons utile de les 
rapprocher de la statistique des quatre-vingt-six dépar- 
tements donnée au Bulletin d'août 1852, page 104. Ils 
compléteront ainsi la statistique de la France et de ses 
possessions d'outre-mer â la même époque, c'est-à-dire 
au milieu du xix* siècle. 

Nous n'avons dans ce tableau mentionné les posses- 
sions de rOcéanie que pour mémoire; les unes ne sont 
d'ailleurs que des stations navnles, d'autres sont sim« 
plement placées sous le protectorat de la France; la 
Nouvelle-Calédonie, enfin, est une terre toute récem- 
ment française, dont la superficie et la population ne 
peuvent figurer dans un ét^t colonial de 1852. En un 



( 284 ) 

mot, CCS colonies sont omises dans les tableaux ofifciels 
(lu ministère de la marine. 

Nous donnons pour les colonies d'Asie, d'Afrique 
et d'Amérique la superficie de chacune d'elles, d'après 
les notices statistiques imprimées en 1838-18A0 par 
ordre du vice-amiral de Rosamel, alors ministre de la 
marine. La population est celle du compte rendu qui 
vient d'ôlrc publié par le ministère. 

Nous trouvons ainsi que la France possède dans les 
trois parties du monde : 

1 390 366 hectares habités par 527 752 individus, 
ajoutons à ces nombres d'abord la superficie et la 
poj)ulation de l'Algérie: 

39 000 000 d'hectares ; 2 hlib 885 habitants. 
Enfin, la superficie et la population des quatre-vingt- 
six départements ainsi qu'il résulte du dernier re- 
censement : 

52 768 600 hectares , et 35 781. 628 habitants. 

Nous aurons pour expression de la superficie et de 

la population de la France et de ses colonies en 1851: 

93 158 965 hectares 

ou . ^ et 38 755 269 habitants. 

931 589 kilom. carrés, 

Maintenant en tenant compte des omissions qui 
peuvent exister dans les recensements partiels , et en 
ajoutant les nouvelles acquisitions de la France dans 
ces dernières années, en tenant compte enfin des chif- 
fres relatifs aux possessions de TOcéanie, on peut, sans 
s'éloigner beaucoup de la vérité , dire qu'en 1854 le 
pavillon français flotte sur 932000 kilomètres carrés, 
et qu'il protège 38800000 individus. 

Nous avons voulu dans notre tableau constater l'état 
de prospérité de nos colonies en 1851. 



(285 ) 

Dans nos colonies purement agricoles, c'est-à-dire 
à la Martinique, l'i la Guadeloupe, à la Réunion ol à la 
Guyane, le produit net des cultures représentnil la 
valeur de iîSOSi 3â8 francs; le commerce fait par ces 
colonies nlleignait, importation et exportation réunies, 
13ââ0005S francs, et ce commerce avait nécessité le 
mouvement de 2 914 navires tant à l'entrée qu'A U 
sortie, Le sucre, les sirops, le tafia, le café, le rocou, 
le coton, la casse, le cacao, le girofle et le rix lienoent 
le premier rang parmi les objets exportés. 

Dans les colonies de Iroqu e et d'échange, où l'on ne 
cultive guère que pour la consommation locale, comme 
à Saint-Louis au Sénégal et ;» Gorée, le commerce a 
atteint 1 5 058 183 francs, imporlalïons et exportations 
réunies, et il a nécessité l'emploi de 7/il navires tant 
il rentrée qu'à la sortie. La gomme, les arachides, les 
])eaus, l'huile de palme, l'indigo tiennent le premier 
rang parmi les productions exportées. 

Nos établissements français de l'Inde tiennent à la 
fois à la colonisation agricole et à la colonisation de 
troque, do marclié, d'échange. Le produit net des cul- 
tures s'j élève à 14&52899 francs; les cliilTres des iin- 
porlalions et des exportations réunies atteignent 
15060859 francs, et le mouYeuient de la navigation a 
été de 1 263 navires. Les guinécs et autres toiles à car- 
reaux , tes graines de sésame , l'indigo , le riz , l'huile 
de coco, le poivre, les peaux brutes et sèches sont les 
principolesdenrées que ces étahlissenienls exportent (1). 

(i) [I est clepu» louglemps (jUEslitjn entre la France el l'Augletertu 
rechange lies élablisserDenls Je CKandemagor, Yailaon, Karikal 
n-nloire équiraJEnl ipii vientliait t'ajuuter à ci'lui 
lodiehéry. 



( 286 ) 

Nos colonies de Saint-Pierre etMiquelon ont un ca- 
ractère tout difFérenldes précédentes, et ne sont, à pro- 
prement parler, que des pêcheries ; les exportations y 
dépassent de beaucoup les importations, ce qui n'arrive 
dans aucune des précédentes; cela tient au peu de be- 
soins des colons, qui, en dehorsdes vivres et des appareils 
nécessaires à la pèche, ne demandent rien à l'étranger ; 
le chiffre des importations est de 29187A5 francs, 
tandis que celui des exportations est de A780S36fr. 
La morue elles divers produits que l'on en tire forment 
ici le seul objet de l'exportation ; en 1851 le mouve- 
ment de la navigation a été de 703 navires. 

Nous ne pouvons encore assigner de place régulière 
à Mayotte et Nossi-Bé, non plus qu'à nos colonies 
de rOcéanie. Elles ne sont jusqu'à présent que des sta- 
tions navales et des points de- relâche pour nos navires 
marchands et nos baleiniers. Cependant nous avons 
appris que les tentatives faites pour l'établissement de 
grandes cultures à Mayotte et à Nossi-Bé paraissaient 
devoir réussir, et que le port de Helville, dans la der- 
nière de ces lies, semblait destiné à devenir un vaste 
comptoir d'échange entre les denrées de l'Afrique aus- 
trale et celles de l'Inde. 

Nous formons des vœux pour la complète réussite 
des travaux de colonisation que le gouvernement en- 
courage dans les mers lointaines qui baignent nos co- 
lonies de la côte de Madagascar et des lies de l'Océanie, 
et nous espérons voir dans un avenir prochain ces 
colonies mentionnées comme leurs aînées dans les 
tableaux statistiques de nos colonies» véritables arcUivei^ 
de la richesse çpwm^rciale d^ la France. 

V. A. Malts-Brun. 



( 287 ) 



TABLEAU STATISTIQUE DES COLONIES FRANÇAISES EN 1851. 

D'après les documents ofHcieU publiés par |^ ministère de la marine 

en septembre i854* 



NOMS 



DES ETABLISSEMENTS. 



rTf 



tt 






o. 

s 



.fi 



9 

o 
0. 



M 

fis. 

O u 

h 
O 



Produit 
ttet 

des 
cultures. 

fr. 



Commerce. 



fr. 



o 
o 

a 



es 

as 



Pondiche'ry. . 
Karikal. . . . 
Yauaon. . . . 

Mahé 

Chandernagor. 



Asie. — Établissements français dan^ l*lnde, 

Jimp. 5^99 948 



87 953 


96712 


17 4071 


16184 


5987i 76981 


529A 


6 464 


775 


583 


3 419 


510 


048 


SI 396 


» 



1113711 

584^20 

29600 






exp. 3625 474 



navires. 

epti*. 337 
sort. 526 



Colonies d*AfritfUë» 



Sëne'gal et dépendaBces. 
Gore'e et dapetidaiifes. 



t 1 



Réunion 

Sainte -Idarie 

Mayolte 

Nossi-Bë et dépendances 



34 


11589 


> 


17 


3197 


» 


234550 


1Q826 


64379 


90975 
38000 
15000 


5839 

6886 

15178 


» 
s 
» 



imp. 5 890 948(eMpr, 63 
t^, 3 625 47i(80ft. 83 



3623S80(entr. 354 
• 409481 sort. IS41 



us^aosi 



» 



imp 

exp. 

unp. 25803 885 

!««{û 15386400 

» 
a 
» 



eutr. 862 
sort. S54 

P 
H 

» 



Colonies dt Amérique, 



Martinique 

Guadeloupe et dépend. 

Guyane française. . . . 

Saial-Fierre 

Miquelon 



98782 
342513 
503510 



123 701 

132810 

17625 



âm\ ^^ 



31256 

24831 

4589 
t. 



9000000 



m niv Ktt ( ^P* SB 884806 C tntr. 620 
10 047547 l jjjjj, jj^, J ^^^^ ggg 

inp. 15067 786 1 enir. 554 
exp. U 702579 ( sort. 532 

i<wn«KA(^P* )436103faBtr« 54 
1969254?^^^^ 1099 524 sort. 52 

(imp. 2 91^745 pntr.S56 
" (exp. 4 780 836 (sort. 347 



Iles Marquises | 180000 

NonreUe-Galédonie. . . 'tOOOOÛO 



Colonies â^Océanie. 
20000 



Iles ûambier* 
Ile Tahiti. . . 
Iles Wallis. 



• . 4 • % • 



» 

U 

1» 



50 000? 






i 



Les Français oocapeat 4flpiila 1842 Nouka 

Hiva et Tahouata. 
Décrétëa colosia fmyçaisc ppstérieiuwMient 

à 1831 (en septembre 1853.) 

La France n'exerce ^'uadroU^e ||M»loel#rat 
sur ces îles. 



Tableau récapitulatif du territoire et de la population des colonies 

françaises en 

Asie 48 $62 hectares. 

Afrique 375 575 — 

^mëriqji^» . • . 965 888 — 



197 863 habitants 
53 5-27 — 
876 562 — 



1390 565 — 



527 758 — 



"¥. A; MilTE-BRUM. 



( 288 ) 
LETTRE 

DB M. DEMRRSAY 

▲ II. LU PRÂBIDENT DB LA COMMISSION GENTBALR 
UB LA SOCIÉTÉ DB GÉOGBAPHIB, 

SUB LA NOUVELLE PROVINCB BRÉSILIBNNB DU PARANA. 



lo novembre i85/{. 

Monsieur le Président, 

J*ai eu rhonneur de faire connaître, il y a quel- 
ques mois, à la Comnf)îssion centrale, la création 
au Brésil d'une nouvelle province dite du Pamnà, 
formée des plaines immenses et encore inexplorées 
que traverse ce grand fleuve, et de cette partie de la 
province de Saint-Paul connue sous le nom de champs 
de Goritiba (campos de Coritiba). 

Pour répondre au désir de mes collègues, je me suis 
empressé de demander à mon ami, M. le docteur 
Sigaud, médecin de l'empereur Dom Pedro, dos notions 
précises et détaillées sur la situation géographique, 
les limites, le climat, les productions naturelles et les 
indigènes de cette contrée. 

Ces renseignements, je ne les ai pas encore reçus : 
toutefois, voici un passage d'une lettre de ce savant 
compatriote» ayant trait au même sujet, et qui ne vous 
paraîtra pas , j'en ai la conviction, dénué de tout 
intérêt. 

Rio de Janeiro, i3 juin i854* 

c( Il me sera facile de vous transmettre 

)) des informations sur la province du Paranà. Par le 



( 289 ) 

» premier navire du Havre, je vous expédierai le rap- 
» port de son président, avec un travail de major de 
)) Beaurepaire-Rohan sur les Indiens du Mato-Grosso. 
» Le ministre de Tempire (1) m'a remis la semaine 
» dernière une note sur l'exploration que vient d'or- 
)) donner le Gouvernement de ses principales rivières; 
» je me dispose à vous l'envoyer. 

» Dans la nouvelle province se trouve une petite 
» colonie fondée par mon confrère et ami le docteur 
» Maurice Faivre, et qui date de quatre ans. Formée 
» à l'aide de fonds donnés par l'impératrice du Brésil, 
» elle en porte le nom, et s'appelle Filla Thereza. Le 
» docteur avait amené de son pays, le Jura, une dou- 
» zaine de familles pour cultiver le sol fertile des 
» champs do Goritiba; ces familles sont restées en 
» petit nombre ; la plupart ayant préféré s'établir sur 
» les plages du littoral, ou dans les villes maritimes. 
» Ge faible noyau s'est augmenté de Brésiliens e^t 
» d'Indiens. La colonie n'admet pas d'esclaves : le 
» travail y est libre ; on cultive la canne «^ sucre pour 
» en faire de l'eau-de-vie, et de grandes plantations 
» de riz, de mais et de manioc. Les colons établis sur 
» les bords de la rivière Itagy ou Ibagy, laquelle par- 
» court près de deux cents lieues avant de se jeter 
» dans le Paranà, ont ouvert une route qui les met 
» en communication avec la petite ville de Guarapaya, 
)) à vingt lieues de là, où ils vont vendre leurs 
» denrées, et faire des échanges. L'énorme distance 
» qui les sépare du Paranà n'est habitée que par des 
» tribus indiennes à l'état sauvage. Vous voyez qu'il 

(i) Do Impcrio, de rintérieur. 



( 290 ) 

» y a beaucoup à faire pour peupler celle province 
» méridionale de Tempire ; mais le docteur Faivre ne 
)) recule devant aucune difficulté ; il trouve dans Télève 
» du bétail des encouragements et de précieuses res- 
» sources. » Alfred Dembbsay. 



STATISTIQUE DES BIBLIOTHÈQUES DE FRANCE. 



D'après une statistique des bibliothèques de France, 
qui vient d'être dressée par les ordres de M. le ministre 
de l'instruction publique, les départements (celui de 
la Seine non compris) possèdent SS8 bibliothèques 
publiques, offrant par semaine 1 060 séances de lec- 
ture, et fréquentées chaque jour, en moyenne, par 
8 649 lecteurs. On y trouve 3 733 439 volumes, dont 
44 070 manuscrits et 3 689 369 imprimés. (Les détails 
concernant chaque bibliothèque se trouvent dans le 
Journal général de Vlnstruction publique du 15 no- 
vembre 1854.) 



NOUVELLE DÉTERMINATION DE LA LONGITUDE 

fiNTR£ LES OBSERVATOIRES DE PARIS ET DE 6RBBNWICH , 
t>AR LE TÉLÉGRAPHE ÉLEGTRIQVE. 



M, Le Verrier a adressé, le 23 septembre 1854, un 
rapport (1) à M. le ministre de Tinstrùction publique 

(i) Ce rapport est insère dans le Journal général de C instruction 
publique du 8 octobre i854* 



( 291 ) 

sur la détermination de la longitude entre Tobservatoire 
de Paris et celui de Greenwich, par rintermédiaire du 
télégraphe électrique sous-marin. 11 rappelle que la pre- 
mière mesure importante entre ces deux observatoires 
date de 1790 : elle fut exécutée par le général Roy, pour 
l'Angleterre, et par MM. CaasiDÎ, Mécbain etLegendre, 
pour la France. La méthode employée consiste à 
relier les points extrêmes par une série de grands 
triangles géodésiques passant par-dessus la mer. Cette 
mesure donne, pourladifférence de longitude, 2*19'â2''. 
La seconde mesure géodésique a été exécutée en 1821, 
1822 et 1823, par les capitaines Râler et Golby, pour 
TAnglelerre, et, de Calais à Paris, par les astronomes 
français; elle a donné 2° 20' 22^ La nouvelle déter- 
mination parla télégraphie électrique, opérée pendant 
les mois de mai et juin 185A, par MM. Faye et Dunkin, 
a conduit les deux observateurs à fixer définitivement 
la différence en Jongitude de Içurs instruments à 
2o 20' 9", à. Si Ton voulait rapporter la position de 
l'observatoire de Greenwich à l'ancienne méridienne 
de France, il faudrait retrancher du résultat précédent 
la quantité 1^'»8 qui représente la distance entre cette 
méridienne et la situation actuelle de la lunette des 
passages de l'observatoire de Paris : on aurait ainsi 

2* 20' 7\Q. 

E.C. 



( 292 ) 
NOTES 

SUB QUELQUKS INDUSTUIfiS GHIKOISKS, 

PAR If. RENARD» 
Ancien délégué du commerce en Chine, membre de la Sociélé de géographie. 



Fabrication des lanternes» 

Les lanternes, de même que les éventails, sont des 
meubles indispensables à tout Chinois : le plus mal- 
heureux coulie, n'ayant le soir que quelques pas à faire, 
ne sort jamais dans la rue sans sa lanterne ; cette 
habitude est tellement invétérée chez eux, qu'on rap-* 
porte que, lors de la prise des forts de Boca-Tigris par 
les armes anglaises, les soldats, effrayés des projectiles 
qui tombaient sur leurs forts, ne les abandonnèrent 
qu'après avoir allumé leurs lanternes ; les canonniers 
purent alors les ajuster au milieu des étroits sentiers 
de la montagne qu'ils gravissaient. 

Les lanternes le plus généralement en usage sont 
de forme cylindrique; la carcasse est composée de 
fines lanières de bambou enlacées en losanges , puis 
recouverte d'une légère gaze de soie ou de fin papier 
de bambou; les ouvriers appliquent ensuite par-dessus 
une couche de colle préparée avec une plante marine 
( Girgatina tenax ) que les jonques chinoises vont 
charger dans l'archipel Indien ; cette colle a la pro- 
priété de ne jamais être entamée par les insectes. 

Le décor des lanternes ordinaires est fort simple : 
c'est généralement un seul caractère peint en noiç, 
indiquant le nom du propriétaire. 



( 293 ) 

Les lanternes fabriquées pour l'exporlalion ont In 
forme d'une boulo; elles peuvent se fermer par le 
moyen d'un ressort semblable à celui de nos anciens 
parapluies. On les décore de dessins très variés: carac- 
lères, tigres, lions, buffles, dragons, oiseaux, etc. 

Les lanternes qui servent à rornemenl des appar- 
tements sont de forme quadrangulaire , hexagone ou 
octogone; les montants sont de bois sculpté, teint et 
poli; (les glands et ornements de passementerie, des 
verroteries mélangées d'ornements de cuivre émaillé 
bleu, sont suspendus aux angles et à divers autres en- 
droits; ces lanternes sont ornées de riches peintures 
sur verre au coloris brillant, rehaussées de feuilles 
d'or et d'argent. 

Parfois on remplace les verres par des châssis ten- 
dus de soie blanche, où sont peints des oiseaux, des 
fleurs, des paysages, etc. 

Il y a encore une grande variété d'autres genres de 
lanternes : à Chang-haî, par exemple, on en voit d'im- 
menses en corhe blonde; d'autres sont formées de 
verroteries de diverses couleurs ; d'autres , enfin , 
sont de bois découpé et ont la forme de corbeille, de 
panier, etc. 

La ville d'Amoy a une grande renommée pour la 
solidité, la beauté de ses lanternes pliantes; ses nom- 
breuses jonques en exportent beaucoup à Singapour, 
à Manille, à Batavia et dans tous les autres marchés 
de l'archipel Indien. 

Fabrication des chandelles» 

On fabrique en Chine une immense quantité de 
petites chandelles qui servent à l'usage journalier du 
« viir« NovBMBnE. 3. 20 



s 



( 294 ) 
peuple el qu'on brûle devant les idoles; celte der- 
nière consommation est tellement importante qu'on 
peut affirmer que la moitié de celte fabrication est 
destinée aux temples, aux pagodes, aux petits autels 
des rues, aux chapelles de chaque maison, de chaque 
bateau. 

Les chandelles chinoises ne sont pas fabriquées avec 
la graisse des animaux, mais bien avec le fruit d'un 
arbre [Stillengia sebifera)^ l'arbre à suif, dont le nom 
chinois est con-chu; ce fruit renferme dans une coque 
ronde trois petites graines oléagineuses de forme 
triangulaire, aux coins arrondis; le suif, qui est blaDC, 
est adhérent aux graines; on le recueille en broyaDt 
ensemble le tout, ensuite on fait bouillir dans Teau 
el Ton écume le suif à mesure qu'il monte d la surface ; 
ce qui reste est pressé fortement dans des troncs 
d'arbres creusés, et au moyen de coins de bois 
enfoncés par le poids d'un bloc de granit ; les mèches 
de coton sont remplacées par quelques brins de moelle 
de très pelits joncs. 

Les Chinois ne moulent pas leurs chandelles : elles 
sont toutes faites en cône et par le procédé dit ù la 
baguette; elles n'ont généralement que de 1 à 2 cen- 
timètres de diamètre, sur une longueur de 10 à 16 : 
celles qui se brûlent dans les pagodes sont revêtues 
d'une dernière couche de suif rouge; il y en a aussi 
de verles, mais en moindre quantité. Toutes ces chan* 
délies sont traversées de part en part d'un brin de 
bambou, sur lequel on a roulé à la main, jusqu'à en- 
viron les 2/3 de la longueur, un fil de coton non tressé ; 
le reste du bambou qui dépasse est destiné à entrer 
dans une petite douille que porte tout chandelier 



[ 



( 506 ) 
trliînois; »vgc ce système, les cLiandelles sunt brûléci 
enliëietueiil sans le secours de brùle-bout. 

Les chandelles fabriquées avec le suif d'arbre soiU 
d'un beau blanc, surtout quand les fabricants ont pris 
la peine de le bien ûpurer; à cet effet, ils le font fondre 
à plusieurs reprises, ils le coupent en petites bri- 
quettes, et font sécliei'; le suîf acquiert ainsi plus de 
blnncbeur et plus de fermeté. 

Pour fabriquer les cliantlellcs, les ouvriers sont 
placés devant des baquets dans lesquels le suif a été 
»ersé en fusion; ils trempent perpendiculairement la 
partie du bambou recouvert de la mèche, le retirent 
et laissent figer; ils réitèrent l'opération jusqu'à ce 
que les chandelles soient arrivées à la grosseur 

Pour teindre les chandelles en rouge, les fabricants 
font bouillir, dans une certaine quantité de suif, l'écorce 
d'un arbre dont le noin chinois est ste-py, et aussi la 
racine d'une plante appelée tseu-ka ; ces substances 
ont la propriété de teindre tout corps gras en une belle 
Couleur cerise, mais elles ne communiquent à l'eau 
aucune couleur; les chandelles sont, par une sim|de 
immersion dans ce suif, colorées en beau rouj^e. 

On trouve encore quelques chandelles faites à l'usage 
des Européens, et dont la dernière couche est de 
cirft d'arbre, ce qui les empCcbe de couler; la 
cire d'arbre s'appelle clmla , et l'arbre, appelé ke- 
la-c/iu, croit dans le Chan-toung, dans le Hou-kouang 
«t ailleurs. Celte cire est formée par de petits vers, qui 
*é roulent dans les feuilles des arbres et y construisent 
des rayons beaucoup plus petits que ceux d'abeilles: 
elle est très dure, les Chinois la fondent en pains plats, 




( 296 ) 

la cassure intérieure de ces pains laisse voir de beaux 
cristaux. 

Fabrication des bâtons odoriférants et des allumettes. 

r^sbâlons et allumettes parfumés sont l'objet d'un 
commerce fort important en Chine: on en fabrique dans 
tout l'empire; les bâtons et les allumettes se brûlent 
:*) peu près, comme les chandelles dont nous venons de 
parler, dans les mêmes cérémonies, c'est-à-dire dans 
les temples, dans les pagodes, dans les maisons^ les 
bateaux^ dans les rues, sur le bord des fleuves et des 
rades, aux divers changements de lune, et dans mille 
aulres circonstances. Le nombre vraiment extraordi- 
naire de fumeurs des deux sexes, la petitesse des pipes 
qu'il faut recharger i\ chaque instant, toutes ces causes 
exigent que les mèches soient constamment allumées, 
chez l'artisan aussi bien que chez le mandarin: et il 
serait difficile de se former une idée de ce que Ton 
en consomme journellement. 

r^es Chinois emploient , pour la fabrication des 
bâtons pour fumeurs, différentes espèces de bois et des 
écorces d'arbres qu'ils font bien sécher; ils les réduisent 
en poudre et les tamisent; ensuite ils en forment une 
pâte, en y mélangeant une colle de riz très claire, elle 
doit être bien pétrie et très compacte. 

Au moyen d'un rouleau, cette pâte est disposée en 
plaques, les bâtons sont formés ensuite avec un moule 
de bois contenant des cannelures intérieures, qui sont 
imprimées sur la pâte au moyen d'une forte pression. 
Il ne reste plus alors qu'à tamiser sur les plaques un 
peu de poussier fin, pour absorber l'humidité, et en- 
suite on fait sécher. 



( 297 ) 

La fabrication des allumettes parfumées diffère un 
peu de celle-là; ces allumelles sont exclusivement 
composées de bois de sandal, pulvérisé et tamisé très 
fin ; on y ajoute, pour les parfumer, de l'ambre, de 
Tencens et quelquefois d'autres essences. Elles sont 
roulées pièce par pièce sur un petit brin de bambou 
dont une dés extrémités, peinte en rouge, est destinée 
à être fixée dans la cendre des urnes où elles doivent 
être consumées. 

Ces allumettes sont ensuite réunies en paquets ronds 
et carrés; on les enveloppe soigneusement de papier 
blanc et de couleur; chaque paquet porte de nombreux 
caractères en encre de diverses nuances ; on en col- 
porte ainsi beaucoup dans les rues. 

Dans rinde, on donne le nom de baty à ces allu- 
mettes ; elles servent aux mêmes usages qu'en Chine, 
et sont brûlées dans les temples, etc.; elles sont com^ 
posées de bouse de vache, de sandal et d'encens. 

Les bâtons parfumés de Chine s'expédient en grands 
quantité aux États-Unis et en Angleterre ; les jonques 
d'Amoy portent les allumettes parfumées chez les sec* 
tateurs de Bouddhah, à Bangkok et dans tout l'archipel 
Indien. 



( 298 ) 

ilouirelles g;éog;raphlqiieAi 



EUROPE. 
FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES D4IIS LR GALYADOS. 

La Société des antiquaires de Normandie vient de 
terminer lés fouilles archéologiques commencées, il y 
a deux ans, au village de Vieux (canton d'Evrecy), l*an- 
cienne cité des Fiducasses, è 10 kilom. de Caen. On 
a découvert particulièrement un ancien théâtre ou 
amphithéâtre, de grandes dimensions. 



ASIE. 

RÉCEPTION D*UN BATIMENT AIféRIGAIN AU JAPON, 
{Nouvelle datée de New-York, lo novembre 1854) 

Le bâtiment américain Lady Pierve, capitaine Burr, 
propriétaire M. Burrows^ parti de San-Francisco» a 
atteint la baie de Yedo, quinze jours après le départ 
du Commodore Perry ; il a reçu le meilleur accueil 
des ofiBciers japonais. Le bâtiment était garni de meu- 
bles riches et élégants qui ont frappé les Japonais; 
(les artistes sont venus sur le bâtiment, en ont fait les 
dessins, et l'empereur a manifesté son intention d'avoir 
deux navires de ce modèle. A bord était un Japonais, 
seul survivant d'un équipage de quinze hommes (dont 
la jonque avait péri en mer près des lies Sandwich) 
et nommé Dee-yee-no-skee. Il a été reçu avec les plus 
chaudes démonstrations de joie et de gratitude. Son 
récitdesbons traitements qu'il a reçus des Américains» 



( 299 ) 

et des usages de cette nation , sera peut-être plus 
efficace que les ambassades pour amener de l'iiitimilé 
entre les Japonais et les étrangers. 

Aussitôt l'arrivée du bâtiment à Uraga, ordre a éié 
donné, de Yecio, de fournir à M. Burrows tout ce qu'il 
demanderait et de le traiter açec la même hospitalité 
que te commodore Peny» Il avança jusqu'à 10 milles de 
Yedo : M. Burrows demanda de jeter Tancro dans le 
port , mais on lui dit : ce n*est pas, bon^ le oemmodore 
un pas été Jusque-là. Des centaines de visiteurs sont 
venus à bord ; ils ont été régalés de toutes sortes de 
choses délicates, de boissons recherchées, de vin de 
Champagne, etc. Des milliers d'autres étaient autour 
du vaisseau ; pas une pièce d'argenterie n'a manqué 
après les visites. L'empereur a fait cadeau à M. Bur- 
rows de quantités de soieries, de porcelaines, d'objets 
de laque, avec prière d'annoncer, dans son pays, que 
1( s vais3eaux étrangers ne pourraient point s'arrêter 
ailleurs qu'aux ports stipulés dans le traité. A la 
demande d'obtenir du charbon d^ terre, il a d'abord 
été répondu que le gouvernement n'en accorderait pas; 
la réponse de Yedo même a prouvé qu'il serait d'ua 
prix trop élevé. 

Les Japonais sont inquiets des troubles de la Chine 
qu'ils allribuent à l'introduction du commerce étran- 
ger. M. Burrows affirme que c'est une nation d'athées; 
ils adorent rem|)ereur spirituel à Méaco. Ils étaient 
choqués de voir Dee-yee-no-skce rendre grâce à Dieu 
de sa délivrance et non k l'empereur spirituel ou 
temporel. E.-J. 



( 300 ) 

AMUQlJli. 
EXPÉDITION DB M. UUGUETKAU DK CUALIJÉ. 

M. le capilaine de vaisseau Huguelcau de Cliaillét 
commandant du Newton y est allé croiser sur la côte 
du RifiF, pour réprimer certains actes de piraterie, el 
il a donné quelques nouveaux renseignements sur les 
habitants de cette côte, particulièrement sur les Que- 
laia, dont une fraction, les Janazen, les Beni-Chikcr, 
les Beni-Bouafia, se livrent à la piraterie. 



COLONIK DE TIPAZA. 

Un village s'élève, parles soins d*un riche concession- 
naire, surremplacementderancienneTipaza(laTfassed 
des Arabes), en Algérie. C'est à vingt-cinq lieues ouest 
d'Alger, si l'on passe par Blidah etMarengo, mais a dix- 
huit seulement, si l'on se dirige par Coléah. La ville an- 
cienne étailbien placée, dans l'enfoncement d'une petite 
baie abritée des vents d'ouest par la montagne duChé- 
noua; le terrain sur lequel elle s*élevait est disposé 
en amphithéâtre et fait face à l'est. Le territoire est 
couvert d'oliviers sauvages , de lentisques et d'autres 
végétaux vigoureux. Le port romain, dont la jetée est 
encore reconnaissable près du rivage et se prolonge 
sous les eaux, était vaste et sûr. Tipaza était d'origine 
berbère ; mais elle a traversé toute l'époque romaine, 
comme l'indiquent les restes d'un grand théâtre, de 
])iscines et d'aqueducs. Les ruines de plusieurs basi- 
liques démontrent qu'elle était florissante durant les 
premiers siècles de l'ère chrétienne. Tipaza est le port 
naturel du bassin du ChélifF, de Milianah et de toute la 
partie occidentale de la plaine de la Mitidja. 



( 301 ) 

AFRIQUE AUSTAALK. — DEPECHES DE M. ANJ)ERSON. 

Eh 1852, M. Anderson était avec sir Francis Gallon 
à Tounobis, par 21» 55' S., 21» 1' E., à soixanle-dix- 
sepl heures (ou 200 milles) du lac N'gami. Il remonta 
le Tioughé (Teoge) pendant treize jours au N.-N.-O.; 
le cours est très tortueux, il a AO yards (mètres) de 
largeur, il est profond, la vitesse est de 2 milles à 
l'heure ; les rives sont basses, la végétation luxuriante; 
partout de beaux arbres. De nombreux animaux aqua- 
tiques (seacows) attaquent les naturels. Le canot de 
M. Anderson a été renversé par l'un d'eux. 

Libébè, ville chcf-Heu du Bavicko, sur le haut Tiou- 
ghé, est le centre d'un grand commerce, où viennent 
les Mambari, les Ovapangari et les Ovahanyama. Les 
Griquas y rencontrèrent la mouche tsetsé, qui fit périr 
leurs chevaux et leurs bœufs; la fièvre emporta la 
moitié des Griquas eux-mêmes. 

La grande rivière Gunène court à la côte ouest, 
mais l'embouchure est problématique ; une branche 
importante du Gunène commence là où le Tioughé 
tombe au lac. Les habitants voisins du lac sont les 
Balvana, tribu Bickuana , qui ont asservi les Bayeya 
ou Bakoba , de même race que les Ovampos et les 
Ghou-Damup. Le vocabulaire de leur langue est joint 
à la dépêche, laquelle renferme aussi beaucoup de 
renseignements sur le pays des Namaquas et le désert 
Kalahari, les latitudes de soixante lieux différents avec 
des itinéraires détaillés. E.-^J. 



( 302 ) 



nOUVBLLBS nu CIPIT&IFJB COLMNSdH. 



Les journaux de Saii-Frnncisco 



annoiicenl que 1 

le navire V£n 



r.nter- 
/j'ïise, a très lieureusemei)! échappé ans périls de l'océan 
Glarial. Celle nouvelle a él6 apportée l'i San-Francîsco, 
le 25 gejitembre, par le capitaine Henry Trollopi 
commanHant le Ratllesnnhe, qui venait du pnrt Cli 
rence, situé à l'entrée du détroit de Behring, sur 
côte méridionale du ca^ du Prince de Galles. Le c 
pitaino Collinson y élait arrivé, aprèâ sa longue expé- 
dition dans les mers arctiques à la recherche de 
John Franklin. 'U Enterprise, partie de l'Angleterre en 
même temps que V hwestigator, commandé par l 
pilaine Mac-Clurn, arriva, il y a environ un an, da; 
la partie de l'océan Glacial américain qui regari 
l'AthiDtique, après avoir franchi le passage du nord- 
ouest; aucune nouvelle de ce bâtiment n'avait ét^ 
reçue deiiuïa, et l'on était fort inquiet de son soit. 

L'£n(e'p«.te avait pénétré dans l'ocèao Glacial (jen- 
clanll'élé de 185 ! , et pria le détj'uit du Prince de Galles; 
trouvant la glace impraticable, elle passa l'hiver de 
1851-1852 parTl^aSMelatit. etllQo Dà'deloug. O. 
Elle s'avança un peu, et hiverna en 1852-1853 dans 
la baie Cambridge, sur la côte de la terre WoUaston, 
par 69° N. et lO?" 50' 0. L'hiver de 1853-1854 la 
trouva dans la baie Camden (70" 8' N.. 147° 50' O.). 
La glace la laissa libre le 15 juillet 185Â, et elle eETeçt 
tua son retour, le 21 août, au port Clarence, pouc 
aller chercher de là le PJoi'erâ la pointe Banow; elle 
s'est dirigée ensuite sur Hong-kong, et le Plover a 
pris la route de Valparaiso. 



an 



en 



( 308 ] 
Durant les trois années de son séjour dans les mers 
arctiques, V Enterprise n'a pei-du que trois Ijommes. 
Tous les autres membres tle l'eipédilion ont conservé 
une santé excellt-nle. Ce navire trouva ries traces du 
passage de'VIitfenligntor siiv plusieurs points, et ne fut 
un instant qu'à 00 milles du Winter Harbour ; mais 
la glace l'empêcba il'avancer, et il gagna lo déiroit de 
Wollaslon, où il rencontra des traces des reclierchus 
du do( teur Rae. Pendant lo printemps de 1852, des 
détachements de re][))èdiliun s'avancèrent »ur la glace, 
et l'un d'eux ga^na l'Ile Mcivtllr é travers les plus 
i;randos difficultt^s. Les indigènes qu'on rencontra 
dans le cours du voyage, ont uiontré des dispositions 
pacifiques et bienveillantes. Le navire Trincomalee , 
sous la conduite du capitaine Wallace Houstoun, a 
aussi visité le port Clarence celte année; quelques 
officiers de ce bâtiment oui exploré le voisinage du 
jiort, el ont particulièrement remonté en bateau la 
rivièrû Af^spuc, ou ils ne sont arrivés qu'après avoir 
traversé une suite do lacs ; c'est un pays marécageux, 
sans un arbu&te, et où abonilent les lièvres, les canards 
sauvages et autre gibier. On a recuuilli sur les bords 
de l'A^sepuc des fossiles de mam'noutbs. Lea mous- 
tiques sont exlrcmemenl nombreux. Il y a une grande 
quantité de saumons el de truites, Les indigènes 
raissent doux et intelligents. 

LAC pu SOVPltli DANS l'uTIH. 

Dans le territoire d'Utab, vers le Corn-Creek, à une 
irontaine de milles de Fillmore, M. Caravalbo, atta- 
ché i\ une expédilion d'exploration pour le chemin de 



( 304 ) 

fer de rocéan Pacifique, a visHé un lac de soufre , 
d'environ un mille de diainëlre, dont toute la surface 
est couverte d'une croûte composée de soufre et d*alun 
fortement imprégnés d'acide sulfurique. 



EXPEDITION DANS LA 80NORB. 

Une compagnie de vingt-cinq hommes, sous la con- 
duite d'Edouard £• Dunbar, a quitté Los Angeles pour 
se porter jusqu'au cœur de la contrée des Apaches, et 
près de la vallée de Santa-Cruz; la chaîne de mon- 
tagnes Avisona passe pour contenir les plus riches 
mines d'argent du monde ; mais, depuis plus de trente 
ans, ce lieu est occupé par les Indiens. Les Sonoriens 
ont en vain cherché à rentrer en possession des mines, 
riches également en or et en cuivre. Le point où la 
compagnie veut s'établir est une bellée vallée, qui 
touche au RioGila, à sa jonction avec le Rio Colorado; 
ce lieu est destiné à devenir un port important pour 
le commerce. La compagnie est composée de gens 
énergiques, endurcis à la fatigue et bien armés ; dans 
le nombre sont des hommes de talent et d'instruction, 
en état de faire une exploration tout à fait scientifique. 



DiCOUVBRTË d'une ESPÈCE DE GOMlUi AU TEXAS. 
(Nouvelle datée de Washington , 9 novembre 1 854* j 

On a découvert la gomme appelée mezquète, en tout 
semblable à la gomme arabique, et en immense quan- 
tité, aux sources des rivières de Big Wachita et de 
Brazos. L'arbre mezquète est semblable à l'acacia d'oi!i 



( 305 ) 

les Arabes tirent leur gomme (sounl). La découverte 
en a été faite par le docteur Shumard, on octobre 
dernier : chaque arbre en fournil depuis une once 
jusqu'à trois livres. 



DÈCOUVKnTB D*1)N MiSTODONTB PRËS DB POUGHKBBPSIB. . 

• . * 

On vient de découvrir dans une fouille les défenses 
d'un énorme mastodonte près de la ville de Pouglikeep- 
sie, et Ton a pris des mesures pour l'exhumer tout 
entier. L'excavation est opérée sous la conduite du 
docteur Morse (le même qui a découvert le télégraphe 
magnétique) : il est déjà arrivé jusqu'à la tôle et aux 
épaules du mammouth. Les os sont pétrifiés on partie, 
et Ton espère obtenir le squelette tout entier dans un 
état plus parfait que tous ceux qu'on a trouvés jus- 
qu'ici. [Albany Register,) 



NOUVELLES DIVERSES. 



Le prince Paul de Wurtemberg est de retour de 
ses voyages dans l'Amérique méridionède. 



M. Krapf achève en ce moment à Tubingue l'im- 
pression d'un vocabulaire kikouaO et d'un dictionnaire 
souâhili; il se propose d'aller passer quelque temps en 
Angleterre, et de retourner en Afrique vers la fin de 
cette année 18ô/i. 



i^a^baa»«Mb 



( S06 ) 

DESTINÉE DE SIR JOHN PR\MKLIN ET DE SES 137 COMPAGNONS; 

PAR M. kVO. PBTBimABIIf. 



Un voyageur bien connu par ses courses dans les 
régions arcliqties» le docteur Rae» nous a (ransmis, il 
y a quelques jours, une relation épouvantable sur le 
sort de l'expédition du capitaine Franklin. Mais les 
faits qu'il raconte sont si complètement inattendus» 
si inexplicables, si mystérieux» si incomplets» que nous 
avons jugé à propos , pour les entourer de quelque 
lumière, de rappeler les circonstances par lesquelles 
ils peuvent se rattaclier à des faits antérieurs et déjà 
connus» et qui serviront au moins à guider ceux qui 
n'ont pas suivi» dans tous les détails» les efforts consi* 
dérables tentés jusqu'à ce moment pour la recherche 
de cette malheureuse expédition. 

Si la relation dont nous parlons est exacte» la ter- 
rible catastrophe» la destruction des deux vaisseaux et 
de leurs équipages doit avoir eu lieu dans une partie 
très rapprochée et très accessible de l'Amérique arc- 
tique» et dont les environs immédiats» parfaitement 
connus, ont été visités et explorés à diverses reprises. 

On sait que Texpédilion du capitaine Franklin» fai- 
sant une nouvelle tentative pour découvrir le passage 
nord-ouest» quitta les côtes de la Grande-Bretagne a» 
mois de mailSAô. Trois hivers s'étant passés sansqo*oti 
en reçût aucune nouvelle» on jugea nécessaire d'en- 
voyer à sa recherche d'autres expéditions, dont la 
première quilta l'Angleterre en janvier 1848, et les 
deux suivantes en mars et en juin de la même année* 



( 307 ) 
Ln (leniKTCi cuitiinanOée par le capitaine sir James 
C, Ross el le capitaine Bird, avail reçu l'iinlre de suivre 
l'expëdiliuu perdue par la roule luèiue que celle-ci 
devait suivre, de diriger sa course à iravei's la baie de 
BalBo et d'espluroi' atteiitiveiueot les bords du détroit 
de Lancaslre et de Barrow jusqu'à la baie Walker, 
dans l'ouest, et le rivage occidental depuis North- 
SoinersGt et Bootbia jusqu'aux environs du pûle ma- 
gnétique décuuvQita par Ross en 1830. 

D'après les traces qui en furent découvertes en 1850 
et qui jusqu'il présent étnient restées les seules qu'on 
pût apercev4Mr, la lualbcureuse expédition a dû passer 
l'hiver de l&hb à IS/lO dans l'Ile Beecbey, à l'entrée 
du canal ilc Wellinj^ton , et à une distance d'environ 
50 milles allemands de la baie d^ Baffin, du cùté de 
l'ouest. Si nous en croyons l«s renseignements que te 
docteur Rae tient des Esquimaux, sir John Franklin et 
sa malheureus» suite no seraient revenus qu'au prin- 
temps de 1850 sur ia côte septentrionale de la terre du 
Roi Guillaume, où les Ësquitiiaux auraient aperçu en- 
viron 40 homme» blancs, venant à travers la glace, du 
côté du nurd. C'est une distance d'enviruo 75 milles 
allemands, en ligne presque directe au sud du canal 
de Wellington, et il faut absolument que lu troupe de 
Fianklinait dirigé sa iiiarchs le long des mêmes ctltes 
que l'expédition du capitaine Ross avait mission d'ex- 
plorer presque dans le même temps, c'est-à-dire pen- 
dant lus années 1848 et 184Q. MalUeuroaseDicnt l'ex- 
pédition du capitaine Ross c^iploni les côtes do l'ouest 
dans la direction du sud. jusqu'à la moitié seulement de 
leur étendue, depuis Norlb-Somerset et&oothia, c'est- 
à-dire jusqu'à environ 72 degrés ût^ laliliide. Un ne 




( 308 ) 

ti'onvH pns dans cgI espace la moindre Irncc de l'ev 
p^dilion pcrdufï, et l'on no fiit j>a» plnsliGurctix sur In 
côte opposée, eellc qui potlcle noiinlo Prinee ot'Wnles, 
et qui lui explorée en 1861 par le Ueulenant BrnivnL-. 
C'est lin fnil exlrêmement regrettable que le capitaine 
Ross n'nit pas pu pousser plus loin vers le sud, où il 
aurait t\ù. si les derniers renseignements du doclour 
Rae sont exacts, se rencontrer infalliblement avec Ips 
40 hommes blancs. Mais comme on se laissa entraîner 
h croire avec le capitaine Iloss que Franklin ne pouvait^ 
pas avoir visité cette conirée, les recherches s'écartèrent J 
de la bonne voie, et depuis ce moment presque toule^ 
les expéditions, en quittant le détroit de Qarro 
dirigèrent plutôt vers l'ouL'st cl vers le nord. Un trè»" 
petit nombre de personnes, ]jarmi lesquelles on ren- 
contre lady Franklin, continuèrent d'attacher de l'im- 
pui'tance à ce qu'on visitât complètement les régioas 
situées aux environs de la teriv du Roi Giùltaume, Deux 
nouvelles expéditions, préparées par les ordres et aux 
frais de lady Franklin, furent chargées de recommen- 
cer les recherches, l'une en 1850. suus le commande- 
ment du capitaine Forsyth, l'autre en 1861, sous la 
direction de M. Kennedy et du lieutenant Bellol, et 
[uus les hommes compétents furent d'avis que toutes 
deux étaient parfaitement propres à atteindre le bul. 
Mais une puissance supérieure on avait décidé aulre-l 
ment. Elles revinrent l'une et l'autre sans aucun 
suUat, et ne dépassèrent pas la limite à laquelle avaient.^ 
atteint précédemment les expéditions de Ross et d6 T 
Browne. Ainsi quatre expéditions avaient élé envoyées à 
vers cette région l'acilement accessible, et aucune ' 
d'elles n'atteignit le but. Pendant ce temps on se per* ■ 



( 300 ) 

« 

suada de plus en plus de rimpossibijité que Franklin 
eût pris celte direction, et loisqu'en 1851 le docteur, 
Rae, visitant dans l'ouest la tove? rfe Victoria^ située 
tout près de là, trouva sur le rivage des restes presque 
méconnaissables d'un pavillon appartenant à la marine 
royale de la Grande-Bretagne, personne ne voulut 
croire que ces débris pussent provenir des vaisseaux 
de Franklin. C'est pourtant ce qu'il faudrait admettre 
si le rapport du docteur Rae se confirmait. 

Quant au degré de confiance que ce document mé^ 
rite en général, les objets qui ont appartenu à sir 
Franklin et à ses compagnons, et que le docteur Rae 
a apportés avec lui, nous offrent une preuve malheu- 
reusement irréfutable qu*il y a quelque chose de vrai 
dans le récit des Esquimaux, ou, pour mieux dire, 
c'est le fait qui nous parle lui-même , sans laisser 
aucune prise à l'incertitude; car, pour les horriblea 
détails que renferme le récit des Esquimaux» il nous 
est permis d'affirmer» tout d'abord, d'après ce que 
nous savons du caractère de ce peuple» qu'ils sont ab- 
solument indignes de foi. Mais lorsqu'on cherche à se 
rendre compte, par les lois de la vraisemblance, de la 
manière dont la catastrophe est arrivée et des lieux 
qui en ont été témoins» on rencontre alors plus d'une, 
circonstance inexplicable et mystérieuse. 

La première c'est que» même si les deux navires^ 
au moment où ils se sont perdus» étaient arrivés dans 
le sud jusqu'à la terre du Roi Guillaume» les hommesi 
des équipages ne s'en soient pas retournés parle nord 
vers le détroit de Lancastre^ toujours fréquenté par. 
les pêcheurs de baleines» au lieu de marcher vei^ le 
sud , dans la direction de la baie d'Hudson ; ce qui 

VIII. NOVEMBRE, h. 21 



C810 ) 
âtail le parti le |>his déseS|ièi'é qu'ils 



) le 



'citeiil très bie 



i,i, 



Sieilt'S IDE 



ni prendra; 
nlires de 



l'expédition, par leur propre expérience. On se rap- 
pelle, en elFet, qu'cD 1&S2, le lapitaine Ross ae sauva 
de celle manière, en laissant son vaisseau à 70 def;rés 
de latitude nord et en campant dans celto contrée 
pendant quatre ans, 

La seconde circonstance de celte naluro. c'est qu'on 
n'ait Irouvé d'eux aucune trace dans leNorlli-Somerset. 
Cependant cela peut s'expliquer par le fait qtn 
toucher â cette càte, ils ont traversé heureuseinenl 
avec leurs vaisseaux le détroit de Peol, situé entre cette 
cunlrée et la terre du Prince ol" Wales, e 
plus loin vers le sud qu'ils se sont perdus. 

La li'oisième, c'est que réduits, comme on le pré- 
tend, il une pénurie par suite de laquelle ils seraient 
uioris de faim, ils n'aient pas songé à visiter l'anse 
For}, dansle North-Sotnerset, à une distance d'environ 
50 milles allemands de la terre du Hoi Guillaume, 
pour y recueillir las jnovisions abandonnées en ISSft 
par le capitaine Ross, et qoi furent trouvées par Ken- 
nedy et Bellot dans le unëme élut où Ross les avairj 
laissées vingt ans auparavant, coinpléteineut intact«#i 
el purfHitement conservées. 

La quatrième, c'est que les ronseignenients fout'illi 
par les Esquimaux ne soient parvenus à la connais-^ 
sance de l'Kurupe que tout récemment, quatre ai 
après l'événement, quoique des voyageurs européen^ 
se soient approchés ù plusieurs reprises, autant que 
le docteur Rae, du lliéâlre sur lequel cet événement 
s'est accompli. 

Lacinquième, c'eslrpi«.[lan8 uneiroiipt'dtil 



en! 

ré- I 




(311) 



i (lai 



i'élile de la 



I 
I 



anglaise, richement 
pourvus d'armes, de munitions, de boussoles et d'au- 
tres objets, accoutumés à des voyages Ae long cours 
dans les régions arctiques, pas un seul n'ait été ca- 
pable de gagner une des colonies les plus voisines de 
la baie d'Hudson. 

D'un aulre côté, il esi impossible, dans les circon- 
stances présenlps, de ne pas attacher une grande im- 
portance A ce bâlon de pavillon que le docteur Rae, 
au mois d'août 1851, a trouvé sur la terre de Victoria. 
située précisément en face de celle du Roi Guillaume 
[es- 52' lat. N.. 103» 20' long. Occ. du méridien de 
Greenwieh), el de ne pas regarder comme vraisem- 
blable, en présence de ce lait, que les vaisseaux de 
FrankUn ont été dans ces parages. Cependant nous 
devons rappeler en même temps que les Esquimaux 
rencontrés à ce moment par le docteur Rae ne purent 
lui donner le moindre éclaircissement sur l'origine du 
ce débris. Involontairement la pensée se reporte sur 
un autre récit, également recueilli de la bouche dos 
Esquimanx, mais plus à l'ouest, parle capitaine Mac- 
Clure. Ce vojiigcur, arrivant du détroit de Behring, au 
mois d'août 1850 (l'année même de la mort des ^uu- 
riitite hommes blancs), en se dirigeant vers l'est, le long 
de la côte arctique de l'Amérique septentrionale , 
cherchait â prendre terre dans le voisinage de la baie 
lalhurst, âl'esl du fleuve Hackenzie, lorsqu'il nperçul 
deux niitûrels qui, avec des gestes menaçants, s'effor- 
çaient de l'éloigner. Quand on fut parvenu, avec beau- 
coup de peine, à les calmer, ils racontèrent qu'à la 
vue de son navire toute leur tribu avait pris la fuilc, 
à l'exception de leur chef et de son lîls malade, La 




(312) 

cause pour laquelle ils avaient agi ainsi, c'était la 
crainte ({iic le vaisseau ne voulût venger la mort d'un 
hlanc qu'ils avaient tué quelque temps auparavant. 
Par le moyen d*un interprète qui se trouvait à bord. 
Ton apprit d'eux que quelques hommes blancs, em- 
barqués dans une clniloupe, avaient pris terre sur leur 
rivage et s'y étaient construit une maison où ils vivaient 
ensemble ; mais que les naturels ayant mis à mort un 
de ces étrangers, les autres s'enfuirent, ils ne sauraient 
dire dans quelle direction. La victime de ce meurtre 
fut enterrée dans un lieu qu'ils indiquèrent. Le capi- 
taine Mac-Clure ajoute que lorsqu'il voulut aller n la 
recherche de ce tombeau, il en fut empêché par un 
épais brouillard et obligé de retourner a son bord. . 
Il est extrêmement regrettable qu*on n'ait pas pu véri- 
fier l'exactitude de ce récit; car il est diOicile d'ad- 
mettre que les naturels se fussent eux-mêmes accusés, 
d'un meurtre, s'ils ne l'avaient pas réellement com-. 
mis, surtout lorsqu'on songe que déjà , en 18â8, une 
nouvelle semblable avait été rapportée de celte contrée 
par les employés de la Compagnie de la baie d'Hudson 
et publiée en Angleterre. 

Si l'on considère, après cela, que le mensonge, chez, 
les Esquimaux, est réputé une vertu, et qu'il est im-. 
possible de se fier à leurs rapports, on n'aura pas de 
peine à convenir que le voile impénétrable qui nous 
a dérobé jusqu'aujourd'hui la destinée de sir John, 
Franklin, n'a pas été levé par la relation du docteur 
Rae ; mais que ces histoires d'Esquimaux offrent seu* 
lement un point de ralliement plus récent et une di- 
rection nouvelle à d'autres recherches dont on a lieu 
d'attendre un résultat plus satisfaisant. Il est, en effet. 



( 313) 

hors de doute, que deux vaisseaux et 138 persouucs 
doivent avoir laissé d'autres traces à découvrir que les 
rares objets qui ont été conservés par les Esquimaux, 
et que le docteur Rae a rapportés avec lui. 

Le docteur Rae n'a peut-être pas été éloigné de plus 
de 50 milles allemands du théâtre de l'horrible catas- 
trophe ; mais, probablement pressé d'envoyer en 

Angleterre des nouvelles sur le sort de Franklin 

peut-être aussi poussé par le désir de provoquer des 
recherches plus étendues, il n'a pu se transporter 
sur les lieux et vérifier par lui-ipême le récit des 
Esquimaux. 

La grandeur et la noblesse du caractère anglais nous 
offrent l'assurance qu'une nouvelle expédition, peut- 
être sous la direction du docteur Rae lui-même, sera 
prochainement envoyée pour constater les faits récem- 
ment recueillis. Mais, dès à présent, les généreux 
efforts qu'a faits la nation anglaise pour retrouver les 
traces du capitaine Franklin augmenteront l'éclat de 
son nom et ajouteront à sa gloire un titre immortel. 
Avec quelle libéralité inépuisable, au prix de quels 
sacrifices elle a cherché, sans interruption, pendant 
sept ans, à sauver ses compatriotes, c'est ce que nous 
avons essayé de mettre en évidence dans le tableau 
suivant, dressé avec soin d'après les documents les 
plus authentiques. 



( M4) 

Étal dei àrpenies oui ont été oceationniet par Us dîvtrseï expéditionl 
envoyée! A la rtchercU Je iiV Jol.n Franklin jusqu'à l'année 1 8S4- 





■OMl.R 






.ml'.^'.^Di. 


SOUMtS 


iNOLCiTiiw i>Ea EXPÉniTioss, 


J 


^ 


di-peoiKi 




1 


l_ 


.Wrliug. 


k.Sxi>éd.qui onteulieutn ,&i6,,&iget l»i«. 








I EipWilion au drltoit .]« Behring, sou. 








Kelletl, Moore i^l Pullen. . . . 




4 


91466 










cluIS>ird,9nu9ltai-«(Hichiir(I>oii 




4 




3, — au dtJroit de Barrow, soua lee 








capiliiiiea HosaelBiril 








4. — à la même dï«liniilioo, sous le 








capiiaiDG Saunderi 






.-îo 000 


5. - BU déiroil de Behring, «ou. Collin- 








son,M»c-Uure,MooreelK.^llell. 


4 




■ SOIKIO 


6. - nu déiroir de BaiTow.saiii PeriDj. 






iSooo 


7. — fib mémedcslinnliuii, lousAïu- 








(in.Ommariïy.Obborn et Cater. 


4 




145 oeo 


8. - Mamém<^de<ilin.,>ousJoE>nHo9a 






400» 


9. — il la même destin., sous Forajlli. 


1 




4000 


B. Expéd. qui ont eu lieu en i65i et i&Si. 








1 ri. Eipédiiiou OUÏ léfiiona Bi-otic]ut)i de l'Amé- 








i'ïi{uedii nord, toai Sae, . , . 






3 00D 


II. — à Kegenl IdIbL, aciue le capitaine 








Kennedy 


' 




.5ûoo 


11. - .i la Bftir de Baftiu, s'.ut le capi- 


taine Inglffield , 






5 000 


n. £j:;,A/. ,u.- «ni eu Ueu en j B5ï, . 8.^3 ei 1 854. 








i3, Eipédiliun au dêlrciit de Barrow, soub le 










5 




'iSiXHIO 


14. — au détioil de Beliriog/tûuVte 








capilainn Maquire 








l5. — i^ In m«me di^nmalbn, >«<.» le 








capitaine Trollope. 


J 




5c. 000 


16. — k l.n même deslmaliun, i^ous le 








capitaine Kennedy 


1 




4000 


[7. - audélraitdeBar.o«, .uusleca- 








pilaine looieKeld 


-s 




60000 


18. - à Iani4mc desrination, sou, le 








capitaine Ingletield 






60 000 


.9. - h l'islhmede Bonlhia , gnu. Ie> 








'irdiBa de Une 


» 




4aoo 




T.jlaus 


3i 


"■»" 


,c«o466| 



( 316 ) 

Nous montrerons peut-être, dans une autre occasion» 
quelle a été l'utilUé pratique de e^ nobles tentatives 
et de quelle valeur elles sont pour la science. Tel est 
maintenant l'intérêt qu'elles ont appelé sur les régions 
arctiques, que, malgré la déplorable destinée de l'ex- 
pédition du capitaine Franklin, Ton ne s'arrêtera pas 
avant d'avoir traversé et exploré le bassin polaire, de- 
meuré jusqu'à présent à Tabri des rechercbes. Dès 
aujourd'hui l'on peut attendre d'intéressantes décou- 
vertes de l'expédition américaine qui, sous les ordre/s 
du docteur Kane, est partie de New-York au mois de 
mai de l'année dernière, lavec la mission spéciale de 
pousser jusqu'au pôle nord. Nous en dirons autant dp 
capitaine Penny qui s'est fait un pom si recommaa- 
dable par ses voyages dans les mers arcliqqes. On sait 
qu'il n'y a pas longtemps que ce navigateur csjL de 
retour d'un voyage extrêmement fructueux dont )e 
profit, comme il nous l'affirme dans une de s^s leltriss, 
n'est pas évalué à moins dç 20 000 livres. Il nous fait 
part, en même temps, de son intenti^p c)'pntrepi*endre 
procbai^i^ment pn voyage de 4^c<^uveirt.es , ainsi que 
de l'espérance qu'il con$Qrv(^ d'atteiqdris le pôle nord 
et de croiser dans le baj^sin polaire. A l'heure qu'il 
est, il est déjà parti ppji)^' ips pontr^e^ qui sont deve- 
nues son élément, et dont personne jusqu'à présent 
n'a su mieux que lui éviter les dangers et les difficultés. 

Aug* Pbtbbmann. 

Gotha, Institut géographique de Perth, 28 octobre iSSi. 

(Tradaii de ralleinand.) 



( '>ni ) 

Jketem de la iicielété. 

EXTRAITS DES PROCtS-VEKBAUX DES SÉAINCES. 



Séance du 3 noifembre 186A, 

PRÉSIDKNCE DB M. JOMARD. 

Le procès-verbal de la dernière séance csl lu el 
adopté. 

On donne lecture de la correspondance: 

M. Larabit, sénateur, exprime le regret de n'avoir 
pu assister, à cause de son absence de Paris, a Ja 
"séance du 20 octobre; il se propose de prendre régu- 
lièrement part aux t ravaux de la Société pendant riiiver. 

M. Alfred Demersay annonce qu'il enverra prochain 
nement les notes qu*on lui a demandées pour servir 
aux instructions que la Société doit remettre à M. le 
brigadier général docteur Solano Lopez sur la géogra- 
phie du Paraguay. 

M. Thon)as Brunner écrit de Nelson qu'il a reçu 
le diplôme constatant la mention honorable que la 
Société lui a décernée en 1852 pour ses travaux géo- 
graphiques dans la Nouvelle-Zélande; il exprime toule 
sa vive reconnaissance pour cette marque d'estime 
qui lui a été offerte, et il met ses services à la dispo* 
sition de la Société pour toutes les instructions qu'on 
lui adresserait. 

M. Encke , secrélaire de l'Académie royale des 
sciences de Prusse, adresse à la Société les mémoires 
de cette Académie, année 1863, et son Bulletin men- 
suel d'août 1853. 



( "7 ) 

Il fsl lionne lecture de la lislo des ouvragcji offerts. 

M. de la Ritqiiette annonce le voyafîe que M. Henti 
de Saussure so propose de faire au Mexique; il de- 
mande que la Société lui donne des instructions pour 
les desiderata de la fséograpliie du Mexique, et veuille 
bien solliciter, du ministre des affaires étrangères, une 
recommandation pour MM. I«s consuls. La section de 
correspondance sera convoquée à ce sujet. 

M. d'Avezuc fait connaître à 1» Société, d'après une 
lettre de M. Thomas Wright, que l'assemblée de l'As- 
sociation britannique pour l'aTancement des sciences, 
tenue en dernier lieu à Liverpool, a été très brillanle; 
que la section de géogiapliie et d'elbnologie à laquelle 
il appartient, a été particulièrement nombreuse, ol 
qu'il a compté lui-même dans une séance plus de trois 
mille auditeurs. 

M, d'Avezac ajoute que M. Tbomas Wright lui an- 
nonce, sans autre détail, l'envoi d'une nouvelle édition 
anglaise des Voyages de Marco Poio , dont un exem- 
plaire est destiné à la Société de géographie. 

M. le président l'ait remarquer qu'on a omis de 
mentionner, parmi les prix proposés par la Société, 
et dont la liste ii été insérée au Bidlednàe juillet der- 
nier, le prix qui été oFFert par M. d'Abbadie pour la 
débit comparatif du Nil Blanc et du Nil Bleu. Celte 
omission sera réparée atissitàt que le donateur aura 
répondu à la lettre qu'on lui a écrite à ce sujet. 

M. Albert de la Marmora, présent à la séance, donne 
des détails sur la ligne télégraphique qu'on établit 
dans ce moment de In Spe/zia à la Corse, et qui doit 
te prolonger par la Sardaigne jusqu'en Afrique (voir 
le litillelhh page 236). 




(M8) 

M. de la Roquette offre, de la part de M. Paul Chi^ix, 
la suite de la Bibliothèque niiiverselle de Genève. 

La Commission centrale admet comme meipbnM 
les trois candidats proposés dans la dernière séance : 
MM. Brun, Rkh ibd et de Tourbil. 

M. Théroulde est présenté par MM. Garnijsr et Jo- 
mard pour faire partie de la Société. 

On passe à la nomination d'un membre adjoint de 
la Commission centrale, en remplacement de M. Mi- 
chelot; M. Alfred Demersny est nommé. 

M. le président demande qu'on fixe le jour de la 
deuxième Assemblée générale de 186A; le 15 décembre 
est choisi pour cette séance. 

M. le président prie les membres qui auraient des 
lectures à faire ce jour-là de vouloir bien les commu^ 
niquer au bureau à la séance prochaine. Il invite la 
commission spéciale nommée pour l'examen des reliefs 
topograpbiqucs de M. Bardin à faire son rapport; il 
prie, enfin, MM. les membres qui auraient à prqpo^er 
des sujets de prix pour les grands travaux géographi- 
ques, de vouloir bien les communiquer à la Com- 
mission centrale. 

Plusieurs ouvrages nouvellement offerts à la Société 
»ont remis à divers rapporteurs, pour qu'ils en rendent 
compte : la relation sur le Rio Colorado» par M. Sit- 
greaves , est confiée à M. Morel-Fatio ; la relatÎQn sur 
le Texas, par M. Bartlett, à M. Albert-Montémont; la 
relation sur le Red-River de la Louisiane, par M. Marcy, 
à M. Alfred Mau^y; la relation sur l'Amazone, par 
M. Herndpn, à M. Isambert; la notice sur M. Julei^ de 
Blosseville, à M. d'Avezac. 

M. Carmoly met sous les yeux de Tasserabjée une 



( M») 

ancienne édition des Voyages de Benjamin dejudèlet 
el il donne quelques détails sur le travail qu'il prépare 
à ce sujet pour les mémoires de la Société. 

M. Gortamberl offre à la Société la carte du Par^v. 
guay qu'il vient de Faire d'après les documents que lai 
a fournis M, le brigadier général D? Soiano Lope%« fils 
du président du Paraguayé 



Séance du 17 novembre 186 A. 

PRÉSIDENCE DE 11. JOIIARD. 

Le procès^ verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. Lourmand écrit à M. le président pour le prier 
d'annoticer éla Société l'ouverture de la 23* année de 
son cours normal général. 

M. Francis Gallon accuse réception de la lettre par 
laquelle le président et le secrétaire de la Société lui 
annoncent la médaille qui lui a été conférée pour ses 
découvertes dans l'Afrique méridionale. 

M. le ministre des affaires étrangères adresse une 
lettre de recommandation que M. le président de la 
Commission centrale lui avait demandée» au nom de 
la Société» en faveur de M. Henri de Saussure, auprJt# 
des agents diplomatiques et consulaires de France 
dans l'Amérique du nord, et au Mexique en particulier* 

M. le ministre de l'instruction publique, président 
de la Société de géographie, adresse plusieurs cartes 
dressées par S. A. R. le prinee héréditaire de Suède, 
le duc de Scanie, et offertes par S. A. R. à la Société 



( 3-20 ) 
tle géi)grapbîe ; M. GefTroy, [ji'ot'i^sseui- à 1» Tacultè des 
Ictlres de Boidnaux, qui a litii cliargé d'apporter ces 
caries en France, a exprimé à M. le ministre la pensée 
que la Société remercierail ilignemfinl le prince héré- 
dtlaiie de cet hommage qui tuî esl adressé, en décer- 
nant à S. A. R. un diplôme de membre lilulaire. Ce 
\œu, auquel s'associe avec empressement M. le mi- 
nistre, excite loules les sympathies île l'assemblée. 

M. Jomaid présente à la Société M. Gliddon, ancien 
consul des Ëlals-Unis au Caire , auteur de plusieurs 
bavantes produclions et qui offre son nouvel ouvrage 
intitulé Types nf Mankind, M. Alfred Matiry est priA' 
faire un rapport sur ce travail. 

M, Jomard offre la première livraison de ses M 
inents de la géographie, exemplaire colorié ; l'ouvrage 
aura sept livraisons. Le même dépose sur le bureau, 
de la purt (le M. Squier. l'ouvrage intitulé Honduras 
Interoceaiiic Rnihyay, dont M. GlîdJon était porteui'. 

M. Jomurd offre à la Société, de la part do M. Mah- 
moud, jeune astronome égyptien, élève de la mission 
égyptienne en France et directeur de l'observaloirn du 
Caire, les Obsetvatioits et Recherches sur l'inlensild., 
l'iiiclinainon magnétiques; l'auteur vient de visiter' 
observatoires de Bruxelles, Berlin, Altona et autresi 

M. Vivien de Saint-Martin écrit au président di 
CoiumissioD centrale, pour j)roposer à la Société la 
fusion du Bulletin avec un nouveau journal (géogra- 
phique qu'il va pulilier. One Commission choisie dans 
chaque section et composée de MM. Garnier, Maury 
et Noël des Vergers, se réunira au bureau (: 
cuper de cette question. 

M. Beuujouaii demande la parule pour déclurf 



vragei 

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l 3-21 ) 
in oppoailiiJii au conten i lic ClIIb lelli'e, que les 
.■Innnies des l'oyagex ne cesseront pas de jiai-allre. 

M. THânacLDE, jtrésenlé par MM. Gai'nier etJDmanl, 
esl Eidmis mciuliro de la Société, 

On communique \a liste des ouvra^^es offerts. 

M, de In Roquette entretient de nouveau l'assemblée 
du voyage scicn(i(ique que va entreprendre au Mexique 
M. Ueni'î de Saussure, présent à la séance, et il invite 
les membres qui auraient quelques questions à faire 
sur la géographie du Mexique, i\ les remettre h riiono- 
ralde voyageur. 

M. le vicomte de Santarem jtréscnlo, do la part du 
géographe anglais, M. Desborougli-Couley, une cartn 
d'Afrique qui donne tout res[Kice depuis l'Equateur 
jusqu'au sud du tropique du Capricorne, et qui montre 
les roules suivies à travers le cunlincrit, par le lai^ 
Nyassi.ie Moénomoéxi, IcMuropuè.leCazembe. Il com- 
munique des notes rédigées par le même géographe 
£ur la publication faite dans le Diario do Governo de 
Lisbonne, du 28 juillet 1852, au sujet d'une caravane 
qui a traversé l'Afrique de Zaïizlbar a» Benguela. 

Le même membre fait liommage à la Société, de la 
part de M. James Forrester, de l'ouvrage intitulé the 
OiU-eiin Piice, Essay on Porlagal, accompagné d'une 
grande carie du territoire qui produit le vin ditde Porto. 

M. le vicomte de Santarem présente ensuite à la 
Société les sis caries en fac-similé du célèbre Portulan 
de Visconti de Gènes , dressé en 1318, conservé à 
Venise dans la Bibliothèque du musée Correr, et l'un 
des nionumeiils géographiques qui font aujourd'hui 
partie de l'atlas de M. de Santarem. 

M. Jomard rappelle qu'il a fait graver dans sa col- 
lection un autre atlas de Peirus Vesconle , en neuf 



(S22) 

caries, d'après i'ori^inal île la Bibliothèque iropériaU 
de Vienne, dalé de l'an 1318 ^galcmenl. 

M. Coriambcrl itonne lecture de deux commuuic** 
lions oJrËssées par M. Dciiiersay : l'uno est une notice 
siirla [louvelle provincu bn^silieiiiic du Purniia: l'autre 
comprend dos inilructions sur la géograpliie du Para- 
guay, destinées à M. le (général Lnpei; M. Uemersay^ 
en adressant ces comiaunicalions au président et an 
secrétaire de la Cuuinnissiun centrale, les a chargea 
d'expiiiner à celte Coiuiuissîun sa rcconnaisscioco du 
litre de membre adjoint qu'elle lui a décerné dans la 
dernière séance. 

Le secrëlaire général lit des documents fournis par 
M. Desborougli-Gooley , géographe anglais , ot qtie 
M, de Sanlareni vient de communiquer, sur in route 
suivie par des voyageui s entre Zanzibar et le Jienguela. 
M. de la Roquette rappelle qu'il a déjà publié dans 
le Bitllelin sur ce sujet un travail qui lui avait été 
adressé par M. le docteur Norton Slian. 

M. Malle-Brun cumiimnique un tableau statistique 
I des colonies françaises. 

^i. de la hoquette annonce que M. Valticr de Bour- 
»il!e, membre de la Société, vient de mourir a Cons- 
tantinopie; la Société se montre très sensible A celle 
perle d'un membre qui lui a adressé d'utiles commu- 
nïcationg, qui s'est distingué pur d'importantes re- 
cherches dans )a Cyrénai(|ue, d'oiï il a rapporté une 
préciense collection archéologiqui-. 

M. Garnier, nu nom de la section de complabîlilé. 
consultée sur l'échange du Bulletin contre la Gazette 
de Cosla-Rica , déclare t^ue celle section apjirouve l'é- 
change. La Commission centrulu ratifie celte décision. 



J 



( 32S ) 
OUVRAGES OFFERTS 

DANS LBS SftANCBS DBS â ET 17 NOVEMBRE 1854. 



EUROPE. 
Titres des ouvrages. Donateurs. 

The OlÎTeira price, Essay on Portugal, by James Forrester, i vol. 
in-8°. avec une carte. Lohdon, i853. M. J. Fôhrestèr. 

Karià 6îver Sveriges juridiska indelning. Ar i845, en 3 feuilles réu- 
nies. — Rartâ ôfver Sveriçes Jernwerk. Ar 1846, en 3 feuilles 
reiitiieé. — 3* exemplaire de la même carte (sans titre). 

S. A. R. le duc de Scakie. 

AFRIQUE. 

Map of Africa, frdm the Bqaatoi' to thë soufhern tropic. Sho\ving 
the routes to ldkreI9yas8l^Mo'6homdezt,theMuropue, tlieCâzémbe, 
and acrosâ thé continent. With the dîscoveries of the missionna- 
ries inEasteriii Afrîca. i feuille. i853. M.W. Desborocgh-CoOley. 

AMÉRIQUE. 

Honduras tntereeeabiè Raiiway. Preliminary Report. Broch. in-8^., 
avec cartes. Newi-York, 1854. M. E.-6. Sqoibr. 

Carta côrograficà del Paraguay segun las Noticiaà eomunicadas por 
S. Exe. D. Francisco Solano Lopez, enviado extr. y ministro pie- 
nipotenciario de la republica del Paraguay, i feuille. 1 854- 

M. CoRTAMBERT. 

OUVRAGES GÉNÉRAUX. 

Les Monuments de la géographie , ou Recueil d'anciennes cartes 
européennes et orientales accompagnées de sphères terrestres et 
célestes, de mappemondes et tables cosmographiques, d'astro- 
labes et autres instruments d'observation, depuis les temps les 
plus reculés jusqu'à l'époque d'Ortelius et de Gérard Mercalor, 
publiés en fac simile de la grandeur des originaux, par M. Jomard, 
membre de l'Institut de France, conservateur de la collection géo- 
graphique à la Bibliothèque impériale, etc., etc. 1" partie. l vol. 
format grand atlantique, 1'* livraison. M. Jomard. 



( 3-2A ) 

Titres des ouvrages. Donateurs. 

Types of Mankind: or, Kihnolu^^ical rcsearcbes, based upon ibe 
anrirnt monuments, paîntaings, sculptures, and crania uf races, 
and upon their natnral, geo^^rapbical, philoloçical and biblical 
bistory; illuslrated by sélections from tbe inedited papers of 
Samuel George Morton, and by additional contributions from 
prof. L. Agassiz, W. Ui^her, and prof. Pattersou. By J.-C. Nott, 
M. D., and G -R. Gliddon. Sixtb édition, i vol. in-8% avec libres. 
Pbiladelpbie, 1854* M. G.-R. Gliddok. 

Observations et recbercbes sur Tintensitë magnétique et sur ses 
variations pendant une période de a5 ans, de 1829 à i854) par 
M. Mabmoud, astronome égyptien, directeur de ^observatoire du 
Caire, etc. Brocb. in-8'*. Bruxelles, i854< M. Mahmoud. 

MÉMOIRES, KliCUEILS ET JOURNAUX PÉRIODIQUES. 

Abhandlungen der kôniglicben Akademie der Wissenscbaften zu 
Berlin, aus dem Jahre i853. i vol. in-4°. Berlin, i85{. — Mo- 
natsbericbt, etc. Août i853 à juillet i854* I3 cab. in-S". 

A CAD. DBS se. DE BerLIK. 

Annales du commerce extérieur. N*** 776 à 778. 

Ministère du coMaiEncB. 

Bulletin de la Société géologique de France. Juin. — Nouvelles An- 
nales des voyages. Septembre. — Annales de la propagation de 
la foi. Novembre. — Journal des niissious évangéliques. 10' cab. 
— Bulletin mensuel de la Société zoologiquc d'acclimatation. 
Octobre. — L*Athenaeum français. N* 43. Les Éditeurs. 

(La bibliographie géographique au prochain numéro.) 



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BULLETIN 



DH LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



DÉCEMBRE 1854. 



lléiuolres, 
[Votlceii, Dociiinento orlgpInaanL, etc. 



ASSEMBLER GÉNÉRALE DU 15 DÉCEMBRE 1854. 

PnfesiDJîNCK DK M. GUIGMAUT, 

Virc-piésiJent de la Sociot»!. 



DISCOURS DE iM. GUIGNIAUT. 

Messieurs, 

C'est a M. le ministre de Tinstruction publique, pré- 
sident de la Société de géographie pour l'année 1854,» 
qiTil appartenait d'inaugurer cette seconde assemblée 
générale, et d'ouvrir celte séance avec l'autorité que 
vous avez voulu imprimer à vos réunions annuelles. 
Plus d'une raison me fail regretter que des devoirs 
d'un ordre supérieur n'aient pas permis à M. le mi- 
nistre de remplir aujourd'hui la mission qu'il avait 
spontanément acceptée ; mais ce qui double mes re- 
grets, c'est que j'eusse aimé, comme vous, à entendre 
parler de notre science celui qui en connaît si bien 
tout le prix , celui qui, le premier, lui a assigné, dans 
renseignement réformé de nos lycées, une place in- 
dépendante, une place digne d'elle et du rôle impor- 
tant qu'elle es! appelée à jouor dans la société de-nos 
VU!. d/'Ci:mbi\i:. 1. 22 



( 326 ) 

jours. Jamais, en effet, riiomiiie ne fut si foiiemenl 
en possession de la nature et de ses forces; jamais il 
n'eut tant de moyens de mesurer la Terre, de la par- 
courir, de la décrire , de meKre en communication 
rapide, instantanée, les régions les plus distantes du 
globe, de rattacher les peuples les uns aux autres par 
le commerce, par rechange des produits, et, ce qui 
vaut mieux encore, par la circulation de la pensée, 
prompte comme l'éclair, par le lien doublement élec- 
trique de toutes les idées utiles, sympathiques, géné- 
reuses. Jamais, par cela même, Thomme n'eut tant 
d'intérêt à bien connaître sa demeure, à s'en faire une 
image fidèle et complète, à la concentrer pour ainsi 
dire tout entière, par avance, sous le regard de son 
esprit, en attendant l'heure éloignée encore où il lui 
sera donné, dans le progrès de la civilisation et des 
lumières, de dissiper les dernières ombres qui en 
obscurcissent le tableau, d'abattre les dernières bar- 
rières qu'opposent à la diffusion des connaissances 
géographiques l'ignorance et la barbarie. 

En effet. Messieurs, s'il a été fait beaucoup, depuis 
trois ou quatre siècles, depuis les navigations des Por- 
tugais et depuis Colomb, pour découvrir les terres 
lointaines, pour explorer les mers et reconnaître les 
côtes des deux hémisphères ; si, dans la seconde moitié 
du dernier siècle surtout, et dans la première moitié 
de celui-ci, les voyages dans l'intérieur des continents 
se sont multipliés, toujours plus hardis et plus fruc- 
tueux, tandis que l'amour de la science et celui de la 
gloire poussent à l'envi vers les glaces des deux pôles 
une succession d'héroïques marins, qui nous en révè- 
lent jieu à peu les austères et quelquefois terribles 



( 327 ) 

secrets, voua savez qu'il ne reste guère moins à faire 
pour obtenir la connaissance réelle, positive et scien- 
tifique de vastes pays et de peuples nombreux. C'est là 
proprement la tâcbe de notre siècle; c'est le but auquel 
vous conspirez noblement, vous, Taînée des Sociétés 
de géographie de l'Europe et du monde, avec les sœurs 
que vous avez partout suscitées ; c'est ce que va bientôt 
vous exposer, avec un détail qui ne m'est point permis, 
notre zélé secrétaire, en remettant sous vos yeux la 
suite de vos travaux, et tout le progrès des sciences 
géographiques durant le cours de cette dernière année. 
Il vous montrera cette redoutable terre d'Afrique, qui 
n'a pas cessé de faire d'illustres victimes, s'ouvrant 
pourtant, dans toutes les directions, jusqu'à ses plus 
mystérieuses profondeurs, et sur le point, du moins 
il le semble, d'êlre, pour ainsi dire, pénétrée de part 
en part. Il vous dira que, dans l'Asie centrale, dans 
l'intérieur de l'Amérique du Sud, les exemples féconds 
de celui que j'aime à nommer ici l'un de nos génie$ 
tulélaires, d'Alexandre de Humboldt, n'ont pas cessé 
de porter leurs fruits ; que toutes les causes réunies, 
que les mobiles les plus divers, l'amour de l'or et 
l'amour de la science, la propagande industrielle et 
le prosélytisme religieux, sans parler de l'esprit de 
conquête, concourent à éclairer en même temps qu'à 
peupler les plateaux déserts de l'Amérique du Nord 
et les solitudes inhospitalières de l'Australie, à faire 
entrer dans le cercle sans cesse agrandi du commerce 
de l'Europe, à réveiller, au contact de sa civilisation 
toujours jeune, les vieilles civilisations si longtemps 
endormies de l'Asie orientale, de la Chine et du Japon. 
Il vous fera voir» bien plus près de nous, aux confins 



( 828 ) 

mùines de l'Europe cl de l'Asie, une terre qui fui le 
borc(»au de nos arls, de nos sciences, qui brilla jadis 
(!e tout l'éclat du génie, et que la barbarie, fdle de la 
conquête, avait ressaisi au point de la plonger dans 
une obscurité plus profonde que celle qui couvre bien 
des terres réputées sauvages et cependant mieux con- 
nues. Grûce à Tirrésisliblo alliance de la France et de 
TAnglelerre, armées pour la cause du droit européen, 
la guerre elle-même, une guerre nécessaire et sainte 
entre toutes, comptera, n'en douions pas. Messieurs, 
parmi ses résultats les plus précieux, la complète ré- 
vélation géograpbique de ces belles et fertiles pro- 
vinces de la Turquie, qui furent TÉjiire et la Macédoine, 
la ïhrace, la Mœsie, l'Asie Mineure, Cbypre, Candie, 
qu'une même fortune, longtemps attendue, rendra 
bientôt à la civilisation et à la science, sous les aus- 
pices d'une gloire d'autant plus pure qu'elle n'aura 
eu d'autre principe que l'amour de la justice, d'autre 
but que le bien de l'bumanité. 



LETTRE 

DR M. LE MINISTnE DE l'iNSTRUGTION PUBLIQUB , 
PRESIDENT DE hk SOCIÉTÉ, 

A M. JOMARD, PRÉSIDENT DE LA GOUMISSION CENTRALE. 



Paris, le ii décembre i85/(. 

' Monsieur, 

Les travaux de la session actuelle au Conseil impérial 
de l'instruction publique ne me permettront pas de 
présider, ainsi que je l'aurais désiré, l'assemblée gé- 



( 329 ) 

nérale de la Société de géographie. Jo vous prie de 
vouloir bien Ironsmetlrc à nos honorables conlVcres 
l'expression de tout mon regret. 

J'aurais fort à cœur de seconder, comme membre 
de la Société, les utiles travaux auxquels elle se livre, 
et d'encourager, comme ministre, les explorations 
qu'elle provoque dans l'intérêt de la science, et dont 
elle récompense les résultats. Parmi les explorations 
de ce genre, qui pourraient être profitables à la géo- 
graphie, notamment à la géographie de l'Afrique, il 
en est plusieurs qui paraissent devoir appeler en ce 
moment l'attention des voyageurs , et qui seraient 
dignes de leurs efforts et de leur courage. Elles au- 
raient pour objet : 

lo De so rendre de la colonie du Sénégal en Algérie, 
en passant par Tombouctou, et réciproquement. 

2o D'aller du lac Tsad à l'embouchure de la Tchadda 
dans le Kouara, en passant par Yola et Yacoba. 

3° De se rendre du lac Tsad à Bélénia, vers le 
4" degré de latitude nord, sur le fleuve Blanc. 

A© D'aller de Mombas, sur la mer des Indes, jusqu'à 
Bélénia, en passant près du mont Kénia, couvert de 
neiges perpétuelles. 

Si la Société jugeait convenable de proposer un prix 
pour la réalisation d'un de ces voyages, je réserverais 
volontiers sur les fonds du ministère de l'instruction 
publique une somme de 2 000 francs pour être ajoutée 
à ce prix. Celte allocation serait indépendante de celle 
qui est accordée annuellement par mon département 
à la Société pour l'aider dans les frais de ses publi- 
cations, et donlvous pouvez dès aujourd'hui lui assurer 
la continuation pour Tannée 1856. 



( 330 ) 

Agréez, Monsieur, Tassurancc de ma considération 
la plus distinguée. 
Le Ministre de rinstruction publique et des cultes. 

H. FORTOUL. 



PRIX OFFERT 

PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



(La note suivante, dont M. Jomard a donné lecture 
dans la séance générale du 15 décembre, avait élé 
omise dans la liste des prix offerts par la Société, lors 
de Tinserlion de celle liste dans le Bulletin^ numéro 
de mai 1854.) 

La Société de géographie rappelle qu'elle a offert 
un prix de 99 piastres fortes (620 francs) pour le voya- 
geur qui aura navigué sur le Nil pendant l'espace de 
120milles géographiques, comptés dans le lit du fleuve 
et en amont du parallèle de 4* 10' de latitude nord. 
A défaut de navigation, le j rix serait également donné 
au voyageur qui aura reconnu le fleuve dans le même 
espace, en cheminant sur Tune ou Taulre de ses rives. 
Pour obtenir ce prix, il faut donner une relation, au 
moins succincte, du voyage : il faudra aussi en établir 
l'étendue par des observations astronomiques qui 
seront publiées dans le Bulletin do la Société. 

Pour l'édification des voyageurs zélés, accoutumés 
aux observations astronomiques, et qui seraient em- 
barrassés de faire un choix parmi les méthodes, on 
croit bien de rappeler ici qu'ils doivent se munir d'un 
chronomètre de poche, d'un horizon artificiel à mer- 



(331) 

cure muni de son toit et d'un sextant, dont on déter- 
min(?ra Terreur de collimalion avant et après chaque 
série d'observations. Le voyageur encadrera son ob- 
servation de latitude ou de longitude entre deux séries 
de 3 à 10 angles horaires simples, ou d'autant de 
hauteurs correspondantes du soleil. Dans ces séries 
il est bon d'observer alternativement les deux bords 
de cet astre. On observera la latitude par les doubles 
hau(eurs d'une étoile brillante, à moins qu'on n'ait 
le cercle prismatique de Pistor de Berlin, aumoyen 
duquel on pourrait observer le soleil même à la grande 
hauteur à laquelle il culmine dans ces latitudes. 

Pour obtenir la longitude, il est préférable d'obser- 
ver une occultation d'étoile par la lune, ce qui four- 
nirait cette coordonnée, a 2' ou 3' en arc près. Mais, à 
défaut de la lunette nécessaire pour ce genre d'obser- 
vation, on observera, on déterminera la longitude par 
une méthode très simple, bien qu'elle ait été peu 
employée jusqu'ici. Cette méthode, préférable sur 
terre aux distances lunaires, et qui donne la longi- 
tude à 5' ou 6' en arc près, consiste à observer la hau- 
teur d'un des bords de la lune quand elle est près du 
premier vertical. En d'autres termes, c'est une obser- 
vation d'angles horaires de la lune faile absolument 
de la même manière que les angles horaires observés 
au soleil. Seulement, il faut qu'en outre la latitude ait 
été bien déterminée dans le même lieu, à moins qu'on 
ne profite d'un jour où il serait possible d'observer 
des hauteurs correspondantes de la lune aux deux 
côtés du méridien. Les dislances lunaires ne seraient 
admises au concours pour le prix que s'il y en avait 
une série de 8 à 10 au moins: ces distances peuvent 



( 332 ) 

servir à clélurminer lu longitude à 10' près dans le cas 
où Ton n'aurait pus d'observation de latitude. Il Faudra 
d'ailleurs désigner et n>ème décrire soigneusement le 
lieu de l'observation, afin qu'on puisse l'identifier plus 
tard par des relèvements de montagnes, collines, 
rocbcrs ou autres objets permanents. 

Une médaille d'argent de 100 francs sera décernée 
à l'auteur d'une mesure des débits comparatifs du 
fleuve Blanc et du fleuve Bleu à Khartoum^ une autre 
de même valeur pour les débits comparés du Saubat 
et du Keîlak près de leurs embouchures, et une troi- 
sième, enfin^ pour les débits du fleuve ordinairement 
suivi en amont du lac Nu , en le comparant au débit 
de l'afQucnt qui lui est à peu près parallèle du côté 
de l'est. 

La condition indispensable pour chacun de ces prix 
de 100 francs est de fournir tous les détails des me- 
sures, savoir, les diverses profondeurs mesurées dans 
la largeur du courant, la dislance de chacun de ces 
sondages, la manière dont la vitesse de chaque cours 
d'eau aura été mesurée à la surface, la longueur de la 
base employée pour vérifier la largeur du courant, la 
date précise de chaque mesure, les formes et les sail- 
lies des deux rives au-dessus de la surface des eaux, 
l'aspect et la nature des bords, enfin, tous les détails 
de l'opération, afin qu'on puisse se rendre compte du 
degré de confiance qu'elle mérite. 

Les fonds et les indications pour ces quatre prix 
ont été faits par M. Antoine d'Abbadie, membre de la 
Commission centrale de la Société de géographie. 



( 333 ) 

NOTICE 
DES TRAVAUX U£ LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



KT 0£S 



PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES 

PENDANT L*ANNéS 1854. 

PAR M. CORTAMBERT, 

Secrétaire géoéral de la Société. 



Messieurs, 

J'ai à retracer devant vous l'histoire de la géogra- 
phie pendant l'année qui vient de s'écouler. Une 
année I c'est beaucoup dans ce siècle d'activité presque 
fébrile, dans un temps où l'homme, excité par le noble 
désir de connaître sa demeure tout entière, ou de 
fournir des productions nouvelles aux besoins toujours 
croissants de la civilisation, s'agite en tous sens pour 
parcourir ce globe, l'étudier, le mesurer, et en prendre 
une complète possession. C'est à notre époque sur- 
tout que peuvent s'appliquer, mais dans un sens favo- 
rable, les paroles du poète : 

Audax omnia perpeti 

Gens hamana 

Nil mortalibus arduum est. 

Une plume habile pourrait faire de l'année géogra- 
phique une peinture animée et attrayante; il y aurait 
de la grandeur et de la poésie à mettre sous vos yeux 
celle intelligence humaine s'avançant hardiment par- 
tout, conquérant sans cesse de nouveaux domaines, 
inventant chaque jour de puissants moyens de com^ 



( SS4 ) 

municalion, de transport, d'échange. On décrirait avec 
de vives couleurs ces régions nouvellementdécouvertes, 
ces vénérables ruines dévoilées sur tant de points à 
nos regards, ces mœurs curieuses étudiées par les 
voyageurs philosophes, et tant de dangers affrontés, 
tant de courage, tant de patience, tant de dévouement 
inspiré par l'amour de la science ou par la charité 
chrétienne! Mais celte plume habile, je ne l'ai pas; 
et, l'eussé-je, le temps me manquerait pour donner à 
mon résumé la couleur délicate qui en ferait un 
agréable tableau; car (et c'est encore là un des carac- 
tères principaux de notre temps) celui qui veut, se 
tenir au courant de la marche des sciences, entraînées 
aujourd'hui dans des progrès si vastes et si prompts, 
est absorbé par des faits tellement nombreux, qu'il lui 
est difficile de conserver les loisirs suffisants à l'élé- 
gance du langage, à la grâce de l'expression. 

Pardonnez-moi donc, Messieurs, si mon esquisse 
historique de l'année se ressent un peu du mouve- 
ment rapide de notre âge, et si , par sa forme, elle 
n'est pas digne de la grandeur et de la beauté des tra- 
vaux accomplis. 

Mon premier devoir, en entrant en matière, est de 
rendre un triste hommage aux membres trop nom- 
breux que nous avons perdus depuis la séance du 
23 décembre 1853. 

M. l'amiral Roussin en ouvre la liste funèbre. Ce 
grand navigateur, né h Dijon en 1781, débuta dans la 
carrière nïilitaire pendant les guerres de la Républi- 
que, fil partie, comme simple officier, de 1803 à 1810, 
de la petite division navale dont l'Ile de France était 
le centre d'opération, et y prit une part distinguée ; il 



( 3S5 ) 

revint dans la mère patrie en 1811. Napoléon lui 
confia le commandement de la frégate la Gloire^ qui 
devait croiser avec tant de difficulté et d'honneur dans 
l'Atlantique pendant Thiver de 1812 à 1813. Il fut 
chargé en 1816 de la reconnaissance des côtes occi- 
dentales de l'Afrique ; quelques années après, il alla 
faire l'hydrographie des côtes du Brésil, dont il publia, 
en 1826, un atlas complet; l'Académie des sciences 
l'admit en 1880, le Bureau des longitudes en 1832, et 
il fut président de notre Société en 1843 et 1844. A 
son savoir s'alliaient d'éminents talents diplomatiques, 
et il y joignait des sentiments aussi nobles que fermes 
et droits. 

M. Beautemps-Beaupré a suivi de bien près dans la 
tombe son illustre collègue. Je n'essaierai pas de dé- 
crire les services immenses que ce grand hydrographe 
a rendus à la science, à la pairie, à l'humanité. Entré 
de bonne heure dans la carrière, sous les auspices du 
célèbre géographe Nicolas Buache, son parent, il fut 
employé, presque à son début, par M. de Fleurieu, 
dont les enseignements lumineux ne purent qu'avoir 
une heureuse influence sur sa remarquable inlelli- 
gence, et sous la direction de qui il dressa les cartes 
du Neptune de la Baltique; à vingt-cinq ans, il accom* 
pagnait, comme ingénieur hydrographe, l'expédition 
de d'Entrecasteanx envoyée à la recherche de la 
Pérouse, et il fut d'une admirable utilité à la navigation 
difficile de cette expédition. Revenu en France en 1796, 
il fut attaché au Dépôt des cartes et plans de la marine; 
plus tard. Napoléon lui confia l'exploration du cours 
de l'Escaut, celle des côtes de l'Illyrie et de la Daliiia- 
tie, celle des embouchures dq Weser, de l'Ems et dé 



( 336 ) 

l'Elbe, Après la rosluuratioii , il entreprit le grand 
travail de la reconnaissance hydrographique des côtes 
de France, depuis Dunkerque jusqu'à Bayonne, et il 
s'y livra pendant vingt-deux ans avec une ardeur in- 
fatigable : il a fait ainsi le Noiweau Pilote français ^ 
admirable collection de cartes générales et particu- 
lières, qui permettent de voyager avec sécurité sur 
toute l'étendue de nos côtes de l'Océan. Nommé 
membre de l'Académie des sciences en 1810, et plus 
tard du Bureau des longitudes, premier ingénieur-hy- 
drographe en chef de la marine, membre de la Com- 
mission des phares, il fut un des plus actifs fondateurs 
de notre Société, en 1821. Entouré des justes hom- 
n)ages et de l'estime profonde que méritaient ses 
éminents travaux, il eut le rare honneur de voir son 
hustc de marhre placé , en 1852 , par les ordres du 
chef de l'État, dans la grande galerie du Dépôt des 
cartes et plans de la marine; il s'est éteint dans sa 
quatre-vingt-huitième année, laissant, avec sa renom- 
mée scientifique, le souvenir d'une âme bienveillante 
et dévouée. C'est la Champagne qui se glorifie d'avoir 
produit cet éminent géographe : il est né à Neuville- 
au-Pont, près de Sainte-Menehouid. 

M. Rochet d'Héricourt, enfant de la Franche-Comté, 
n'a pas, comme Beautemps-Beaupré, atteint le terme 
d'une longue carrière : il a été moissonné dans la 
vigueur de Tâge, après plusieurs voyages aussi fruc- 
tueux que pénibles, qui ont été sans doute la. princi- 
pale cause de sa lin prématurée. Il est né à Héricourt 
(Haute-Saône) en 1801 ; élevé au collège de Montbé- 
liard, il montra, dès sa plus tendre jeunesse, un carac- 
tère hardi et entreprenant, et un goût particulier pour 



( 337 ) 

la lecture des voyages. Des revers subits de fortune 
ayant anéanti les ressources de sa famille, qui avait 
joui jusqu'alors d'une brillante aisance, Rochet se 
voua courageusement à Télat de tanneur, et soutint 
de son travail sa mère et ses sœurs ; il fit faire des 
progrès remarquables à la maroquinerie, trouva le 
moyen d'y appliquer une couleur rouge excellente, 
se rendit à Tunis, pour exploiter sa découverte, et en 
vendit le secret pour 12 000 francs. Ce fut alors qu'en- 
traîné par son amour pour les. voyages, il partit pour 
rÉgypte. Là, le pacha, charmé de ses connaissances* 
et de la sagacité de son esprit, le nomma directeur 
d'une fabrique d'indigo à Mansourah. Après sept an 
nées de séjour dans ce pays, il entreprit en 1839 sa 
première excursion en Abyssinie : il accomplit ce 
voyage à travers mille difficultés, et soutenu par ses 
seules ressources. Revenu en France, il reprit la roule 
de l'Orient en 1842, et exécuta un second voyage* en 
Abyssinie, mais cette fois avec l'encouragement de 
l'Académie des sciences et de la Société de géographie, 
et muni d'instruments, d'instructions, enfin de tous 
les moyens propres à faire avancer la science. Il en 
rapportait en 1845 les plus intéressants renseigne- 
ments sur les pays des Adels et de Choa ; vous en avez 
entendu, en grande partie, l'exposé dans vos séances, 
Messieurs, et vous les avez honorés d'un de vos prix 
de 1847. Il importait dans sa patrie plusieurs médica- 
ments précieux, entre autres le cousso , ce célèbre 
vermifuge pour l'introduction duquel vous lui avez 
décerné une médaille d'argent. Il est, depuis, allé 
encore en Orient, avec le titre de consul de France 



( 338 ) 

en Abyssinie, et il se trouvait à Djeddah» quand il a 
terminé ses jours, il y a peu de mois. 

Presque en même temps, mourail à Gallipoli le gé- 
néral Carhuccia , enlevé aussi dans la fleur de l'âge» 
victime de la cruelle épidémie (|ui vient d'étendre ses 
ravages sur le monde presque toul enlier. Né àBastia 
en 1808, il entra à l'école de Saint-Gyr, fit partie, 
comme sous-li(^utenant, de l'expédition d'Alger en 
1830, prit part à presque toutes nos eipéditions du 
nord de l'Afrique jusqu'en 1851, et s'y distingua bril- 
lamment. Nommé colonel du 2« régiment de la légion 
étrangère, il avait été investi, en 1848, du commande- 
ment supérieur de la subdivision de Bathna. C'est là 
que, mettant h profit son instruction et sa sagacité peu 
communes, il consacra à des recherches archéologi- 
ques toul le temps que lui laissaient ses devoirs mili- 
taires; il put reconstituer sur les lieux la géographie 
de^ l'époque romaine d'après Y Itinéraire d'Jntonin, 
retrouver sous les ruines l'antique cité de Lambessa, 
découvrir des bornes miUiaires, des indications de 
distances, qu'il a décrites avec une merveilleuse pré- 
cision. Il savait aussi relever l'aridité de la science par 
une manière pittoresque, vive et originale de dire les 
choses: vous vous souvenez, Messieurs, de l'avoir en- 
tendu ici même, il y a trois ans, expliquer sur sa carte 
de la subdivision de Bathna, les découvertes qu'il ve- 
nait de (aire, et vous savez quelle impression pleine 
d'intérêt et même de gaieté il fit sur l'auditoire. Les 
soldats eux-mêmes qu'il employait à ses savantes re- 
cherches, les suivaient avec Mn certain attrait, et il en 
faisait presque des archéologues. L'Académie des 



( S89 ) 

inscriptions lui avait accordé le titre de membre cor^ 
rospondant, €t vous vous étiez empressés de l'admettre 
dans vos rangs. Gréé général de l)rigade en 1852, 
GarbuGcia devint chef d*état-major général du camp 
(lu Midi en mai iSbà; le 11 juin, il reçut le comman- 
dement de la brigade de la légion étrangère dans 
l'armée d'Orient, et le 17 juillet il n'était plus ! 

M. Vattier de Bourville vient aussi de succomber 
dans ce même Orient qui nous a ravi Garbuccia et 
Rochet d'Héricourt, et qui, en ce moment encore, voit 
tomber glorieusement des milliers de nos braves en- 
fants. Il naquit à Kbio en 1812, devint jeune de langues 
et élève drogman, fut nommé drogman chancelier à 
Salonique^ puis à Tripoli et à Bagdad, et il était en 
dernier lieu second-troisième drogman à Gonstanti- 
nople» où il est mort en novembre. Get estimable 
membre de notre Société nous a adressé souvent 
d'utiles communications , particulièrement sur la 
Gyrénaîque. 

Nous avons enfin à déplorer le vide cruel qu'a laiâsé 
dans nos rangs M. Auguste Michelot, un des membres 
adjoints de laGommission centrale. Il serait long de 
dire tous les services qu'a rendus à rinstruclion pu- 
blique, à l'administration, à la philanthropie, notre 
estimable confrère. Né à Strasbourg en 1792 , élève 
de l'École polytechnique en 1810, plus lard otHcierdu 
génie» il prit part aux campagnes de 1813, 1814 et 
1815; il fonda une institution en 1823. Son cœur bien- 
veillant, son esprit éclairé» l'appelèrent à être long- 
temps l'âme de plusieurs Sociétés vouées à la protec- 
tion de l'enfance et des classes pauvres; vous l'aviez 
choisi, Messieurs, pour le secrélaire de vos séances 



( 340 ) 

gén<5rales de celte année, et il aurait dû aujourd'hui 
siéger à côté de nous à ce bureau ou vous voyez sa 
place vide, 11 a public, soit seul, soit en collaboration 
avec M. Meissas et quelques autres auteurs, un grand 
nombre d'ouvrages, tous fort estimés, et presque tous 
destinés à l'éducation de la jeunesse, dont il compre- 
nait si bien les besoins et l'esprit : je signalerai par- 
ticulièrement la Géographie méthodique et le Diction- 
naire de géographie ancienne et moderne. M. Michelot 
a été frappé subitement du choléra en septembre der- 
nier. Sa fin a élé cependant paisible, et sa figure, 
sereine et douce dans la mort> rappelait celle de 
M. DroK, son beau-père, ce sage et eicellent homme 
avec lequel ses sentiments avaient une grande con- 
formité. 

Au sujet des tristes souvenirs que je viens de vous 
retracer, je rappellerai, Messieurs, qu'on semble avoir 
la preuve trop certaine de la mort de John Franklin 
et de ses compagnons : les détails circonstanciés don- 
nés par le docteur Rae , d'après une narration des 
Esquimaux, laissent peu de doute surla fin malheureuse 
de noire illustre et cher correspondant (1), qui reçut la 
grande médaille de la Société en 1829, pour un autre 
voyage aux régions arctiques. Parmi les généreuses 
victimes de leurdévouementpour rechercher ses traces, 
il m'est impossible de ne pas rappeler notre courageux 
Bellot, dont nous avons déjà déploré la mort Tannée 
dernière , mais dont la mémoire n*est pas près de 
périr : on a publié cette année son journal, qui con- 
tient à la fois de nombreux renseignements géogra- 

(i) Voyez cependant les observalions de M. Au{». Pe(ermann,c1nns 
le Bulletin de novembre, p, 3o6. 



( m ) 

phiques, el des pages délicieuses de senlimenl, de 
douce philosophie, de religion , de fines observations 
morales : on y voit à nu sa belle âme, tout ce carac- 
lère si magnifiquement formé, qui présentait, comme 
on Ta dit quelque part, un mélange excellent de la 
vivacité du Français, de l'esprit pratique de TAnglais, 
et de la puissance méditative de rAllemand. On lui a 
érigé à Greenwicb un monument digne de lui et de la 
grande nation dans les rangs de laquelle il a sacrifié 
sa vie, et la ville de Rochefort voit s'élever pour lui un 
autre monument auquel noire Société a eu l'honneur 
de contribuer. 

TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. 

Je quitte le triste sujet de nos pertes, et je vais rem- 
plir un devoir plus doux, Messieurs, en vous parlant 
des travaux de la Société. 

Au premier rang des belles et bonnes choses qu'on 
a dites dans vos séances, vous attachez un prix parti- 
culier aux discours qu'a prononcés votre ancien pré- 
sident, M. l'amiral La Place, et qui étaient empreints 
de tant de bienveillance pour la Société, de tant de 
zèle pour la science, de si nobles sentiments pour les 
victimes de leur courage scientifique et de leur huma- 
nité. Les paroles éloquentes de notre président d'au- 
jourd'hui laisseront à leur tour dans voire âme une 
profonde impression, une vive reconnaissance, et nous 
les inscrirons avec bonheur dans nos annales. 

Que dirai-je aussi de notre digne el vénéré président 
de la Commission centrale, M. Jomard, dgnt l'aplivilé 
est incessante, dont le zèle pour noire compagnie ne 
vin. Di'xKMunK. 2, 23 



( Si?. ) 

connaît pas de bornes : il l'aime comme sa famille, il 
lui consacre ses veilles les plus laborieuses, ses pen- 
sées les plus chaleureuses^ et toute la vigueur d'un 
esprit qui défie les années. Que de communications, 
que d'analyses et de discussions ne luidoit-on pas sur 
tous les sujets géographiques ! Mais c'est vers l'Afrique 
surtout que l'entraînent ses prédilections : il nous fait 
suivre avec le plus vif intérêt toutes les phases des 
explorations dans ce mystérieux pays, dont il a tant 
avancé la géographie depuis un demi-siècle. Nous lui 
devons un rapport présenté sur le prix annuel pour la 
découverlelaplus importante, et en conséquenceduquel 
vous avez accordé des médailles à MM. Barth et Galton 
pour leurs voyages en Afrique. Vous vous souvenez 
aussi, Messieurs, de son rapport sur le prix d'Orléans 
pour l'importation la plus utile à l'agriculture, à l'in- 
dustrie ou à l'humanité. Il a enrichi votre Bulletin d'un 
nombre considérable de notices , entre autres sur la 
conférence de Bruxelles pour l'adoption d'un système 
uniforme d'observations météorologiques; sur la ville 
japonaise de Nagasaki, au sujet du plan communiqué 
par M. de Montigny à son retour de Chine. Tout le 
monde se rappelle les détails intéressants qu'il nous 
a fournis sur les antiquités romaines découvertes ré- 
cemment dans la vallée de l'Yvette, au hameau de 
Lozerre, retraite paisible où notre vénéré doyen va 
prendre quelques rares moments de repos, tout près 
de la demeure qu'habita un autre célèbre géographe, 
Nicolas Sanson. Parmi les ouvrages qu'il a ofiferts 
cette année à votre bibliothèque , je citerai le magni- 
fique allas des Monuments de la géographie, fruit de 
tant de recherches, de patience et de savoir. 



( 343 ) 

M. d'Avezac nous a entrelenus de la géographie 
d'Ethicus, de la relation des voyages de Benjamin de 
Tudèle et de l'édition de celle relation que M. Car- 
moly se propose de publier dans les mémoires de la 
Société; il a présenté un rapport sur le travail que 
H. Edwy Norris a consacré à la langue bornou ou 
kanouri» et il s'est passé peu de séances sans qu'il 
nous ait éclairés de (juelque savante observation, de 
quelque lumineuse discussion. 

M. de la Roquette, toujours infaiigal)Ie, a donné 
des notices biographiques du plus grand intérêt sur 
le lieutenant Bellot, le prince Galitzin, le colonel 
Poinsett; il a fourni sur les travaux de MM. Schla- 
gintweit des renseignements qui viennent d'enrichir 
votre journal, et il a fait, dans la plupart des séances, 
les plus utiles communications. 

M. Malte-Brun, qui s'est chargé avec tant de zèle de 
la partie cartographique du Bulletin^ a donné, entre 
autres cartes, celle de l'Afrique centrale d'après Pe- 
termann, celle du cours de la rivière Sesheké, d'après 
Livingston ; mais ses consciencieux travaux graphiques 
no l'ont pas empêché de fournir de temps à autre 
d'excellents articles, parmi lesquels je rappellerai Is^ 
Description et l'histoire de la Nouvelle-Calédonie, et 
le Tableau statistique des colonies françaises. 

La Société doit de vifs remerciments à M. Albert-* 
Montémonty qui a présenté d'importantes analyses de 
quelques-uns des principaux ouvrages offerts à la 
Société; il a i|iis sous vos yeux tantôt la description 
(lu royaume de Siam, par Mgr. Pallegoix, tantôt le 
livre SMr la Bourse de Lonc^res , par M. Lefebvre- 
DuraQé , une autre fois le Journal de Bellot, et Ist 



( 3/1/1 ) 

relation de M. Kane sur rexpédition Grinnell à la 
recherclie de sir John Franklin. 

Les rapports 1res savants, 1res élondus, et accom- 
pagnés d'une carte de la mer de Galilée, que M. Isam- 
bert a consacrés aux voyages de MM. de Saulcy et 
Lynch dans la Terre Sainte, ont eu un grand retentis- 
sement en dehors de la Société : ils ont suscité quelques 
orages, et provoqué quelques réponses vives et dévelop- 
pées de la part de Tun des deux célèbres voyageurs. 
Ni notre honorable collègue, ni la Société, n'ont à se 
plaindre de ces nobles luttes de la critique : de leur 
choc ne peut jaillir qu'une nouvelle lumière, et n(«us 
ne voyons d'ailleurs, des deux côtés, dans toute cette 
polémique, que des armes courtoises et de la plus 
grande convenance. 

M. Poulain de Bossay a fait l'examen du voyage agri- 
cole et horticole en Chine de Robert Fortune, traduit 
de l'anglais par M. le baron de Lagarde-Montlezun. 
Nous avons appris, entre autres nouveautés, dans cette 
intéressante analyse, combien nous sommes loin de 
prendre du thé pur, et que les amateurs du thé vert 
particulièrement sont exposés à absorber, avec l'in- 
fusion de leur feuille favorite, un mélange assez con- 
sidérable de bleu de Prusse, de plâtre et de kaolin. 

Une notice de notre très honoré confrère, M. de 
Hammer, sur la coupole d'Arin , a donné lieu à de 
savantes observations de M.Sédillot, qui connaît à fond 
tout ce qui concerne les Orientaux et qui vient de 
publier une remarquable histoire des Arabes. 

M. Morel-Fatio, qui revient du fond de la Baltique, 
où il est allé partager les hasards de nos vaillantes 
flottes, pour représenter sur ses belles toiles leurs 



i^ 



( 345 ) 

courses hardies et leurs combats aux lies d'Aland, a 
fait profiter souvent nos séances de sa connaissance 
parfaite de plusieurs langues étrangères, particulière- 
ment de l'anglais» et ses traductions improvisées nous 
ont été. de la plus grande ulilité. 

M. Alfred Maury vous a lu, sur les populations pri- 
mitives du nord de THindoustan, une curieuse notice 
qui éclaire d'un jour tout nouveau la difficile ethno- 
graphie des pays compris entre le Gange et Tempire 
Birman. 

M. le comte d'Escayrac, qui vient de publier son 
bel ouvrage sur le désert et le Soudan, vous envoie, 
du fond de TOrient, des communications toujours bien 
accueillies de tous ses collègues, qui apprécient son 
excellent coup d'œil et ses bonnes observations : les 
dernières sont des remarques sur la position de Tom- 
bouctou et les pluies estivales de la partie nord de la 
zone torride. 

Remercions M. de Froberville, qui a enrichi Tun 
des derniers numéros du Bulletin d'un tableau slalis- 
tique de Tllo Maurice. 

M. le vicomte de Santarem , en vous offrant une 
carte de l'Afrique australe de la part de M. Cooley, a 
discuté quelques-unes des parties les plus ardues de 
la géographie de ce continent, et remis une note sur 
les caravanes qui se rendent de Zanzibar au Benguela; 
il a mis sous les yeux de la Société les dernières 
cartes du grand allas àesjac-simile géographiques qu'il 
publie avec tant de persévérance et d'habileté. 

M.Garniernous montre aussi de temps en temps ses 
cartes, si: consciencieusement élaborées, si soigneuse- 
ment retouchées et corrigées tant qu'il y voit une 



p 



( 346 ) 

tache scientiliquc. Ce n'est pas lui qui dira comme 
Verlol : Mon siège est /ait, et il applique parfaitement 
à son travail les récomuiancJations de Boileau : 

Polisbcz-lc sans cesse et le repoïiaêei; * 

Ajoutez quelquefois et souTéfat efFabei. 

Un dé nos plus nouveaux membres, et déjà l'un des 
plus féconds, est M. Detnersay; qui nous a dotliié ses 
intéressantes études sur les Indiens Pt^yaguas, ses con- 
sidérations sur Torigine de la population du Paraguay, 
et sa notice sur la houvelle province brésilienne dli 
Parana. 

M. Renard, qui a fait en Chine un voyage dont le 
coiiinierce et Tindustrie peuvent retirer tant de fruits, 
vous a adressé plUsiëiirs côtiamùnications, entre autres 
sur la culture du riz en ChiUe, sur Batavia, sur les 
industries chinoises et celles de Java, etc. 

Mm. Bazin *^t Cadet travaillent activetiletii à leur 
allas de France pout riilslrilclion des lycées, et Vous 
en offrent successivement les livraisons, dodt vdiis 
appréciez tout le mérite. 

Parmi les membres correspondante étrangers qUi 
ont le plus souvent entretenu des relatiohà avec la 
Société, se présente d'abord M. Augûslus Pelehiiânii, 
qui vous a adressé un si beau travail sur rAfrîcJué cèii- 
trale, et qui nous envoie avec empressement toutes 
les notes que son activité et sa vaste correspondiemce 
recueillent de toutes parts. 

M. le professeur Paul Chaix a su rajeunir par d m- 

éressants aperçus la vieille question du passage des 

Alpes par Annibal, dans le mémoire qu'il nous a adressé 



(■' 



'} 



sur ce sujek t il a décrit les vallées de Beaufurl , el en 
a fait une carte détaillée. 

M. le docloiir Kiepert nous a envoyé aea belles 
cartes de l'empit'c OUoman; M. Bâche, ses notes sur 
les marées. 

Dans l'une de nos dernières séances, nutre autre 
correspondant, M. le général Albert de la Mormora, 
nous a Fourni les plus nouveaux renseignements sur 
lacoiiiniunication électrique entre La SpezziaJaCor&e, 
la Sai'daigne et l'Afrique. 

La Commission centrale » donné des instructions 
à divers voyageurs : elle en a adressé d'abord à 
M. Hecquard, pour la géographie de l'Albanie, el elle 
a cru devoir y joindre des questions rédigées par 
M. Viquesnel, qui a tant avancé déjà la description 
physique de la Turquie d'Europe; elle en a remis en- 
suite à M. deSainl'Cricq, pour le bassin de l'AmaKone; 
à 1V1, Félix Cadet, pour la Corse ; à IM. Faidberhe, pour 
la Sénégambie^â M. le général Lopex, pour le Paraguay; 
à M. Henri de Saiissure, pour le Mexique et l'Amérique 
centrale. Elle a admis dans le Diilletin une ciiculaire 
de riioncirable M. Alexis l'errey, de la faculté des 
. lettres de Dijon, relative à l'observation des ireuible- 
uients de terre ; vous approuverez sans doute la Com- 
mission centrale d'ouvrir ainsi avec bienveillance et 
courtoisie votre journal à de laborieux investigateurs 
qui, bien qu'étrangers à le Société, ont pour but, 
comme elle, les progrès de la science. 

Parmi les nombreuses lettres de personnages illustres 
que vous av^z classée^i clans vos archives cette année, 
je rappellerai celle par laquelle M. Fortoul, notre 
digne président, vous a remerciés de lui avoir décerné 
-23- 



( SAS ) 

lu présidenoo de 185A; belle aussi où il vous a annoncé 
la publication, par les soins de son ministère, d'un 
Bulletin desSoeiétéê saifantes, t)ii notice compagnie ailfait 
naturellement la pltilcë qui lui convient; celle enfin 
par laquelle il vous a transmis les cartes de S. A. R« 
le prince héréditaire de Suède. Je signaleri^i encore 
là lettre tfue, pour vous l'ecommaildëf M. Kohi, auteur 
d'une carte historique de TAmérique, vous a adressée 
^elui ^ue notre président vient d'appeler un de nos 
génies tutélaircs, M. Alexandre de Humboldt» noni si 
Cher À tous les géographes, esprit si lumineux, coèur 
hi excellent et toujours si plein de chaleur, malgré ses 
()Uàtre-vingt-six ans. 

Pout* être complet, je dois ajouter que j'ai fftit moi* 
tiièteé ausbi quelques travaux t j'ai eu l'honneur d'oBfrif 
à ]h âodiété deux cartes des Célébrités de la France et 
là Notice qui ks accompagne ; j'ai rendu çoilopte de 
la désc^rlption du Japon par M. Fraissinet, et de l'ou- 
trdge de M. Mazoillier sur les chevaux arabes s j'ai 
l^résétllé dans Vos séances générales le Parallèle de la 
géographie et de l'histoire, et la Notice des travaux dd 
là Société et des progrès de la géographie pendant les 
années 1852 et 1S53$ enfin, j*ai pris un soin assidu de 
ce Bulletin, votre œuvre favorite, que notre règlement 
éônfio A la direction du secrétaire général. 

Au sujet dé cette oeuvre^ j'en rappellerai une qui en 
vaut bien une autro^ qui tnème vaut mieux que beau- 
coup d'autres : c'est le don de 500 francs que notre 
êSlinlhblê et généreux collègue, M. Tàlabot, a ofl^rt 
p^bt l'aUléliofàtion de la partie cartographique de ttôs 
piibllcatidtlS mensuelles : nous avons tâché de répondre 

ft lès nobles intàntions. 



m^ 



I TROPi 

J»* ¥ai> exammr. liioirlpinon. Ip? î'>l•licrf»^ Hr Iji eét" 
prapiiic aan> cnarnn- (^o^ nnt, Lranrfp> i-lnision> •"*!. 
fciob*. penaan. ' anii-- m. > f»rh?v^. l.p- crn*P^ ^^ô'nr 
menisqui ^ ajcniiiniissenî f'V. Onon: on. ah»iorholnn«i?^ 
{Tanae paru* <ie.- efim t- pP05ranhiqnp> •« 'K.n«N>r*; 
parmi i*. déius* lii pr(Min,'^îion> oi; i*> on; ti>u «^rlorc. 
ae distiusuen: t^1î^ nvantafroiispmenîd» i; tonU In o?>rt( 
{Eénerai* at tiit^àiiv rit U'. ^in^rri tic noirr i-^oMi^opr 
11. Gariuer. li Geopranln-, ri: 1^ ^non-i ■« Vk. V Wr 
Brui: : Ji r-eiaiioi. «u \'î i.i»ii: 'ni?! vïiinhnn. . !f Ithv^j 
uaiir ici iJit;: N-.nri . na: \i. i.or:vî»r(. ; »î. hol'r on.'!- .* 
la Crimt:* . par Arr«»wsmilL. oolli> lU f^*;ni> o» dr 
fiaiidlke : colit dt lu^ln Hopo: (\c If» u«nj"»rrr; ooMi^v rio 
la Tiirquit,. pa: it noi'toin Kiopori. I o> hy<k»oirraplrov 
irauçai> ei aii^îuif (if I (X|n*dihoii dr Ir. Kf)lti(}nr cl r\r 
la me! Noire f»i»: roit*w c* \o;*ihr '0> p04'r>. ^>^ o«pnn\, 
ies aiicnijîefi, qui m iroi.vjiionl n»oi"r;ioiino^ ^nr i.^« oartos 
rutises. ÂiDsi. :'e criinri maliiour do la truonv pourra 
tourner encoiT au profil dp ia soionof ! M. drOhal;RVp a 
domoé l'itinéraire d<» Conslantinoplo à Clïoniiilo. Rni\i 
par h i.éDf'raiPrim. \.c c<^n<^ral4oohm\is a piS^5<*ni^ lo» 
pios iolèr. ssanLs dolaiks 5ur lo» pa^^ag^s du Aalkan ol 
5ur Jefi roules quo, dan^ l<*^ l^mpi^ rt«nru^ ^ï mod<»li><^ii^ 
les armées en\ahis^aiHo« j \\\\\ mû\I»*^. M. Mt^u**M\i»| 
Tient de publier ses \\A\^n {v\\\^tv\\^1i MU r«)h^(tlHiplt(iè 
de la Turquie. 

Duo autre cùlé» Ii>b IruvtutJi palj»lM^h \W TUilIlil 
ont conùuut^ Imii innielii* liriltuiKo : ll^ll Istl^ilUUll 



( 860 ) 

de la France, de la Suisse, des États sardes, de l'Aile- 
niagne, ont reçu de grands accroissements ; la télégra- 
phie y étend de jour en jour davantage ses menreilleux 
réseaux. La géodésie de la grande carte topograpbique 
de la France est terminée (1). Les ingénieurs de 
l'Amirauté anglaise relèvent sans relâche les côtes des 
Iles Britanniques, notent les bancs, les courants, les 
marées, les modifications que les rivages éprouvent 
constamment. La carte topographique des États sardes 
se continue activement, de même que la grande carte 
de Suisse levée par des officiers placés sous la direction 
de M. le général Dufour. Les cartes et les notices de 
M. le chevalier Marzolla font faire les plus grands 
progrès à la géographie du royaume des Deux-Siciles. 
L'archéologie et Tépigraphie, auxquelles la géogra- 
phie est si intimement liée, n*ont jamais élé plus 
cultivées que de nos jours, et ces savantes recherches * 
deviennent presque populaires. La plus célèbre des 
découvertes archéologiques faites dans notre Occident 
cette année, est sans doute celle qu'on doit à MM. Le- 
normant, près de Saint-Lambert de Malassis. Les 
fouilles de Ganosa (Ganusium), dans la Fouille, sous 
riiabile direction du cavalier Bonucci, ont donné des 
merveilles. A Gapoue et sur la voie Appienne, de nou- 
velles fouilles ont produit aussi de remarquables ré- 
sultats. Enfin, notre confrère, M. Noël des Vergers, a 
donné la description d'intéressantes découvertes ar- 
chéologiques récentes faites dans le voisinage de Rome. 

(i) D'après une notice de M. le colonel filondel, directeur du Dépôt 
de la guerre, il restait à faire, au i*' janvier i854* les a millièmes du 
travail total pour la géodésie du 3® ordre (durée probable i an), les 
94 millièmes pour les levés (durée probable 5 ans), les 356 millièmes 
pour la gravure (durée probable lo ans). 



( 351 ) 

(tf. Beulé , à qui Ton doit tant pour rarchéologfe 
grecque , a écrit sur la géographie comparée de 
TArcàdie une suite d'articles d'une grande valeur. On 
ne peut parler de la Grèce, sans rappeler l'école fran- 
çaise d'Atbënes, qui poursuit ses doctes travaux, et 
sans signaler le savant compte rendu de ces travaux par 
M. Guigniaut, notre digne et très honoré vice-président, 
qui traité l'archéologie et la géograpliie avec une égale 
profondeur, et qui mérite toute notre reconnaissance 
pour là manière habile dont il répand le goAt des 
études géographiques parmi notre jeunesse, par son 
cours si instructif à la faculté des lettres. 



ASIE. 



Si nous entrons en Asie , l'archéologie nous offre, 
dans l'Asie occidentale, biéh d'àiiîrés merveilles qu^en 
Europe : ce sont les prodigieux travabx de M. Place à 
Rhor^aÏDad, à travers les restes de iVinive; les décou- 
vertes extrêmement curieuses dé M. Rawlihson dans 
Tandienne terre des Chaldéens ; les études si remar- 
quables de M. Oppert sur cette iihmense Babylone, 
qui avait 51& kilomètres carrés, mais où les espaces 
habités ne paraissent pas avoir occiipé plus de 18 kilo- 
mètres carrés, environ là moitié de Paris; il en a 
dessiné la carte, qui a été insérée au Bulletin, 

Mltf. kieperl, de Vinckë, Fischer et de MoUke, ont 
donné des cartes fort développées dé PAsie Mineure, 
avec des plans de villes. M. Rittér a publié uiié ièarte 
des pays baignés par l*Euphrate et le Tigre. M. Victor 
Langlois à fourni des détails ileaf<^ sbr les pôpuialions 
arméniennes du Taurus, M. de Tchibatchétf a décrit 



( 352 ) 

les cèdres ei les autres végétaux de cette chaîne» et la 
nouvelle édition de sa carte de TAsie Mineure augmente 
nos connaissances sur cette péninsule éminemment 
historique. 

Une foule de publications propres à éclairer le 
théâtre de la guerre dans les parties de TAsie qui avoi- 
sinent la mer Noire n'ont pas fait avancer beaucoup 
la science sérieuse. Mais de véritables services ont été 
rendus par le docteur Buist» qui a étudié la géogra- 
phie physique de la mer Rouge et indiqué de nouveaux 
moyens de mesurer la rapidité et la direction des cou- 
rants sous-marins. Pendant ce temps, M. le lieutenant 
R. Burton faisait, de Médine à la Mecque, un voyage 
qui parait devoir offrir des renseignements nouveaux 
et importants. 

Un grand ouvrage se publie, qui intéresse vivement 
tous les amis de la géographie, mais particulièrement 
notre Société, qui en a possédé dans son sein et cou- 
ronné l'auteur, enlevé si jeune, hélas! à ses courageuses 
explorations : c'est le Voyage en Turquie et en Perse, 
exécuté par Hommaire de Hell en 18A6, 18/i7 et 18A8. 

Parmi les travaux les plus récents sur THindoustan, 
nous pouvons signaler la grande carte géologique de 
rinde , par M. Greenough , les deux volumes que 
M; Hooker a consacrés au Sikkim, et qui contiennent 
des documents excellents sur la géographie, la bota- 
nique, l'ethnologie, la géologie et la météorologie. 
Nous remarquons aussi au premier rang cette Notice 
de M. Maury (jue nous avons déjà citée, et qui fait voir 
l'analogie remarquable des peuplades de l'Assam avec 
les Malais, d'une part, et les populations polynésiennes, 
de l'autre. 



( 353 ) 

Tout près de là est le Tibet, où le zélé missionnaire 
M. Krick fait de nouveaux efforts pour pénétrer par 
le sud, malgré les difficultés énormes qu'il a éprouvées 
dans un premier voyage en 1851 et 1852, et dont il 
nous a donné une récente relation. Le nord-ouest de 
cette contrée.. est le Ladak ou petit Tibet, dont la des- 
cription vient d'être faite dans un important ouvrage 
spécial du major Cunningham, si connu de vous déjà 
pour ses travaux sur l'Himalaya. 

Nous attendons, sur ces majestueuses montagnes, 
de nouvelles lumières du voyage qu'y entreprennent 
en ce moment MM. Schlagintweit, dans le but surtout 
de faire des observations de climatologie et de météo^ 
rologie. 

Mgr. Pallegoix, de son côté, a donné un ouvrage 
capital sur le royaume do Siam ou plutôt Thaï, et il 
a composé un dictionnaire très détaillé de la langue 
de ce pays> comparée au français, à l'anglais et au 
latin. 

D'autres dignes ecclésiastiques font connaître les 
parties les plus inexplorées de l'Asie orientale : 
M. Miche, vicaire apostoUque du Camboge, a rendu 
compte de son excursion au Laos en 1853 ; M. Hue a 
mis au jour la relation de son voyage en Chine. 

M. de Sieboldy qui a publié depuis longtemps sur 
le Japon un ouvrage dont vous connaissez l'impor- 
tance, continue à nous éclairer de temps en temps 
sur son pays de prédilection, et il vient de fournir un 
mémoire sur l'état des sciences chez les Japonais. 
Mais le plus grand événement géographique qui con- 
cerne ce mystérieux empire, est l'arrivée des Améri- 
cains dans ses ports, leur traité de commerce avec le 



( 354 ) 

Siogoun, le çlro)t qu'ils ont acquis de séjourner dans 
deux villes du pays. Ce lointain Orient, fi longteoipt 
iminobile, paraît donc se transformer au^si» et entrer 
dans le torrent de la civilisation européenne qui em- 
porte le monde. 

Avant de quitter TAsie, je ferai remarquer que la 
Société géographique de Russie a décidé une expédi- 
tion scientifique pour Tcxploration de la Sibérie orien- 
tale, ot pour Télude complète de ce pays sous les 
rapports astronomiques, topograpbiques et géogfa- 
phiques. Quoique celte Société appartienne à une 
nation si profondément séparée de nous en ce moment, 
nous n'en devons pas moins rendre justice à son zèle 
et à ses lumières. Nous nous souvenons avec intérêt 
des relations suivies que notre compagnie entretenait 
avec elle avant que les plus graves événements fussent 
venus )es interrompre ; la science, d'ailleurs, ne con- 
naît pas d'enneniis, et les savants russes et français ne 
peuvent cesser de s'estimer, quelque barrière que les 
fléaux de la guerre aient élevée entre eux. 

AFRIQUE. 

Abordons maintenant l'Afrique, et visitons d'abord 
le Nil. Nous avons à signaler les voyages de M. Vaudey, 
qui a mplheureusemeut péri chez les Barry dans qne 
lutte qu'un malentendu déplorable a fait naître entre 
ses compagnons et les indigènes; ceu^^ de M. Brun- 
Rollet, q^ii a remonté le Nil Blanc jusqu'au 8' degré 
de latitude nord, et qui rapporte des renseignements 
nombreux sur ce fleuve, sur les Barry, les Berry, les 
Dinka et autres populations, sur le Saubat, sur le Keilak 



( 356 ) 

(qui est peut-èire le Misselad), sur une rivière consi- 
dérable venant du sud et affluent de ce même Rellak; 
il a mis sous les yeux de la Commission centrale, il y 
a peu de jours, une carte curieuse qui contient toutes 
ses découvertes géographiques , et il a rédigé, pour 
l'accompagner, un mémoire qui ne tardera pas à être 
livré au public. 

M. Mansfield Parkyns vient de faire paraître, sur 
son voyage de six années en Abyssinie , un journal 
riche en observations de tout genre. 

M. le docteur Guny , depuis longtemps établi en 
hgypte, a recueilli de la bouche des négociants du 
Darfour, des détails très développés sur ce pays, et il 
a pu en composer un mémoire qu'il a offert avec un 
aimable empressement à notre Bulletin. 

Mais c'est surtout l'expédition de l'Afrique centrale 
qui absorbe notre attention : on suit avec une admi- 
ration mêlée d'inquiétude ces hardis explorateurs 
qui, sur les bords du lac Tchad, comme surleKouara, 
aiïrontent les dangers du climat, mille obstacles de la 
nature, les intentions souvent hostiles des habitants, 
enfin la guerre qui divise presque partout les popu- 
lations. La fin déplorable des Richardson et des 
Ovorweg n'a pas arrêté les Barth et les Vogel. Mais 
serait-il vrai que l'un des deux vient aussi de suc- 
comber? A peine pouvons-nous croire à la nouvelle 
funeste, et donnée sans aucun détail, qui vient de 
se répandre, de la mort du docteur Barth. Au mois 
de mars 185i , M. Barth était encore à Tombouc- 
tou, entouré d'ennemis, surtout parmi les Foullâh de 
la tribu de HanKUAllahi, mais heureusement protégé 



( 35t5 ) 

par le cheykh El Bakaî, frère du gouverneur. Son 
voyage de Kouka à Tombouclou, où il est arrivé le 
7 septembre 1853, a fourni des détails très nouveaux 
sur un grand nombre de lieux: Vourna, Libtako, etc.; 
il a déterminé la situation de Tombouctou à IS** ^ 30' 
de latitude, réuni une masse énorme d'informations, 
et tracé plusieurs caries, qu'il a déjà en partie en- 
voyées en Europe. Le docteur Vogel, à la fm du même 
mois de mars, se trouvait à Kouka, où il était parvenu 
quelques mois auparavant, en passant par Mourzouk, 
Tegcrry, Achéhoumma, Bilma; il avait le projet de 
remonter le GUary, de fixer la position du Faro et du 
Bénoué, etc. Du reste, ce jeune savant, versé à la fois 
dans l'astronomie et l'histoire naturelle, a déjà fourni 
de précieux renseignements : il a déterminé astrono- 
miquement la situation de Kouka; il en a indiqué 
l'altitude, il a exploré le lac Tchad; il a communiqué, 
sur les productions et les mœurs, des détails pleins 
d'intérêt, où règne un agréable mélange de savoir et 
de gaieté. A-t-il descendu la Tchadda, comme il 
parait en avoir eu le dessein ? A-t-il rejoint l'expé- 
dition organisée pour explorer cette rivière? Nous 
Tignorons. Nous savons seulement que cette expédi- 
tion , en remontant le Kouara, a malheureusement 
perdu son chef , le capitaine Becroft ; mais que 
M. Macgregor Laird veille à la bonne direction de l'en- 
treprise; peut-être est-elle en ce moment dans la 
Tchadda. Nous attendons de ses nouvelles avec une 
vive impatience. 

Ces régions intérieures qui s'étendent entre Zanzi- 
bar et la côte de la Guinée inférieure commencent à 



■ ( 357 ) 

^B se dévoiler peu à peu aux regards des {géographes : 
des caravanes de marcbauds musulmans paraissent 
traverser de temps en temps le continent, comme on 
l'a raconlé de quelques Maures et de leur suite en 1852, 
On sait enfin qu'un Hongrois, M. Ladistas Magyar, 
partit du Benguela pour l'intérieur en lSAd> épousa la 
Glle d'un chef de Bihé, obtint là une troupe nom- 
breuse et bardie de cbasseurs d'éléphants, s'avança 
dans l'est, suivit longtemps la Coanza, arriva à des 
montagnes qui donnent naissance à de grands fleuves, 
entre autres le Kaszabi, et pénétra clans le royaume 
du Kalounda, jusqu'à 4» â1' de latitude et 21' 2S' de 
longitude ; mais nous ne savons ce qu'il est devenu 
^^ depuis. 

^K M. Desboi'Dugh Cooley a tracé sur sa carte des routes 
^H curieuses qui éclairent un peu nos connaissances sur 
les régions si obscures de la partie sud de la zone 
torride africaine. 

Nous avons reçu avec bien de l'intérêt des leth-es 
de MM, Krapf et Rebraann, datées de la fin de l'an- 
née 1853, qui donnent quelques nouveaux éclaircisse- 
ments sur la découverte du Kilimandjaro, sur la 
terrasse du plateau de l'Afrique orientale, sur les 
Ouakouaii, sur quelques attaques enfin dont ces deux 
estimables missionnaires ont été l'objet en Angleterre. 
M. Krapf est, depuis, rentré tn Europe, où sa santé, 
ébranlée par tant de fatigues, l'a forcé do revenir, et 
il s'occupe de la rédaction des vocabulaires de plu- 
sieurs langues africaines, entre autres du kikouali. 

IUn outre missionnaire célèbre par de merveilleuses 
découvertes en Afrique, c'est M. Livingaton, qui nous 
a adressé une relation et une carte si intéressantes de 



Uérissé du t'oscaux, mais aussi, 
piUuresqtie, délicieux, parscn 
pai'iui lesquelles nutie voyagm 
vil' plaisiv une aorle de vigne qu 
blemeot l'Europe. 11 a coDiiiiué ses couiSf 



[ 35S ) 

lis lies l'iviùies Cliobë et SésUéki 

a l'ail coiinallre l'aspect exlraor- 

ndé au loin à cerlaines époques, 

, de leinps en temps, 

lé de belles plantes, 

I' a lencoiiti'é avec uQ 

i lui a rappelé agréa- 

irdios vers 

le nord-ouest, et a gagné l'Angola, où il est eOtin 
arrivé à Sainl-Paul tle Luanda, le 31 luai 186Û. M. Li- 
\ing3toD ii'efit pas qa'ua courageux voyageur ; c'est un 
homme savHiit et un bon observateur; il a déterminé 
des positions géograjibiquea, dunt les calculs, soumis 
à M. Muclear, de l'obseivaloire du Cap, et à sir John 
llersebal, ont été trouvas fort exacts. 

Le jeune voyageur suédois, M. CUarles Andersolf^l 
qui avait accompagné M. Francis Gulton dans son et- 
pédition si fructueuse de l'Alrique australe, a continué 
à explorer celle coniiée avec un zèle, un courage, qui 
ides privations inouïes, Les 
ue nous avons reçues de lui nous 
de la côte occidentale uu lac 



I bravé des s 



■ uH'ri 

dernières nouvelles q 
le montrent parvei 



Ngami, remonlant la rivière Téoge, qui se jette dans 
ce lac, et découvrant sur ses bords un pays très sain, 
exempt de la redoutable mouche tsetsé. 

Dans le même temps, te lieutenautDayman releri 
avec soin la côte de la colonie du Cap, depuis le cif^ 
Hangiip jusqu'à celui des Aiguilles. 

Portons mainlenaul nos regards à l'extrémité occi- 
denlale de l'Afrique : nous y trouvons un Français 
plein d'ardeur et de sagacité , M. Faidherhe, qui a 
étudié profondément les langues sénégalaises. Il nous 






aous I 

J 



I 
I 



( S5fl ) 
a envoyé un mémoire eicellent sur les Berbères el les 
Arabesdes bords du Sénégal, avec un l'ëcit curieux de la 
bataille d'Islj, recueilli cbeï les iiiciigëues el (jui allri- 
bue très j'iaisammenl loule la gloire de ceLte journée 
aux musulmans, tuule lu liéfaite aux Français. M. Fai- 
dberbe, qui est un brillaol ctliciei', a puissamuieiit 
coDliibué H la soumiasioo toute récente de plusieurs 
populations bosliles ù la France; il a adressé, sur l'ex- 
pédilion dirigée contre la ville de Dialiualli, un rapport 
qui intéresse aussi bien la géograpliie que l'bisloire 
militaire; son mérite vient de i'élever au ranjjde gou- 
verneur du Sénégal. M. le lieutenant de vaisseau Protêt, 
l'aucieu gouverneur, a lait un rapport, l'ortinlércssant 
aussi, sur l'expèdilion qui a eu pour but lu rétulilis^ie- 
juent de Podur, el sur le cbàlimeut sévère des pojiula- 
lions du Dimar, proviuce du Fouta, inleruiédiaiie 
entre Podiir et Dagana. 

IJ serait diliicUe de mentionner loua les documents 
qu'on donne chaque jour sur noire Algérie, où des 
communes nouvelles se forment, où la colonisation 
prend un accroissement si favorable ; je me conteute- 
l'ai de nommer le principaLde tous : le rapport de 
M. le marécbal Vaillant à l'eiiipereur. sur la situation 
de cette colonie en 1853. 

Nous sonimea, au contraire, bien pauvres en ren- 
seignements sur la régence de Tunis. Ou doit dune 
beaucoup de reconnaissance à M. Dans, qui a rapporté 
des travaux topograpbiques très complets sur le terri- 
ritoire de la capitale de cette contrée. 

Sortons de l'Afrique par cette belle mer qui est le 
lien des trois parties de l'aucieu monde et qui fut 
comme le berceau de la civilisalioa aolique : admi- 




( 3(Î0 } 
mille bassin siii' lc<qticl se pressent tant de sotivei 
que silloDiienl tant de vaisseaux, et où s'agitent plus 
que jamais He grands intérêts : M. le contre-amiral 
Henry Smytli lui a consacré un superbe ouvrage, sous 
le simple litre de la Méiiilennnée ; la Société géogra- 
phique de Londres a décerné à ce IraTail sa grande 



médaille d'o 
e: suffrage. 



t tout le monde géographique ratifiera 



AuiRlQtK. 



J'aborde maintenant l'Amérique; et le premier be- 
soin que j'éprouve en y arrivant, c'tst de jeter un coup 
d'ceil sur ces régions arctiques, tUéâtre de tant de dé- 
vaûmetit, de tant de hardiesse et de si grandes infor- 
tunes. On paraît donc avoir enfin découvert les traces 
de John Franklin, et, par les renseignements que le 
docteur John Rae a reçus des Eskimaux, nous avons à 
peu près la triste certitude que l'illustre et malheureux 
navigateur a péri avec ses compagnons en 1850, au 
milieu des plus affreuses circonstances dudénameat^i 
dans le voisinage du Back's River. 

Le lieutenant américain Kane, parti de New-York 
en 1853, à la tète d'une expédition équipée par les 
soins généreux de MM. Grinnell et Peabody, est encore 
sans doute en en moment dans les glaces du nord : on 
n'a pas reçu de ses nouvelles depuis juillet 1853, et 
son sort commence à inspirer de l'anxiété. On était 
inquiet aussi du capitaine Collinson, commandant 
V Enterprise : parti d'Angleterre, en même temps que 
le capitaine Mac-CUire, dont vous connaissez tes éton- 
nantes explorations, il était parvenu, en 1853, à travers 
lepaxsage noret-onestf dans la par"lie orientale de l'océan 



^ 



Dcéan I 

J 



(361 ) 
Glacial aiuéncaiii; mais depuis un an, on n'avait pas 
de ses uouvellcs, lorsqu'au mois d'août 185â il arriva 
au port Clarcnce, situé, comme vous savez, sur la côte 
méridionale du cap du Prince de Galles, à l'entrée du 
détroit de Behring. 

Le capitaine IngleGeld , commandant du Phœiiù:, 
était en juillet dernier sur les côtes du Groenland, et 
y 3 visité une grande forêt pétrifiée. 

Sir Edward Belcher est toujours à la lête d'une 
expédition qui était allée à la recherctie de sir John 
Franklin : un de ses navires, \&Resolute, est commandé 
par IV1. Henry Kellett, et c'est sur ce vaisseau que sert 
notre compatriote M. Emile de Bray, à la conduite 
honorable duquel sir Edward Belcher s'est plu à rendre, 
dans un rapport à l'Amirauté, une éclatante justice : 
il a su, comme Bellot, s'acquérir les plus cordiales 
sympathies de tous. Le capitaine Penny, déjà connu 
par ses voyages arctiques dans les années précédentes, 
vient de repartir pour l'océan Glacial, avec l'espérance 
d'atteindre le pôle nord. 

Des expéditions qui ont moins de retentissement, 
mais qui offrent une haute utilité, sont celles du com- 
mandant Shortiand et du capitaine BayOeld, qui étu- 
dient, noient et dessinent sur leurs caries les dente- 
lures innombrables et les dangers des côtes de la 
Nouvelle-Ecosse, comme M. Parsons le fait pour les 
Antilles anglaises et les côtes du golfe du Mexique, 

De leur côté , l'infatigahle professeur Bâche et ses 
collaborateurs continuent le relevé des côles des États- 
Unis, tandis que les admirables instructions du lieu- 
tenant Maury se répandent de plus en plus et 
d'avoir leur sixième édition. L'activité géograpbi 




viennent ^^| 
rapbique ^^| 



( KM) 

n'^st pas moins grande dans l'intérieur de cf^tte graoi 
république. Voypï, par exemple, ces enlrcpi 
menées et hardies pour ritgblisaement de chemi 
de Ter qui doivent couper les monts Rocheux et joîndi 
les deux océans ! Cinq principales directions ont 
suivies pour ce grnnii objet : la plus septeatrionale est 
celle qu'a prise M. Stevens ; il a remonté le Mississipi 
jusqu'aux chutes de Saint-Antoine, s'est avancé à 
l'ouest, a traversé le Missouri au fort Dnion, passé par 
les territoires des Indiens Upsaroka et Pieds-Noirs, 
coupé les monts Rocheux âla passe de Lewis etClarke, 
par une altitude médiocre, qui parait favorable à no 
chemin de fer, et a pénétré enfm dans le bassin de la 
Columhia par la rivière Clarkr. 

Une expédition dirif^ée par MM. Gunnison et Keras, 
après avoir traversé le territoire Indien, était entrée 
dans les gorfçes des monls Rocheux vers âS degrés, et 
avait parcouru le territoire montagneux de l'Utah avec 
des résultats satisfaisants, quand, parvenue au voisinage 
du Grand Lac Salé, elle fut assassinée par les Indiens 

L'expédition de M. Nollis a fait connaître une com- 
munication praticable pour un chemin de fer, de la 
vallée du Rio Sacramento au fort Laramie, sur la rivière 
Nebraslca , en traversant les motUs Kocheuz vers le 
ht" degré. 

M. le colonel Fréniont, déjà si connu par ses voyages 
de 18i4 et ifiiô, a exécuté en 1853 et 185Û une nou- 
velle exploration, en se rendant Je Saint-Louis ft.San- 
Francisco par le fort Bent, par la passe de Cochetope, 
qui se trouve vers la source du Rio-Gran'!e, à 38 degrés 
environ de latLlude, enfin par un passage de la Sierra 



J 



(IftS) 

Nevada situé vers ^7 àej^vés; le célèbre voyageur et 
ses compagnoos ont eu de grandes fatigues et des 
froids rigoureux à souffrir; cependant la praticabilité 
de voyage en toute saison par cette route a été dé- 
montrée par cette expédition. 

Une cinquième iigoe, la plus méridionale, a été ex- 
plorée ausisi en 1<8Ô3 et i&5i, par un corps no»ibre«ix 
de voyageurs qjue command^kioi MM. fieale et Heap. 
JDe Saint -ïLoui^ il a gagné Je Kitnsas, puisi*Arkansas, le 
Red Hiver, emfin la vallée du fiio-Graode; il traversa 
ce fleuve à Albuquerque, dans le AIouveau-Mexique, 
vers -35** 50% s'avança à J ouest, au milieu d*«iiine i^égiotn 
infestée d'Indiens malveillant, tels que les Apackes, 
et atteignit le Rio- Colorado, puis la Sierra Nevaiila, 
Pueblo de los Angeles, et Sap-*Pedro, sur l'océan JPa- 
ci/ique, oùJ'on s'embarqua pour San-Franciseo. Aans 
une grande pai^tâe du ixajet, on a rencontré des dér 
seria, des rocs volcaniques, et en général un payis 
pauvre et sans ressources. De cette expédition faisaient 
partie M. Jules Marcou, jeune géologue français, dont 
VOU9 avez vu la relation dans le Bulletin^ eX U. Mollbau- 
.«en, peintre allemand, qui se prépare à publier des 
dessin^ nombreux reoueillis par lui dan^ ce long et 
difficile voyage. 

Jl serait long de citer toutes 1^ explorations in^ 
téressantes, toutes les publications instructives, dont 
ce grand Far JV^$t américain « élé l'objet daj»is ces 
derniers .temps. Je signalerai seulement, entre tant 
d'autres, les travaux de M. Je capitaine Marcy dans le 
cours supérieur du Red River» la relation de M. Uuasell 
Bartleit sur le Xexas, le Nouveau-Mexique ellaCali* 
i'ornie; c^l^ de M. jiiitgreaves, sur le Rio-<!lolorado et 



leZi 



iuni; le 



oyage 



en Californie de M. Itourcier deli 



Rivi^i'( 



qui a procuré à notre Muséum cl'hîsloi 



turelle une collection botanique 1res précieuse. 

Un aiilre voyaf^eur naturaliste et physicien, M. Henri 
de Saussure, notre collègue, qui vient de partir pour 
le Mexique, en emportant les instructions de la Société, 
nous fait espérer pour les années prochaines une am- 
ple moisson de renseignements neufs. 

Si, des Etals-Unis et du Mexique, nous passons aux 
Antilles, nous retrouvons sirRohert Schombuigk con- 
tinuant fructueusement des travaux que nous avons 
eu occasion de signaler souvent déjà : il est consul 
d'Angleterre à Santo-Domingo, d'où il fait des excur- 
sions pleines d'intérêt dans l'intérieur de l'Ile d'Haïti; 
il a déterminé l'aspect physique du sol, recueilli les 
éléments d'une cartu exacte, fixé les positions d'un 
grand nombre de points, constaté la hauteur des prin- 
cipales montagnes, et fait des recherches hydrogra- 
phiques que la marine ret^ueîllera avec le plus grand 
profit. 

D'autres études hydrographiques, celles de la Guyane 
française, se poursuivent activement sous la direction 
de M. le capitaina de vaisseau Bonard, et l'on prépare 
les cartes des rivières de la Comté , de l'Appiouague 
el de rOyapok. Signalons, dans l'Amérique centrale, 
le voyage de M. Wagner à Costa-Rica, les études de 
M. Squier sur le chemin de fer ioterocéanien de Hon- 
duras; — dans la Bolivie, les explorations du colonel 
Lloyd ; — dans le bassin de l'Amazone, celles du lieu- 
tenant Herndon, qui viennent d'être publiées : cet 
explorateur, un des brillants élèves sortis de la belle 
école de West-Point, avait traversé la Cordillère du 



1 



( 365 ) 
Pérou on face de Lima, suivi la Huallaga.lnbuliiii'e de 
l'Amazone, et, après s'être séparé de son compagnon 
le lieutenant Gibbon, envoyé par lui dans une autre 
direction, il poursuivît sa course sur le ^rand Qeuve, 
jusqu'à Para, en bulle à des privations de tout genre, 
au supplice des muusiiques, à mille dangers, Pendant 
ce temps, M. Wallace , naturaliste anglais, remontait 
de l'emboucbure de l'Amaïone jusqu'au Rio-Negro. 

Une expédition de la marine américaine vient de 
parcourir le Parana et le Paraguay , ainsi que les prin- 
cipaux affluents de celle dernière rivière : de la pu- 
blication de ses travaux naîtront saDS doute de grandes 
rectifications dans les cartes de cette république, long- 
temps isolée du resie du monde par le soupçonneux 
Francia, mais qui aujourd'hui recberclie ardemment 
le progrès et le contact des nations civilisées. M. De- 
mersay est un de ceux gui. dans ces derniers temps, 
ont le plus contribué à la faire connaître : on attend 
avec impatience la publication du grand ouvrage qu'il 
a préparé sur ce beau pays. Je viens raoi-mérae de 
donner une carte, ou plutôt une esquisse très impar- 
faite, où j'ai cherché à faire faire un pas à la géogra- 
phie du Paraguay, en plaçant quelques notions neuves 
d'après M. le général Solano Lopez. 

C'est non loin de celte région , dans la province 
brésilienne des Missions, qu'habite toujours, à San- 
Borja, notre vénérable compatriote M. Aimé Bonpland; 
du fond de sa relraite, il a. adressé récemment des 
communications pleines d'intérêt, concernant surtout 
le mais d'eau et le thé du Paraguay. 

Je ne puis quilter l'Amérique sans mentionner la 
curieuse carie qu'a mise sous vos yeux, il y a peu d« 



* 



( m ) 

mois» un jeune savant allemand, M. Kohi, et sur la- 
quelle il montre, par des traits et des couleurs ingé- 
nieuse ment ménagés, toutes les découvertes successives 
faites dans cette partie du monde. 

OaÂAJÎi£. 

Je termine mon voyaee autour du mqnde par 
rOcéanie, où de jeunes colonies de la France attirent 
d'abord nos regards; la dernière acquise est la Nou- 
velle-Calédonie, qui vient d'être njo,utée à pps posses- 
sions en septembre 1853, lorsque déjà nos mission- 
nairjCS dévoués avaient heureusement préparé Tesprit 
de la population indigène à celte cession , par leurs 
couraeeux travaux apostoliques à Tile des Pins. 

Jojiis les grands peuples maritimes veulent avoir 
une part dans ces belles lies du Grand océan : avec 
.la Nouvelle-Calédonie, noiis avons les Marquises, nous 
exerçons une protection surTaïti; l'Angleterre domine 
dans TAuslralie et la Nouvelle-Zélande; la Hollande 
et TEspagne, dans la Malaisie; les Etats-Unis, dit-on, 
viennent d'annexer les lies Sandyvich à leur confé- 
dération. 

Un des plus beaux travaux géographiques accompjis 
récemment dans cette partie du monde, c'est la re- 
connaissance du fleuve Murray par un bâtiment à 
vapeur spus la (j|irection du capitaine Cadell et du 
lieutenant gouverneur Young; il en est résulté qu'on 
peut regarder le Murray proprement dit comme navi- 
gable depuis Goolwa, où il se jette dans la mer," jusqu'à 
Albury, c'est-à-dire sur une étendue de 1900 mi^es; 
d'un autre côté , le Morumbidgee, à partir de sa jonc- 



( S67) 
tion avec le MiirrRy, a un cours navigable de 700 inities, 
)iisqu'à Guadagai. Ainsi cette terre, dont l'intérieur est 
jusqu'ici la partie <Ui p;labe la plus rebelle aux décoa- 
vei'tcs, se dévoile elle-même peu it peu aux yeux des 
Européens. On commence aussi à en connaître mieux 
les indigènes: Mgr. Rudesindo Salvadn a fait voir, dans 
ses Mémoires historiques sur T Auslralie^(\QQ ces peuples, 
décrits souvent comme les êtres les plus dégradés du 
genre humain au physique et au moral, sout, au con- 
Iraire, une belle race d'hommes, hospitaliers, capables 
de senlimenls généreux et bienveiDanIs. Ajoutons ce- 
pendant avec tristesse que Leicbbardt, qui en a Tait 
l'éloge comme Mgr. Salvado, eal tombé leur victime 
avec ses compagnons, et que c'est là, dans tous les cas, 
une ladie bien ineffaçable imprégnée à ce peuple. 

Parmi les services hydrographiques dont l'Océaaie 
a été le théâtre dans l'année qui vient de s'écouler, 
signalons le relevé complet de U grande tie Palaouan 
par le commandant liate ; cel ut de la Nouvelle-Zélande, 
par le commandant Byron Djrury ; celui des mers qui 
baignent les lies Vili et l'archipel des Amis, par le 
capiEaiiie Deuham et le lieutenant Cbimmo. 



TRAVAUX DIVERS. 



Il ine serait impossible, dans cette brève exposition. 
de vous présenter. Messieurs, la liste des ouvrages qu'on 
vous a offerts. Toutes Jes principales Sociétés savantes 
du momie, fous les auteurs <-le travaux géographiques 
d'un ordre élevé, s'empressent d'enrichir de leurs pu- 
blications votre belle bibli«tt>èque , où beaucoup de 
^^rtâlleurs demîindent Jautons^tiop de puiser, cpais 



( i 



1) 



que votre Règlement réserve rigoureiiaement, vuus le 
savez, aux seuls membres de In Soci<Jlé; la lîsle com- 
plète de ces publicallooa ao trouve dans votre Bnllelin; 
pour remercier dignement tant d'honorables dona- 
teurs, les membres de la Société ont cru que le meil- 
leur moyen était de se partager la lâclie de faire des 
comptes rendus des Iravauï dans les séances de la 
Commission centrale. Les rapports sur les ouvrages 
ofTerts remplissent donc souvent, et très utilement, 
une grande partie de nos réunions particulières ; ils 
vont ensuite éclairer les lecteurs du Bulletin sur la 
valeur et l'importance de ces ouvrages. 

La géographie, vous le savez, Messieurs, n'a pas seu- 
lement pour but la description des lieux de la surface 
du globe : elle embrasse les productions diverses, leur 
patrie, leur acclimatation ; vous suivez avec intérêt la 
naturalisation, dans notre pays, de tous ces êtres étran- 
gers qui peuvent devenir une richesse nationale. Parmi 
ces importations, vous avez surtout remarqué plusieurs 
plantes de Chine et les ^aks introduits par notre col^ 
lègue M. de Montigny. 

Vous ne vous intéressez pas moins aux progris dé^ 
ces arts tout nouveaux et admirables (]ue le génie de 
notre siècle met au service de la géographie, comme 
de la plupart des sciences et des besoins de l'humanité. 
Ainsi , la télégraphie électrique est employée à la dé- 
termination de la longitude, et elle a permis de trou- 
ver la différence des méridiens de Paris etdeGreenwich 
avec une précision à laquelle on n'avait pas atteint 
jusqu'ici: déjà elle vient de lancer sa communication 
merveilleuse entre La Spezzia et la Corse ; elle ne tar- 
dera pas à franchir la Sardaigne et à toucher l'Aftii 



y 




( S69 ) 
olli'.-mêmc. M. le licTilonant Maury croil même à In 
possiliitité de lui faire Iraïerser l'Atlantique entre 
Terre-Neuve et l'Irlande. — La photographie a rangé 
les carlos parmi ses produits les plus délicieux : 
MM. Bisson ont donné des cartes photugraphiciues très 
curieuses, et vous avez pu tout récemment admirer 
celles de MM. Schiagintweit ; M, Salzmann a rapporté 
une très riche coUectioQ de vues photographiques des 
monuments de tous les âges qui se trouvent en Judée. 
— Les reliefs topographiques acquièrent 'une perfec- 
tion remarquable : vous connaisseK depuis longtemps 
ceux de M. Bauerkeller; M. Bardin en a préparé une 
cnlieclion qui parait devoir mériter tous les suffrages 
des amis de la géographie; M. Maillard vous a offert 
son joli plan île l'tie de la Réunion; M. Dickert, de 
Bonn, a représenté avec une pittoresque vérité plu- 
sieurs parties de la Prusse Rhénane et même le disque 
de la Lune. 

La cosmographie, sœur de la géographie, voit naître 
aussi des progrès dont nous partageons les avantages: 
on a inventé des appareils ingénieux pour expliquer 
è la jeunesse les mouvements de la Terre et des astres ; 
parmi ces appareils, nous avons sui;tout distingué ceux 
de M. Henri Robert, véritables petits chefs-d'œuvre de 
mécanique, qui ont été soumis à la Commission cen- 
trale et expliqués ^vec clarté parleur habile auteur (1). 

Ainsi, dans tous les genres, les progrès se réalisent, 
toutes les sciences se préteat un mutuel appui. Mais 
1 géographie est peut-être celle qui, par sa nature. 



{ 870 ) 

touche le plus à toutes les autres connaissances hu- 
mainesi et profite le plus généralement des progrès 
accomplis partout. Au reste, si elle s'appuie sur beau- 
coup d'autres branches , elle lès éclaire vivement à 
son tour : on a souvent, il est vrai, méconnu ses ser- 
vices et le rang qu'elle doit occuper dans Téducation 
publique; on a même témoigné pour elle, pendant long- 
temps, plus que de Tindifférence. Cependant on com- 
mence à lui rendre plus de justicf ; le ministre éclairé 
que nous avons l'honneur de voir à notre tête lui a 
attribué un programme digne d'elle, il a monlré com- 
bien il appréciait les avantages de celle noble étude; 
et le public prend tous les jours un goût plus vif pour 
les connaissances géographiques. 

Soyez doue pleins d'espoir. Messieurs ; votre science 
favorite est dans une bonne voie, vous la verrez triom- 
pher des préjugés, des barbares dédains de l'ignorancOy 
et la muse de la géographie, dont j'ai eu l'honneur de 
vous faire un jour la peinture, se montrera enfin dans 
toute sa suave beauté. 



VOYAGE DE M. BRUN-ROLLET A13 NIL BLANC. 



MOTB Pr£l1MIMA1R£. 

DepuislemémorablevoyagedeM. d'Arnaud, en 18ii0 
et l'année suivante, (jui nous a, pour ainsi dire, révélé 
le Nil Blanc et qui a ajouté cinq cents lieues à la partie 
connue de son cours, les yeux de l'Europe savante n'ont 
cessé de se tourner du côté des sources de ce grand 
fleuve, le plus grand peut-èlre du globe, si ce n'est 



( 371 ) 

pour le volume de ses eaux, du moins pour la longueur 
de Tespace qu'il parcourt. Plusieurs voyageurs se sont 
pressés sur les traces de M. d'Arnaud ; les uns par le 
désir de pousser les découvertes pluis loin que le 
â* degré 1/2 de latitude nord ; les autres, pour chercher 
à arracher les paisibles et nombreuses populations 
éthiopiennes aux horreurs de Tesclavàgé, et pour pro- 
pager en imên^e temps la religion chrétienYie là où le 
mahométîsme n'a pas encore pénétré; d'antres enfïn, 
pour profiter de la voie nouvelle qu'avait ouverte aii 
comn^'erce l'expéditiori égyptienne de 1840, ordonnée 
par le vîcé-roi Mohammed- Aly. On sait, en efFet, que 
les bords du fleuve Blanc sont peuplés d'éléphants en 
nombre immense, et qu'une quantité incalculable 
d'ivoire peut y être recueillie en échange de marchan- 
dises européennes d*one faible valeur. L'appât d'uii 
gain sûr devait donc attirer sur ces rives plus d'un 
voyageur depuis le temps de la première découverte : 
c'est ee qui est arrivé. 

Mais il ne faut pas croire que ces mobiles soient léÉ 
seuls qui doivent y conduire les explorateurs. L'his- 
toire n'y est pas moins intéressée que la géographie et 
que l'ethnographie, c'est-à-dire, que l'étude des races,dè 
leurs idiomes et de leurs mœurs. En efFet, on sait biéii 
peu sur l'ancien empire de Méroé, dont les historiens, 
tout en nous en vaiiltant la richesse et l'ancienneté, ne 
nous racontent ni les annales; ni l'origine, ni fés 
phases successives de son existence. On a bien trouvé 
les restes de la capitale, tout au moins les derniers 
édifices qui ont survécu à la ruine de Méroé; mais 
son étendue et ses limites, la durée de l'Empire et ses 
révolutions, qui pourrait les assigner dans l'état actu6l 



( 372) 

lies connaissances ? Cependant, on ne peut douter qui 
les deux grandes vallées dit NU, depuis ses sourci 
jusqu'aux cataractes nubiennes, ne lui aient apparteni 
on doit donc aussi, en explorant, en étudiant les riri 
du fleuve, chercher à soulever le voile qui couvre 
encore ces origines mystérieuses. Interroger les tradi- 
tions, après avoir étudié les idiomes et les dialectes, 
est donc une sorte de dcToir, pour les voyageurs qui 
prendront part à des explorations scientifiques pro- 
prement dites. 

En attendant, plusieurs remarques ae présentent 
l'esprit, quand on étudie les objets rapportés pat^ 
M. d'Arnaud, les armes, les armures, les ustensiles, 
les costumes, les vases, etc., dont font aujourd'hui 
usage les habilanls des rives du Ml Blanc supérieur. 
On reconnaît qu'ils sont les mômes que ceux qu'ont 
figurés les Égyptiens dans la peinture des scènes mi- 
litaires d'Ebsamhoul et de Thèbes ; les ûgi 
aussi la inème physionouiie. Il est donc constant C|< 
les années égyptiennes ont pénétré aussi loin que 
10' degré de latitude, ou m&ine plus loin. Une autre 
réflexion vient encore ;'« l'esprit de celui qui médite 
sur l'état de ces arts, deiueuiiïs slationnaires pendant 
trente siècles et plus. Quand on songe à la nombreuse 
population du pays, telle que l'ont constatée et décril 
M. d'Arnaud et ceux qui lui ont succédé, et quand o^ 
réfléchit à la fécondité du sol, à la richesse de ses prt 
ductions, on se deuiando comment il se lait que ces 
hommes, réunis en société pendant un si long laps 
de temps, n'aient pas fait plus de progrès dans les 
arts. Serait-ce à cause de l'infériorité de la race noire, 
comparée à la race caucasienne, laquelle a peuplé le; 



11 

M 

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( 378) 

rives du NU inférieur, c*est-à-dire, TÉgypte? Serait-ce 
parce qu'aucune nation civilisée ne serait venue mo- 
difier l'existence des Éthiopiens, et que celte condition 
serait indispensable au progrès? Serait-ce enfin à 
cause d'une certaine influence du climat équatorial? 
Ces questions peuvent être résolues un jour par des 
voyageurs instruits, par des observateurs philosophes, 
et elles sont tout-à-fait dignes d'une époque où l'on 
recherche curieusement toutes les origines. 

Ces courtes réflexions m'ont paru devoir précéder 
la lecture d'un extrait de la relation de M. Brun-Rollet» 
comme propres à ajouter un intérêt de plus aux dé- 
couvertes qui se font dans l'Afrique centrale, et à 
mieux faire apprécier le dévouement, les efforts et le 
courage des voyageurs qui explorent ces régions loin* 
laines» Jomabd. 



EXTRAIT 

DE LÎ relation bu VOYAGE DE M. BBU^'-R0IXËT 

AU NIL BLANC. 

Les Berry sont les nègres les plus intelligents et les 
plus hardis voyageurs que nous ayons connus. Leurs 
marchands allaient autrefois chez les Niagués acheter 
des conteries de fadasse dont j'ai vu sur eux plusieurs 
échantillons ; j'ai également acheté d'eux quelques 
galettes d'un tabac très estimé, qu'ils vont chercher 
aux montagnes d'Imadan. Ils pénètrent au sud, chez 
lesChiaccô et jusque chez les Kuenda sous Téquati^ur, 
où ils rencontrent des marchands étrangers rouges et 

VIII. DECEMBRE, /i. 25 



(«74 ) 

hltincs, aux cheTcux longs et lisses, qui y fiennent 
(probablement de la côte de Zanguebar) acheter Ô9 
rivoirc avec des conteries et des brasselets de laiton 
ou de cuivre. Deux de ces Berry que nous avions en* 
f oyés avec des présents au roi des Kuenda, ckee lequel 
Dom Angelo se proposait de se rendre, sont reveDiu 
troi» jotira avant mon départ de Mardjou, avec plusieurs 
Ats leurs et un cadeau de sept dents d'ôlé|>liaDt, Ils 
nous ont assuré que le roi nous attendait avec impa^ 
tience, que nous trouverions chez lui Taccneil le plus 
bienveillant et tous les services qu'il pourrait nous 
rendre; que S. M. seulement nous priait de lui ap* 
porter un babillement (une chemise bleue et un fez) 
et quelques chapelets de Mardjou. 



«MflMSa 


DireclÎM 


— 


— 


I 


sud. 


I 


id. 


â 


id. 



1 
1 
1 



Itinéraire des deux Berry appelés Lakiné^ etc» 



Des bords du Saubat à Cacciari, dont le roi s'appelle 

Larouéh , 

De Cacciari à Obô, autre village 

D'Obô à Chiacco, capitale de îa tribu de ce nom. . . 

Pendant ces trois jours, ils ont rencontre quelques 
petits villages. Cette tribu est à trois jours de la rive 
orientale du Mil. 

De Chiaeco à Loaban-bo. . . . 

De Louban-ho à Fadjoulabj autre tribu féroce, ▼ivant 

. de fruits sauvages, de chasse et de brigandages. . 

De Fadjoulab à Atbiak 

D'Athiak à Laica, sur le bord du Nil, chez les Bido. . 

De cette ville ifs se sont embarqués dans un canot 

fait d*«n tronc d*arbre et sont arrivés en un jour à 

; Robenga, chez Tbirobambi, roi des Kuenda. . . . 

''Total de« journées de marche des bords du Saubat 
à Bobvnga, «apitale des Kuenda. . . ^ . . . 



id. 



8iKl-«a& 



id. 
id. 



sad. 



!•- 



( »6-) 

Dom Angelo ^l alû d^ BéienU au Saubat cU<$i& lôf 
Berry eu deux jours et demi (direclion est-sud-e&l), Id 
H trouvé cbex eux une propreté, une aisance et uoe 
bospUallté qu'il serait difficile de rencontrer ailleurs» 
.Utt de leurs deux rois lui a fait l'accueil le plus amical 
possible; il e^^ venu à sa rencontre avec unç foule de 
.se».iiuî^ts, jusque sur les bords du SçhoU Cette m«r- 
jesté s'esl montrée en cette occasion aussi adroite que 
j^lie. Après les souhaits et les compliments de sa bien- 
venue, elle a prié Dom, Angelo d'accepter less dew 
bceuift qu'elle lui montrait d'assez loin, lui témoigif^airt 
^a RièoiQ temps le désir de les voir tuer avec son U^]9|- 
nerrei, c'est le pom qu'on donne à nos fusUs*. Conv- 
preig^tnt q\kQ son b6te était bi^a aise de vérifier si nQ9 
arme^ ^f^iT étaient çiussi terribles qu'^n ie disait. Don» 
Angela se retourna vers 1q plu^ adroit cU^seui^: de 9à 
suil9 et lui dit : « Notr^ si^reté dépend d^ O^lr^ pve*- 
jcuÂer coup^ ajuste bien 1q bœ^{ à. la t^te^, je me cltiirge 
de r^trCii tt Quand U fogle qi|i les ob^evvait eut vm 
ce^ 8^^i.maqx s'affaisser sous une doubla détonation, 
tous s'accroupirent à la fois^ en poussant des cric 
d'exclfonaiion et eu se tenant la tète entre leurs maii^» 

Leur iangue est un mélange de celle» de^ Çheloug&, 
des DimVa et des Bary* Au lieu de s'arracher les deqts 
ioaisives de la in^choire inférieure comme les me- 
raifiâ dti Nil» ils se percent la lèvre e^u-dessv»?" dp 
menkoû pour y mettre un morceau de cristal cylii^r 
drique > long d'on poiftCQ et demi; U\xv% (^«iha^I se 
percent encore le bord de» oreilles, qu'elles g^nisseiit 
de grains de verroteries. Leia Berry portant wo «^te- 
meni qui est composa d$ deu* lisières en l^v^e de T. 
La lisière irani^erftaie « \^\%i^ de €'mq pauce^i, \^\kf 



{ 37ti ) 



couvre la lêle et descend : 
large de liois à quatre poi 



es lempes. La rjueue^ 
est tissue avec letira 



clie\cuxde derrière et descend jusqu'aux jarrets. Celle 
élofl'e faite avec leurs theveux est garnie de verroteries, 
lit qui les dig- 



Les Berry sont si fiers de cet ^i 
tingue des autres races, que, pour en avoir un, il m' 
fallu m'adresser à leur roi , qui me l'a envoyé accoi 
pngné d'un cadeau do sept dents d'éléphant, 

Les ennemis les plus redoutables des riverains 
Saubat sont les Gallali ou Kalakra, A l'est, et les 
Nouers, au nord-ouest. Les premiers ont conservé leur 
férocité primitive : ils vont à la guerre comme les Huns 
avec leurs bagages, et avec leurs femmes et leurs en- 
fants, qui 30 mêlent aux comballanta pendant l'iiclion, 
et deviennent dans la défaite la proie du vainqueur; 
oe demandant jamais merci pour eux, ils ne font aussi 
aucun quartier ; ou ils restent étendus sur le champ 
de bataille, ou ils logent dans le village ennemi. Vain- 
queurs, ils tuent tout ce qu'ils ne veulent pas pour 
esclaves et brûlent tout ce qu'ils dédaignent. Armés 
d'une longue lance dont la bampe n'a pas moins de 
dix à douze pieds, et d'un long bouclier sur lequel ils, 
reçoiveul les tlèclies et les traits qu'on leur jette 
distance, ils s'avancent toujours eu poussant d'hoi 
ribles cris de guerre, jusqu'à ce qu'ils puissent com- 
battre corps à corps, c'est-à-dire percer leur ennemi 
avec leur lance, dont ils ne se dessaisissent jamais. 

Le Misselad ou K.eiiak se joint au Nil vers le 10" de- 
gré de latitude nord, à deus jours ouest-sud-ouest de 
l'embouchure du Saubat. M. d'Arnaud, qui dirigeait 
les premières expéditions turques, a remonté cet 
aOluent pendant Uuit jours > et pendant ces huit jours 



m'a J 



de 

n- I 



jours y 



( 377 ) 

il n'a trouvé qu'un vaste lac peu profond , parsemé 
d'Iles et souvent couvert de nénuphars et autres plantes 
aquaitiques à travers lesquelles ses barques d*evaient 
se frayer un passage. Les fièvres que la mauvaise 
qualité de l'eau et l'humidité des brouillards avaient 
semées dans ses équipages le firent revenir sur ses 
pas. C'est d'autant plus à regretter que la navigation 
de cette branche intéresse encore plus le commerce 
de l'Egypte que celle du sud. Après un ou deux jours 
de persévérance, il aurait vu succéder à ces marais 
pestilentiels un fleuve coulant entre deux rives boi- 
sées, dont la droite est habitée par les nègres Dyaks et 
Guiguis» et la gauche par les Baccara Amour, chez 
lesquels il aurait pu se ravitailler et établir des rela- 
tions d'un grand intérêt. Ses voiles avaient été aper- 
çues par les Arabes qui se trouvaient alors campés^ 
avec leurs bestiaux entre ces plaines que le fleuve 
couvre de gazon en se retirant, et les hautes terres 
boisées et sillonnées par les torrents qui descendent 
du versant du sud des montagnes Noba. 

Après lesOmours, les Prisekats s'étendent jusqu'au 
Darfour, dont ils ont secoué le joug, il y a quelques 
années, par trois victoires successives. La moindre des 
armées envoyées contre eux était de 3 600 cavaliers. 

Le Misselad fait ensuite un coude au sud, où, au 
dire d'autres Arabes Aouazma , il reçoit deux canaux 
probablement alimentés par les eaux pluviales des 
marais supérieurs. Selon eux, le fleuve revient ensuite 
à l'ouest, traverse une cataracte et laisse à sa gauche 
les frontières sud du Darfour, où des nègres pêcheurs, 
appelés Riha, vont vendre des poissons séchés au soleil 
et parfumés à leurs foyers. De là il passç à quatre ou 



( 3'S ) 

inq 'jouriiéea Hts derniers villages sud flti OimdOy e 
ïît du lac Fitlry vei's le 13* degié do latitude norAj^i 



sur les conltns «a 



royi 



ime de Botiri 



. De! 



Fellaliih. Imliilniil les rives de ce I»c, m'ont & 



que. 



le Babr-elGlinEal iHail tin autre Eiffluent considt^rabie 
qui, du sud, venait se joindre au Misaelad, ii trois jour- 
nées est du tac Fîltry. Sur les rives de ce tli 
ses itflluents on pourrait i5tablir un grand commerei 
d'ivoire et dcï mëtaux précieux. Les montagnes nluées 
an sud du Dnrfour onl de riches miiits de cuivre. Des 
marchands darrouriens el bournouais, que l'envie de 
s'enrichir porle i\ lnul braver, peines, Taligues et dan- 
gers, ti'ouvenl vers le suri, après une rouie de qtiaraiile- 
cinq jours, à travers des peuplades ennemies, des 
forôla et des montagnes qu'ils son! obligés de traver- 
ser ^ pied, d'autres n^onlagnes aurifères, dont les 
bahilants échangent presque au poids de l'or les ver- 
roteries qu'on leur apporte. Pour faire ce voyage dan- 
gereux, ces marchands se réunissent en nombre, tous 
déterminés à sortir de la misère on à mourir. Le joJÈt 
*le leur départ, ils prennent congé de leurs parentsj 
de leurs Eunis, et font leurs ablutions, comme s'Hs 
étaient à leur dernière heure ; puis ils s'en vont pous- 
sant devant eux les baudets qui portent quelques pro- 
visions, leurs conlerîes, leurs verroteries et le linceul 
dont les survivants doivent les envelopper. C'est, du 
reste, l'usage de tout bon musulman de porter son 
suaire avec loi dans un voyage un peu long. 

Pour se faire une idée de l'importance que le com- 
merce de l'ivoire acquerrait en peu d'années, il sufGt 
de savoir que Chekif, roi du Ouadfty, a envoyé, il y 
a qua*i'e nns, ii iîcogbaïï, 240 quiniaus de dents d'élé- 



jr- I 

ses --^ 



sd'élé- I 



( 379 ) 
pbEHit, presque toutes prises sim- les bords du Misse- 
lad. Les marchands du Darfour, du Outiclily, du Bour- 
noa et du Ba^^rmi, ne tarderaient pas à porter à n»i 
barques, ou à nos comptoirs, les richesses qu'ils vont 
échanger au delà du Sahara coiilrfl nos oLjcls matiu- 
lacturés. Les prix auxquels nous puunions donner 
nos articles, nous feraient avoir la préÉérence sur tes 
marchands des rôles barliaresqiies. 

Depuis sa jonction avec le MisMiad jusqu'au 7* degrt 
de laiilude nord, la branche sud serpenie à travers 
des marais couverts de joncs et de forêts de minsôsa. 
Les coudes ou zi^ags qu'elle fait Botit si nombrcui 
que le même vent est ïaïorsblo et contraire, de chaque 
demi-heure à chaque deux heures au plus. Lci plupart 
Àt ces coudes sont au iiord et nord-est ; souvent ott 
Tok derrière soi les barques qui nous ont devancés. 
GomiDieon ne peut prendre pied sur ces bords bém- 
sés de jiincs ilotlant dans i'citu , un est obligé, malgi<é 
le courant qui est très fort, de le remonter à force 
de rame», ce qui rend la navigniion tiès dilTicile et 
très faligaole pendant dix à quinze jours. Il arrive 
quelqucluis, quand les vents sciu£Dei>l du uord-est, que 
lequipage a mis toute uae journée poar £a^ une 
^mi.4ieurc de chcioin. 

A quatre ou cinq heures au nord de Dim, pa-emier 
tiiilnge des Kjks, vers le 7° degré de latitude nord, se 
U>ouve rembouclMiTedmi canal qui descend des mon- 
I tegnes dti K«<mbii-at, vers l'ét^uateur, et coaie parai- 
I lèlejiieol avec le fleuve, â trois ou quatre journées de 
la rive occidentale. Les premières tribus qui linhilent 
ses rives en nionianl, sont les Loots, chei lesquels les 
&yks toot acheter la plut grand« p«i-tie 4e l'iTSirc 




( 380 ) 

(ju'ils nous vendent. Les villages les plus importanfl 
de ces Lools sont Gon , près de Dîm, puis Bak i 
Kio-Molou, plus au sud. Viennent ensuite les Madai^ 
les Fadjuli, entre le 6« et le û* degré 1/2 de latitude 
nord, et les Ougara, vers le S' degré. Il est difficile 
d'élablit' des relalions commerciales avec ces dernières 
tribus, tant à cause de leurs continuelles hostilités 
avec les riverains du fleuve que parce que ce canal, 
appelé Modj par les Kyks el Louri par les Bary, cesse 
d'être navigable depuis le mois de janvier. 

Fayal, dit Balo (forêt), Clianibtl par les marins, est 
le premier endroit où l'on puisse prendre terre chei 
les Kjks ; c'est aussi un des postes les plus importants 
pour le commerce de l'ivoire. L'expédition turque y 
a ramassé l'année précédente quarante-quatre dents 
d'élépbanl, c'est-à-dire le tiers de son produit. Les gen: 
que j'y ui laissés l'an passé m'en ont acheté une ceoi 
taine de quintaux. 

J'ai observé que les terrains marécageux qui se troi 
vent entre les frontières sud desCUelougs el le 6* degré 
de latitude nord tendent à s'eshausser. Le lac Non, 
qui, en 18/iâ> avait une lieue carrée, a presque disparu 
en 1851. J'ai vu une lie couverte de hambaidj là où 
nous avions jeté l'ancre en IShk- Le marais que j'ai 
traversé à Bonîga pour me rendre à Outeb au mois 
de janvier i&hà, était presque entièrement sec au 
20 décembre 185L S'il est vrai que la crue du Nil 
n'est pas toujours égale, il n'en est pas moins certain 
que les joncs et autres plantes dont ces marais sont 
couverts, joints au limon que le fleuve entratoe, doi- 
vent avec le temps élever les rives et créer, comme en 
Kgypte, des barrières au iNil. De Bonign à Aderak, 






Aderak^ j 



( 381 ) 
on rencontre de temps en temps des villages assis 
sur des terrains élevés et entourés de marais; ces 
villages sont ceux des Kyks, desTuits et des Eliales. 

Vers le 6° degré de latitude nord, commencent le 
pays el la langue desChîrs, cliez lesquels nous prenons 
des drogmans. Ce peuple est un des plus favorisés 
que nous ayons vus sous le rapport du sol qu'il oc- 
cupe. Il est renfermé dans un groupe d'îles de huit à 
neuf lieues de largeur et de trente lieues environ do 
longueur. Plusieurs de ces lies sont couvertes de bons 
pâturages; d'autres, de dourah,de sésame, de pois, de 
haricots, de couines, etc. Le fleuve semble s'être 
multiplié pour les rendre les plus fertiles du monde; 
il ne faudrait que quelques travaux d'irrigation pour 
les rendre tout à fait productives. 

Au deU dos Cliirs est la grande tribu des Berryi 
jusque vers le 3' degré de latitude nord; Bélénia, 
situé à cinq ou six Iieures au nord de l'Ile Jonfu, vers 
le 4° degré de latitude ( terme de l'expédition de 
M. d'Arnaud], est la capitale d'un des principaux dis- 
tricts de cette tribu. 

Celte ville est située à quatre ou cinq heures de la 
rive droite, sur laquelle sont espacés les villages de la 
fraction Mardjou, voisins de peuplades riches en ivoire. 



Cet endroit est devenu le centre d'un 




:e qui 



s'agrandit chaque année, grâce à l'active assistance 
d'un ami influent que j'y ai fait dans mon premier 
voyage en iSàh. 

Voyant que le peu de durée de la saison sèche ne 
nous permettait pas un assez long séjour pour établir 
des relations avec les tribus plus ou moins rappro- 
chées d'où les Bnry tiraient l'ivoire qu'ils nous ven- 




( m ) 

daient, j'ei cherché ù nie procurer chez ces demie 
d«s amis influents, acûrs et iuléressés qui puisseol 
Qous fieriir ou d'inlerniédiaircs ou de courtiers atee 
les peuplailtîfl ilo l'intérieur, ou de protecteurs iiléfi 
pour les gens que je pourrais laisser continuer 
achats jusqu'au retour de mes harques, 

Niguello, le frère du loi do Kélénia, me parut avoir 
les qualités que je désirais pour mes projets; il deviol 
nios coramenâal et mon cicérone. Notre TaiiûliarU] 
devint si intime, il piil-lutil de plaisir à nés f^oi 
«ions, qu'au lieu de m'ofTiirlhospilulilé ilmedei 
la mieane. Après s'èlie assuré que lua barqui 
jKHiit une maison déLacliÉe <te la rive par l'inoadalion 
«i entraînée par le fleuve, mais bien un bâtiment de 
hois auquel nous avions donné des ailes pour le tairc 
aller où noitâ voulions, il vint s'y étalitir avec deui de 
ses femmes, quelques domes^ques et ne voulut ^i 
ie quiuer. u Je me fie i'i voua, me disbiit-U, je 'f«ax 
1« pa}'s qui produit les Truits et kg boissons que foi 
ui'ovez fuit coûter, Its ètotFes et les objets que j'ai 
mirés chez vous et qui prouvent que vous êtes -des 
geiis bii'o Hipé<'ieui-& à inous, qui ne savons rien pro- 
duire de pareil; vous ine duonerez de tovt, et je 
retiendrai dans luoa pays ricLe et puissant, avec vous 
si vous voulei, ou uvec leti gens que vous me Jounerec, 
^uiacUelerde l'ivoire. «Ces propositions élaieot trop 
l'avoraJjJeii à mesdesseins poiir les ret'ustr. J'emmeaû 
Niguello clans l'espérance qu'd me jendrait bieni 
l'hospitalité que je lui donnais. 

C'est à ce voyage de Niguello que nous àe\i 
d'avoir pu faire l'essai du premier établissement de 
cwuuierce et d'établir ujie uiâsion calUoUque à Guaor 



iToir J 



I de 

M 

lai-^^ 

4es 
wo- 
t je 
rous 

re*, 
trop 
iaû. 1 

de 

1 



<Mu>r9« Aaéua autre que Nîgue^lo a'e^imiilû jpfegim^V. 
ea ftS&l« Bqia Àogçlo, à cau&è <i0s préjugé^ ffoe toei^ 
SMVïigeft'ûOt contre les blanCs» qu'iris vegaiHieaicoijQqAe^ 
ées vsarcters« Goihlouk, chef de Ferkliat» Im reffurâ 
ytiospHaliié sous'prélexte qae la graine que les Torca 
Im avaient donnée avait tué la semenoe indâgène avec 
laquelle il avait été semé : de là ils attribiKnent leur 
mwxfSÀM récolte à nos inaléfices* 

Bélèmia a été presque toujours le terme des •elspé** 
dkioas turques jusqu'en 18&0. M. d*Jiir«aiKl, dont jm 
sum la oarte, n'aguèce dépassé 4'tle de Jsarfu'OuGAibai 
A°&0' delatitude, àcinq ousixheures au suddeBéiénia* 
Dom Ignalio Knoblecher, qui» en 18i!ï8, a fait avec ma 
barque un voyage qui a élé publié, a été jusqu'à la 
montagne deXoaouak, qu iQpIaoe sous le Â* degré de 
latitude nord. Au delà de cette montagne, on ren- 
contre de nou-velles cataractes. Le fleuve s'élargit àur 
un plateau parsemé d'écneils, et l'eau manque souvent 
aux barques les plus légères, qui touchent à chaque 
instant. Il fait ensuite un coude de dôme beurres à 
l'ouest-sud-ouest. Sur la rive droite, sont les derniers 
villages des Bary , et sur la gauche ceux des Ouanguarah. 
M. Ulivi a fait one partie de cette route sur un bateau 
portant huit rameurjs. Arrivé au village Crarho^ dont 
les maisons simt bâties déterre ettxmvertesde chaunàe, 
il a été arrêté par une cataracte qu^il n'a pu franchir. 
Cette cataracte e5t fotmëe par une lisière dérochera 
entre lesquels le Nil s'échappe en écumant. Quelques- 
uns de ces rochers forment des Ilots -couverts de joncs. 
Ils sont dominés par une haute montagne boisée d'où 
l'œil peut suivre les sinuosités que fait le Nil à travers 
le pays accidenté et souvent {ôtHàueBique que présente 



( 38A ) 

rhorizon. Tantôt on le voit disparaître derrière une 
montagne, dont il semble même la base , tantôt il se 
dessine comme un ruban bleu entre les villages et les 
forêts échelonnées sur ses rives. Cette cataracte» que 
je suppose sous le 3' degré de latitude nord» ne pour- 
rait être passée qu'à l'époque des crues; mais on 
serait alors obligé, à cause des vents du sud, de re- 
morquer les barques, et l'on serait sans cesse exposé 
aux flèches des riverains et aux ouragans qui régnent 
dans cette saison. De cette cataracte, le Nil cbule au 
8ud*est. Sur ses deux rives sont les nombreux villages 
des Makedo. 



Itinéraire. 

Sur les deux rives sont les nombreux villages des 
Makedo , pendant deux jours 

La plupart de leurs maisons sont bâties de terre, 
ou de briques crues, comme celles du Seiinâr. Cette 
tribu, que je suppose Gaila, n'a plus Tusage de s'ar- 
racher les dents incisives de la mâchoire inférieure 
comme les riverains du nord. 

Viennent ensuite les Merouli^sur la rive droite, et les 
Coucans, sur la rive gauche t • . 

Après les Merouli, sontles Lougoufi, sur la rive droite, 
et les Modi, sur la gauche 

Chez ce peuple, le fleuve est tellement resserré entre 
les montagnes, qu'on le traverse sur un tronc d'arbre 
jeté sur les deux rives 

Plus au sud, sont les Bido; à Test de cette tribu, 
sont les sauvages Fadjelou et les Chiocco, chez les- 
quels les Ruenda et les Bary se rencontrent pour 
acheter de l'ivoire, les premiers pour les marchands 
étrangers qui viennent chez eux des côtes de l'Océan, 
et les seconds pour nous. 

De Laka, un des derniers villages Bido, à Robenga, 
capitale des Kuenda 

De Robenga aux montagnes Kombirat 



Total des Makedo aux montagnes du 
Kombirat » 



jMTiJet. 



3 



DirtctioD. 



8ud*est. 
sud. 



I sud-esC. 



sud. 



la 



ri 
I 



( S85 ) 
Ainsi, le voyage des Makedo aux moiiEagnes du Koin- 
âral est de douze journées, en comptant dix heures ou 
lues par jour avec les contours que fait le fleuve. Le 
pays situé à l'est du fleuve est coupé et traversé par des 
montagnes dont la plupart portent le nom Acs tribus 
qui les habitenl, comme les Lynia, les Kayac, wîsins 
des Bary, les Fadklou, les Laourdi, plus au sud. De 
Robenga on voit se dessiner au sud, dans un horizon de 
deux jours, les hautes montagnes de Kombirat, que je 
■appose au moins sous J'équaleur.De leur flanc oriental 
llescendent deux torrenla qui viennent se réunir à Lo- 
Itaya, situé à une journée sud de Rohenga. Au delà de 
celle jonction, la troisième branche n'est plus qu'une 
petite rivière, un btas qui, au dire de ces Bary, vien- 
drait d'autres montagnes très élevées existant au delà 
des Fadongo, autre peuple que j'ai rencontré pendant 
quelques journées au sud de Kombirat. Ces Fadongo 
sont olivâtres comme les Kuenda, parlent la môme 
langue et se vêtent comme eux de peaux de mou- 
ton et d'animauK qu'ils chassent. A l'ouest de Fadongo, 
se trouve, au dire des Kuenda, un grand lac d'où sort 
un fleuve dont ils ne connaissent pas le cours. Des 
découvertes éloignées nous apprendront peut-être que 
ce fleuve est celui qui se joint au Misselad, à trois jour- 
nées est du lac Fittry. Plus loin encore, disent-ils, sont 
des blancs ayant des maisons de pierre et paraissant 
avoir une civilisation plus avancée que les autres na- 
ins de l'Alrique centrale... 



Nota, J'avais envoyé ce rapport en Europe, lorsque 
M. Tburburn eut la bonté de me communiquer la 
carte d'un missionnaire anglais établi à Zanzibar. 




{ î8e ) 

Co voyageur. M, Rebmant), d'après i«s ren seigoema 
(liinnÉs ))ar les naturels, il a placé le) sources du Rï) 
aux monts Renia, situés à peu près sous la même 
latitude que les inonlagnes au delà de Failun^o, où, 
d'oprès lesKucndj, je suppose les sources du Nil. Ces 
ronseignemenls me furonl donnés par dotix Banry 
entre autres, (]ue nous avionsenvoyés avec dos présents 
au roi des Kuenda, chez lequel don Aogelo devait se 
readre. _ 



I usages des peuples du. fleuve Blanc. 



- La religion de ces peuples se compose de croyances 
et de superstitions lea plus ridicules, au milieu des- 
quelles ou retrouve des vestiges de traditiuo 6tliio- 
pieaoe, tels qu'il en existe encore cliei divers peuplades 
du Sennâi-. Je ne doule pas que les liaules rives du 
ileuvcfibiic n'aient été connues des habitants de Méroé, 
alors que cette capitale flurissait et que son commerce 
et son influence s'éLcod aient au loin jusque vers le bas- 
sin du Niger. Plusieurs faguîs du Sennâr, comme les 
jongleurs ou kodjours du Nil, ne sont autres que des 
imposteurs accrédités, qui s'attribuent le pouvoir de 
donner ou d'ôter les maléfices, d'empôclier ou de faire 
tomber la pluie. Seliui-cl-Assounti racontait auxiu'sijh 
cle que les gens d'Aloa n'avaient qu'à semer et réL'olter, 
etque les esprits cnvoy<is par lea Iiiéropbantes faisaienl 
le reste du travail |)endijiil la nuit, pourvu qu'on eût 
la précaution de laii^ser dans les cliampa quelques 
vases de merisae (bière). 

Ë» lâÂÔ, il ji eut au pays de tiouleli, appartaoMrf 



J 



( »»') 

à Cherk-Syris-Adian, une é|itd6ii:>ie qui liia en queU 
ques jours plus ite 3 000 personnes. Le fiiguî le plus 
renonioié par sou inRueiice el sos rapports avec les 
esprits, les démons, fut d'abord prié et payé pour les 
conjurer el chasser ceux qui tuaient lanl de inonde; 
puis menacé e( enfin mis à mort; après quoi tous les 
homiBes serlirent n*ec l<?urs lances qu'ils jetaient à 
tort et k liavers diins le vide poui- atteindre les mauvais 
esprits extermina tours. 

Le pays de Gouieh est habité par les anciens éthio- 
piens. La reIig;ion mahométano y est Ir^s peu prati- 
quée. Leur chef est 11- pelil-hls de ce fameux Moiiammed- 
Abou-el-Keili, qui l'ut le maire <lu palais, le Capet des 
derniers rois fainéants du Sennâr. Les kod jours et 1(^1 
roitelets du fleuve Blanc n'ont de l'inQuence qu'autant 
qu'ils sont crus sorciers, et en pouvoir de relonir ou de 
-lettre tomber les pluies. Quand elles retardent, que lei 
Aturagcs commencent à manquer, chaque chef da 
loît lui amener un bœuf on une vache pour 
;nir l'eau du ciel. Si, après cela, le temps reste 
!, on s'assemble pour réclamer de nouveau la pluie; 
■près quni, on leur Fend le ventre, qui, comme l'outre 
Ëole, est cerné contenir les orages. C'est ce qui est 
ivè en 1850 ou roi d'Hyapour,- pays situé entre 
Béiénia et Férichat. Chaba, roi des Itary. fut, en 18â£>. 
obligé de se cacher pour éviter le même soit. 

Dom Angelo fut un jour invilé par les babilanta de 
Bëlénia à les accompat-ner chez leur roi Choba pour 
demander la pluie. Comme saint l'aul, il se mèlu h 
celte assemblée pour prêcher le Dieu inconnu, le 
Iritable auteur des eaux du ciel. Tous convinrent 
Bs«a raisons, mêoie Cboba comme les autres; si 




( 388 ) 
après soD sermon lu pluie TûL tombée, les con' 



les 



a auraient paa iiiant|ué ; mais le temps resta 
Bary.qui n'avaient plus de lait à donner à leurs enfants, 
retournèrent à leur roi quelques jours après. Celui-ri 
Diit de l'eau diins une cloclielle, que lui atait donnée 
Selîm capitan, le cUei des premières expéditions tur- 
ques, et, la répandant en présence de l'assemblée, il 
prédit l'orage pour le lendemain. Le hasard ayant 
justifié celte prédicttun, doin Angelo perdit sa logique. 
Ainsi, les approches des |)luie3 sont un temps de re- 
cettes et de dangers pour les majestés du fleuve Blanr. 

Les troujieaux sont si nombreux qu'en moins dfr 
deux mois tout est broulé ou foulé aux pieds des vncbi 
D'ailleurs ces berbes, que le soleil brûle en moins dtt' 
quinr.u jours, appartiennent en général à la famille 
des j<incs et sont peu nourrissantes. Au mois de mars, 
les bestiaux dépérissent et ne donnent plus le lait dont 
ces pasteurs font leur principale nourriture. Les LœuTs 
sont leur unique richesse; celui qui n'a pas assez de 
vaches pour nourrir une famille, ne peut se marier, 
ni prendre la parole dans les assemblées: c'est un 
paria. Nos conleries mêmes sont très estimées, moins 
comme ornement, que comme moyen d'acquérir ces 
précieux animaux. 

Les jongleurs ou kodjours annoncent encore l'avenii 
au moyen de cinq jetons qu'ils jettent 
manière dont ceux-ci tombent décide du sort du con- 
sultant, qui doit toujours donner une oETrande propor 
tionoée à l'importance de sa consultation. Un de ces 
kodjours était parvenu à faire croire aux Éliabs qu'il 
était moitié de fer, conséquemment invulnérable 
ce moyen il s'était fait un grand parti. Les bœufs 









( 389 ) 
lea coQSullanU lui arrivaient de quatre à cinq journées 
à la ronde. Malbeur à celui qui aurait paru douter de 
ses prédictionsl Comme il commençait à être redou- 
table aux expéditions turques, contre lesquelles il prê- 
chait et ameutait son peuple, des cLefs turcs le Tirent 
tuer par surprise. Oo avait beau montrer sa léte aux 
Ëliabs assemblés, ils ne revinrent de leur stupidité 
que lorsqu'ils furent infectés par son cadavre, qu'ils 
s'attendaient à voir ressusciter d'un moment à l'autre. 
On a évalué à plus de deux mille les bœufs que cet 
imposteur avait extorqués et qui furent repris par ses 
dupes. Maintenant, il y a à Dim un autre de ces jon- 
gleurs, qui se tient éloigné de nos barques, et prêche à 
ses compatriotes qu'ils deviendront nos esclaves s'ils 
continuent de nous apporter de l'ivoire. 

Les fiary et les autres peuplades du fleuve Blanc, 

croient simplement à un être supérieur invisible, dont 

I ils font descendre les esprits intermédiaires qui inspi- 

* renl leurs jongleurs. Dans les premières années de 

notre apparition, ils nous donnaient la même origine. 

Lorsque dom Angelo leur faisait connaître leurs 
erreurs, et les prêchait, ils l'écoutaient avec beaucoup 
d'attention et d'intérêt. Ils semblaient désireux d'ap- 
prendre des choses dont on ne leur avait jamais parlé. 
Je crois qu'il est plus faciLe de convertir, quant aux 
dogmes, les enfants de la nature qui n'ont aucune 
croyance établie, que d'autres dont les erreurs sont 
étayées sur des apparences de raison. La plus grande 
difficulté serait de leur faire changer de mœurs. 

Ils croient à la mélcmpsy chose et à la résurrection, 
non pour une autre vie, mais pour reparaître dans ce 
monde aux mêmes conditions qu'auparavant. Laoulos, 



L 



vni. DÉCKUBAE. El. 



26 



< MtO ) 
fr*r\t An mi I.Rjiotin , que M. d'ArriaiHl b (?onna, 
o<U'l« (l« Cbaba, m'a rnconlé que In vue des premiera 
bliincs no les avait tant effrayés que parce qu'ils le^ 
nvaitnt pris pour les geii» de celle coruvane Hu Zan- 
xibar on )ps Adels. nni i 



. par 



lai^nl. Ions Iph deuK oti Irois 
■ lerie. acbeicr He l'ivitire cliei eus, l'( qu'ils 
aynienl masancrés pendant la nuit, il j avait environ 
«oixnnle-dts ans. Ils s'éiaient imaginé qae ees reve- 
nants 110 manqueraient png dp se ven(»er. Qnsnd ils 
tuent quelque lion qui « dévoré l'un d'entre enx, ih 
rninsif^sent du bois pour )e brûfer jusqu'à ce <jn'il aoit 
j'èdail en cendre; ils jettent celle cendre du Teni, alin, 
disent-ils, que la victViBe ne resauscile pas avec les 
reriBM tin monstre autpnel il a servi de proie. 

Après les tueries que les premières espédiliuns Mil 
faites, on Tenait souvent prier les hhiniîs 'ïe reB<usrilei' 
les morts el de guérir les blessés. 

Les délibérations, les jugeinenls, se («nt ordinaire- 
ment défont leurs villages à l'ombre d'un arbre. Tout 
le monde peut y assister el lionner lia voii; mais le* 
cliel's et le» ritbcs dits montés, que l'on recoiuMit à 
leur bâton foDn.'bu , peuvent seuls pérorer. Comme 
to»l se ilécide à la ptumlilé des voix, les înlluenii sort 
ceiiii qui parlent le mieux ou liisposent de plus 6e 
partisans. Les rois ou chefs eux-mêmes sont obligés 
de se soumettre ù ces fiécisions. S'ils l'emportent 
queiquefois, ce n'est que lorsqu'ils peuveol faire crain- 
dre d'arrêter la pluie. 

lin habitant de Uélénia vînt un jour se réfugier 
(kns ma barque au moment où s'y trouvaient Niguello 
et Chobo. Il était accusé por les Mardjous, près des- 
quels noua nous trouvions, d« leur avoir volé 



oes I 



(9M) 

Miches^ et î)t Youhrîeut sa mmu Le conseil s'essMiblâ 
fHwàê Botre cemp; 1 accusé était libre au miKea d« 
«es-eoneom ci de ses juges. J'observai se» impresiionê 
de cmifle ei d'espérance, selon que lee nmrmorei ou 
4'e8senlîi|ieiil des assistants couvraient la parole de ses 
iÉconsaleora oa celles de Niguello et de €lioba tfui le 
tééSandaieiil^ Malgré Tabeence des preuves et Télo** 
4|iienoe de «es avocats, ses ennemis lemporlèi'ent^ Ce 
4ûi à -la tin âmb to/ie crucifige général» auquel Niguello 
viposta, poisr dernière ressource, par la menace de 
^sire brûler leurs villages par mee barques Vils esé* 
^cidaîenA leur sentence. A ee ^m ego l'asseutblée m 
tdispe/sa en murmurant. L'atrciisé re?tnl dans ma bar- 
i)ae aà il fut respecté tout le temps qu'il y den>eura; 
mm èyaot voulu se rendre dans son village quelques 
|oofs après^ pendant la. nuit, îl fut tué sur la route; 
U avofti été 4pié, et la sentence devait svoif son eié*- 
dilution» Ces nègrra ne tuent jamais dans leurs villagesi, 
4 couse de leur croyance que le saug i^paudu rendt^U 
stériles les femmes qui le verraient et qu'il porterait 
malbeur é leurs enfants. Les exécutions ou les asâas- 
Mlals se font ordinairement sur la route ou dans la 
forêt. Pour celte raison, je conseillerai aui eopécltticms 
de faire aulunt que ipoSsible leurs éciionges dans les 
villogesy et de se méfier de ceus qui veulent foire 
amèter les barques sur les rives désertes. 

Les Bi^ry prennent autant de femmes qu'ils es pou- 
vent acheter; elles coûtent de dix é cinquante vaebes, 
selon leur beauté et ieur rang. EUcs deviennent une 
propriété do^i^t ks iits bérilent et ipeUvent jouir à 'k 
mort 'de leur përe. Leurs 4»ères seules i^^^t oxcepiées. 
Plus on en a, plus on est respecté ^o« ^e ^)eut 4ire 



( 392) 
iiioniè (bourgeois) ù imiîns li'en avoir deux ou tn 
Elles sont un moyen de puissance, car les jtarents 
viennent ordinairemenl les clicnls un partisans 
leurs é]J0ux. Elles restent jusqu'à leurs premières coi 
ches dans la maison paternelle, qui est obligée de les 
nourrir, uinsî que le mari, chaque fois qu'il lui plaît 
(le les visiter. Loin d'être jalouses, ces femmes peuvent 
vivre sous le même toil on parfaite harmonie; mais, 
en revanche, elles sont peu fidèles. Malgré cela, les 
Bary les maltraitent rarement, pour ne pas indisposer 
les parents. Klles font le service de la maison et des 
cbaiiips ; les hommes sèment seulement, et leur aban- 
-donnent le travail du sarclage et de la récolte. Quand 
une fille est enceinte, ou la force à dénoncer son sé- 
ducteur, qui est obligé de l'épouser, s'il veut échapper 
à la vengeance des parents. Les accords faits, les céré- 
monies du mariage consistent k sacrifier quelques 
bœufs dont les assistants se régalent. Une partie de la 
dot que fait le mari est distribuée aux parents de 
l'épousée. 

Dernièrement on a tué à Bélénia un séducteur qui 
s'était trouvé dans l'impossibilité de fournir les vaches 
exigées pour la dot de son amante. 

Lorsque quelqu'un meurt, on l'enterre 
dans un trou creusé devant la porte de sa demeure. ~ 
Après cela ses parents et ses amis viennent fouler et 
durcir de leurs pieds la terre qui le recouvre, en di- 
sant dio, (lia, SUC un ton lamentable. Quand celte lerce 
est bien durcie, on tue quelques bœufs dont on se 
régale et tout le monde se retire. Les pêcheurs 
et kyks enveloppent leurs morts dans une natte 
jettent au tleuve. 



is vacbes 



( 393 ) 

Tous ces peuples aiment la danse, roîsîvclé, les 
amusements et la merisse , espèce de bière faite du 
dourah fermenté. Leurs danses ne sont autres que 
des sauts et des gambades qu'ils font la nuit devant 
de grands feux, au son des tambours. Outre les danses 
journalières, ils ont des fêtes générales appelées Am, 
où se réunissent quelquefois sept à huit mille per- 
sonnes. On les fait annoncer plusieurs jours à l'avance, 
afin de donner aux habitants des villages éloignés le 
temps de s'y rendre. Elles durent trois jours; ce sont 
de véritables saturnales, pendant lesquelles les deux 
sexes jouissent d'une entière liberté. Un jaloux, du 
reste, perdrait sa peine au milieu de cette foule où 
tout saute, se croise, s'évite, se cherche et va se cacher 
dans les champs voisins. Ces fêtes se renouvellent plu- 
sieurs fois dans l'année, aux premières pluies, alors 
que les vaches reviennent au village après avoir con- 
sommé les pâturages des forêts. On les fait annoncer 
quelquefois aussi pour rappeler les hommes à la guerre 
qui se décide le dernier jour. Ces fêtes ou plutôt ces 
danses commencent vers le coucher du soleil et finis- 
sent à son lever. 

Les Bary, comme la plupart des riverains que j'ai 
connus, sont en général faux, haineux et querelleurs; 
esclaves de leurs appétits, sans frein, sans lois, ils se 
laissent aller à tous les excès. La moindre querelle se 
termine souvent par des coups de lance qui amènent 
quelquefois des guerres. Dom Angelo a observé qu'il 
en mourait plus de mort violente que de maladies. 
Mais avec ces défauts ils ont une bonne qualité qui 
donne à espérer d'eux : ils sont aussi prompts à se 
rendre aux bonnes raisons qu'à se mettre en colère; 



( »»» ) 

de Curieux qu'ils élaient, je les ni «us devenir douxTj 
coinma de» D^n«Dus, après ({uel'iuon iinroles d« dom 
Aiigelo : a C'est vrai, vous uïpï ruison. » disoienl-ils, et 
loul i^luit fini. Penilnnt &011 si'juur ù Béléiûit, ii a eni- 
pèclié beaucou|iiHe meuilie» ehfti Ruerres; ils n'avaient 
jamais éliî ausi.i tranquilles qu'alors, Apri>s son départ, 
li^» Bnry, les Lyria et les Luknia *e sont lue S2 per- 
sonnes cl lirûlé plusieurs calianes. ()e inîssioanai 
s'esl lail patnii eux phiMeurs discijiles qui i'ai:cD 
pagoaienl pai'laul, servaient & lui rondre pro|))ces 
pupulatinns qu'il visitait, el faisBient connaître li) difTj 
rence qu'il y a entre nos itoctiinesetlcui'ssuporsliliaMT 
Tous ces peuples vont nus, à l'esijeplton desTenioius 
mariées qui couvrcnl leur pudeur avL-c des jieaui de 
moulDn. Les filles des CLirs el des Bary seules por- 
tent d'élé^anls pannes lissus avec des lils d'ik:oi'CO et 
larges de quatre dutgls. Ils ne cuunaisseut que deux 
disons, celle des pluies et l'été. Celui-ci correspond 
à nuire liiver ; c'est aussi le temps des plus fortes cba- 
Ifiurs, quelqtiel'uis tcmpi-Vées par les lirises du iKTd, 
qui rt^gnent dans cette snisan. Les nuits y sont lialuhes 
n cnusc de l'élévation du terrain, et le sommeil peut 
réparer los pertes qu'on a faites le joui'. I^cs pluies 
coniuicncentàlaGn de mars et finissenttv oovejnbre. 
Pcndunl celte saison, l'air est ral'ralcbî par des veots 
fiais et humides et par les nuages qui voilenL souvent 
le soleil. Les premiers orales surtout soQl accumpa^ 
gncs de tonnerres effrayants; ils duruQt suuveot 
jours de suile. Lbumidiié qui régne â cette ép 
cause quelques fièvres liitermittenLcs, mais peu 
gereuses. J'ai trouvé tous mes ^en^ rétaliUs et 
poEtaots. 



tire 



I M» ) 

Lesbydi'UBèleSi.lQtlrH^iuieatt. les plaies aux jamijes, 
s'y moiilreat awi&ii uihis ces ataJuiii'^a sout daes à 
rijabitudc des naturels lI« jUMcher nue dams les ItT- 
reine mnri.V'agei]|^ Leur viinieur, Il beouté de leat* 
feiuEii^E, le grand nombre de leurs vieilliu-ds, sont hiw 
{ireuve d« la aaiubrilé dti pays, Mirtoul au deià du 
(■•degré d« Ulitdde aoié- 

Ces gens ne imiDgent oi^diiiaireiNeiu qu'uae l'oia ie 
iour. versJe coucber du soleil; leur i>i-ii>atp»le ntmr- 
rilurc est le laU et ia inertsae (bière) ; puis l« dourah. 
qu'ils m&ngetit ea l/ouillie, ou en forains cuîu i l'eBu. 
La viande c»t pour eus un ri^^jil qu'ils ne reiicofUranl 
^d [latis les Xéles, les »itcivCces, H <|uiind il meust 
quelque animal. Ils (inl aussi des barieots. des poison 
Riiâaiiie, des eourg''» et du laJjac qu'ils ttiUivoiU tuv 
les b(u<ds du iVil ou dans les lies. Lei ïvt'étt, letir Cumi* 
QÎsMiit auibi quelques supplèuieata, couiiiie des ta- 
rions, dvs rr«ile gauvaf;eA. de& ebaiii|Mgnoiis et du uû«l 
en quantité. 

Ils uBldea lui-^rous esaez babîlea, qui t'ubriquâut 
des lances, de^ llécbes, div«rB ustensiles du sac- 
cJ«^e, ete. Leius niennisiiei-s l'ont de pelilee cbajs«s «{ 
éen alatuetiaft gias&ières. Ces artisans sonit {le.ii «ali- 
més. CoBimc Jes liveruns qui se nouinssrnt de pois- 
sons, ils portent te nom de ianiHouU, qu'un vacber ou 
propriétaire regardciait comme nue insulte, PItis Ha- 
voriâéis que lc«iaulre3|ieuf»ladei du nurd,l«s Barjr oui 
lia l'esoeiéent Bel dont ils Re ouiuiaiasent (UU iwte 
i'alililé. 

Le« pays am delà d» 7* ile^È de latiluiJe nord «ont 
aondeslés et couverts de tbrfets de lama ri nie rs, d'i^^liks, 
d'ébènier« et d«s plus Ix^Ues varlélés d'acacia». Cm 




( 396 ) 

arbres, toujours verts , sont entremêlés de laurierî 
roses portant des grappes de fleurs les plus variées et 
les plus agréables à voir. Ils forment des jardins na- 
turels, qui ri'panclenl une ombre Tralche sur un sol 
que la nature s'<:st plu n embellir. Les lauriers roses 
ont ici les dimensions de nos |ilus beaus cerisiers. Les 
villages des Barj' et des OuanguaraJi sont tantôt étagé^i 
sur le flanc des montagnes qui leur servent de retraite 
contre l'ennemi, et tantôt groupés ou dispersés au 
milieu des riches forêts qui les ombragent. 

Les montagnes du sud des Bary donnent du crislal, 
du fer en abondance et un peu de cuivre; ellea 
fourniraient h un minéralogiste un champ d'études 
aussi intéressantes qu'utiles. 

Les Nouers ne reconnaissent qu'un seul Dieu, qu'ils 
appellent Nav. Leur prêtre, appelé Doua, est une 
espèce de Dalai-Lama, pour lequel ils ont une vénéra- 
tion voisine du culte. Ils le croient immortel et exempt 
des servitudes inhérentes à la nature humaine, comme 
du besoin de manger. Sa mort est soigneusement 
cachée par ses disciples, duntle plus âgé le remplace. 
Sa demeure est entourée de palissades, et inaccessible 
il tout autre qu'à ses disciples et aux Djink, rois ou 
chefs guerriers. En voyage, on le transporte sur un 
brancard de feuillages. Rîen ne se fait dans la tribu 
sans qu'il soit consulté. II passe, disent-ils, sa vie en 
communication avec les esprits qui dominent ce monde, 
et enseigne à ses disciples l'art de la divination et la 
médecine au moyen des simples. Quand la guerre est 
résolue, il envoie quelques disciples maudire les en- 
nemis. Ces Balaom jettent ensuite trois dards au delA 
des frontières où ils veulent porter la guerre. 



J 



(8»7) 

^ Ils jeûnent pendant le mois d'ouicb, qui correspond 
au solstice d*hiver ; ils ne mangent rien alors depuis 
le lever dusoleil jusqu'à son coucher» mais ils boivent 
pendant ce carême. Ils s'abstiennent aussi de la viande, 
du lait, et ne mangent que du poisson et des fruits 
sauvages. Les premiers jours du mois qui suit ce jeûne, 
ik ont des fêtes et des réjouissances générales. 

Quand leur chef meurt, c'est le dernier de seà 
enfants qui lui succède. 

On coupe le cou aux voleurs. L'assassin est à la 
merci des parents du mort. Us ont le droit d'exiger 
de lui autant de vaches qu'il a de doigts aux pieds et 
aux mains. Les vieilles femmes et les vierges suivent 
les hommes à la guerre pour les encourager. Le roi 
et les siens restent ordinairement derrière les rangs 
pourles exciteret pour tuer» dit-on, ceux qui lâcheraient 
pied. Le roi prélève une part du butin fait sur l'en- 
nemi ; le reste est partagé entre les combattants. Quand 
une fille est enceinte, on la relègue hors du camp ou 
du village avec les prostituées, mais les parents adoptent 
les enfants pour garder les bestiaux. 



(m ) 

^nMyit^9 Rapportfi, Cik truite d'on- 
irrageH^ Mélanges ^ etc. 



V ' n m m^fWT'^'^i'' 



CANALISATION DE I/ISTHME DE SOTZ. 

EXTRAIT v'pm hwiTw m^ m^^v^M^ 4 m, Àfmmf- 



'»■<*■ 



Le Caire ^ le 3Q novembre i85^., . 

*ifrès honoré Monsîeuir Joîiiard , 

. Je. ne veux |)as laisser parlir le courrier 4'auiourd*hui 
^^ns v^us écrire,, quoique le temps presse, Il yient d^ 
%ç jpî^ss^j: qn.^ chose, trop imporlanjte pour le mo^qde 
^U^kKU irw ipiéfie^s^nt^. pour vous oui affeclipnnez 
ImtJ'EgîP*^ ^^ pour nj.pi sidésirée^ î^e je regarde- 
r^is. oqiDijp.e iinje fauled^ nç pa$ ypvis en. infoji^aver lé 
pj:ewiçr. ^ "^^^ 

• M. F<erdinand de Lesseps^ ai^cien consul en Ègvpi^ 
et ministre de France en Eî|pa^ne^ vient d'êlrç autoris^ 
par S. A. le vice-roi à former une compagnie euro- 
péenne pour la canalisation de l'isthme de Suez... 

Signé : Linant-Bey. 

Une noie sur la détermination précédente est arrivée 
fi Paris en même temps que la lettre de Linant-Bey ; 
en voici un extrait : 

La grande œuvre qui depuis des milliers d'années 
a été le rêve des souverains de TÉgypte, et plus tard 
de toute TEurope, ce rêve, qui, à quelques époques, 
a eu de faibles réalités, va enGn , nous pouvons Tes- 



Son AUe^e le vice-^roi il*ÉgypU| cWchauJt A ir^dr^ 
som règae remarquable par la prospérité qu.'U fwt( 
denaer aux belles conlré^s qu'il gouvera^v a peu^ 
qiia le percement de Tislboie de Suej^» e]t une oQqunil- 
nicalioa établie pour le^ gr^vidi nau'ires oatri^ la in^. 
Rouge et la MéditeiTaaée, pouvait, Uh^ en pj^^^uraiMi 
à i'Éfi^pte de grande avenlages pécuuoîr^a, 1^ WfiU^f^ 
2ivuu», envejw l'Europe et le monde ei^tii^» d^v^ viaf» 
ptfljkmi oi loutes les pn^issanoes si^foot i»liivej^9^. k, 
Ift conserver dans son éèat le plus parEait de U^anqi^iU, 
liihé : eile a peinsé au^i que eeite grande couvre serait 
d'un résultat immense pour les puissances earo.? 
péeanes, pvîeqae cette cooiMàiunicaJLÂon abrégerait de> 
plusÂtuiv milbers àe milles les distances pi^rcaurueft. 
a^ijourd'hui. Persuadé qu.'ià œiie époque jl^ rivalit^^ 
mesquines et déplorabkîs qi4 0^ ejti^té .autrefoÎ4i f^ 
qui etijoiird'bMÎ «disparaisseni par TaJUiaoce fpeJl^be; 
e«isiM»â entre l'AngUlerre et JLa France* dioot îles intéK 
rMs coiQmuiii dmieiBiaieni furetque identiques^ pe»^) 
sua4é» dis«>îe«. de ces prîneipis^ le vîce^roi Said»P%$^ 
vieni àe donDer & 11. Feodîaan^ <de Lesaeps, soa mm^ 
d«fMftis de k»guefl fuiaèes et asa héte aeiuetb^ dm^ 
pleins pouimra peur eensWoer une eoe^pt^^ie «usi-i 
etf^eilevCyMif) posée deecapâlaUsies<de toutes les iMOftiNMv' 
à laquelle sera concédée la eooiiBUii^îciMlÉQro des ^^mft 
mers et au moyen d'un canal direct avec tous les tra- 
vaux qui en dépendent. 

Cette grande œuvre à laquelle, depuis soixante an- 
nées surtout, on a tant travaillé, va donc immédiate- 
ment avoir un commencement d'exécution. 



< ftM ) 
M. (leLesseps voulant pouvoir, Bavnmmeiit et 
connaissance de cause, faire discuter tout ce qaî- 
rapport â cette immense entreprise, va partir pi 
l'isthme avec Linnnl-Bey, diiecteur général 
travaux publics et des ponts et chaussées en Égypl 
l.inant-Bey, depuis trente années, étudi 
f^randc question; ses mémoires, ses projets, tous ses 
travaux sont connus et ont été même la base de la For- 
mation de plusieurs sociétés ayant rapport à l'isthme 
de Suez et aux communications à y établir. En 1B63, 
il a encore fait dans celle porlie d'importants travaux, 
et nous pouvons dire que, plus que tout autre, il est 
fi même, par les travaux qu'il a entrepris et exécutés, 
par les études sérieuses qu'il a faites sur l'isthme, et 
enfin par les documents que personne autre ne p< 
sédo, de diriger celte grande entreprise; aussi M. 
Lesseps l'a-t-il choisi pour la conduite de cette ceuvi 
en Egypte, et S. A. Saîd-Pacha l'a nommé son com- 
missaire ingénieur pour celte immense entreprise. 
MM. de Lesseps et Linant, agissant avec la loyauté de 
caractère qu'on leur connaît, désirant autant que pos- 
sible s'entourer des personnes dont les lumières peu- 
vent aider à la grande œuvre dont ils sont chargés, 
ont prié S. A. de vouloir bien leur adjoindre pour 
l'excursion prochaine dans l'isthme, Mougel-Bey , 
directeur des barrages du Nil, et dont ta capacité est 
UDiversellement reconnue. 






(401 ) 

EXTRAIT 

ft'vMB LKTTRK ADRESSÉE OU CAIRE A M. JOIIARB 

»AR M. LE COMTE d'eSGAYRAG DE LAUTURR, MEMBRE Ï>A 

LA SOGlàTé. 



26 novembre 1854. 

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
in'écrire dernièrement au sujet de la latitude de Tom* 
boctou» devinée depuis longtemps par vous, et sou-* 
tenue récemment par moi , en me basant sur des 
indications climatériques. Vous me faites l'honneur 
de me demander les nouvelles géographiques qui nous 
parviennent ici. Je m'empresse de vous satisfaire» bien 
que l'en aie, pour le moment, peu à vous signaler. 

J'ai obtenu des renseignements exacts sur la mort 
de Vaudey. En voici le récit d'après les témoins ocu- 
laires. 

Yaudey était parvenu au lieu nommé Olibo» latitude 
à peu près 5 degrés , et s'y était arrêté pour attendre 
une de ses barques qui devait le rejoindre dans la 
journée et qui était montée par le nommé Moham- 
med-Effendiy son associé. Cette barque n'était plus 
qu'à une faible distance de celle de Yaudey, quand 
elle aperçut celle de la mission autrichienne présidée 
par dom Ign. Knoblecher; Mohammcd-Effendi 
voulut faire lé salul d'usage et commanda le feu ; mal- 
heureusement une des armes se trouva chargée à balle 
et un indigène fut tué. sur le rivage. Les indigènes, 
réunis en grand nombre sur ce point, firent pleuvoir 
sur la barque de Mohammed-Effendi une grêle de 



(Mt ) 

flèches; Mohammed y répondit par un feulasses nourri; 
quelques hommes furenl tués de part et d'autre. 

Vêrlidey, ^o^ant la mission attaquée > êeseertàii à 
4erre avec quelques hommes el marcha hafjdio»eiiV A 
l'ennemi. Malheureusement, les indigènes étaient en 
trop grand nombre pour être repoussés facilement, et 
Vaudey ne songea à la retraite que lorsque déjà la 
plupart de ses hommes étaient hors de combat el que 
lui-'hième était atteint t)e plusieurs flèches 1 1*^\ «tors 
qti*ën voulant rejoindre sa barque, il fot atteint 4é 
Coup de la mof t. 

11 me semble que le pocha d'Égypic devrait étabHi* 
sur le Nil quelques postes militaires pour Ift polii^e «t 
la protedton des tiégociants; le soin de sa dignité 
f*exigerai(. Les missionnaires y ont» à Gotkdokoro, M 
établissement; jusqu'à présent ils n'obtiennent tiefi 
des indigènes, qui se jettent sur leurs v^rfot^^'ics >dès 
qu'ils les voient arriver, el les renvoieiYl à edopfe de 
bois de lance quand ils n'en attendent plus rieH^ 

La feioft de Vftudey est regrettable pour la Science; 
^«0iqu'il tte fût pas è mèôie de faire des observations 
%st)ronomiques, Vaudey pouvaift rendre de grands ier- 
Tlces à la géograplue. Je le définirais en disaivt qe^ 
«'était uft homme plus intelligent qu'instruit, pittê 
btava que sage. 

J*ai ni M. Mouchelet, qui était chargé de ta cettstrwo- 
fitrù du palais d'Abbas sur le Sinai; il a détermilifé, 
dafts celte péninsule, quelques altitude^ qui nerataient 
pas encore été, et m'a promis de faire une esquisse 
<m 'Une petite carte, qui, accompagnée d'une notice 
isxplicativiâ, serait une heureuse acquisition pour notre 



( m ) 

m. Aîras, ingénieur français, ijtii a srtritî M. Ihu« 
diekt iàu Sînal, a pris part & cb tra?aiK 

H. le docteur Cnny, qui est de nouveau earoyé 
à Sfoot» ise propose (te publier quelques irensei--' 
gttCttiehls sur (e Dfli-fôur. Je Tai engagé également à 
^dfitet* êa Bàttefê/t, t)tii ne peut que gagner à cea^ CQm*' 
ftttittfealîdtts. 

M. Vayssiëre, négociant français, qui va fepd'rfir 
ttteea^tfthilf^^nt pourle Souda», a e«i Ift cotnpfeisaoeede 
ÎÊ0& ï-eftiellre Utte carie^ dressée pa^ Wh d'une poHHOt^ 
du ftei^ve Blanô. D'après cette cai^te, doiM M. Mariette 
est chargé de vous remettre une tfopte', le fleuve Blatte 
ffr C eU fait 8nr s» rive gauche tfn «ffiuent considémble, 
l^t ir*^ Jetterait par quiaireboucliè», à travers de vaste» 
marécages; la laiilude moyenne est à peu prte 7^ i/3 
(ètinre Antop et Tabac, 6 distai^e ëfçale de ces deux 
p^nts); r«fihient pcnitilt venir du sud. 

II. Vayssière, ain#i ^m tous eeux qui t^monteftl te 
lletiYé Blanc, pl^^ent ks sources de ce fleuve au «ud 
de Téquateur^ J'a4 vu euisî M. le docteur ea philoiou 
phitiletigliin,fkai|^A jMkr S. M. l'empereur d'Autriche, 
d'une mission politique et scientifique dans le Soudan; 
il l'a heureusement accomplie, et rentrera bientôt en 
Europe avec ppe collection con^dérable» de nom- 
breux dessins et un grand nombre d'animaux vivants. 
Il tD*a prtymis d^^nte iMoioMai^ucr iâeiatèl^4A^€irte 
faite par lui des régions occidentales de l'Abyssinie et 
orientales du Sennâr, peu connues et inexactement 
refivéseiilèes josqu^à préseolk 

Il me reste à voua douner uisierdouveUe.pltt^impor^ 
tante que toutes les arulre^s : ii «'s^il d'iMa lait qui dpi^ 
avoir sa page dans rhistoire d« oaoosk^. qui^r^ ^ 



( àOA ) 

mise en action de cette devise : aperiam terrain gentibtui 
M. Ferdinand de Lcsseps, arrivé lécemmeat en Egypte, 
a suivi, d'Alexandrie au Caire, le vice-roi, qui a fait 
atanl-hier son entrée dans celle dernière ville. Pen- 
dant ce voyage, M. de Lcsseps a entretenu le vice-roi 
du projet l'urmé par lui d'entreprendre, au nom et 
aux Trais d'une compagnie, la canalisation de l'isthme 
de Suez. 

Hier dans la matinée , le vice-roi a reçu le corps 
consulaire, et en présence de tous les agents de l'Europe 
(moins le nôtre qui n'est pas encore arrivé, et vient de 
se marier) a prononcé ces paroles ; 

« Je concède le privilège de canalisation de l'islhme 
de Suez à mon ami M. de Lesseps et à mon ingéniei 
Linant-Bey. » 

Le cLvis de M. Linant est à lui seul une garani 
de succès; depuis de longues années il s'occupe sans 
lelÂcUe de celle grande question : c'est à lui qu'il 
iipparlient d'ouvrir au commerce du monde et aux 
triomphes de l'Europe celte voie nouvelle... 

C"' d'Escaybuc de Ladtdrb. 



INTRODUCTION ET ACCLIMATATION 

D'BSPàCBS tITILBS A L'iGBlCULTUftB ET A l'iHDUI 



Le consul général de France à Chang-hai et Mtng- 
po, noire collègue M. de Monligny, a rendu un émï- 
nent service à son pays en nous adressant, il 
quelques années, pour Us répandre sur le territoii 



I 



( A05 ) 



îiand nombre 



plante 



is, les graines ( 
qu'il est possible d'acclimater en France, et, lotit ré- 
cemment, en intioduisant ici doii7.e yoks de la Chine. 
Voiri les preiiiifrs résultats constatés de ces prëciensea 
importations. Le sorgho sucré de la Chine, Ihlcus 
sacrkaratus, a parfaitement réussi aux Iles d'Hyères. 
Semées sur 1 liectare de terrain, et cultivées à la ma- 
nière du mais, les graines ont Tourni 30 000 kilogram- 
mes de cannes, qui, passées aux cylindres, ont donné 
16 000 litres de jus, et par la distillation 800 litres 
d'alcool de la meilleure qualité : l'alcool ainsi obtenu 
marquait de 10 â 12 degrés A Taréomètre; depuis, le 
sirop a cristallisé. 

Dans un autre département, celui du Nord, un fa- 
bricant a obtenu du sucre parfait, qui sera, dit-on , 
incessamment présenté à l'Empereur. Ce précieux 
végétal pourrait donc suppléer la betterave, aujour- 
d'hui frappée de celte sorte d'épidémie qui a attaqué 
la vigne et la pomme de terre. Ce sorgho a encore 
d'autres propriétés : les feuilles séchées donneraient 
un bon fourrage; les racines, ainsi que les bagasses 
(après l 'opération), un bon aliment pour les animaux 
de basse-cour et aussi un bon engrais. Enfin, comme 
céréale, les épis de cette plante fournissent aux Chinois 
une nourriture nbondante. Ain^i, comme s'exprimait 
le maire dos lies d'Hyèrea, le comte de Beaoregard [1), 
président du comice agricole de Toulon , VHolcus 
.incchtiratits peut abreuver et nourrir largement les 
hommes, les animaux et la terre. Te! est le végétal 
^^ dont M. de Montigny a doté la France. 

^^^L ^i) Rapport au comice agricole de Touloa du nioii de navemliru 

^^H^Ur: cette pièce est dépiHPe «ur le bureau, 

^^B Vill. nfiCEMBIlR. 6. 27 



( AOti ) 



. (.I( 



Lpai 



ule. II u «uv 

i/ri des Cliin 



.>^. 



nFnm 

ilei 



U graille d'un igniime, la ivi/" dos i^iliinoiï. 
fournit une abuniUme nouriituie. Celle planl?, qui 
(itiut cuiiiLlei' la (ii^licit 4u'ëpi'iiiiïe uujoui-ti'liui Ih paf^ 
lueiitiùie-, a rouitM ici mèuiu à c« poinL qua, l'anuie 
p^uctitine, on pourra «'«n |n.'ucui'oi- ciiiquaDli^ «uiU« 
pieds. L<i» f^iBiue^ de huit aulrâtt Boiles de plantes. 
Irais (fbpâceK de l'iï, Itoîsdel^giiiues, un niiâs^éant, etc., 
out égulaïutinl été mivoyéi^ piii* liûU« lioDocabU cul- 
lùgue, et uut élë expériiiieutiïes daikS une diMuoioe de 
nus di'i^at'teiiieiitË. Le vïz eec a léiissi eompléleiueut. 
Le uaiUïs'eigiievé àliuit ou neuf pieds, et adoDué jus- 
qu'à liuil épis, cbaciin Iruiu ou quatre fuis plus gros 
qu<; ct-lui de nuire mais. P^cuii \ti légumes, il na csl 
UQ il'uléagiueux, c'csl ud f/t»s qui pruiiuit plus d'buiU 
^U« la aav«no d le culiia d u'eïige paB une aussi buuae 
twre. 

Quelque utiles bt iiiipUrtUQlc^ que Koieot ces iiupor- 
Mtiuus. elles le uèdeul peut-éiie à celle de» duuïe 
jaks : luul ce cju'uu peut cbercher àcoiiualtie uir cet 
MUiMiHux est Ctiiigignédansuii vuIumedeM. Is. Geutfruy 
Saiut-Uilaii'G, don t ou li aille lèli^MusïiiirdeuLqu'éclûirâ 
poui raccUiuaialiuD des tspèi:ea utiles: je me burne- 
vaï à dite que les jaks unt êlé distribués en diUéi-entâs 
luca^tés propices à leur mulliplicutioii ; deus soM pUi- 
eàsùBarceiufiueUe, aux soins du comice agricuie; iroi» 
pi'ès de PtiUlarlier; deux autres à CbainpuguolJe, daas 
le Juiai les animaux sont devenus inagniliquest ua 
jeune yak est né dans le Jura : c'est ie p/eiuierne en 
Eurofje. L'jak pourrait servir au traniiport et aussi d« 
monture. Le lail de l'animal est de 1res bonue qualité. 
Ce n'est pas loul: la laine de l'jak a été tissée à Mul- 



J 



( 407 ) 

hmsQ ; elle ««l très fine,* «Ue y a été jugée^ par les 
meilleurs connaisseurs, comme à la fois raoelleme* 
résistante et brillante. La société d acclimatation <que 
préside M. Is« Geoffroy» son fondateur, commue d^en- 
tourer«e(ie importation de toute sa soilicîliiâe. 

Veîlà les services qu'a cherché à rendre et qu'a déjà 
rendue ^ scn pays , Tbonorable consul de France à 
CI^Ang-li^l et Ning-po, en nous associant é son «Buvre 
d'^mélioFation. C'est un noble rôle qu'a accepté la 
Société de géographie quand elle a consacré un prix à 
la décoiiverte la plus utile à l'agriculture et aux artsk 
Notre collègue continue à nous rendre intermédiaires 
pour ces utiles travaux; c'est par là que la Société, 
sans jamais perdre de vue la voie scientifique, objet 
de son institution, se reeoti^Htiandera de plus en plus 
à Tattenlion publique, toujours portée de préférence 
vers les applications d'économie sociale. 

15 décembre 185A. - Jomaiid. 

P^ S. Nous apprenons que déjà plus de cent mille 
plants du Dioscorea japonica ou Igname-patate existent 
eu ce o^oment à Paris et dans les eiâcvirons; ce seront 
dpiic plusieurs millions qui pourront être livrés à la 
grande culture. Tannée prochaine. 

M. PajUetv horliculteur , rue d'Austerltix-Sainl* 
Alarce), en possède à lui seul environ cinquante miUe 

plants. 

Indépendamment des végétaux ci-dessus looieAlto»- 
néft, nous apprenons que M. Hardy , directeur d«s 
jardins d'acclimatation de l'Algérie « a parfaitement 
acclimaté et cultivé déjà en grand les bambous, cao^ 
phriers ^t d'autres arbres du nord de la Gbiae> dus 



( 408 ) 

aux envois de M. de Montigny, notre consul dans cette 
contrée. 

11 résulte des essais faits par M. Decaisne, membre 
derinstitut,que les ignamf^s, plantés en avril et rames, 
ont produit, les uns, des tubercules pesant 300 gram. 
en moyenne, d'autres, le poids énorme de 1 kil. |; 
en proportion, 1 hectare produirait 60 000 kilogfam. 
Les tubercules des ignames contiennent plus de prin- 
cipes nutritifs que la pomme de terre ; ils se cuisent 
deux fois plus vite ; enfin ils se conservent mieux; ces 
tubercules se maintiennent intacts toute une année, 
sans s'altérer. 



EXTRAIT 

P^UNE LETTRB DU DOGTBPR »fiRR0N A M. iOMARD. 



Alexandrif*, 3 décembre i854« 

J'ai envoyé à Paris des échantillons de moucennah; 
ce nouvel anthelminthique est bien supérieur au kousso. 
Ces échantillons m'avaient été donnés au Caire, il y a 
un an, par le père Sapeto, que vous connaissez. En 
même temps, M. Gastinel, pharmacien du Caire, et 
mon ancien élève préparateur de mes cours à recelé 
de médecine, me donnait quelques échantillons d'anc 
écorce anière qu'on nomme ici quinquina du Faz- 
Oglou j celte dernière écorce a une apparence qui 
rappelle tout de suite l'écorce de quinquina jaune ou 
Calisaya^ fourni par le Cinchona cordifolia; seulement la 



( 409 ) 

cassure du Calisaya esl plus ijbreuse, ce qui porte à 
croire que Técorce du quinquina du Faz-Oglou n*est 
pas d'un véritable quinquina. La décoction cependant 
en est très amère» et, à ce litre, peut remplacer dans 
nombre de circonstances le quinquina thérapeutique, 
ou quinquina rouge. Cette substance n'a encore été 
envoyée en Europe qu'en très petite quantité. 
- Le moucennah est Técorce d'une légumineuse ap« 
pelée aussi en Abyssinie moucennah: c'est le Besennah 
anihehninthica d'Achille Richard [Flora abyssiruca,yoh I, 
p. 263). Le nom de besennah est fautif, on a voulu 
dire et il faut dire moucennah, ce qui signifie dentelé; 
c'est le caractère des feuilles de l'arbre. « Cet arbre» 
m'a dit le père Sapeto, dans une note de sa main, 
croit en Abyssinie dans des endroits élevés, et même 
dans les vallées très chaudes, dans les terrains sablon- 
neux et pierreux. La grosseur ordinaire de l'arbre est 
celle d'un cerisier, avec un tronc droit, une écorce 
très grasse, qui, lorsqu'on la coupe, laisse couler un 
liquide abondant. La feuille de l'arbre est longue , 
dentelée et épaisse; la fleur est allongée et blanche. )> 

Selon les renseignements que j'ai reçus directement 
du père Sapeto, l'écorce du moucennah , réduite en 
poudre, même grossière, est un téniafuge héroïque, 
et est toujours préféré au kousso dans tous les pays 
où les deux substances se trouvent réunies. L'emploi 
de la poudre, du moucennah esl beaucoup plus bénin, 
plus facile, d'effet plus rapide et plus sûr, moins ré- 
pugnant et moins désagréable pour les malades. 

En Abyssinie, on administre la poudre du moucen- 
nah, même avec les aliments, sans aucun régime pré- 
paratoire, et elle n'occasionne aucun dérangement. 



( 44a ) 

pa» même de gène dans la digestion des aliments aux- 
quels elle a été mêlée. ^ 

Deux h quatre joui*s après que cette poudre a été 
avalée, on sent comme une sorte de poids léger qui 
se déplace; c'est le ténia ou ver solitaire qui se trouve 
aaïassé en une petite pelote , tué qu'il a été par la 
poudre de moueennah; le père Sapeto a eu â (^ire 
1-expérience su^r lui-même ; car le ténia se développe 
chez un 1res grand nombre d'individus, étrangers ou 
indigènes, dans tout le Soudan central, depuis la mer 
Rouge jusqu'à l'océan Atlantique. 

La poudre de moueennah s'administre en Âbyssinie 
à la dt)se d'iàne feind/oû, sorte de coquetier, ayant 
la contenance d'environ 12 grammes de la poudre 
dont nous parlons, ù l'état de dessiccation. Le përe 
Sapeto av&Tt ap|^orté au Caire, il y a un an, deux t}Qt'n- 
taux d'écorce de moueennah. 

Un extrait alcoolique préparé au Cfeire par M. €fas- 
tinel; a été donné à la dose d'tm grain pendtmt-cinq 
jour» de suite; quatre ou cinq jours après, le ténîà, qui 
avait résisté h toute médication, fut expulsé. 

Le moueennah me paraît destiné à i*emplacer com- 

plélenrwnt le kousso. 

Signé Vvmqm, 

m 

NOUVELLES DR l'aFRIQUE GBRTRÀLK. 

ANNONJCE DE LA MORT DU Df RARTd- 

Le docteur Vogel a écrit du'lS juillet de Kooka; ses 
lettre» sontarrivéeftvevsle&décembreàLeipftigj Le doit<t 
teur Bavtb a l>eaueou]) souffei^ à tombaueioji>; il étM| 



( »i« ) 

malade par suite du traitement qu*il avait éprou?é, 
et très inquiet de sa situation. Son état de captifilé 
Tavait entièreo^nt découragé. La lettre du 28 février 
et les suivantes font connatlre sa triste position ; le 
8 mars, il écrivait encore à Hambourg : « J'espère 
enGn» disait-il, partir demain ou après, » On allait 
jusqu'à lui (jlwe qii^'il n'y avait pl«f»d& k^nnt chance 
à espérer de son voyage, et que ce qu'il avait de mieux 
à faire était de se pendre ! ! ! 

Dans une des dernières lettres du 13 mars, écrite à 
un ami, le docteur Barlh raconte son anxiété, les toi^r^ 
ments qu'il éprouve; il se laisserait, dit-i]« aller au 
découragement sans sa confiance dans la miséricorde 
divine^ — Plus loin, il annonce qu'il a été aux tentesy 
que là on Ta fait assister à une fête qui a duré trois 
jours. — Il ajoute qu'en ce pays on ne peut se fier à 
personne ; les promesses qu'on lui fait sont illusoires ; 
les protestations sont autant de mensonges. La ville de 
Tombouctou est, dit-il, comme un tohu-bohu, et livrée 
à l'ànarcUie, personne n'y commande. Il espérait at- 
teindre Bornou en juin. — Il ne pouvait se procurer 
du lait et il essuyait toutes sortes de privations. L'épo* 
que des pluies était arrivée. Il dit qu'à son procbaia. 
départ le bagage de ses cbameaux sera très léger.. • 
Une .escorte procurée par El-Bakai devait l'accompa- 
gner à Sakkatou. Le 23 mars, il est retourné aux tentes, 
d'où il devait enfin partir pour Sakkatou. Là, s'arrêtent 
les renseignements tirés de ses lettres: M. Petermann, 
dans une publication récente, conclut que la mauvaise 
saison, la saison des pluies, l'a trouvé affaibli; c'est 
peut-être la cause qui aurait fait succomber Barlh peu 
après son départ de Sakkatou. 



( 412 ) 

Le docteur Vogel se proposait d'aller à la Tchadda 
vers le 20 juillel, revenir à Kouka et envoyer à Tripoli 
SCS colleclioDS, puis se rendre au Ouadày» au Darfour 
et revenir en Europe par TÉgyple. 

JOMARD. 



AUTRES NOUVELLES DU IK BARTH. 

(Société royale géographique de Londres, i3 décembre 1854.) 



On a lu les lettres adressées par le docteur Barth au 
chevalier Bunsen» de Tombouclou, 28 novembre 1863 
et 23 mars 185& » annonçant son départ de cette 
ville, et des dépêches du consul d'Angleterre à Tripoli 
au con]tte de Glarendon, des 3 et 2& octobre» et du 
6 novembre 185A» annonçant que la mission n'était 
pas encore revenue du sud (à Kouka) (1). 

C'est le 2A octobre que le consul à Tripoli a annoncé, 
d'après une lettre du docteur Vogel du 18 juillet (de 
Kouka), la mort du docteur Barth à Meroda, à 100 milles 
est-nord-est de Sakkatou. La date de la dernière lettre 
de Barth est du 28 mars, datée d'un lieu à h milles de 
Tombouctou, adressée au consul. Il se portait vers 
Zinder, où il comptait trouver des secours, attendus 
depuis très longtemps. 

Le docteur Yogel, hors d'état de se rendre àMeroda, 
en personne, y a envoyé un homme sûr, pour consta- 
ter le fait de la triste nouvelle, et recueillir les papiers 
et les effets du défunt. Le docteur Vogel avait souffert 

(1) On a va plus haut que le docteur Vogel se proposait strs le 
20 juillet d'aller vers la Tchadda, 



( 41» ) 

I d'un violent accès de (lèvre, mais il avait jm accom- 

tpagner le gouverneur de Bornou à Musgau, d'où il 

ï. revint en juin. Son intention était, après la saison des 

[ pluies, d'aller au Ouadày, pénétrer au Darfour et au 

■■ Rordoran, et revenir en Europe par la voie d'Egypte; 

' mais il n'était pas sûr de pouvoir réaliser ce projet. 

La caravane nù était le porteur des dépêclies remises 

à M. H. Warringlon, devait quitter Kouka quinze jours 

après la date de sa lettre (2 août). 

I Le consul a écrit à un négociant arabe de Bengliazi, 

f agent du sultan de Ouadày, pour procurer au docteur 

aide et assistance. 

Le 6 novembre, le consul écrit pour annoncer aussi 
la mort de M. Henry Warringlon; il csl mort aux puits 
du Diable, à environ 100 milles au sud de Bilma, Cette 
triste nouvelle est venue par une lettre de son domes- 
tique à M. GagliuQi, qui a apporté à Morzouk les dé- 
pêches dontM.Warrington était le porteur. Le docteur 
Vogel était parti de Kouka pour le pays d'Adamawa. 



DES COLONIES PENITENTIAIRES DE LA GUYANE 

ET vu LEDR IHFI.UBnCE 
suit LA ciOGRAPHlS DE CE PIÏS. 



Depuis les infructueuses tentatives de colonisation 
du Kouruu et de la Mana, la Guyane, dont on avait 
exagéré l'insalubrité, languissait oubliée de la métro- 
pole, surlaquelle elle faisait peser dos cbarges que ses 
I productions et son commerce étaient bien loin d'allé- 
Igcr. Elle existait bien comme colonie française, mais 




1 que i 



( m ) 

l»m semblait l'^banHoiiTier pen l'i pem le inouveitn 
l'espril de (mlonisalidn clîsparitissHii?n(, les étnblisse- 
ments de l'iiUéripiir s'elFaçaipnl i»roRressiveinenl. et la 
nntiirfi renlrait en ]>osBes8Înn des terres qui^ l'Iiomme 
y avait tléfi'icliées ; les côtes, remboucliiire des rivères 
consenaîeni setiles lesrart^s cetili-esdepoptilalion que 
la Frnnre y aMit établis atilrefon, 

Le décret du 20 ninrs 1852, tjui ordonnait l'étal 
arment d'une colonie pénitenlitiire à la 6iiynne,dt 
apporlernn heureux chnn|;ement au triste état de celle 
colonie. On peut aujourd'hui affirmer sans liésilatian. 
i:juela réaiisaliun elledt;velo[>|>emeutdecetteco[onîsa- 
lîon pi^nilentiaîreont déjàeu pourrésultatdf faire pro- 
gi'esser la péogrRpbie de ce pays, par une éhide plus 
approlondie du sol, du clîmal, des productions que 
l'on en pouvait tirer, cl par la furmalion de piusipurs 
ceniri'fl nouveaux de population européenne rfani 
l'intérieur même, cfi qui jusqu'alors avait paru itnpoj 
sible à cause ds l'iusaiubrilé du cKmaL pour les blam 

Nous ne pouvons mifux justilier ce que nou; 
d'avancer qu'en Faisant connallre la situation géogra- 
phique et l'élat actuel He« difFérçntft p&ints ftSeeién au- 
jourd'hui à ce genre d't^tabljsscttifi^b colonial. 

C'est aux l'/es du Saluf que fut d'abord tentée la col^ 
nisQtion pénitentiaire ; ces iles sont au nombre d^ 
trois: Yile Royale, de i â 5 milles de longueur; Vile 
Marthanile et Vile au Dial>le<, qui ont chacune à peu 
près 3 uiilles de longueur; elles étaient autrefois con- 
nues sous le nom <\'ites au Dfable et sont situées l'i 
27 milles au nord-nord-ouesl de Cayenne, près de 
l'embouchure du Kouroii ; un étroit chenal les sépare, 
elles soai boisées et leur climat est fort sain. Le piin- 



ions \ 

a- 

d^^ 



"■ "^ i""i- . 



(415) 

cipal établissement pénitentiaire a été établi dkns fHè 
Royale; les condamnés y sont distribués par catégorie» 
et pelotons. L'une des premières comprend les con- 
damnes politiques ; tous sont astreints à un travail 
régulier et, outre les travaux de culture, il y a dans, 
la colonie des ateliers de tailleurs, de cordonniers, dés 
fabriques de hamacs et autres objets de campement;- 

Ui/et de la Mère, dépendant du groupe des Hte 
liémire, situé à quelques kilomètres au sud-est de 
Cayenne, et qui a 556 mètres do long sur 303 de large, 
reçut aussi un dépôt de condamnés. C'est auji)urdllur 
de tous les pénitenciers le plus salubre. Il y exisie des 
ateliers de tailleurs, de cordonniers, d'elFbts d'habil- 
lement et de couchage. 

On avait établi aussi, dès l'origine, à Cayenne même, 
un atelier de condamnés composé de ceux qui doit-- 
naient des garanties de repentir; en attendant un éta- 
blissement plus complet, ils furent casernes dans ane 
frégate désarmée amarrée en rade. Les heureux résul- 
tats que l'on obtenait dès la fin de 1852 enhardirent 
les essais de colonisation, on songea à former des èta-^ 
blissements en terre ferme ; le premier fut tenté à la 
I^àntagne-d* Argent, sur la rive gauche de l'Oyapok et 
non loin de son embouchure. H est aujourd'hui en 
pleine, prospérité, une grande colonie agricole y a été 
étàbjie ; les bâtiments y sont dé brique et de pierre, 
énorme avantage sous un climat humide et pluvieux; 
il compte déjà plus de 500 condamnés, qui sont par- 
tagés en plusieurs pelotons et qui ont à leur tète des 
chefs de culture. Le riz, le manioc, le colon, les épices, 
sont les principaux produits que l'on y petit récolter 
Aux environs s'élendéùt d'immenses forêts qui pféfci- 



( 116 ) 

venl fournir des bois de construction et d't^ijénisterî 
pour le commerce. 

Lorsque l'on remonleJ'Oyapok.cfs forêts tlevieanent 
encore plus épaisses, et c'est tiu milieu d'une clatriëi 
produite par un ancien défrichement que se lirour^ 
a ensiron 250 kilumèlres au sud-est de Cay 
pttite colonii; de Saint-Georges. Llle l'sl spécialement 
affectée aux forçais noirs et aux Jibérés de cette cou- 
leur. Purement agricole, elle est en bonne voie de 
prospérité: les constructions y sont de briques. Quel- 
ques noirs s'y livrent, comme A la Montagne-d 'Argent, 
à l'exploitation des forêts. 

A environ la kilomètres au sud de Cayenne, 
arrive en remontantle Mahury, au conQuent des deui 
rivières de la Comté et de l'Orapu, qui, par leur réunioD, 
forment ce petit fleuve. Ces deux rivières de l'Orapu 
et de la Comté laissent entre elles un plateau qui va ea 
augmeulant d'clévaiiun de|)uis l'ancienne habitatioi 
Power jusqu'à la montagne Cacao. 

Les plaines de ce plateau ont été jadis défiichées, 
mais elles sont aujourd'hui couvertes d'herbes de para 
et de quelques arbustes ; elles peuvent être facilement 
déboisées et donneront ainsi de superbes pâturages 
sans marécages. Le gouvernement a compris le parti 
qu'il pouvait (irer de cet emplacement pour la colo- 
nisation, et deux centres nouveaux viennent d'y être 
établis récemment (septembre 185A);l'un, situé à l'an- 
cienne habitation Power elle-même, prendra désormais 
le nom de Saint-jlugustcn ; l'autre, situé à quelques 
kilomètres au-dessus el à 86 kilomètres de Cayenne, 
recevra le nom de Sainle-AJarie ; on y enverra 600 con- 
damnés ou libérés, et à ces derniers on fera des coii' 



nt 1 



1 oes cou- ■ 



(M7) 

Cessions partielles et provisoires de terrain^ où ils pour- 
ront cultiver le giroflier, les vivres du pays, et se livrer 
à l'éjducation du bétail, ce qui sera d'une immense 
l'essQurcepour Gayenne et nos navires, qui sont obligés 
d'aller demander aux Antilles leurs approvisionne- 
ments en viande fraîche. 

La rivière de la Comté, sur laquelle sont ces deux 
nouveaux établissements de Saint-Augustin et de Sainte- 
Marie, communique directement, par le Mahury et celle 
du Tour-de-rile, avec la rade et la ville de Cayenne; 
sauf quelques coudes moins fréquents et moins diflli- 
ciles que dans celle du Kourou, elle est navigable jus- 
qu'à Saint-Augustin; elle assure donc, par conséquent, 
à l'aide d'un petit bateau à vapeur, une prompte com- 
munication entre les deux établissements et la capitale 
de la Guyane. 

La colonisation, en voie..dje progrès, comme on vient 
de le voir, ne s'arrêtera pas là. Le gouverneur de la 
Guyane, M. le capitaine de vaisseau Bonard, vient de 
faire, dans l'intérieur du pays et vers les hautes terres, 
un voyage d'exploration dont nous pouvons espérer 
d'heureux résultats, tandis qu'à la même époque un 
commerçant de Gayenne entreprenait une excursion 
jusque vers les sources de TOyapok, à la recherche 
des arbres à caoutchouc. Il est même entré en rela- 
tions avec quelques tribus de la haute Guyane, qui, 
apprenant de lui que l'abolition de l'esclavage avait été 
depuis longtemps proclamée par les blancs, se sont 
bien promis de surmonter leurs craintes et leurs vieilles 
antipathies pour venir visiter nos marchés ; une con- 
naissance plus intime du pays doit naturellement 
ressortir de ces nouveaux rapports. Le défrichement 



( A18 ) 
remontera le cours des rmères.et achèvera (rassainir 
rintérieur de la (Gruyane, des relations commerciales 
pourront s^établir avec des peuples dont on connaît 
aujourdliui à peine les noms, et peut-être celte con- 
trée où l'on ne compte pas moins de 259 espèces de 
bois utiles produites par ses forêts vierges, suflGra-l-elle 
seule cA l'approvisionnement de nos arsenaux, tribu- 
taires sous ce rapport de l'étranger, et à celui de la 
Guadeloupe et de la Martinique, qui tirent leurs bois 
de construclion maritime et civile de l'Ile de Porto-ÎBUco. 

y. A. Maltb-Bbum. 



NOtE 

&DR LB PÈJElGËlMLËlifT DE L^ISTHMÉ DE SCEZ, 

PAR M. TRÉMACX, 
Membre de la Socie'té de géographie. 

On sait qu'il est question de percer prochainement 
Tisthine de Suez par un canal d'une mer à l'autre. 
L*important projet qui se rattache à cette localité lui 
donne d^autant plus d'intérêt que peu de personnes 
Tonl visitée. Les quelques voyageurs qui traversent 
ce désert suivent Tun des chemins qui conduit d'Egypte 
eïi iPalestine , et noti la direction transversale qui ne 
lùène nuHe part. 

Le sot bas, qui Forme l'isthme de Suez , s'étend à 
Tôrient juisiqu'aux pieds des plateaul sur lesquels sont 
Jérusalem et Nazareth; et vers l'occident, sauf quel- 
ques petites montagnes, on peut dire qu'il s'étend à 
Ifav^ers la basse Egypte jusque dans le Sahara; mais 
si ôè àol esl peu accidenté, il est, au contraire, très 



1 »1B ) 
varié daiis sa nature. D'abord, dans la PaitiaUne, il 
Guiiaùtue une riche plaine oik croissent en abundance 
les oliviers, les oraagei-s. tes palmiers, les figuiers de 
Barbarie, etc., jusqu'à Gaïa. et mèiue ju!>(]u'à Caniou- 
oîs. A partir de ce dernier point, le sol comiuence à 
pré:ieiitat' des monticules et des parties sabloDueuses 
jusqu'auprès d'EI-Aricbe; lit, le pays est un mélange 
de collines et de plaines entrecoupées Je dunes, et oe 
produit qu'une luaîgre végétation. Le cbeiuin disparaît 
«puveul sous les lUOuTementa du sable. Depuis El> 
Anche, q'Ui forme la limite tfnlre l'Asie et l'Atrique, 
jusqu'au Delta, on ne trouve plus de terre cultivable; 
le sol ËSl couveit de sable: de tous câtês s'étend ub 
horizon plim ou moins acctdealéde dunes kI de brous- 
saille^. Si l'on parcourt ce désert, on reucoutre de loin 
en loin des bas-fonds qui paraissent quelquefois plu« 
lias que le niveau de la mer ; l'eau y arrive par înliU 
iralion el peut-être aussi par capillarité, si leur niveau 
est supérieur a celui de lauier; elle s'évapore sous 
l'ardeur du soleil et laisse sur le sol d'épaisses croûtes 
salines qui élincellenl au soleil, et de loin rassemblent 
à des nappes encore liquides. D'autres bas-fonds soot 
entourés de talus de sable très rapides, au bas desquels 
croissent de hauts palmiers dans un sol moins sablon- 
neux el humidi: ; ou ne les aperçoit que quand on 
arrive sur les bords; car ils n'atleigueiit géiiéralemenE 
pas la hauteurdes talus qui leur permettent de croître 
eu les protégeant contre les veuts. £n approcbant du 
lac Ëallah, qui n'est pour ainsi dire qu'uu enfonce- 
meul de la mer Méditerranée prolongé jusqu'à un tiers 
de la largeur de l'isthme, en face de Suez, les dunes 
defieoaeal très accideatées ; âouveot apua étions oUU- 




( »!!«) 
gés Je faire de grands circuits pour trouver un etidroî 
(]ue tes chameaux pussent rranchir ; et parfois, quand 
nous avions gravi obliquement une partie des lalus, 
les chameaux rebutés [lar l'affaissement des sables 
sous leurs pteds, se rejetaient en arrière, et nous obli- 
geaient à chercher ailleurs notre route. Entre le lac 
Ballah et Suex, dans la plus courte traversée de l'isthme, 
on rencontre une dépression de terrain entrecoupée 
de dunes et de bas-fonds, couverte de croûtes salines 
du genre de celles dont nous venons de parler. Ces 
bas-fonds, assez étendus sur ce point, sont nommés 
lacs Amers, C'est dans celle dépression que serait éta- 
bli le canal de communication des deux mers, Elle 
aboutit au port de Sueï. La profondeur de ce port 
n'étant pas suffisante puur les grands bâtîmenis, on 
serait obligé de creuser un chenal jusqu'à la rade où 
mouillent les navires. Si l'un continue la traversée du 
désert, en arrivant vers le Delta, le sable et les dunes 
disparaissent presque sans transition pour faire pli 
i) la plaine la plus fertile du monde, 

Plusieurs nivellements ont été faits en vue du pei 
ment de l'iathmc de Suez. Le premier, par les in| 
nieurs attachés à l'expédition d'Egypte, accuse, pour 
la Méditerranée, une profondeur de 10 mètres en 
contre-bas de la mer Bouge. Le nivellement opéré 
plus récemment par les ingénieurs français chargés 
des travaux publics en Egj-pte aixuse une différence 
très minime, ou plutôt démontre le niveau de ces deux 
mers. En présence de cette contradiction, il est naturel 
de chercher à se rendre compte de quel cflté existe 
l'erreur. D'après le rapport publié sur cet ohjet par 
l'ingénieur Le Père, dans la description de l'Egypte. 



M 



1 de I Bgypie. i 



la penlo, pcndanl l*inonflation entre le Caire el la 
Méditerranée, est de 40 pieds (39 P. 7 p. 3 1.). En sup- 
posant cette pente régulière» la liauteur de l'inonda- 
lion, au Hou où elle s'introduit dans l'ancien canal, à 
Abbâceh, serait à 20 pieds plus bas qu'au Caire, ce 
point étant à demi-distance environ de la Méditerranée 
ou du lac Menzaleb, qui conserve à peu près le mémo 
niveau ; mais Tinclinaison du sol entre le Caire et 
Abbâceh n'est pas seulement de 20 pieds, elle est de 
25 pieds; et, en effet, celte plus forte pente, dans la 
partie supérieure du Delta, est rationnelle, car l'eau, 
de même que le sol qu'elle a formé en sortant de la 
vallée étroite du Nil, doit s'affaisser plus rapidement 
au moment où son débouché s'élargit subitement el 
où les canaux perdent leur action. 

D'après le rapport cité plus haut, la hauteur de la 
mer, à Suez, serait de ih pieds 7 p. inférieure à l'inon- 
dation au Caire; elle serait donc d'au moins 6 à 8 p« 
supérieuf-e à celle même inondation^ à Ventrée du canal 
à Abbdceh. 

Cependant, voyons toujours, d'après le rapport 
cité, ce que le résultat de l'inondation a démontré. 
« La digue de Ras-EI-Ouad ayant été rompue, l'eau 
» se porta avec rapidité jusqu'au Santon Clieykh Henâdy 
» (ou EInédi), qui n'est distant que de onze à douze 
» lieues du fond du golfe Arabique.» Toutefois, d'après 
le nivellement, ce point serait au même niveau que 
la haute mer à Suez, c'est-à-dire supérieure à l'inon- 
dation au point où elle s'introduit dans l'Ouady. II 
ajoute : « Nous remarquâmes la grande vitesse des eaux 
» et la profondeur du lit qu'elles avaient creusé entre 
» Salxih Byar et Cheykh Henàdy, Nous voulûmes juger 

VIII. DKCRMIIRH. 7. 28 



( 422 ) 

» de V effet de leur courant^ dont la vitesse extrême, qui 
» datait résulter d'une pente considérable^ nous fit sup- 
D poser qu'elle pouvait se porter vers Ras-EUMoyed 
» ou dans les lacs Amers, et, comme elle devait s'élever 
» encore, nous restâmes persuadés qu'elles auront dû 
» se porter dans le bassin des lacs, d 

Voici une autre observation qui accuse une pente 
vers Suez. « Il est très probable que Taffluence pério- 
» dique des crues du Nil dans le bassin des lacs Amers 
» par rOuady, a dû former et entretenir un courant 
» suivant la direction du canal, et celle assertion plau» 
)) sibie explique les petites inflexions, dont on ne voit 
» pas d'ailleurs de motif suffisant, ni dans l'état géo« 
» logique du sol , ni dans l'intention de diminuer les 
» déblais. » 

Donc, si l'expérience montre sur toute la longueur 
un courant ayant parfois une vitesse extrême résultant 
d'une pente considérable depuis Tembouchure de 
rOuady vers Suez, il est évident , eu égard k la hau- 
teur de l'inondation sur le premier point, qu'il ne 
peut y avoir une contrepente de 20 pieds entre ces deux 
points, comme l'indique le nivellement. D'un autre 
côté, il semble très plausible que le développement 
de cette pente depuis l'entrée de l'Ouady vers Suez, 
avec des couranls très rapides, doit porter les eaux à 
un point au moins aussi bas que vers la Méditerranée, 
où le développement est moins long et n'a que la 
pente douce d'un grand fleuve, tel que le Nil. 

L'erreur parait donc exister dans le premier nivel- 
lement, erreur d'ailleurs bien concevable dans les 
circonslances difliciieg où ce travail a été fait. 

Pour l'eiLécution du percement de l'isthme, eu sui- 



( i23 ) 

vant Jes lacs Ballah^ Timsa et Amers, en aboutissant 
à la Méditerranée au lieu d'aboutir au Nil^ près de Bu- 
baste, comme Tancien canal, on n*aurait presque qu'un 
phenal à pratiquer. Dans la traversée des lacs Amers, 
il De s'agirait guère que d'y mettre les eaux d'une 
manière permanente, et, entre ces lacs, les plus torts 
déblais ne présentent qu'une hauteur de 10 mètres 
au-dessus du niveau des mers. 

Jetons maintenant un coOp d'œil sur les faits histo« 
rîqaes qui se rapportent à l'ancien canc'd. On attribua 
rexécutiou de ce canal à Totis ou à Nécos. Sti^aboi) 
croit que ce qanal a été fait sous Sésostris ou Sésac, 
suivant l'écriture ; mais M. Huet, évéque d* Avranches, 
p^ose avec plus de raison que ce dernier ne fit que 
le réparer et le creuser davantage. D'autres attribuent 
ce travail à son fils ou à son petit-fils (probablement 
tous ont raison, car ce canal a dû avoir besoin de 
fréquentes réparations). Suiva*nt une tradition arabe, 
ce canal paraîtrait remonter au temps d'Abraham. 
Quoi qu'il en soit, ce fut par là que dut passer la Qolte 
de Salomon pour se rendre de la mer Rouge à la 
Méditerranée, ainsi queMénélas, après la destruction 
de Troie, pour se rendre en Ethiopie. Cependant» 
le canal se trouvant intercepté de nouveau, Cléopàtre 
fpt obligée de faire construire à grands frais des ma^ 
chines pour transporter sa flotte par terre. Dans lA 
suite, l'empereur Trajan fit aussi réparer ce canal, 
et lui donna son nom, comme Ptolémée avait fait avant 
lui. Le calife Omar, vers la fin du règne d'Héraclius, 
donna mission àAmrou, fils d'Asius, de rouvrir le 
canal, comblé par les sables. Le calife Hake, ainsi que 
plusieurs autres, le firent encore réparer. 



( A2A ) 

Or, si l'on remarque ces inlermittenees de naviga^- 
lion du canal dans les temps les plus reculés, si Ton 
réfléchit à ces réparations successives mentionnées 
comme des faits importants, et enfin à Tabandon 
complet de ce canal ; si, d'autre part» on se reporte à 
la nature sablonneuse du désert de l'isthme de Suez, 
à ses dunes changeantes au gré des vents, dont la 
puissance est parfaitement justifiée par la position de 
Tisthme entre des mers, des déserts brûlants et des 
terres alteniativement chaudes ou humides; si enfin 
on remarque que les eaux du canal antique avaient 
cependant un courant favorable au dégorgement, que 
n'aurait pas le canal des deux mers, ne semble-t-il 
pas évident que la principale difficulté du percement 
de Tisthme de Suez ne viendra ni de la différence de 
niveau, ni de la masse des déblais à faire , mais bien 
de l'entretien de ce canal au milieu d'une telle con- 
trée, contrée où, suivant plusieurs géologues, les vents 
impétueux de Test paraissent avoir formé Tisthme lui* 
même en accumulant les sables de l'Arabie dans le bras 
de mer préexistant? Néanmoins, sur certains points, 
tels que les lacs Amers, cet ensablement parait ne se 
produire que lentement, et, avec les moyens puissants 
dont dispose la science aujourd'hui, tels que dragues, 
écluses de chasse, etc., il pourra être entretenu plus 
facilement qu'autrefois. 



( 426 ) 

Actes de la Soelété* 

EXTRAITS DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES. 



Séance du 1*' décembre 186A. 

PRàsiDBNCB DE II. DE LA ROQUETTE. 

SI. Joniard» relenu par une indisposition, ne pouvant 
assister à la séance, M. de la Roquette, vice -président, 
est chargé de la présidence. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

Il est donné lecture de la correspondance : 

M. Ferdinand de Luca, secrétaire perpétuel de 
l'Académie royale des Deux-Siciles, écrit au secrétaire 
général , pour annoncer l'envoi de plusieurs de ses 
ouvrages à la Société, entre autres, de ses Mémoires 
sur les ports de la côte italienne de {^Adriatique, et sur 
le caractère de la géographie du iix* siècle, 

M. le vicomte de Santarem écrit à M. de la Roquetti^ 
pour le prier de présenter à la Société M. Uricocliea, 
de Bogota, qui a fait de profondes études à Gœttingue, 
et est auteur d'un mémoire sur les antiquités néo'- 
grenadines. 

M. Gortambert communique une lettre de M. Bou- 
vier, docteur-médecin àHéricourt (Haute-Saône), qui 
adresse des notes biographiques sur M. Rochet d'Héri- 
court, son oncle. 

Le secrétaire général donne lecture de la lettre que 
M. Fortoul, ministre de instruction publique, a 
adressée à M. Jomard , président de la Commission 



( Aâ6 ] 

centrale , en faisant parvenir à Ja Société les caries 
otTertes par S. A. R. le duc de Scanie. Il communique 
également la lettre écrite à M. it ministre par M. Gef- 
froy, professeur à la faculté des lettres de Bordeaux, 
au sujet de ces cartes, que le prince héréditaire de 
Suède lui a remises pour les offrir A la Société. Ces 
cartes sont renvoyées à M. Alfred Maury, qui est prié 
d'en rendre compte. M. d'Eichlhal se charge de faire 
l'examen des Types qf Mankind offerts par M. Gliddon, 
et dont l'analyse avait été précédemment confiée à 
M. Alfred Maury. 

M. d'Avezac présente , de la part de M. Thomas 
Wright, une nouvelle édition de la traduction des 
Voyages de Marco-Polo, par Marsden. 

M. Gortambert fait un rapport verbal sur les 
deux propositions de MM. Vivien de Saint-Martin et 
Arthus Bertrand , relatives à la fusion du Bulletin de 
la Société, soit dans un nou>eau journal géographique 
projeté par M. Vivien de Saint-Martin , soit dans les 
Nouvelles Annales des voyages: une Commission spé- 
ciale, composée de M VI. Garnier, Alfred Maury et Noël 
Desvergers, s'est réunie le 24 novembre, pour discuter 
cette affaire avec le bureau, et a conclu que, par des 
considérations tirées de la dignité de la Société, de son 
intérêt et de son Règlement, la Commission centrale 
ne devait pas consentir à la fusion du Bulletin dans 
une entreprise privée. La Commission centrale adopte 
cette conclusion. 

M. Henri Robert met sous les yeux de rassemblée 
plusieurs nouveaux appareils cosmographiques de son 
invention : deu^ sont destinés à faire comprendre lA 
|)récession des équinoxes; un autre eiÉplique la durée 



( 427) 

▼ftriable des saisons, et un quatrième Tait voir que la 
chote parabolique d'un corps est aussi rapide que la 
ehote verticale. Les membres présents donnent de 
grands éloges à la disposition ingénieuse de ces ap- 
pareils. 

M. de la Roquette annonce le départ de M. de Saus- 
sure pour le Mexique. 



Assemblée générale du 15 décembre 186A. 

PBÉSIDENGR DK M. GUIGNIAUT. 

Le procès -verbal de la dernière séance générale, 
tenue le 7 avril 18ÔA, est lu et adopté. 

M. Guigniaut, Vice -président de la Société, préside 
la séance, en l'absence de M. le ministre de l'instruc- 
tion publique. Il prononce un discours où il exprime 
le regret de ne pas voir l'assemblée présidée par 
M.Fortoul, son président, et où il rappelle l'impulsion 
que M. le ministre n donnée aux études géographiques, 
les progrès que fait la géographie sur tous les points 
du. globe et auxquels la Société contribue puissam- 
ment» les explorations d'une foule de voyageurs cou- 
rageux, et les résultats géographiques qu'on devra à 
la guerre elle-même où se.trouvent engagées les grandes 
puissances de l'Europe. 

M. le ministre de l'instruction publique écrit à M. le 
président de la Commission centrale que , privé d'as-^ 
sister à la séance par les travaux du Conseil impérial 
de l'instruction publique, il le prie de transmettre A 
ses confrères l'expression de son regret, et que, dé- 
sireux d'encourager les explorations provoquées par 



( &28 ) 

la Société dans Tintérèt de la science, il oti're d'ajouier, 
sur les fonds rie son ministère, unesoiuùiede 2000 fr. 
à un prix que proposerait la Société pour la réalisa- 
tion d'un des voyages suivants: du Sénégal en Algérie 
et réciproquement, en passant par Tombouctou ; du 
lac Tsad au confluent de la Tchadda et du Rouara; 
du lac Tsad à Bélénia , sur le Nil Blanc; de Mombas 
à Bélénia, en passant vers le mont Kénia. 

r/asscnibléc accueille colle communication avec les 
marques d'une vive reconnaissance. 

M. Jomard donne lecturo d'une noie de M. Anl. 
d'Abbadic, relalive à Tofire faîte par ce dernier d'un 
prix (le 99piastrosfortespour un voyage sur le Nil Blanc 
en amont de h'* 10' de lalitude, et do trois médailles de 
100 francs chacune: l*" pour la mesure des débits com* 
paralifs du fleuve Blanc et du fleuve Bleu àKbartoum; 
2 " pour les débits du Saubat et du Keilak près de leurs 
embouchures, et S** pour ceux du fleuve Blanc en amont 
du lac Nou, et de Tafiluent qui lui est à peu près pa- 
rallèle du côté de l'est. 

M. Jomard communique une lettre de Linant-Bey, 
relative au percement de l'isthme de Suez par un canal 
de navigation dont la construction vient d'être ordon- 
née par le vice-roi d'Egypte. 

M. Morol-Fatio, remplissant les fonctions de secré- 
taire de la Société, à la place de M. Auguste Michelol, 
décédé, donne lecture des autres pièces de la corres- 
pondance. 

M. Vattemare, directeur de l'agence centrale des 
échanges internationaux, écrit à la Société pour lui 
oQ'rir plusieurs ouvrages publiés en Amérique. 

M. le docteur Adolphe SchmidI, professeur de géo- 



( 429 ) 

graphie àrËcole polytechnique de Vienne, chancelier 
de TAcadémie des sciences de cette ville, adresse plu- 
sieurs ouvrages sur la géographie de TAutriche. 

M. Gaillard de Ferry, consul général de France à 
La Havane, fait hommage à la Société, de la part de 
H. Esteban Picbardo, de la première et de la deuxième 
partie d'une géographie de l'tlc de Cuba. 

Il est donné lecture de la liste des autres ouvrsiges 
-ofl'erts à la Société. 

M. Alfred Demersay offre un porlrait de M. Aimé 
Bonpland, qu'il vient de faire graver. 

M. le président donne communicalioii de la liste 
des membres admis dans la Société depuis la dernière 
assemblée générale, cl il rappelle que récemment le 
titre de membre honoraire n été conféré à S. A. R. le 
duc de Scanie, prince héréditaire de Suède. Il fait 
connaître les candidats proposés pour être admis , 
savoir, MM. Bonneau et Morin, présentés par MM. Jo- 
mard et Garnier; M. Théodore Lévi Alvarès, présenté 
par MM. Jomard et Albeil-Monlémont; et M. Froidefond 
des Farges, présenté par MM. Guigniaut et Jomard. 

M. Gortambert, secrétaire général , lit la notice des 
travaux de la Société et des progrès des sciences géo- 
graphiques pondant Tannée 18ôA. Il commence cette 
notice par l'esquisse biographique des membres que 
la Société a perdus dans le courant de Tannée; il ex- 
pose ensuite les principaux travaux des membres de 
la Société , puis les progrès de la géographie dans 
chaque partie du monde; il termine par un examen 
rapide des services que cette science tire des autres 
connaissances humaines et qu'elle leur rend à son 
tour. 



( A80 ) 

M. Jomard^préseate des considérations sur la géo*- 
graphie du Nil Blanc , comme préambule d'un frag* 
ment du Mémoire de M. Brun-Rollet, dont il donne 
ensuite lecture. Ce fragment, relatif à la géographie du 
pays, ainsi qu'aill mœurs des Berry et autres popu- 
lations des bords du Nil Blanc, intéresse vivement 
l'auditoire. 

L'heure avancée ne permet pas la lecture de diverses 
autres communications qui devaient être faites à l'as- 
semblée, entre autres, d'un article de M. Jomàrd, sur 
l'acclimatation de plusieurs espèces de la Chine in- 
troduites en France par les soins de M. de Montigny; 
d'une lettre de Linant-Bey à M. Jomard sur le perce- 
ment de l'isthme de Suez; d'une lettre de M. d'Escayrae 
sur divers sujets de géographie africaine ; et d'une 
lettre du docteur Perron sur un vermifuge puisaant 
d'Abyssinie, recueilli par le P. Sapeto. 

On procède au dépouillement du scrutin pour la 
nomination d'un membre de la Commission centrale: 
M. Alfred Demersay est élu. 



« 



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( 432 ) 

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del secolo précédente. — Belazioue fra la Oreografia e la ldro« 
graHa di iina regione. — Meccssità délie descriziuni oreograficbe e 
idrografiche. — MonograBa del Sele. Rroch. in-4°. — Considéra- 
zioni generali sulla costruttura de* Porti. — De* porti sulla costa 
italiana delF Adriatico : c particolarniente dei porti di Brindizi e 
di Gallipoli. Broch. in-4** M. Ferdirand ub Luca. 

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Nouvelles Annales des voyages. Octobre. — Zeitschrîft fiir altge- 
uieine Erdkunde. De juillet à octobre. — Bulletin de la Socuéte 
zoologique d'acclimatation. Novembre. *- llevue de l'Orient. No- 
vembre. — Journal des missions évangéliques. Novembre. — - 
Journal d'éducation populaire. Novembre. — L'Atbenaeum fran* 
cais. N*" 49 et 5o. Les Éditeurs. 

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Esquisse d'une carte des pays compris dans la région du Nil Blanc, 
dessinée d'après la carte de M. d'Arnaud et autres cartes récentes, 
les informations des indigènes et les dernières relations, par 
M. Brun-Rollet. i feuille. Paris, 1 854* M. Brun-Rollet. 

Carte générale de l'Afrique, d'après les dernières découvertes, i feuille. 
Paris, i854« M. Asdriveau-Goujon. 

Collection des cartes liydrograpbiques pubiie'es par le Dépôt général 
de la marine pendant l'année ]854: n** i438, plan de la baie et 
du mouillage de Tourane; n**' i439 et 1449? p'*^" *^^ '^ tSiAe de 
Cherbourg, a feuilles; n** i44') carte de la partie septentrionale 
de Madagascar, de la baie d'Antongil au cap Saint-André; n** 144^9 
carte de la partie occidentale de Madagascar, du cap Saint-Vincent 
au cap Saint-André; n" 144^9 P^^i^ ^^ ^'>le et du mouillage de Cod- 
Roy (côte sud-ouest de Terre-Neuve'; n" i4l4ï P^^n du bavre des 
Roches situé à l'entrée de Bonne- Baie (côte ouest de Terre-Neuve); 
n*' 144^9 pl^" ^^^ havres de Kirpon et de la baie aux Mauves, 
situés au nord de i'ile de Terre-Neuve; n*" i44^» carte des côtes 



( Aâ3 ) 

tleTile de Terre-Neuve, partie orientale, du o.ip Sainl-Jean nu t:ap 
Bunavista; n** i447> carte particulière des côtes d'Italie (grand- 
ducbé de Toscane), partie comprenant les iles Pianosa et Monte- 
Ghristo; n^ i44^9 P'*'*'^ ^^ ^'^^^ Pianosa (arcliipel toscan); n** i449i 
plan de Tile Monte-Christo (archipel toscan); u** i45o, plan du 
port de Leven (côte N.-E. de Madagascar); n** i4^i) plan de la 
baie de Passandava (côte ouest de Madagascar); n** i45a, plan du 
mouillage de Bararata, situé dans la baie de Passandava; n* i453, 
carte particulière de la côte nord de Terre-Neuve, comprise entre 
le cap d^Oignon et les iles Blanches; n** i454, carte particulière 
des côtes d'Italie (grand-duché de Toscane), partie comprenant le 
mont Argentaro et les îles Giglio et Oiannutri; n" i455, carte par- 
ticulière des côtes d*ltalie (grand-duché de Toscane), partie occi- 
dentale de Tiic d'Elbe et lie Pianusa; n" i456, carte de la partie 
septentrionale de l'Archipel; n" i4^7« carte de la partie méridio- 
nale de l'Archipel ; n^ t458, carte particulière des côtes d'Italie 
(grand'duché de Toscane), canal de Piombino, partie comprise 
entre Popolonia et le cap Troja; n° i4^9) carte particulière des 
côtes d'Italie (grand-duché de Toscauej, comprenant le mont 
Argentario, l'ile de Giannuiri et In partie occidentale des États 
romains; n** 1460, carte particulière des côtes d'Italie (États ro* 
niains^, partie comprise entre Montalto et la tour Linaro ; n° 146I9 
plan de l'île Oapraja (archipel toscan); n° 1462, plan de l'île de 
Giglio (archipel toscan); n** i463, plan de l'île Giannutri (archipel 
toscan); n" i464» carte de l'océan Atlantique arctique; n** i465, 
carte de l'océan Atlanti(|ue septentrional; n° §466, carte de l'océan 
Atlantique méridional ; n** i4^7) reconnaissance hydrographique 
de la côte orientale de Corée et d'une partie de la Tartarie chi- 
noise; n** 1468, plan du golfe d'Anville (côte de Tartarie). 

Ministère de la marirb. 



( kU ) 

BIBLIOGRAPHIE GÉOGRAPHIQUE. 

(Voyei aussi les ouvrages offerts à la Société.) 



OUVRAGES GÉNÉRAUX. 

Méthode facile et courte pour déterminer la position de l'obserTiitAiU' 
parles hauteurs; par Louis Pagei. In-8*. Paris, i8S4* 

EUROPE. 

Eure-et-Loir pittoresque. — Vues et monumenU da dëparteineni, 

par MM. Lefèvre, A. Déroj et Beanjoint. Chartres, i854. 
Géologie et minéralogie de la Côte-d*Or, accompagnées d*atie dM- 

cription sur la constitution physique de ce département, par les. 

Carlet. Dijon, i854. 
Les ports militaires de la France, par J.-L. Neuville. Paris, i854. 

(Bibliothèqtte des chemins de fer.) 
Carte des environs de Sébastopol, par Godefroy de Viltiers. Paris, 

1854. 
Le Danube, la mer Noire et la mer Baltique. — La Russie ancienne 

et moderne. Histoire, description, mœurs, par J.-H. Schnitzler. 

ln-4°. Paris, i854. 
Paltic, Black sea, and Crimea, by C.-H. Scott. In-8*». Londres, 1854. 
Force et faiblesse de la Russie au point de vue militaire. Ktudes 

géographiques et statistiques, par L. Dussieux. Paris, i854. 
Carte de la télégraphie éiectricjue de l'Europe, dressée par ordre' de 

M. le vicomte de Vougy, par Sagansan. Paris, i854' 
Statistica del Gran Ducato di Toscana, raccolia e ordinata da Attilio 

Zuccagni Orlandini. In-4°. Florence. 

ASIE. 

Voyage en Turquie et en Perse, exécuté par ordre du gouvernement 
français, pendant les années 1846, 1847 et 1848, par Uommaire 
de Uell. 4 vol. in-8*, avec un atlas de loo planches et cartes. 

Mittheilungen aus dem Tagebuche zu den ethnographischen Reise- 
bildern. Gesammelt auf sechzehnjahriger W^anderung bei den 



( hU ) 

Volkersttimtnen Schwedens, Russiands, uncl den asiatischen No- 
madeo,der Kâlmucken, Kirgiseii, sowiedenTataren, den indischen 
Feueranbf tem, den Bewohnern der Krimm, Arméniens, Persiens, etc. 
Von Kiesewetter. Berlin, i854< 

Mémoires d'histoire orientale, suivis de mélanges de critique, de 
philologie et de géographie, par G. Defrémery. Paris, i854> 

Journal of a cavalry officer, including the mémorable Sick Cam- 
paign of 1845-1846; by capt. W. Uumbley. Londres, i854. 

AFRIQUE. 

L*AlgérM en i854* Itinéraire général de Tunis à Tanger, par Joseph 
Bard. Pari^:, i854. 

AMÉRIQUE. 

Histoire de la Guyane anglaise, comprenant une description générale 
de la colonie, avec carte et planches, par Ûenry Dalton. a toI. 
in-S". Londres, i854- 

Voyage médical en Californie, par Garnier. Paris, l854* 

OCÉANIE. 

lUpports sur la Nouvelle-Calédonie, par M. le capitaine de vaissimi 
Tardy de Montra vel, commandant la corvette la Constantine. Daiifi 
les journaux d*aoùt et d'octobre i854> 

GÉOGRAPHIE ANCIENNE ET HISTORIQUE. 

Relation de Tétat présent de la ville d'Athènes, ancienne capitale de 
la Grèce. Lyon, chez Louis Pascal, MDCLXXIV. In-8*. -^ Repro- 
duction de la relation du père Jacquvs-Paul Rabin. Anttotée «f 
publiée par M. le comte de Laborde. l'aris, i854> 



■Mi 



( Aâtf ) 



i:_-a= 



TABLE DES MATIERES 

COXTBMCES 

DANS LE TOME VIll DE LA V SÉRIE. 

(Juillet à décembre i854*) 



MÉMOIRES, NOTICES, DOCUMENTS ORIGINAUX, RTC. 

Sur le pa89a(;e des Alpes par Annibal; par M. le profeA<teur Paul 
Chaix 5 

Populntion de VWe Maurice et de ses dépendances. (Commu- 
niqué par M. Eugène de FrobtMville.) a5 

r^otire sur le Dar-Four, et sur les caravanes qui se rendent 
de ce pays en E{;ypte et vice versn^ par le docteur Ch. Cuny, 
ancien chirurgien des hôpitaux militaires de TAIgéiie, ex- 
medenin snnitnire en chef des provinces de la HautC'Kgypte. 8i 

Diverses industries rhinoise«, par M. Renard, ancien drlé{>[ué 
du commerce en Chine 193 

fnsiructions remises par la Société de géographie à M. le bri- 
{^ailier général D. Francisco Solano Lopez, ministre de la 
république du Paraguay à Paris. Rédigées par M. Alfred 
Demersay. . . 26 1 

Notes pour le voyage de M. H. de Saussure au Mexique et dans 

l'Amérique cenirale, par M. Jomnrd 265 

Assemblée générale du i5 décembre i854. — Discours de 

M, Guigniaut, vice-président de la Société 325 

Lettre de M. le ministre de l'instruction publique, président de 
la Société, à M. Jomard, président de la Commission centrale. 3^8 

Prix offerts par la Société de géographie (et en particulier par 
M. d'Abbadie) 33o 

Notice des travaux de la Société de géographie et des progrés 
des sciences géographiques pendant l'année 18&4. Par 
M^ Gortambert, secrétaire général de la Société 333 

Voyage de M. Brun-Roilet au Nil Blanc. — Note préliminaire, 
par M. Jomard 3ro 



(487) 

Extrait de la r«l:uiuii du Toyage de M. Bruii-Rollet aa Nil 
Blanc 373 

AMALYSRS, RAPPOnTS, EXTRAITS D'OUVRAGES, 

MÉLANGES, ETC. 

Rapport présenh' a l'Empereur sur la situation de l'Algérie 
en 1853, par M. le maréchal Vaillant. .^Analyse par M. Albert- 
Montémont.) ay 

Lettre de M. le comte d'Kscayrac à M. le président de la Com- 
mission centrale, sur la latitude de Tomboucton 3a 

Éducation publique en An(^leterre. D*après un rapport adressé, 
le i3 juillet 1854, ^ ^^- ^^ ministre de Tinstruction publique 
et des cultes, par M. Milne Edwards 3^ 

Extrait d*un rapport à l'Empereur, adressé, le 16 juin 18547 
par M. le maréchal Vaillant, au sujet de la création de 
plusieurs communes de plein exercice dans TAlgérie. ... 3? 

Extrait d'une lettre de M, Angelo Tedesco, menibn» de la So- 
ciété de géographie, à M. le président de la Commission cen- 
trale, sur l'état agricole et commercial de la Turquie., . . 49 

Traité conclu entre les États-Unis d'Amérique et l'empire du 
Japon 5i 

Traité entre les États-Unis et le Mexique, au sujet de la limite 
des deux États et de la communication par Tisthme de 
Téhuantcpec 5;j 

Lettre du docteur Vo{»eI, sur rhisioiie naturelle de fAfrique 
centrale. (Traduit d«^ l'anglais par M. Coriambert.) 58 

Extrait d'une lettre adre<(sép, le 1 2 avril 1 854, P»»' ^1. J. Marcou, 
à M. Delesse^ ingénieur des mines, sur un voyage depuis Its 
montagnes Rocheuses jusqu'à San-Francisco 61 

The Grinnell expédition in searclt of sir John Franklin; h per- 
sonal narrative by Elisha Kent Kane. New- York, i853. 
(Expédition de Grinnell à la recherche du capitaine Fran- 
klin ; récit personnel d'Elisha Kent Rane, ducteur-médeciii 
aux Etats-Unis.) — Journal d'un voyage aux mers polaires, 
exécuté à la recherche de sir John Franklin, en i85i et 
i85a; par J.-R. Bellot, lieutenant de vaisseau de la mfurioe 
française. (Analyse de M. Albert-Montémont , memlire de 

la Commission centrale.) ..•.......,, isi 

VIII, DjkCEMBRE, 8. 29 



( 438 ) 

Les rhevaux arabes «le Syrie, par M. Mazoillier, vice-coimil 

de. France à Tarsous. (Compte rendu par M. Cortamhert.). i4i 
Nouveau voyage du docteur Krapf dans rOnsambara; d*après 

son journal publié par te Church Missionary inteltîgencer. 14^ 
La Bourse de Londres, par John Francis; traduit de Tanglais 
par M. Lefebvre-Duruflé, sénateur, ancien ministre des tra- 
vaux publics. (Analyse sommaire par M. Âlbert-Montémont, 

membre de la Commission centrale.) l4B 

Le Zéitbun du Taurus i5a 

Instruction publique de la France. Circonscriptions académi- 
ques établies par le décret impérial du ai août i854- . • • i54 

État des sciences chez les Japonais 1 56 

Naturalisation de Tigname-patale de la Chine 1 58 

Expédition de l'Afrique centrale, publiée par M. Petermann; 

analyse par M. Jomard; avec une carte i59 

Noie sur Babylone, par M. Oppert 210 

Notice sur la ville de Nangasaki, par M. Jomard 21a 

Extrait d'une lettre adressée à M. d'Avezac , vice- président 
de In Commission centrale, par sir Robert H. Schomburgk, 

consul de S. M. B. a Santo-Domingo 22S 

Lettre de M. E. de Blosseville à M. le président de la Commis- 
sion centrale de la Sociolé de géographie 227 

Extrait du rapport à l'assemblée des professeurs administrateurs 
du Muséum d'histoire naturelle, sur les végétaux de la 

Californie, par M. Decaisne, professeur de culture a 28 

Note de M. de la Roquette sur des ouvrages offerts par - 

MM. Schlagintweit et sur leur prochain voyage dans l'Inde. 339 
Description du royaume de Thai ou Siani, comprenant la topo- 
graphie, rhistoire naturelle, mœurs et coutumes, lé(rislation^ 
commerce, industrie» langue, littérature, religion, annales 
des Thai et précis historique de la mission, avec carte et 
gravures, par Mgr. Pallegoix, évéque de Mallos, vicaire apos- 
tolique de Siam. (Analyse de M. Albert-Montémont, membre 
de la Commission centrale] 269 

Les colonies françaises au i"janvier iSSa, par M. V. -A. Malte- 
Brun a83 

Tableau statistique des colonies françaises en i85i,par M,V.'A. 
Malte-Brun 287 

Lettre de M. Demerfiay k M. le président de la Commission 



( ik89 ) 

rentraie de la Société <le géo{vraphie, sur la nouvelle )>rovinre 

Lrésiliennr da Parana a88 

Sfalistique des Bihiiothèqiiri; de France 390 

Nouvelle détermination de la longitude entre les observatoires 

de Paris et de Greenwich , par le télégraphe électrique. . . 290 
Notes sur quelques industries chinoises, par >J. Renard, ancien 

délégué du commerce en Chine 292 

Canalisation de l'isthme de Suez. — Extrait d'une lettre de 

Linant-Rey à M. Jomard 398 

Extrait d'une lettre adressée du Caire à M. Jomard par le comte 

d'Escayrac de Lanture, membre de la Société 4^1 

Introduction et acclimatation d'espèces utiles à Tagriculture et 

à l'industrie, par M. Jomard 4^4 

Extrait d'une lettre du docteur Perron à M. Jomard 4^^ 

Nouvelles de l'Afrique centrale. — Mort du docteur Rarth . 4'^ 

Autres nouvelles du docteur Rarth 4'^ 

Des colonies pénitentiaires de la Guyane et de leur influence 

sur la géographie de ce pays, par M. V.-A. Malte-Bnm. . . 4*^ 
Note sur le percement de l'isthme de Suez, par M. Trémaux, 

membre de la Société (le géographie 4^^ 

NOUVELLES GÉOGHAPHIQUES. 

Kur.opR. — Découvertes archéologiques signalées par M. Noitl 

des Vergers 66 

— Voyage de MM. Rlan et Schlottmann dans les iles du 

nord de l'Archipel 66 

«- Canalisation de l'Huripo 1^6 

— Aqueduc de Syracuse 176 

— Dccouveries archéologiques du royaume de Naples. . a33 

— Découvertes archéologiques dans le département de 

l'Eure a33 

— Culture du riz dans la Gironde a36 . 

— Télégraphe électrique entre La Spezzia et l'Afrique. . . a36 
' — Fouilles archéologiques dans le Calvados 298 

Asie. -— Voyage de M. Rurton en Arabie 177 

— - Réception d'un bâtiment américain au Japon. .... 998 

Afbiqub.— -Création des villages de Chébli et d'Aïnsmara. . . 67 

^ — Nouvelles de M. Livingston 67 



( 440 ) 

ArniQCV. — Nouvelles de MM. Aiider8on,AV ahiber|$ cl Victorin. 68 

— Nouvelles récentes de rexpédilioii de TAfriquc centrale, 

par M. Jomard 177 

— Nouvelles du docteur David Livingston 181 

— Nouvelles de rexpéditioii de TAfrique centrale, par 

M. Jomard a^7 

— Expédition de M. Huguetean de Chaillé 3oo 

• — Colonie de Tipaza 3ri<i 

— > Afrique australe. — Dépêches de M. Andcrson 3oi 

— Voyage de M. Brun-Hollet sur le Nil Blanc, par ^I. Jomard. ^47 
AMiniQCK. — Lettre du commandant John Rae sur des nou- 
velles de Pexpédition de John Franklin ^39 

— Expédition du Phœnix ^44 

•» Etudes hydrographiques dans la Guyane française. . . ^45 

— Nouvelles du capitaine Collinson 3o2 

-— Lac de soufre dans TUtah 3o3 

— Expédition dans la Sonore 3o4 

— Découverte d'une espèce de {^omme au Texas 3o4 

— Découverte d'un mastodonte près de Poughkeepsie. . 3o5 

— Destinée de sir John Franklin et de ses compagnons; 

par M. Aug. Petermann 3o6 

OcÉAMiE. — Annexion des iles Sandv^ich aux États-Unis. . . . 24^ 
NoovELLES DIVERSES, par M. Cortamberi, etc. . . 68, 182, 2^5^ 3o5 

ACTES DE L\ SOCIÉTÉ. 

Extraits des procès«verbaux des séances de la Commission 

centrale. 71, 186, 24^9 3i6, 4^5 

Ouvrages offerts à la Société 77, 189, a55, 3a3, 43i 

Bibliographie géographique 79, 189, 269, 434 

Errata 260 

Table générale des matières du tome VIII 436 

PLANCHES. 

f Portrait du lieutenant Bellot. 

^•.Carte d'une partie de la Haute-Savoie pour rintelligence d'une 
notice de M. Paul Chaix sur le passage des Alpes par Annibal. 

-^ Carte de l'Afrique centrale, d'après celle de M. Aug. Petermann, 
par M. Malte-Brun. 

^Plan de Nangasaki. 

^Esquisse d'une carte des pays compris dans la région du Nil 
Blanc, par M. Brun-Bollet. 

Fin DE LA TABLR DV flll* VOLVMft. 



• • 



LISTB DBS NEHRHES DE LA SUCIËTE UË Gi;0(iRAPIiIK 

AV 31 DiCSMBac 1894 (1;. 

S. M. ^ÂPOLÉON III, ËQipereur des Français, pratecteur. 
S. Â. LE Prince Charles- Lucien Bonaparte. 
S. A. R. le Prince Royal de Suède et de Norvège, dac de 
Scanie. 



MAI, ^Abbadie (Antoine d*), correspondant de TAca- 
démie des sciences, rue du Bac, 110. 

**Abbadie (Arnaud d'), rue de Grenelle, 1J2. 

Agasse, rue Jacob, 23. 

Albert-Montémont, r. Croîx-d.-Pelits-Chaiiaps,27. 

Alcoçr, consul général d'Angleterre à Chang-hai. 

Andriveaii-Goujon, rue du Bac, 21. 

Aksart, professeur d'histoire et de géographie an 
collège de Saumur. 

Argout (le comte d'), gouv. de la Banque, sénateur. 

Arthus Bertrand, libraire, rue Haulereuille, 21. 

Aspjkwall, président des directeurs du chemin 
de fer de Panama. 

AvpiCK (le général), sénateur, rue du Cherche- 
Midi, 91. 

AuvRAY (le général), rue Chabannais, 2. 

*AvEZAc (d'), chef au ministère de la marine, 
rue du Bac, h^. 

Ayrton (Fréd.), à Londres. 

Barbie du Bocage (Amédée), rue de la Cliausséc- 
d'Antin, 58 his. 

Barrot (Adolphe), ministre plénipotentiaire de 
France on Belgique. 

(i) Les noms îles Membres donateurs sont précédés d'un asie'- 
ri8(jue * el ceux des Membres honoraires de deux **. 

a 



( 2 ) 

MM. Bartholony (Fiançois), r. de Larocliefoucault, 12. 

Baubrreller, rue de Vendôiiae, 12. 

Bazin, |)rof<»sseur au collège de Soissons. 

Beaujouan, Hbt*aire, rue Haulefeuille, 21. 

BENbisT D*AzY (le iiconile), rue de Grenelle, 86. 

Blosseyille (Ernest de), à Amfreville (Eure). 

^Bbisbane (le lieutenant général baron Thomas), 
au château do Kelso, en Ecosse. 

Bruant (Alfred), consul de France, à Dantzig. 

Brvn-Rollbt, voyageur en Afrique. 

Cadet, professeur au collège de Soissons. 

**Callier (le général) , rue Casliglione, 7. 

Chassant, graveur géographe, rue du Vieux-Co- 
lombier, 15. 

Chauteau, avocat, rue du Cherche-Midi, 21. 

Clermont-Tonnerre (le marquis de), rue Bou- 
dreau, 1. 

CocHELET (Adrien), conseiller d'État, rue de la 
Victoire, iO. 

CocHELET (Charles), rue Blanche, 65. 

CoLOMBARi (le colonel), rue N.-D.-des-Champs, 41. 

CoRTAMBERT, ruG (Je Saintongc, 64. 

CosTAz (Anthelmo), rue Jouberl, 23. 

Daussy, ancien ingénieur hydrographe en chef de 
la marine, rue de Vaugirard, 57. 

Daussy fils, employé au Dépôt delà marine, rue 
de Vaugirard, 57. 

David (Etienne), à Bièvro (Seine-el-ÔiseJ. 

Dblessert (Benjamin), rue Montmartre, 176. 

Delessert (François), rue Montmartre, 176. 

Demersay (Alfred), rue de TUniversilé, 32. 

DàiiiDOFF (le prince), à Florence. 



MM' pJBJ^fBLPKN Dk Ui^pB«STBii« (le baron d^], àUtireri^. 

DâsAUGiERS, rue Saint-Honoré, 383. 

DÉMONSTiERS-MÀBipiLf.B (|a co^tesse ^e); ai| châ- 
teau du Fraiss^ (Haute-rVjenp^). 

DiuBLOT (Octave), capitaine de y^isfeau. 

DiDioK (Charles), rue de la Madeleipe, 2Pt- 

DiNOMi (Fabbé), à Qrléans. 

Drouyn de Lhuys, ministre des afTaires étrangères. 

*DuBuc, nie Lafayette, 13. 

DucHANoY (Hip.), ancien inspecteur des fin^ncest 
rue d'Anjou-Saint-Honoré, 22. 

Dtjghanoy (Charles), itigénieur des inioes, ru« 
d'Anjou-Saînt-Honoré, 22. 

*Dbflot de Mofras, rue de la Paix, 26. 

DuMON (Sylvain), r. de laFermerdes-Mqthprjps. 15. 

EiçHTn AL (Gustave d'), r.Neuve-des-Malhurîf^s, 84. 

EsGAYRAG DE Lauturr ( Ic coDite d'), placc Ven- 
dôme , 15. 

EspiNA, vipe-coDsul de France, à Sfax (Tunif). 

Fabrk (Amédée), consul de France, à Christiania. 

Fabrk, eniployé au ministère fies fir|ances, àPassy. 

Ferry (Hippolyte), rue de Beaune, 3'|. 

Flrutelot, professeur au lycée de Vorsi|il|es. 

Flury (Hippolyte), consul de Franco, à Nnples. 

Flury-Hérard, rue Saint-I^oporé, 371. 

FoNTANÇT (Edmqnd)* rue des Petit§-H^lçl§, 34, 

FoRTouL(Hipp.), ministre de rinstpclion puljlirjue 
et des cultes. 

*Frapolu (le colonel), à Lugf){i() (Suisse), 

Frobeuville (Eug^nç (Je), place de I9 Madpleine, 21. 

Ga^in^er, j^ncieî^ négociant, rqe dç Prpv^pce, 65. 

*Gay (Claude), boulevarl Bonne-r^opyelle, 25. 



(4) 
MM. GiORDANo (le major )y directeur du bureau topo- 
graphique , à Nâpies. 

GnossKLiN, rue Serpente, 26. 

GuiGMAUT, membre de l'Institut, r. de l'Odéon, 1 5. 

Hammer (le baron de), à Vienne (Autriche). 

Hecquard, consul de France à Scutari (Albanie). 

Herculais (le comte d'], rue Saint-Dominique, 38. 

Hkrran, négociant, rue Olivier, â. 

HuET, consul de France. 

Ih'DE DE Neuville (le baron), rue de Lille, 5A. 

hiBKnT des Mottellettes, boulev. des Italiens, 26, 

Isambket, conseiller à la Cour de cassation , rue 
Thérèse, 10. 

Jacobs, graveur-géographe, rue de Condé, !• 

JoiiNSTON (A. K.), esq. à Edimbourg. 

Jomard, membre de Tlnstilut, rue Neuve-des- 
Petits-Champs, 1/i. 

Jordan, rue des Jeûneurs, 18. 

Kerr (madame Alexandre), à Londre^. 

Labarte, rue Drouot, 2. 

Lafond (Gabriel), place de la Bourse, &. 

La GuiGiiE (le comte Philibert de), r. Matignon, 12. 

La Place (le vice-amiral), rue de la Ferme-des- 
Malluirins, 52. 

Lakabit, sénateur, rue de TUniversité, 8. 

La Roquette (de), rue Mazarine, 19. 

Lavallée (Francis), rue de l'Oseille, 7, 

Lebas (Philippe), uiembre de l'Institut, impasse 
des Feuillantines, 7. 

Leclerg (Stéphane), rue du Yertbois, 17. 

Lecocq, graveur géographe, r. Pavée-Sain t-André- 
des-Arts, 6. 



( 5) 

MM. LRFEBVRK-DuRUFLé, sénateiir, rue Pérou, 6. 
LÉvi-ÂLVARks, rue de Lille, 17. 
LouBMAND, rue Saint-Louis, 26, au Marais. 
LowBNSTBBN (Isidore de) , 13 bis^ avenue de Saint- 

Cloud, à Sèvres. 
MAHyouD, élève astronome de l'école égyptienne, 

rue de l'Ouest, 8. 
M altb-Bbun (Victor- Adolphe), rue Jacob, 1(5. 
Mabzolla (le chevalier Benedetto), à Naples. 
Mathieu [le conirc-amiral), directeur du dépôt de 

la marine, rue Gaumartin, AA. 
Mauger, rue du Cherche-Midi, hh. 
Mauboy, rue de Sèvres, 111. 
Mavbt (Alfred), sous-bibliothécaire de Tinstilul, 

rue de Seine, 1. 
Mkignen, notaire, rue Sainl-Honoré, 370. 
Mbissas, rue de Condé, lA. 
Melvill DE Carnbee (le baron), adminislralcur 

du Bureau géographique, à Batavia. 
MoNTBSQUiou (legén. coralede), r. de Varennes.ÔO. 
Montigny (de), consul de France à Chang-hai. 
Mouel-Fatio, conservateur du Musée de marine, 

au Louvre. 
MuTEAu, enseigne de vaisseau. 
Negri (le chevalier Cristoforo), chel' de division 

au ministère des affaires étrangères, à Turin. 
NoBL DES Vergers, rue Jacob, 5A. 
Novsbbt-Effendi (le colonel), à Gonstantinople. 
**Orbigny (Alcide d*), rue Saint- Victor, 7. 
Passaua (J. de), capitaine de frégate, à Toulon. 
Pauthomnier (Selim Beyj, directeur de la mission 

égyptienne, à Vincennes. 



(a ) 

MM. Pblbt (le général baroii), s^i|9kQur» rp^ d^ ''^^j' 

versité, 80. 
Ploxeb^ boulevard Poissonnière^ 2^. 
PoNGERviLLB (de), ipembre dç€llqstitL)t, pue de 

Bellefonds, 20. 
P011L41M OB BossAY, ruQ de Madame, 1. 
Prévost (Gonstanl), membre de rinstitul, à la 

Sorbonne. 
Protêt, ancien gouverneur du Sénégal. 
Prugn£4ux, boulevart Montmartre, 5. 
Renard (Ed.), négociant, boulevart Bonne-Nou- 
velle, JO. 
Revknaz (Amédée), rue du Sentier, 45. 
8alm-Dyk ( le prince de ) , au château (Je Dyk- 

Neuss (Prusse). 
Salzbachkr (le docteur), à Vienne (AM(riche). 
Santarem (le vicomte de), rue Blapche, &7. 
Saussure (Henri de), rue de Bussy, S. 
*Saxe-Weimar (le ducBernbardl de), gouverneur 

des possessions néerlandaises, à Batavia. 
Sédillot, professeur d*histoire, rue Mpnçieur-le- 

Prince, &. 
Monseigneur Sibour, archevêque de Pariç. 
SiMONs, rue Saint-Honoré, 374, 
Smith (Ashbel) , à Galveston , Texas (Amérique). 
SouLiN (le colonel), rue de Provence, 33. 
Sparre (le comte Gustave de), au châtQgu de la 

Brunetle (Vaucluse). 
Stanhope (Spencer), à Londres. 
Talabot (Paulin), rue de Rivoli, 30. 
Tassin, rue d'Anjou-Sainl-Honoré, 27. 
Tedesco, rue des Martyrs, 23. 



(7) 
MM. Tkisserenc I Edmond), rue Gasimir-Périerj 6. 

Tkrnaux-Compans, rue Neuve- des-Mathurins, 39. 

Théaodldb, négociant armateur, à Granville. 

Thomassy, rue de TUniversilé, 14. 

TouRfiiLLB (de), chancelier du consulat de France, 
à Caracas. 

'Trémauz (Pierre), rue Saint-Doininique^ 81. 

Vandeumaelen, directeur de l'Établissement géo- 
graphique à Bruielles. 

VA<2uàz (Anatole), rue du Four-Sàint-Germain, 25. 

Vauvilliers, r. de la Ferme-des-Maihurins; 34 bis. 

ViLLEMAiN, secrétaire perpétuel de TAcadémie 
française, à Tlnslitul. 

West (Gérard), rue Bergère, 29. 

Yel de Castelnault, rue Saint-Dohninique, 21. 

Zarco DEL Valle (le général), ingénieur général, 
à Madrid. 

XJSTX DES CORRESFONDAJXrrS tTBANGX&S 

DANS L^ORORE DE LEUR nOMlNA.TlOM. 

MM. H. S. Tanner, à Philadelphie. 
W; W6oi)BRiDGE, à Boston: 
Le colonel Edward Sabine, à Londres. 
Le docteur Reinganvm, à Berlin. 
Le docteur Righardson, à Ldiidres. 
Le professeur Rafn, à Copenhague. 
AiNSWORTH (William), à Edimbourg. 
Le colonel Long, à Louisville, Rentiiûkf . 
Le capitaine MacoNoghie, à Sj^ddë^. 
Le conseiller de Macbdo, à Lisbonne. 
Le professeur Karl RitteK, à Berlin. 



(8) 

MM. Le capîlaioe John Wasuinctoh, » [Aindres. 
P. DR Angrlis, à Buenos-Âyres. 
Le docteur Kbiegk , à Francfort. 
Ermah (Adolphe), à Berlin. 
Le docteur Wappaûs, à Goetlingue. 
LucA (Ferdinand de) , à Naples. 
Le docteur Baboffi, à Turin. 
Le colonel Fb. Cokllo, à Madrid, 
Le professeur Mungh, à Christiania. 
Le général Albert de la Mabmoba , à Turin. 
FvLGEHce Frbskel» à Mossoul. 
ScHEFFER (Ch.), à Conslantînople. 
Le professeur Paul Cbaix, à Genève. 
J. S. Abrrt, colonel des ingénieurs 

aux États-Unis. 
Le professeur Alex. Bâche, surintendant du Coast 

Surrej-y aux Étals-Unis. 
Lepsius (Richard), à Berlin. 
De Martivs, à Munich. 
KiEPKRT (Henri), à Berlin. 
Petermann (Augustus), à Gothn. 

UftVB DX8 OOBBSSPOHBAinrS ÉTHAMOSHS 

QCI DUT OBTEtli: LA GRAUDE médaille de la SOGIRTil. 

MM. Le capitaine sir John Franklin, ù Londres. 
Le capitaine Graah, à Copenhague. 
Le capitaine sir John Ross, à Londres. 
Le capitaine G. Bagk, h Londres. 
Le capitaine James Clark Ross, à Londres. 



Paiii. ^ Imp. de !.. Martinkt, rue Mignon, 2. 





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